CHAPITRE IX
• leBI^MklsjMavi'iwVtterMMWP.
Parmi les causes antipathiques à la révolution que nous avons signalées précédemment, il en était une surtout dont l'influence avait acquis une certaine puissance. M, Lauzières de Thémioes , évêque de Blois depuis 1776 , exerçait, moralement au moins , la prépondérance des anciens apanagrstes du comté. La noblesse biésoîse semblait l'avoir revêtu d'une sorte de suprématie, accordée d'abord à son nom'aulanl qu'à sa dignité épiscopale, et qu'avaient consolidée ensuite, au jugement des classes élevées, la supériorité de son esprit \ tandis que sa bienfaisance te rendait
*Ou9S3ouvi«iitqu'cnieiâ,ua8leur(le ThéinJnes fui chargé par Marie deHé' dlcis d'arrïler le prince de Coaàé dans le Louvre m£me; l'exécutloo de cet ordre fit sa fortune r 11 devint marécbalde France , et M funllle , ]iuq«'al<irs pw b- Torisée , Jouit d'un grand crédit â la cour.
cher aa peaple. Ce prélat, que l'auteur de cette histoire a vu souveut à Rome , douze ans après son émigration , avouait franchemeut qu'en 1789 et 1790 , il s'était efforcé , non sans quelque succès, de comprimer dans soq diocèse les progrès de la révolution. Dès qu'elle eût éclaté , l'évôché , et plus particulièrement le château de Hadoo , devinrent le centre d'une action contrerévolutionnaire , que les familles titrées parvinrent à propager jusqu'à un certain point , grâce à la dépendance qu'elles conli-, Duaient d'imposer aux populations , encore ignorantes de leurs droits récemment proclamés, a Lorsque la réunion desélats-gé- D néraux fut décidée , nous disait un jour H. de Thémines, je com- » pris tout le danger de cette réunion , si long-temps et avec tant n de raison redoutée. C'était en effet le va-tout de fortune d'une j, monarchie qui n'avait su ni cacher ses fautes , ni tenir en bride 9 les inimitiés qu'elles lui avaient attirées; mais je pensai que > le chois des hommes qui devaient composer l'assemblée pou- ■ vait adoucir les coups qu'elle allait trop certainement porter » à la cour. La noblesse et le clergé ne me faisaient concevoir n aucune inquiétude : qui pouvait prévoir que des Lafayette , » des Mirabeau briseraient leur écusson avec la massue popu- B laire , et que des Siéyès , des Grégoire se feraient les cory- » phées du tiers-état. J'employai donc toute l'influence que » j'avais acquise dans mon diocèse b, fixer tes suffrages sur des D députés du tiers qui ne fissent pas cause commune avec les • réformateurs radicaux que l'on devait craindre. La fore<! » d'inertie est aussi une puissance : je crus avoir heureusement s opéré en laissant élire MM, Drouillon, Turpin, Pothée et Bu- « cheroQ-Boisrichard ; mais surtout en appelant la majorité sur s M. Dinocheau, que j'avais fait nommer précédemment bailli B de Pont-Levoy, et qui avait fait, par ma protection, sou pre- » mier pas dans la magistrature. Dès les premières séances des » états-généraux , il me fallut modifier mes présomptions : » MM. Drouillon et Dinocheau se rangèrent près de Mirabeau,
n et furent comptés parmi les sateUites de cet astre , dout j'au- » rats admiré l'éclat s'il n'eût été mairaisanl. »
Ainsi nous parlait M. de Thémines en 1603, sans attacher le moindre mystère h ses paroles , parce qu'il était resté fidèle à la canse des Bourbons, et n'avait pas laissé fléchir ses principes, nousjiedironspas sur l'infaillibilité de l'ancienne cour, ce prélat était trop éclairé pour y croire , mais sur les actes de la révolution, qu'il ne jugeait pas aussi sévèrement qu'on l'a prétendu. Ce qui l'irritait, peut-être, plus que la perle de son siège, c'était ce qu'il appelait la défection de H. Dînocheau, dont il s'était flatté de faire , au sein même des députés du tiers , le défenseur delà monarchie absolue. M. de Thémines comptait mal alors avec la plus impérieuse des passions humaines , l'ambition : trop chrétien pour être philosophe , ou plutôt philosophe chrétien seulement, ce vertueux prélat, en mesurant la carrière d'un ambitieux, dont la fortune était è faire, pouvait se comparer à l'oiseleur qui , livrant l'espace infini à l'aigle, prétendrait limiter son vol.... La révolution était, comme le ciel , un espace sans limites.
Si M. Drouillon , autre député du Blésois , siégea aussi i\ la gauche de l'assemblée nationale : nous ^mmes bien tenté de croire que son libéralisme fut une conquête de Dinocheau. Mais il faut ajouter qu'en adoptant les principes de Mirabeau, ni l'un ai l'autre ne suivirent ses écarts : patriotes sages quoiqu'ardents , ils montrèrent dans les débats orageux delà Constituante une modération qui , plus tard , devint pour eux, comme pour tant d'autres, un titre de proscription. Quant à MM. Pothée et Bûcheron , on eût dit que , sur les bancs de la législature , ils se proposaient de justifier le reproche dont Le Tasse atteignit les habitants des rives de la Loire, Ces députés laissèrent aller mollement leurs opinions aux ondulations des débats , sans défendre les vieilles institutions qui s'en allaient , sans appuyer celles qui s'élaboraient.
Tandisque l'assemblée détachait , une à une , les prérogatives
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delà couronne et pulvérisait les derniers «Ubrisde la féodalité; tandis qu'elle retrempait notre vieille légîslatMm à sa source naturelle , la puissance populaire , nulle provinte ne se montrait plus active que le Blésois â protester contre vette suprême réforme; et dans sa réeistanoe, la noblesse éa pays iMatt encore secondée par quelques geatilshommas que lour mission militaire retenait à Blois.
Depuis que le dbiteaii n'était phs , mémo momentanément, une résidenoe royale, le roi abandonnait la jouissance à vie de l'aile construite pw Ixmus XU h. quelques personnes privil^ées ; le surplus de l'édi&oe demeura inhabité jusqu'en 087. £n cette année même, époque de la première réunion des notables, la cour, sur les véhémentes représentations <le cette assemblée, s'étant imposé de grandes économies qu'on ne vit point réaliser, il avait été décidé que le château de Hois serait démoli ou vmdu , avec ceux de Gboisy , la Muette , Madrid et ViuceoDes. Mi l'une ni l'autre de ces dispositions n'ayant été effectuée à Blois, le régiment de Hoyal-Comtois vint, Clément en 1787, prendre garnison en celte ville, et fut caserne dans, le chàteïiu , c'estrè-dire dans l'aile construite sous François 1." : quelques officiers seulement occupèrent l'aile dite de Louis XII.
Les corps décorés de la qualihcation de royaux étaient ordinairement commandés par des hommes haut placés dans la biérai^ chie du blason , et les officiers qui servaient sous leurs ordres appartenaient, sauf un petit niMnbro d'exceptions, à ce qu'on appelait la bonne noblesse. 11 en était ainsi de BoyaJrGoatois. Les otliciers, brillamment titrés, ricàes pourlapluj>art, se montrèrent peu résignés è subir les év^etoests de 1 789, llspouvai^it se prévaloir des tKxmbreuses sympathies qu'Us avweoft rencontrées, non-seulement dans les bétels et les châteaux du Blésois , ou régnaient encore le ton , les manières et quelque peu les loœurs du règne de Louis XV ; maïs ausd parmi la bourgeoisie et les classes marchandes. La première les recherchait par imitation des nobles, au profit de cette vanité toujmirs ambitieuBe d'élévation;
ET fis -SON TKmMTOlIlE. Zd3
les d«rniers flattaient ces bi^aiite militaires en abétssaDt à une iucitalJOD d'un {Ktsitrvisuie au moîDs logique, l'inl^ét. L'historien doit s'abstenir de loeationner tout ce qu'oD glissa alors sous les portes d'^ngramines «t de cliaiisons sur les intmiit^s que messieurs de Royal-Comtws avaient su se concilier dans la ville de Blois : le clironiqueur malin (H)urrai( seul raconter l'histoire des jardins, avec petits paviUoDS, que les sous- lieutenants mêmes avaient loués , pour satisfaire <les goùls d'horticulture d'une défimtioa délicate.
