CHAPITRE IX
L'École municipale d'iulirraiers et d'inlirmières
Afin de doter les établissements hospitaliers d'un bon personnel d'infirmiers, de procurer aux hôpitaux des infirmières capables et instruites, de donner aux personnes de la ville qui exercent ou veulent exercer la profession de gardes-malades des moyens sérieux d'instruction professionnelle, de mettre enfin les mères de famille en mesure d'apprendre à soigner les malades et de mieux seconder le médecin lorsqu'un de leurs parents est atteint par la maladie, le Conseil municipal de Paris, sur la proposition de M. le docteur Bourneville, décida la. cvéa.iion à'écoles municipales d'infirmiers et d' infirmières à la Salpétrière et à Bicétre et plus tard à la Pitié.
L'école de la Salpêtrière fut ouverte le 1" avril 1878 ; l'école de Bicêtre, le 24 mai de la même année.
Déjà, à Bicêtre, sous la direction de M. Braux (1860 à 1870), une école primaire avait été fondée pour le personnel secondaire de l'hospice de Bicêtre. Elle avait produit de médiocres résultats. Malheureusement, le matériel était insuffisant, les méthodes d'enseignement manquaient, l'instruction professionnelle faisait complètement défaut. En 1871, après la guerre, l'Ecole ne fut plus fréquentée et cessa de fonctionner,
Bicêtre et la Salpêtrière étant, depuis leur fondation, confiés à des surveillantes laïques, ces deux établissements se trouvaient nécessairement indiqués pour y placer les premières écoles. Leur population considérable et très variée de vieillards, d'infirmes, de paralytiques, d'enfants, offrait des éléments d'instruction qu'on ne rencontrait pas ailleurs. De plus, il y avait là encore un personnel enseignant connaissant les infirmiers et les infirmières et mieux en état que qui que ce soit d'approprier l'enseignement à leur caractère, à leurs habitudes.
.< Nulle part ailleurs, dit M. Bourneville (1), on ne rencontrait un ensemble d'aussi bonnes conditions ; nulle part, mieux qti'à la Salpétrière et à Bicètre. on ne pouvait organiser les écoles d'infirmières plus facilement et plus économiquement Mais, malgré les nombreuses ressources dont nous disposions à
Bicètre et à la Salpêtrière, il nous manquait encore un certain nombre de moyens d'instruction. Si à Bicètre le service de chirurgie est actif, en revanche il l'est peu à la Salpêtrière; si Bicètre et la Salpêtrière renferment des enfants, et des enfants terriblement difficiles à soigner, ni l'un ni l'autre ne possèdent de service d'accouchements ; enfin, il est des maladies aiguës que l'on n'y observe que rarement. Où trouver ces éléments d'enseignement destinés à compléter l'instruction donnée à Bicètre et à la Salpêtrière ? Dans un hôpital. Les religieuses de Sainte-Marthe ayant été obligées, faute de recrues, de quitter la Pitié, c'est cet hôpital qui fut naturellement choisi pour y installer l'Ecole de perfectionnement.
Les écoles de Bicètre et delà Salpêtrière ont un double caractère : elles sont à la fois écoles primah-es et écoles professionnelles.
L'Enseignement primaire est fait par les instituteurs et les institutrices des écoles des enfants idiots, arriérés et épileptiques. Il porte sur la lecture, l'écriture, le calcul et l'orthographe, pour les divisions inférieures et, pour les divisions supérieures, sur l'arithmétique, le système métrique, l'orthographe, la rédaction, l'histoire de France et la géographie.
Depuis l'origine jusqu'à ce jour, nous avons introduit, à l'école primaire même, l'enseignement professionnel. Voici comment nous procédons. « La ecture de l'imprimé est faite dans le Manuel de V infirmière ; la lecture manuscrite, est faite dans la traduction du Manuel anglais de Domville (2), que nous avons fait copier par une série d'enfants des écoles de Bicètre et de la Salpêtrière, en nous servant successivement des enfants dont l'écriture est de moins en moins bonne, de telle sorte que ces malheureux enfants contribuent à l'instruction de ceux qui se consacrent à leur donner des soins ; — les dictées, au lieu d'être prises au hasard, sont empruntées à des traductions de Manuels anglais ou américains, et, en dernier lieu, au Manuel fait par l'Association anglaise des médecins aliénistes pour l'instruction des surveillants et des infirmiers des asiles d'aliénés. L'instruction primaire, comme on le voit, prépare donc les élèves à recevoir avec fruit l'enseignement professionnel. >>
h' Enseignement professionnel comprend : 1° des cours théoriques ; — 2° des exercices pratiques ; — 3" le changement de service ou le roulement.
a) Les Cours théoriques, qui se font dans la salle de la Bibliothèque, sont au nombre de sept: 1" Notions élémentaires d'anatomie ; — 2° Notions élémentaires de physiologie; — 3" Administration et comptabilité hospitalières ; — 4° Pansements bandages, petite chirurgie, etc.; — o" Hggiène; — 6° Petite pharmacie, administration des médicaments; — 7° Soins à donner aux femmes en couches et aux nouveau-
1. Discom-s prononcé à la distribution solennelle dos prix de l'école municipale d'infirmiers et d'infirmim;s de Bicètre, le 3 août 1887, par M. le docteur Bourneville, directeur de l'Enseignement des Écoles.