s L'esprit de la contre-févdution était fort actif dans le Blé- » sois eu i 789 , nous disait encore H. de Thémioes , douze ou » treize ams après : la noblesse civik, la noblesse militaire et B une bonne partie du clergé s'y entendaient parfoiteiueDt *. B Quant aux bourgeois , ils comprenaient peu les biens que la 1) révoliuion leur promettait, et r^;r^laieot ceux qu'-elle leur » enlevât. Ce regret était surtout vivement senti par les fouo- » tionnùres ijui essaient à l'anoblissement : dasso assez Dom* » breuse dans un pays où l'espoir de vivre nobletneot caressait » tout possesseur d'une CiH'^ae un peu cou si dé rallie. Ualbeu- » reusement Bpyal-Gomtois quitta fiteis au commencement de » l'année i 790 ; îe parti royaliste perdit beaucoup desim énergie » par l'éloigneatent d'isn corps d'officiers jeune , eotrepreiiant , » iHen posé ea cour , et ayant une parenté ix^uenle au cdté « droit de l'assemblée. »
Ce fut alors ^ue la défwtation iilésoise du tiers^élatt insista pour que, dans la nouvelle délimitation de la France, filois de> vint chef-lieu de départecaest. La. résistaïKe des luiiitaOts ,
■ U. delliéiDiDMponvaitfn élre cru rar parole. H. de la âau3«aye,<UiunD ■éOMlre qne nous ai-ons sons les yeui , avance que ce prélat wenalt une vit cénoaUçuti Unoataeiàptrxnh, t no us qui l'avons connu dans nae sorte d'iMttitiilé, de relever cette erreur biographique, M. de Thémincs, homme du monde, spirituel, él«|[uU, év«fue decwir en un mol, M M plqwlt nuHeaieat de mccurs inonasliques. Noua jirenonaà lémim , k ctanjet , tMS moi ^ , immme wras , l'ont caDuu à Rome ou ï Londres.
SG4 HlfiTOIRE DE BLOIS
toujours influencés par les partisans de l'ancien régime , liit vive et persistante ; cela se conçoit : la noblesse, qui, à travers une réforme dès long-temps commencée en France dans les esprits , s'était faite , avec quelque succès , la conservatrice des prérogatives féodales, allait voir s'anéantir cette sorte de pouvoir, par la présence d'une autorité nouvelle , organe des lois et du souverain qui devait en ordonner l'esécution. L'administration départementale , quoique confiée primitivement à des hommes d'une faible portée politiqne , parut cependant assra forte de son investiture pour arrêter l'essor ostensible des tendances contre-révolutionnaires ; elles se replièrent sous le manteau d'une intrigue doq moins active, mais plus cachée : ce fut dans le mystère des châteaux que l'opposition royaliste se retira et se maintint.
De ces cénacles mystérieux partirent sans doute les épigrammes , quelquefois médisantes , plus souvent calomnieuses , four- . nies à la presse monarchique du temps contre les députés du Blésois siégeant au câté gauche de l'assemblée. Dlnocheau , particulièrement, fut incessamment brocardé par quelques journaux, qui lui reprochèrent grossièrement sa liaison avec Mira* beau et Camille Desmoulins. Soulevant même le rideau de sa vie privée , ses ennemis allèrent jusqu'à signaler , en termes orduriers, son intimité , réelle ou prétendue , avec la trop fameuse Tberoyne de Mirecourt , cette bacchante aux passions effrénées qui s'était jetée, dans le parosismede leur délire, à travers la lice politique.
Dinocheau était doué d'une imagination trop vive et comprenait trop bien la puissance des traits du ridicule, pour ne pas répondre à ses antagonistes : ce fut du théâtre même d'où leurs traits étaient partis , qu'il leur rendit guerre pour guerre. H 6t paraître le Courrier de Madon', journal d'opposition popu-
ET DE SON TEaRITOIRE. 265
laire qui , n'en déplaise à un critique moderne , l'emportait de beaucoup, par le mérite de la rédaction , sur les diatribes dirigées contre le député blésois. Peut-être , aiguisant encore l'arme philosophique de Voltaire , Dinocheau atteignit-il avec trop peu de mesure les opinions religieuses et le clergé. Un nom surtout devait être sacré pour l'ancien bailli de Pont-Levoy : ce nom c'était celui du prélat qui l'avait tiré d'un barreau vulgaii^ , et revêtu de sa première robe magistrale. Plus tard , Dinocheau se reprocha l'effusion du Sel que sa plume avait versé sur la vie de H. de Thémines : vie noble et bienfaisante , dont la renommée subsiste dans les traditions blésoises. Les bienbits de H. de Thémines avaient émané d'un cœur généreux; ses affections anti-révolutionnaires , ses préjugés , étaient un héritage de caste ; le rédacteur du Courrier de Madon ne tint pas un compte assez équitaUe de cette distinction.
L'attention diversement excitée que fixait cette publication aux allures indépendantes , fut distraite en 4790 par un événement qui , sans avoir pour théâtre le département de Loir-et- Cher , produisit une vive sensation parmi ses habitants. Thomas Mahi, marquis de Favras, gentilhomme blésois, avait servi en 477â dans les gardes suisses de Monsieur; il avait acquis l'estime de ce prince , et était entré fort avant dans sa confiance , lorsque ayant été appelé en Autriche par des intérêts personnels , il dut quitter le service eu France. Revenu dans sa patrie au moment où la révolution éclatait, H. de Favras épousa les opinions, encore mal définies aujourd'hui , que professait le comte de Provence ; il fit plus , il se voua , corps et ame , à ses projets. Le marquis obéit-il à l'ambition ou à la cupidité ? Rien n'en a môme établi la présomption dans la procédure mystérieuse dont sa conduite fut Tobjet. Ce qui ressortit de l'instruction, c'est que Favras avait tracé divers plans qui tendaient à produire une contre-révolution. Cette instruction portait que ce gentilhomme devait marcher sur Paris avec douze mille Suisses et douze mille Allemands , afin de sacrifier Lafayette , RaiUy et
36D 81ST0LSI BS BLMS
Valeur, diers priadpaux de l'adinniisiraticm; pals ealevcrie sceau de l'étAt ; enâo , emmeDer le n>i «l sa faotiile à Pérosoe. Les dtspofiilinns pervenueE à la coamissaiioe du poblic établirait même <tue pwir l'antovemaDt du monarque, on devait se «mnr de -ehtvtux frit dans tes écuriet de JftiiMÙur. ICais «u profit de qui ce mouvement audacieux devait-âl s'opérer'î II fallut bien laisaor enlraroir qu'il s'était agi d'investir d'une régence k comte -de Provence ; pvis on se hâta de Doiufater que Honaltesseavaît lent ignoré. Âiasi, Favras s'était avisé dnprcçet colossal de renverser le char d'une réTolutkai accompUe d^ , et de ^poser le souveraia de son projx'e mcuvemect at sans DiiBsion aucune.
Le fnUir Louis XVlll, entendant néaainoius rauniHirer h soupçon autour de lui , se rendît à l'kàtc^de-vitle st renia Favras avec assurance... Persuada-l-il lestnagistratsmunioipaax?iuu8 ae le croyons pas. Quoi qu'il en soit, le dévouement héro'fque du mal&fiuf eux agent n« se démentit point; il ne fit pas la moindre révétetion qui put compromettre le prince ; mais il ne bùSAa BuUenent la justioe abusée. Lorsque M. Talon , lieutenant civil, luiditconfideotieilenient^u'i/ ne pouvait éfre tauvé ,ei l'eadmria à mourir avec S9H secret, ce magistrat avait pénétré toute ta vérité.
Le marquis de Favrae, oenvaioctt de haute trahisoB,ieteondamné à ta peiue «apitale par une majorité de vingt-Mit v«ù[ sor trente-4uiit , fut pendu en jiate de Grève, le 19 févTier-1760, âux flambeaui: et auKaodsmations féroces d'une foule immense, .aaluant, de sa Joie saorilége, l'exécution infamante d'un i^ihbc qui moorait martyr de sa fidélité. Vœci des foits qui le prottveut. Tandis qu'une populace en délire insultait de ses horribles luii l'agonie de Favras, on avait aperçu sur la plaoe plusieurs boenaiesi cheval qui semblaiaul épier ie derJBST'soupirdnpa- IjenL. &és qu'ils furent asaurés qu'il avait cessé d'exister , 3b partirent au galop, et de lestes eoumirs qui les saiviroat, les virent entrer au Luseubouis , qu'habitait jalors Mvntimir. la
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procédure drœsée «ontre Favras par le C^iâtelet ne fut , plus lard , trouvée qu'incomplèle ; la marquise de Favrae jouit quelque tempfi d'ane pension servie par Mantieur, qu'elle foerdit ^rèB-ràoiigration de ce prince , nais que Louis XVIH lui raidît «a 18li. Le commentaire serait superflu à la suit« de ce récit, dont nous pouvons garantir les détaSs. Si H. de Favras ae firt poimt un b«a patriote , la pastéritë doit tenir compte à ta mémoire d'un dévouement que ne pot ahérer la plus hideuse infiratitude , et qui , lorsque le calme Euccédera décidéoteet aux agitations politiques, «cbèvera d'e&oer la souillure attachée à la palme de son martyre.
Le jonn&at publié par Dioocheaa n'eut qu'une exi8t«nie« éphémère : il cessa de paraître au bout de six mois. Mais cette publi:oatioD d'un semestre avait suffî pour répandre au seia des classes piébàtâtmcs ces idées de liberté et d'édité , qui déjà germaient avec vigueur dans la plupart das provinces. Jusqu'alors le peuple de Bloia n'avait été qu'une masse inerte^ sans eristenee politique ; vivant des miettes tombées du banquet de la noblesse ou de la bourgeoisie. Hais Dinoeheau venait de lui apprendre oc qu'elle pouvait ; eUe ne l'oublia pas. La fédération d« -1790 fut oélébrée à fflots avec quelque pompe : on avait ouTert dans la forêt de Anssy un vaste e^»ce destiné à cette célébration ; des députalioBs dies gardes nationales déjà formées dans toutes les villes du d^iartemeol asaistërflst à cette scdennité oomméniêratàve de la première victoire du peuple ; et li , pour la pre- , mière f<u3 , brilla une lueur d'enthousiasme patriotique.
Cependant l'Asseiablàe constituante terminait sa haute mission ; le roi , par un nouveau pacte contracté entre la représentation nationale et lui , avait accepté , malbeareusesoent avec arriér&^pensée , ie ttU« de aïooarqae constitutionnel; Sft main avait sigeé moias volontiM-s encore la ciMtt^tion ctvt/e iu clergé : désignation spécieuse adaptée afin de déoliaer te concours de l'autorité ndi^eose. On aa>t q«e tons les mamdH'es du clergé durent aocepter indiTidueltoment le décret qui oonsacraît cette
nouvelle loi : delà, cette distinctioo de prêtres asi«rmen(^ et de prêtres réfractaires, qui reteutit ai haut alors dans le royaume. Les premiers de ces ecclésiastiques restèrent en place pour la plupart; les derniers furent proscrits etjforeés de s'expatrier. Aucun des évéques précédemment investis ne conserva son siège : H. de Thémines émlgra'
Quelques écrivains du Hésois se sont déchaînés avec violence contre la confiscation de la bibliothèque de ce prélat , ordonnée par l'administration départementale- Ces réclamateurs passionnés se sont montrés à cet égard plus sévèresque TA. de Thémines lui-même : nous l'avons souvent entendu s'exprimer sur cette confiscation , dont il parlait comme d'une conséquence naturelle du vœ victù. « Sans doute , disailril , j'ai long-temps regretté » meslivres, à la réunion desquels je m'étais appliqué. J'avais n voulu , par leur chois , me mettre à même de pouvoir rap- » procher et comparer tout ce qu'il a été émis dans le monde de t pensées, d'opinions, de systèmes, sur tout ce qui exerça jus- » qu'à nos jours l'intelligence humaine ; ce contrôle, les induen tioDS que je me proposais d'en tirer, le jugement que j'aurais » porté et osé peutrêtre publier un jour , eussent occupé ma n vieillesse, couchée sur cette moisson d'idées et d'observations. » Mais puisque les persécutions politiques sont venues , et que n les événements m'ont imposé une existence nomade, Uieu a réserve, jel'espère, ii mes vieux jours des soins et desépreu- » ves plus conformes a la tâche d'nn chrétien , que le projet dont » je me berçais; et je serai satisfait, après tout, si j'apprends » que ma bibliothèque ait pu servir à l'instruction de mes chers diocésains. »
Le vœu de H. de Thémines est réalisé : sa bibliothèque a formé le noyau de celle réunie par la ville de Blois et qui , au moment où nous écrivons , est une des belles collections de la France départementale. 11 faut ajouter, toutefois, que les plus précieux ouvrages qu'on y remarque sont ceux dont la ville est devenue l'héritière par aubaine, après l'émigration de M. de
Tbémines. Ce prélat , homme de savoir et de goût, s'était procuré , souvent à des prix fort élevés , des éditions recherchées , qui enrichissent aujourd'hui le dépôt que nous mentionnons, qu'ont augmenté les bibliothèques des abbayes de Saint-Laumer, de Bourg-Moyen et de Pont-Levoy, après la dispersion des ordres religieux
Les membres de l'Assemblée constituante , s'étant eux-mêmes exclus d'une nouvelle législature , par un décret du 1 7 mai 1 791 , rentrèrent dans leurs foyers après la promulgation de l'acte constitutionnel, et l'Assemblée législative fut inaugurée. Parmi les députés du Blésois , M. Dinocheau seul ftit appelé alors à des fonctions publiques : investi de la présidence du tribunal criminel de Blois , il déploya , en exerçant cette grande magistrature, non- seulement des lumières aussi sûres qu'étendues , mais encore une fermeté dans laquelle l'homme politique, abjurant la passion qui l'avait quelquefois entraîné sur les bancs législatif, ne dérogea jamais à la dignité impartiale du magistrat. It en donna des preuves éclatante , en mars 1792, après coniiscatioD séditieuse d'un transport de grains par les habitants d'Onzain , de Muides elde Sainfr-Dyé. Cette action violente avait, par malheur , nécessité une répression sanglante exercée à Saintr-Dyé par un détachement du régiment de Bassrgny. Dinocheau évoqua l'instruction de cette affaire , la suivit avec toute l'inflexibilité de la loi ; et le tribunal qu'il présidait rendit un arrêt dont la sagesse ne souleva aucune réclamation, !\ une époque où la justice ne devait déjà plus être, pour tant de gens, que l'expression de l'esprit de parti. Mais si personne alors n'osa élever la voix, des hommes dont l'opinion exaltée avait érigé en crime la modération de Dinocheau , tinrent noie soigneusement du jugement que nous venons de mentionner; et plus tard, il servit de prétexte aux virulentes accusations qui s'élevèrent (.outre cet ex-constituant.
U est affligeant d'avoir à consigner ici cette triste vérité , qu'avant 1 793 , il ne se trouvait pas à filob , au moins parmi les
270 HISTOIRE DE BLOIB
borasies ifCii avaient embrassé les principea Ae la tévohitioBr une seule intelligence qui , avec Dûtochesu , pût aider les esprits daas le développanent normal des principes nouveUement pr»>damés ; tous Les regards des hat»tanta amis sincères de la monaircbie cMiEtilutioiiiieUe , se Mimèrent donc vers <» magistrat, et attendirent de ses conseils une sage directtoo au sein de l'orage qui se formait. Nous le répébiuis , VadministralMa départementale , depois aa fondaticHi , avait été composée de citoyens bonaétes, mais d'usé portée politique tellement faible que leur influence était à peu près uuUe. Il n'en fut pas toi^jours ainsi.
L'abbé Grégoire , qui avait marqué daas l'AsseaiWée coastitoante , rempilait M. de Tbémioes sur le siège épiscopal de Blois; mais se renCermaat dans sa ujâssios ect^iastiqiM , i n'était point encore compté parmi les hommes poLtiques du d^ parlement. Au moment od le nom de l'évéqueconstitutienndde Biois se trouve pour la première fois sot» notre jriume, il n'est pas saas intérêt de rapporter le jugesaoBt que M. de Tbémioe» Itû-méme partait sur lui veis le temps du Consulat, h IL &al viâr a deux boaunes iaa6 M. ficégure, disait aoa prédécesseur : le » prêtre et le partisan de la r^olutioB. Si le deEnier se laissa » entratoer trop loin des bornes d'une modéiratioD qu'il eut le H l««t de ne pas compter parmi les vertus chrétiennes, il ne » déserta point l'autel : il s'y attacha môme le jour où la âdéitté » du lévite poavait devenir le martyre. C'est un bit trop com~ » taté pour qu'il n'y ait pas de la mauvaise foi à le nier. »
En 1792, Vesprit popubtre était f»rmé à Hois : là, coœnw dans toute la France, ta levée des tr<Ms cent mille honmes s'était opérée Avec cette spealaDéilé qui donna àe si vaillants défenseurs à la p(»trte. Les bataillons de la Loi re-ln le rieur e , de Haifi»et-L«ire , d'Indre-et-Loire, delà Charente et de la Char en te-laC^ rieupe, en traversant le Blésois , y avaient laissé tomber l'étincelle de l'enthousiasme patriotique qui les disait voler aux frontières. Les vieilles idées pef^aieat iocessaiHmrait de leur empire. L'émigratioa avaiL d'ailleurs lévélé aux moios clair-
voyante des Fiançais, la pensée «crête de eetta m^^ksseqni, Ds^oère eneore, eDlaçaitlfl&opinioBsdaasle département ; ses habitant» eommeaçeient à comprakdre qu'il» s'étaient m^ia , en se croyant intéressés ii s«e«Dder les demiefs efforts des privilège» expiraots.
I^ peuples qui s'aviseotde leur pu iffiance assignent, rarement de^ limites au premier bond de cette redoutable autorité : l'expérience seule, l'expérience tj^ souvent tardive, leoraf^ead à distinguer ledroit de l'abua Nousavona signalé préoédemiDHil des excès qu'il avait foUu réprimer sur la. commune de Saînl- Dyé; des attriHipeiHe&ts bo^es eurent lie» à Blois même , en décembre 17dS, pow faire fixer le prix des objets depremièrâ nécessités La république était prodamée; le peuple , s'autorisaml de sa souveraineté , prise dans son acception la plus abst^ne , iii>primait au noua le voiêions Umle la t^iadté deapotiqi^ qne l' esmonarque attachait à cette intimation ; k Blois-, comme partout, il descéadatt tumultoeuseiaent dore la place publique pogr de-mendcT ou pour imposer. Ce fut dans cette attitude menaçante que le trouvèrent k leur passage les représentants du peuple Gouthon, Villars et Longcbamps. Ces délégués se rendirent an. marché oii. l'attroupement s'était, rormé: mais aoit qu'ils cootprisaent mal les ialentioas da peuple , soit qu'ils voulussent maladroitement faire de l'autorltér ils ne fireal qu'exciter le mécontfiQtemeut deS'émeutlers, et durent se retirer précipitanunent pour ne paâ voir l'ire populaire se (onroef contre eux.- Après Leur départ, la garde nationale pwviat à rétablir l'ordre et dissipa ]e rassemblecaent.
Le premier représtmtaat d« la Coevcution Daliooale qui paritt à Bloia, avec une mission spéoiale poiw le d^jMirteotenL de Loii?' et-€ber,futled^)tiââ Carra, dé}â très coniui comme puUicista jacobifl. Hais les opinions de ce oommissaire conventionnel s'étaient bien tuapéréss : U s'élait r^é au. parti de BrissoL Carra arriva en juin 1793 ; la moDicipQlité venait d'être formée' d'boDUDea calmes et buMvables ; Sinecbeui avait pris rang dans
â7â HISTOIRE DE BLOIS
cette magistrature en qualité de procureur de la commane. Cet ex-coDstituant ayant trouvé le représentant disposé à prendre quelques mesures d'ordre public, le seconda avec ardeur, et maintint ces dispositions de tout son pouvoir, v Pour que ses ■» efforts fussent légitimés par le vœu populaire , a dit te bio- » graphe de Dinocheau, il déposa chez différents notaires de » Blois des pétitions dictées par les sentiments les plus modérés v et les plus honorables, n Le fameux Tallien , qui , précédemment , avait passé à Blois , et se trouvait sans pouvoir dans cette ville , y avait cependant établi une commission révolutionnaire. Carra, s'autorisant de l'illégalité d'une telle institution, la révoqua , et la commune nomma dans son sein un comité (^rgéde maintenir l'ordre, et de surveiller les ennemis déclarés de la révolution.
Peut-être ceux-ci , toujours nombreux à Blois, quoique rendus timides par la crainte d'une répression terrible , espérèrent^ils que ces mesures modératrices ^voriseraient leurs sourdes menées : il y aurait de la mauvaise foi à nier que les Vendéens avaient dés-lors des intelligences dans la ville et aux environs. Chaque nuit on jetait sous les portes de ces cantiques qui fanatisaient les malheureux paysans de l'Ouest, et les faisaient mourir pour nne cause dont ijs ne se rendaient aucun compte. A ce sujet , nous devons dire que deux hommes honorables appelés en 1792 a faire partie de l'admlnîsiration départementale, l'évéque Grégoire et M. Péan de Saint-Aignan, s'étaient efforcés d'atténuer , autant qu'ils l'avai eut pu , la sévérité des lois révolutionnaires dont l'exécution leur était prescrite. Nous n'avons plus besoin de défendre la mémoire du premier contre l'animadversion qui Imig-temps calomnia sa vie dans le département de Loir-et-Cher: Grégoire, en répandant d'amples bienfaits sur le sol même d'où l'insulte s'était élevée contre lui, a du moins
conquis le respect dA à sa tombe ; mais il a fellu l'acheter
Quant è H. Péan , la calomnie n'a point encore cessé de l'atteindre : sans examiner tout ce qui s'attacha à sa carrière' de re-
doutable responsabilité, lorsqu'en 1793, il fut nommé membre du comité de sûreté générale du départemeat, on perpétue contre la mémoire de ce digne ciloyen une accusation de terrorisme qu'il ne mérita jamais , en feignant d'oublier que, dans l'exercice de ses délicates fonctions, il faillit plus d'une fois être traduit au tribunal révolutionnaire , comme modéré. Voici des faits éloquents : H. Péan était administrateur du département lorsque quelques dévastateurs se portèrent en tumulte au château royal de Ghambord ; il s'y rendit sur leurs traces. Au moment où cet administrateur arrivait , les nouveaux Vandales se disposaient à briser la fleur-de-lis qui couronnait la Qëche principale... a Arrêtez, s'écria Péanavec l'accent de l'indignation; » ferez-vous donc la guerre à des pierres, et n'aurez-vous pas . » faontededétruirelesœuvresdel'artquibonorent vos pères?» La fleur-^le-lis resta en 1793; on l'abattit en 1830; mats elle tomba sous le marteau de la crainte , |rfutdt que sous celui de l'émeute.
Dans ce même temps, une saturnale anti-religieuse se passa sur le pont de Blois : des hommes ivres de vin et de licence avaient revètn un vil animal des attributs sacerdotaux, que l'anarchie s'efforçait alors de vouer au mépris. Péan se rend sur le lieu du scandale , apostrophe avec énergie ceux qui s'y livrent ; et les frappant d'une juste réprobation , sans s'arrêter à l'imminence de leur ressentiment , il les lait rougir d'une hideuse orgie qoi, peut-être, n'est qu'une fanfaronnade de la débauche. Grégoire, cet autre patriote, dont la calomnie fit aussi un terroriste, remercia Péan d'un trait de courage dont les profanateurs pouvaient le punir, et qu'allaient peut-être iaOTÏminer les décemvirs du comité de salut public.
Quel contemporain de cette orageuse époque pût condamner, sans une mure appréciation de leur position , les hommes que le diois du pouvoir gouvernant enchaînait sur la galère des fonctions publiques? Fermaient-ils les yeux sur les attentats des conspirateurs , ou seulement sur la moindre infraction aux lois de la
répaidiqiw, on preaait leur propre Me, frapjpée, àiBnl-<H), d'one prétendue céi»léfoTori»aat la Irahiaoa. QnioesaitaojoDrd'bni (fue l'aocien couvent des Carmélitee, métamorphosé en prison et aur la porte duqocii on avait CaiL écrire *. Repaire dtt gtna auapeott, ne fut le fias soaveat reanpii de personnes incaroér^es par le comité de sOTTeillance, que pour âtre dispensées de ce funeste voyage de Paris qui n'avait point de retoor. Noos soouDesloin de prétendre qu'il n'ait pas été commis des énor^ mités révoluttoQoaires à Blois , dorant la tbrrear ; mua oomfoieB les CBuemia de la rérohuiim n'oot^ls pasincriminé d'actioBs d^ natorées par leurs passions. Haànteaant que les (tivers excès de. cette période d^oraMe peuvent être soumis à FexAmen de )» raùsoD , le Uàme est réparti avec plus d'éqmtc; Or , les dédamatioos exagérées do«v«tl s'é%'BBcniir devant eetke vérité inconles-tablfl , c'est qœ la terreur ne frappa à lOois qu'une seuie personne. C'était trop sans doute; mais voyons dans qudleailuatian leurs juges se trouvaient.
La loi qui attei^iait Les prêtres réfractaires était bai4«r«assQrém^l, mais eUe était iaOexible : le fwictionnaire qui l'diidatt se rendait solidaire du tribut de sai^ qu'il cbercfaaît à épargner. Soaa l'empire de cette terriUe oéeessité , un cfaapdeàn de l'OMel- Dieu , nommé Sauoiw , se cachait dans la maisou : certes , l'i»fortainé ne songeait point à conspirer ; Q se mourut d'une maladie de iangoeor, lorsque sa retraite fut découverte. Ëtsât^ pos»bIa de le sauver? Pour répondre aflîrmativement à celte question , il ne (aal pas avoir lu l'histoire fidèle de oelte époque. Le juge et l'accusé se voyaient incessamment menacés du mAmfr p3ril ; c'était bien alors qu'il n'y avait qu'un pas du Gapilote à la Hoche Ta rpéienue .
Alors aussi le eonûlà de salut puMie prenait au {ùed de la lettre ce mot tant dté : /effy^« c'est £'/iâmme;et pour ne pas compromettre l'homme , Le style devait éUe empreint de férocité.... Disons toute notre pensée, la peur dictait suuvœt deséonts qui aemUaient émaner d'un hoiriUe déLire. Ainsi le comité œntîal
ET DB SON TSRitnOME. 275^
écrivait à la Goaveotioo natiânale : « Chez leST^igieiises bruines » et bégueules de t'Hdtet-I^a, nous avess trouvé leur aumdnier, s prêtre réfractaire, biea joli , luea aimé ^ bien soigoé par ces » tronn«s, et tfiii va jouir du charmant apectade de la guillotiQ«. » UB»gro«se supérieure , q^ui lui serraiL de médecia, l'accompa- H gnera*. » Get1« ir<wie, au bruiL d'uxi écfaafoud qu'on chevillaii, serait |wrU^ atroce, si ce n'étâdt le langage de la peur.
^ nous chercboiks à résigner la situation politique de Kois au mois d'octobre 1793, époqpifi à laquelle le député nKHttagnard GuÎBQberteau se rendit dâaa le dopartement de Loir-et-Cber av«c des poavoifs illiflùlés, nous voyons le& quatre cinquièmes des habitants, aniioéa saus être agités , de ce patriotisme ratioanel dont les anarchistes avaient fait un crime nouveau , le tnoàér&ntinne. On s'est trop bâté d'établir que ce sentiment pouvait suffire pour sauver la pétrie ; nous croyons fermement qu'il n'eAt opposé aux ennemis de la république qu'un rempart insuffîstffit; car, Q<m-9eulenieDt elle avait à combattre l'intervention cupide d© l'Europe et les ressentinrenls de cette noblesse émigrée qui , maintenant au moins, avait à venger son sang versé sur l'édtafaud ; mais ne faUaiUil pas qu'elle sévit contre ces factions intérieures, contre ces rebelles de l'Ouest et du Midi qui , vaio-
c^ieurs , euaseiu. livré i» France à l'étranger Oserail-mi
aujourd'hui démentir la probabilité de ce funeste résultat , eontrfr le témoignage de 1814 et 1815. Or, le patriotisme modéré , louable en des jours calmes , ne pouvait répondre aux impérieuses esigeoces de 93 ; il fallait , par des app^ fréquents à l'honneur national , par le senUment de la bonté d'une domination étrangère, il fallait rendre à ce sang la oohle chalenrqui, duracttles trois a«»ées préeédenles, en avait précipité , dans les veines
* Extrait des reghtresdu comité central, aéasce du 10 aoûl 1703. — Hadane
Roger, supérieure de l'HOlel-Dfeu , apparienall à une ramlUe du Blésols. Elle oe périt point a»ec M. l'abbé Saunier. Transférée à Paris , elle fui;fortée de monter SHi*1*«li»r>nd rtd'»sste(erùron exécution. ERe mlntS Btois et r mourut quel-
S76 BISTOIKE DE BLOa
françaises, le coars devena et trop froid et trop lent 9bis ce
fut un grand crime que de le répandre.
Il y avait » Blois, ainsi que dans tontes les villes de France, une minorité convaincue, non de l'excelleDce dn terrorÎHae , mais de l'incessante nécessité d'nne attitude énergique, obtenue à tojt pris en présence des périls de la patrie. Dans la société populaire, dansle comité central, peut-être cette minorité , sott par une appréciation exagérée de sa responsabilité, soit par l'élan d'un civisme ardent , porta trop loin l'obéissance anz ordres du comité de salut public ; mais nous le répétons , à part une victime jetée à cette loi minotaure ]dont nous avons précédemment déploré l'excessive rigueur, la terreur blésoise s'était bornée à des arrestations lorsque Guimberteau arriva.
Quand ce commissaire conventionnel eût pris connaissance de la situatîoD politique de Blois et des autres villes dn département , les mesures proclamées ultrà-revolutionuaires par le parti modéré, lui parurent d'une extrême tiédeur. Une assemblée populaire, convoquée par ce représentant dans l'Oise cathédrale, et qu'il présida, fut érigée en tribunal, et procéda à ce qu'on appelait alors des opérations épuratoires. Guimbertean, orateur habitué à cette manière déclamatoire qoi consistait à lier des phrases redondantes, ouvrit la séance par une violente sortie contre les royalistes, les modérés, les feuillans, les fédéralistes, les constitutionnaires , les rolandistes, les brissotins, les girondistes et les muscadins. D'autres discours furent ensuite prononcés par les montagnards de la localité , entre autres les républicains Rouhière, llocbejean et Lebas-Javarry. Puis on csmniença l'épuration par le corps municipal , composé de messieurs, selon l'expression de Guimberteau , et & la formation duquel devaient être appelés des citoyens.
Le représentant du peuple, après une enquête aussi rapide ([ne peu Adèle , formula l'acte d'accusation suivant :
a La municipalité a pris avec fureur le parti dugirondisme, i favorisé et défendu les aristocrates, et a dit qu'il n'y avait
BT DE SOU TEftRITOIBE. S77
» point de gens suspects à filois. Elle avait adopté pour système » le fanatisme de la loi. Elle a refusé de reconnattre le comité de » surveillance et a mamgancé avec Carra la destructioa de ce » comité. Elle a eu l'audace de vouloir y substituer une com- » missiou de sis de ses membres. D'accord avec le département, n ellea afGché le fédéralisme. Elle a souvent témoigné du mépris > pour les membres du district. Elle a déserté la société popa- B laire : elle a souvent répondu avec bumeur et mépris A ses dé- » putatioDs. Elle a maintenu l'esistence de plusieurs clubs feuilj) lans. Elle a pris un parti coupable dans le procès commencé » contre un patriote. Elle n'a point puni les mauvais citoyens » qui ont insulté Goutfaon , Villers et Longchamps. Elle n'a point B félicité la Convention sur la destruction du tyran. Elle a sou- • tenu les choix aristocratiques de la garde nationale. Elle a » retardé^la distribution désarmes, pour les répartir indistioc- 1 tement. Elle n'a point établi l'ordre dans les marchés et a » fôvorisé l'avarice des boulangers. Elle s'est laissé mener imbé- « cillement par son procureur-syndic , qui s'est toujours montré » le partisan de la cour. Enfin , tous les vices d'un gouvernement » lâche , tons les crimes d'une politique astucieuse , tous les for- » faits contre-révolutionnaires sont ceux de la municipalité. ■
L'historien loyal doit constater que tous ces griefs étaient formulés par suite d'une interprétation malveillante ou calomnieuse de la conduite du corps municipal. Composé de citoyens sages mais d'un patriotisme timide, ce corps s'était efforcé de prévenir , par des mesures conciliatrices , le choc des partis et les haines personnelles qui pouvaient en surgir. Il est certain qu'une Ugne de conduite aussi mollement tracée ne devait pas satisfaire la faction que la Convention nationale laissait dominer daus son sein, et dont Guimberteau était l'orgaue à Biois. Examinons cependant les faits imputés à l'administration municipale , et voyons si l'acte d'aCcusatien fulminé par le représentant était empreint de quelque équité , même au point de vue sous lequel il avait considéré les choses.
s 78 mnontB me blou
Le repro^e d'avoir fovoriBé le girondisiDe et défendn l6S aristocrates est trop-va^ie fMtur nériter um sérieuse disonssion; si la finmioip^té avait en effet dÂolaré qn'il ne se trouvait pas d« gens suspects à Blois , il était pourtaM de nstiM-iéïé pubbque ■Cfae certains personnages d'un ra^alisrae bien connu étaient surveillée; d'assee nombreuees arrestations avaient même eo lieu. Le corps municipal , en adoptant pour ttfstèim le fautliame de la loi, selon Texpressioa dn cenmîsBure ceiTv«itionael , avait agi avec nne sagesse qoi, dans totrt autre temps, lui e6t mérité des éloges : sile&inatîsme peut'Atre lonaUe, c'est ewtout 1ersquH s'appKqne k racoenplîssentent d'un devoir. A son passage h Blois , le dépitté Tallien , sans ponvoirs dane le département , s'était permis de créer arfîitraîrement on oomité de surveillance, dont il ne connaissait pas même les membres. Carra , exerçant une mission spéciale dans ce même dépArtemeot , agissait donc avec légalité , en révoquant une «ommission ittégal0meiit instituée , et les officiers municipaux devaient le seconder.
Cependant la munidpaUté ayant compris que ^es mesurée d'ordre devaient être prises dans la situation criticpie oti l'on se trouvait, «'était crue autorisée , ce noes semble avec raison , à nommer dans son sein une commission de surveillsnee ; fA les opérations de celle-ci n'étaiwrt pas suspectes, puiecpi'eUe en rendait un compte direct à la Convention natioDaie.
L'administration départementale , composée de oitoyens vente aux intérêts de la patrie , mais nen pas emportés par le torrent qni coulait de la Montagne , atténuait sonveat les meseres vi»lentes émanant du district, et se trouvait d'acoord en oela avee le corps municipal. Or, les administratears du département et cous de la commune , en suivant cette ligne de principes modérateurs, ne pouvaient sympathisa avec la société populaire , corres|nBdaitte et isHUArice fidèle da club des Jacobins. Oiant asax. prétendus dlnbs fevillans , dont la mniiiciptdité avait matDtenu l'esisteBoe , éls consistaient en une société philarmoniqne «t une littéraire , qui existaient à Blois avant la TévolulioiL Les arts conl
ETacLBOSTEKiErnHHf:. '379
&àres : ces deux sociétés s'éuïeoi remues, non pour conspirer, mais le plue souvent pour oomposer et exécuter des chants patriotiques : ceci fut À la ooDosiBSBOce de oeiui qui trace cette liùtoire.
Xe nommé Rocbejeaa avait élé , avant la réTolntion , écaDame du sémioaire; il fut aocnsé demalverBations , et n'évita les con- BéqnenceG graves d'un procte commencé contre lui, qu'en se jetftDt iTSc transporL dai» le parti de la Moolagne. La nraoècipstiM s'était montrée sévère fiBvers on comptable prévenu de dtbpidatiam ; avadt-rile eu tort ¥ Le oiloyen Bciger-Noiret s'était «urtout élevé cootre les mtfaitfi impiitiis h Aocbejaan : ses dis- «ours furent, ainsi que les opinioDS du ot^rps municipal , déclarés délits faiillantira , par le re^éflentanl Guimberteaa. Bn tnnpe de révolution, tout ce qui Messe le parlitrimopdiBBt pi>ead le caractère de Taltentat.
Noos avons dit que paseant à Uois au mc^ïent d'im tumulte populaipe dans le marché, les dépuilés Coulkon , Viilers et LobcÉiampB avaient voulu inbcrpoeer leur autorité au milieu de te <aH>uvemeat, et s'y étant mai pris , avaient dû s'éktigaer, a&a de s'épargner des témoignages violenta, peut-être, de désapprofaatiDB. La garde nationaie ayant ensuite dissipé l'altraupemant, nims ne voyons pw oe qu'il nestait à faire à la municipalité pour punir un délit qni n'avait pas même «u un oommmoeammi, d'exjécnlioii. Le grief fait à ce svjflt aux magistrats de la ooiDDiune était donciiqoste. Ob pouvait en direaulant d'un pr^ leadii choix ariEtocratiqae des «ffiniers de ta garde nationale, HdueBaé:par la inunictpaIlté;^ut^Lreavait-eUe«sBayé d'appeler aa commandement de eette milioe dloyenna des bomaKs jncapaJ^K de traiter «n enmteiis leurs oonoitoyeus; et oeCte répartition des armes , faite indistinctement , que Guimberleau reproidiait à l'admiatslralian locale , était , Huas mns en soave- Bans, une newDe de i^udenve qoe t'esprit de parti aed pouvait MAms.
Enfin., rirapBtatk>n àt s'Areiaisaé dîtigsr par le proew»ap~
280 HISTOIBE DE BLOIS
syndic Dinocheau , qui couronnait l'acte d'accusation lancé contre la municipalité , peut 6lre frappé de nullité par le libellé même desimputatious, aussi values quevides de faits, articulées par Guimberteau contre l'es-consti tuant. Nous citons celte entphatique déclamatioQ. « Le peuple se trompa en députant Dino-
• cbeau à l'Assemblée constituante , et Dinoebeau trompa le peo-
• pie en siogeaut le patriotisme. Il trahit la cause populaire en » embrassant le parti des reviseurs, du roi et de la cour. De- » puis son retour è Mois , il fut le cbef secret des contre-révo-
> lutionnaires ; il a mille fois , par des phrases emmiellées , cher-
> ché à modérantiser le peuple et la société populaire ; il a mille ■ fois voulu armer les patriotes faibles et séduits contre les pa- B triotes énergiques. Toutes les plaintes excitées par la munici- » palité retombent sur sa tête; ses crimes sont aussi nombreux B que ses actes de magistrature ; il a recueilli l'animadversion
• imiverselle (assertion d'une complète fausseté); je convertis » sa suspension en destitution. Il n'est pas riche; je ne le taxe » qu'à mille livres; j'ordonne que, sur4e-champ, le comité de » surveillance l'envoie saisir par deux gendarmes, et le conduise » à la maison d'arrêt. »
Le résultat de Vépuration dont nous venons de rapporter les détails , fut l'arrestation du procureur-syndic Dinocheau , qui , ({éjà suspendu de ses fonctions , comme on vient de le voir , vivait retiré dans une petite campagne qu'il possédait , aux bords du Cher, sur la commune de Thésée. La municipalité, composée des citoyens Girault, Leroux, Pointeau, Ferrand, [Montlivault, Beilenoue, Rogier, Bergevin, Lefèvre, Hétivier-Massau et Gharruyeau, fut destituée en masse par le représentant; el ses membres furent pour la plupart incarcérés, après avoir été taxés révolutionnai rement.
La mission épuratiïe du député Guimberteau fut le point de départ réel du régime de la terreur dans le département ; jusqu'alors , peu d'arrestations avaient eu lieu en vue des terribles conséquences qui pouvaient en résulter : nous le répétons, et
ce n'est paâ sans informations puisées à bonne source , un grand nombre de personnes avaient été enfermées aux Carmélites pour y être oubliées ; et les témoignages les plus authentiques ont donné l'assurance qu'elles étaient traitées avec douceur. Il n'en fut plus ainsi durant le séjour de Guimberteau à Btois : les incarcérations se multiplièrent sur des dénonciations aussi légèrement fondées qu'accrimonieuses ; sur le rapport du comité de surveillance , le commissaire conventionnel ordonna le désarmement général des habitants; enfin, une nouveUe municipalité , dont les opinious étawit à la hautettr , selon l'expression du temps, remplaça celle qui veusit d'être destituée.
Cependant il est juste d'ajouter que , du rant cette période terrible oh la France fut ensanglantée dans presque toutes les parties de son territoire, ni la ville de Blois, ni les autres cités du département, n'eurent k pleurer leurs habitants exécutés sur les places publiques. La gaillotine était en permanence au cheflieu ; avec une affectation barbare , on faisait passer les citoyens arrêtés devant cet instrument. de mort, qu'ils devaient saluer en passant; mais son fatal tranchant n'abattit pas une seule tête après celle du chapelain Saunier. La terreur ne fut à vrai dire qu'une menace pour les habitants du Blésois ; on peut déclarer presque généralement mensongers les récits passionnés qu'on imprima, après le 9 thermidor, sur ce redoutable régime dans le département de Loir-et-Cher : récits qui abusèrent les conlemporains , en faisant des bourreaux d'hommes exaltés sans doute, mais dont l'exaltation même émanait souvent de la crainte.
L'orgie se môle à toutes les passions portées aux dernières limites de l'extrême : on n'a pas calomnié les Montagnards qui gouvernèrent à Blois durant la période que nous traversons, lorsqu'on a retracé , avec de hideuses couleurs , les saturnales que l'on vit s'accomplir à l'hôtel de la République. Nous n'attacherons point au pilori de l'histoire des noms qui furent entachés alors d'une hideuse renommée de débauche et de luxure ; nous éviterons surtout de faire reconnaître quelques femmes,
2az raSTOIHKDB BLOIS
qu'âne étrange axpsBsÏDn du sentiaMnt de la liberU entraîna lima ces soupers de régence, reooaveléi au nom d'oDO' répu- Uique régénératrice de» mœurs.
Tandis que Guimberteau parcourait le département , il arriva à Kois un évéDestent doot la cause était toute naturejle , et que iM représentant fut, à tort , accusé d'avoir auBcité. La pénurie des subststancM était , on ie sait , l'une des plus fréquentes pé- FÎpélios qu'on eût à déplorer dans les premières années de l'ère républicaine. Les administrations locale» s'efforçaient cependant, par tous le» moyens imaginaUes, de prétenir la disette, ferment tropiniiûlliMeâe révolte, que cbercbatent ii exciter les ennemis de la répuUiqi». Des commissaires , nommés dons les divers districts de Loir-elrCher , parcoururent la Beauœ Uésoise et vendAmoise, en 1793 et 1794, pour dresser des recensements de grains, et diriger ces céréales sur las poiats où la récolte ne pouvait suffire à la consommation*.
Dans celte ntuation critique, un bataillon de âehte^b-ûise , qui se trouvait à Hois , manqua de vivres , et se livra à qodques mouvements désordonnés , que le besoia pouvait , ce nous semble, suffisamment «spliquer. Mais les partisans ^la contre^évoiution , dont il: eût été dérisdre de nier l'existence dans le département, supposèrent que Guimberteau, vouiaM afoir un stimulant pour être révolutionnaife è son gré et k celui des Jaoïbins qui Feutaurstent , avait provoqué une msnrrection parmi les mililaîrss. Beloo les auteurs de cette ridicule version , le représentant eût désigné au corps anné , conune étant coupables d'aoc«parem«Dls, les citoyens qu'il voulait sacrifier , et dont le» maisoss étaient déjà marquées d'un s^^ie
* L* père de celui qui truM en page» tal , durant quaUim i»la,liiirsdeRM dOBiclle pour remplir, estlira&snt k Na fnli, ane de oei œlMlons ; «I (andla qu'a usïLt un lie wscbeiauKà parcourir les campagnes, on lui enleia l'autre â son domicile , en même temps que le dernkr sac de farine provenant ije ses fermes. Ainsi, au inomenl même où II s'efforçait de procurer des subsistances à ceux de ses concliofene qalefiaiMit{uilenl,oft tnlatiilt A tafamlllfelepIusttrlGtiiJceiwIia.
ET DB son TBRRITOIfiB. Z83
Gmeste. Inlbriné de la mutinerie du bataillon , Giiimberteau rer vint ea toute hâte à Mois; il fit incarcérer les principaux chefe de la révolte , en cassa d'autrea , et donna ainsi le plus éclatant démenti aax imputatimu dirigées contre lui , qui n'en persistèrent pas moins.
Le représeptaut Gamier (de Saintes} succéda k Guimberteau dans le département de Loif-et-Gber : il y arriva en nivAse an II , et se mit en devoir de procéder à de nouvelles épurations des autorités oonaliluôes. Pour y procéder, il arrêta le 3 pluviôse, qa'il serait formé auprès de lui une commission , composée de dix membres, cboiâs par la société populaire de cbaque district oii s'accomplisBait l'opération , ind^tesdamment du conseil départemental , qiû serait chargé de donner son avis sur les administrateurs du département. Le début de Gamier k Blois fiit aussi marqué par mie proclamation virulente contre le coite catboliqne : diatribe déclamatoire ou l'esprit superficiel du dépotén'avait passa faire poindre l'ombre d'un principe de quel- ([ue solidité.
Sous la présidence du représentant en mission , le nouveau comité se réunit dans l'église de Saint-Louis, érigée en tem{de de la Raison. Le nom de Dinocbeau se retrouva en tète de la liste de proscription ouverte à la première séance : l'ex-coaslituant était en prisonj que demandaient donc ses ennemis? Sans doute sa tète. Or , nous devons dire ici que Dinocbeau , par une magistrature sévère mais éqiûtable , par une administration sage et paterndle, s'était acqnis k filois une certaine popularité. Au moment où l'on voyait la vie de cet homme supérieur menacée, ses amis cberchëreat à intéresser le peuple en sa faveur, et quelques groupes se formËrent dans l'église même, avec l'iittênlion de réi^lamer la mise en liberté de Dinocbeau. Garnier de Saintes, prévenu de ce qui se passait , s'élance dans la chaire évangélique, devenue une tribune aux baranguea, et fait tonner cette rude alloodiou : a La clémence en pareil cas serait un H assassinat contre la république.... Citoyens de Uois, revenei
» de votre erreur; Dinocheaa vous caressait pour endormir B votie patriotisme , et vous livrer ensuite aux brigands de la » Vendée , ses digues alliés. » Cette calomnie , débitée d'une voix retentissante , ayant convaincu les citoyens , leurs vues bienveillantes firent place à la colère : a Le peuple , dit le procès- N verbal de la séance , reprenant l'attitude aère qui convient n à des républicains, proposa de continuer la détention de Di- 1 noeheau , et lé représentant l'ordonna jusqu'à la paix. »
Les noms des autres citoyens frappés en pluviôse an ii , par l'ostracisme du commissaire conventionnel Garnier, ne sont pas parvenus à notre connaissance.
Après avoir ainsi épuré les autorités constituées, le représentant parut s'occuper activement de divers projets d'utilité publique : il fit exécuter sévèrement le décret sur la mise en réquisition de toutes les armes du calibre de guerre , et celui qui prescrivait le recensement des grains. Ces dispositions étaient justifiées par une double nécessité : il fallait armer les défenseurs de la patrie , et la subsistance des citoyeas devait être assurée , eu déjouant les sourdes menées des royalistes, dont tous les efforts tendaient à afiâmer le peuple , afin de lui rendre odieux le régime républicain. Malgré les recensements, la disette se foisait souvent sentir dans plusieurs parties du département; ce fut alors que Gamier de Saintes s'avisa du plus étrange, du plus calamiteux expédient qui put être imaginé dans un pays vigno ble : il donna l'ordre d'arracher toutes les vignes plantées depuis 4789, pour consacrer le terrain à la culture des céréales. Heureusement cette mesure parut émaner d'un tel délire qu'un bien petit nombre de propriétaires la prit au sérieux : les trembleurs seuls y déférèrent.
On voit que le zèle du citoyen Garnier tournait quelquefois au grotesque : voici un nouveau témoignage de la dérision à laquelle ce député se laissait entraîner, et que partageaient les républicains dont il s'était entouré. Sur l'injonction du représentant , la société populaire de Blois, de concert avec le comité de sur-
ET DE SON TEHRtTOIRB. 283
veillance, désigna trois citoyens chargés de se rendre dans les villes du département , afin de répubticaniser les clubs et les populations. Cette commission d'apÂtres républicains se composa des citoyens Houlin-Couteau , Velu, ex-mattre d'école, et Ponchard , professeur de musique vocale au collège de Pont-Levoy*. Nous devons à la vérité de constater ici que les délégués du cénacle blésois ne firent pleurer personne durant leur mission ne made, qui ne fut marquée par aucun acte de cruauté. Loin de là , le trio républicain excita l'hilarité publique dans les villes qu'il parcourut , par les mouvements d'une éloquence accentuée d'expressions empruntées au vocabulaire du père Dnchéoe. De cet idiéme hébertiste ressortait surtout la qualification de solide mdtin , admise comme synonyme de franc républicain. Nous ignorons lequel des trois commissaires l'avait adoptée; mais il prétendait , dit-on , la justifier par ce raisonnement : a Le chien » est le plus fidèle ami de l'homme; donc c'est honorer un cin toyen que de l'assimiler à cet excellent animal. » Si l'argument est baroque , on pouvait le trouver logique alors.
Cependant la proclamation anti-catholique de Garnier de Saintes portait ses fruits : soit crainte , soit prosélytisme de l'irréligion , les habitants des campagnes apportaient à Blois les monuments de l'antique piété de leurs pères , que des mains républicaines livraient aux flammes, ou fondaient au creuset pour recueillir la valeur intrinsèque de leur matière. Ce sexe, dont les tendres affections inclinent ordinairement vers la religion , débrodait alors d'une main profane les ornements sacerdotaux , qu'une aiguille dévote avait brodés; enfin, dans des orgies inqualifiables , on se faisait un jeu de revêtir des animaux immondes de l'aube et de l'étole du.lévjte. C'était nne telle indignité que l'administrateur Péan , si légèrement accusé de terrorisme avait condamnée et réprimée.
Ces démonstrations, ces excès d'une licence effrénée, qu'an-
* Pèreâuc£lËbrccbaatear.
S86 BSTOIRl DK BLOB
cnn gonvemement ne ponvait tolérer , excitèrent an i^us bant point l'animaâ version des vraie patriotes ; et d'autres exoèe commis par 1^ coatr&-révolationnaires y répondirent. Un matin on trouva couché b, terre l'arbre de la liberté, planté dans l'avantcour du diàteau , par le bataillon de Seine^t-Oiee dont nous avons parlé préoédemment. Gomme cm le pense bien , le parti jacobin accusa les royalistes de cet attentat ; sans l'intervention modératrice de la troupe , cette valeureuse partie de la nation qui , généralement , resta pare d'énormitéB politiques durant les jours orageux de la révélation , peut-être eûl^ni exterminé aveuglément u>ut ce qui dans la ville avait été qualifié suspect. Blois , en l'an ii de la république , pouvait offrir l'horrible reproduction du massacre des prisons de septembre 1792. L'attitude énergique de la force armée prévint cette aveu^e répression d'un délit dont les auteurs restèrent inconnus.
£n examinant ces faite avec impartialité , et sans étudier bien profondément la pas^on â laquelle on avait obéi en le commettant, il était difficile de ne pas l'attrtbner aux ennemis de la révolution. Ceux-ci publierait pourtant que l'arbre avait été renversé par les terroristes , afin de mettre le pillage et le carnage à l'ordre du jour dans la ville de Blois : déclamation banale qui, heureusement, ne convainquit personne, mtoie dans le parti qui s'y livrait.
Après beaucoup de motions incendiaires au club, d'une part , et de malédictions déversées du fond des vieux hAtds sur les républicains, d'autre part, on reptanla «Hirla place du cbélrteau un chêne bien vivace , que l'on entoura d'un autel triangulaire , emblème de la trinité du jour : la liberté, l'égi^ité et l'iadimi- (nUté de la république.
On célébrait encore cette nouvelle consécration par des chants patriotiques, lorsqu'une redoutable diversion se jeta h travers oes joieç républicaines. Ttmt-à-coup le bruit se répandit que les Vendéens s'approchaient par la rive droite de la Loire , et se proposaient de passer ce fleuve à Blois , pour rejoindre en Poi-
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U>u leB cDloones de l'armée câtholiqae, qui s'étaient retirées dans celte province après la défaite de ChoUet. Un peu de réflesion et des informations prises avec quelque calme eussent démontré l'impossibilité d'un tel mouvement. Les rebelles , commandés par le brave Larochejaquelîn , verraîenl d'être exterminés aa Mans par Westermann ; il ne tombait pas sous le sens que tes débris de leurs bandes pussent entreprendre une marche de trente lieues , à travers les chemins , impraticables alors , du Haine e( de la Beauce , sans -vi vres , sans munitions , sans artillerie; traînant è leur suite nne masse compacte de vieillards, àe femmes, d'enfants, de blessés; et cela pour venir tenter à Blois un passage , dont les abords difficiles pouvaient être défendus par quelques centaines d'hommes déterminés. L'appréciation de ces difficultés fut prévenue par une panique aveugle: , Ifi représeDtant lui-même on fut saisi , et sans même avoir pris la précaution d'envoyer des courriers sar la route du Hans , il ordonna aux autorités constituées de se disposer à passer la Loire. Lee arbres de l'unique promenade de Blois, le Mail, forent abattus , pour ne pas servir de pontons aux brigands , ajoutait le âéputé dans sa proelamation : ce qui prouvait que le citoyen Gamier de Saintes , mauvais physicien , accordait moins de pesaBleur à un pied cube de bois vert qu'au même volume d'eau. PluB malheurensement encore, le commissaire conventionnel ordonna qu'une arche du beau pont de Blois fitt imtné-
dtatement coupée Noua devons ajouter, contrairement aux
récite passionnés de cet événement et à l'inscription qu'on lit â la base de ia pyramide élevée au milieu i3e ce pont , qu'il n'entra pas an instant dans les vues du représentairt de le faire détraire.
L'expression de démolition commencée est donc inexacte ; noos le répAons «ne seule arche avait été condamnée. Le citoyMi Simon , ii^nienr en cbef du département , quoique malade , dut préaider * ce travail. Terrifié par les menaces du représentant, oet ingénieur, prévoiu que sa tête tomberait si le passage des
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rebelles s'eSéctuait , seotH sa maladie s'augmenter, et monrtit bientiU, victime d'an prétendu danger sans la moindre probabilité.
Peu de temps après, on vit en effet des Vendéens à Blois, mais dans une situation qui ne ressetoMait point à la marche guerrière qu'on avait redoutée. Le 18 frimaire an ni, un fort détachement de l'armée révolutionnaire arriva dans cetlo ville, sous le commandement des nommés Lepelit, membru du comité central de Saumur, et Simon, qui, plus tard, nous le croyons, devint général de brigade. Ce détachement avait reçu l'ordre de conduire à Orléans plusieurs centaines de suspects et de Vendéens ; Simon demanda à la municipalité des logements commodes pour ses prisonniers , en menaçant quiconque oserait les insulter. Peut-être s'élonna-t-on d'une telle précaution , peu compatible avec les traits féroces de celui qui la . prenait. On savait, d'ailleurs, que trois cents infortunés avaient été fusillés aux portes de Cbinon, par ordre de ce même Simon. Quel fut donc le désespoir des citoyens, maintenant très nombreux, détenus aux Carmélites, en apprenant que la motion do les livrer au détachement révolutionnaire avait été faite et vi~ goureusement soutenue à la société populaire. Cet avis venait de leur parvenir, lorsqu'une fusillade, partie duCbâteau^iaillard les fit tressaillir;... et bientôt on leur dit que neuf victimes venaient d'être ajoutées à celles massacrées à Chinon. Prévoyant la terreur que cette exécution inspirerait aux fomilles des détenus de Blois , en songeant que leurs pères , leurs fils , leurs époux , leurs frères , allaient être livrés au détachement révolutionnaire, la municipalité fit proclamer que les hommes fusillés étaient des rebelles , pris les armes à la main et jugés militairement.
Les prisonniers de Blois furent médiocrement rassurés par cette proclamation ; mais le 1 9 frimaire au soir , on vint les avertir qu'ils ne feraient point partie du funeste cortège dont la conduite était confiée à Simon; mais qu'ils seraient, au premier
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jour , dirigés sur Orléans , avec une escorte prise dans la garni* son de Blois.
En effet , le 22 , au point du jour , on entendit les clameurs d'une foule nombreuse qui se pressait à la porte des Carmélites et des deux prisons supplémentaires' qu'on avait établies : ce peuple obéissait à cette avidité de spectacle que nous léguèrent sans doute les Romains. Ou venait enlever les détenus.... Trois catégories furent instantanément formées dans la cour de.chaque prison , encore mai éclairée par les premiers feux du jour ; les plus coupables allaient Être conduits à Oriéans ; d'autres devaient être dirigés sur Pont-Levoy, et le plus petit nombre était destiné à garder les arrêts au domicile respectiT, sous la garantie d'un cautionnement de dix à cinquante mille livres. Nous suivrons les prisonniers que l'on conduisait au chef-lieu du Loiret.
Ces prisonniers , amoncelés pour ainsi dire sur les cbarrettes mises en réquisition pour leur transport, étaient escortés par un délachemeut du 8,* régiment de hussards. La route se faisait avec lenteur ; le soir du second jour, le triste convoi n'avait atteint que Beaugency. La troupe révolutionnaire de Simon cbeminait lentement aussi , et l'on frémit en se rappelant les horribles épisodes qui retardaient sa marche.... A Beaugency, les prisonniers de Blois se mouillèrent les pieds dans le sang d'un nouveau groupe de victimes, saériâées par Simon.
Le troisième jour , le convoi de Blois rencontra les malheureux prisonniers de l'Ouest, à deux lieues au-dessus de Beaugency; il est probable que Simon, informé du départ de ce convoi, l'attendait, et l'on va voir dans quelle intention. Il s'adressa à l'oËBcier commandant les hussards , et lui ordonna de lui remettre les suspects qu'il conduisait. Le militaire répondit que , chargé par les autorités compétentes d'escorter les prisonniers jusqu'à Oriéans, il accomplirait sa mission et ne déférerait point à un ordre dont il ne pouvait reconnaître la légalité. Le commandant du détachement révolutionnaire, furieux d'une résistance qu'il n'avait pas prévue , injuria l'officier , le menaça
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d'une dénonciatkm immédiate su comité de salut public, et lui déclara que trois jours ne se passeraient pas sans qu'il fôt guillotiné. Puis s'inspirant d'une velléité militaire , î! parut vcialoir disposer ses soldats pa-jr une altaque. Jusqu'alors , les hussards s'étaient Bwintenus en colonne de rearche, le sabre dans le fourreau, A l'aspect des dispositions hostiles du détachement de l'Ouest, l'officier de cavalerie légère , après avoir fait ranger les voitures «ur un des cOlés de la route , et dit aux prisonniers qu'il répondait d'eux sur Bâ tête, commanda d'une voix tonnante r Sur la droite en bataille; les sabres brillèrent au soleil , et les hussards, impatients, attendirent l'ordre de charger. Il ne fut paS'donné : les farouches eompagnocs de Simon , habitués à massaorer , ne l'étaient pas à combattre; ils s'éloi^érent , et le convai de Bbis ne les rencontra phis. Âssuréfoent plusieurs des prisonniers partis de cette ville , voués à la mort par des ordres seorets , durent la vie an jeune officier dont nous r^refrtons de ne pouvoir citer le nom : «ims ta noble fermfeté qu'il déploya, bien des familles du Blésois eussent été plongées dans le deuil. On eut encore en cette occurrence une nonvelle pretrve que l'amée , si redoutable déjà aux ennemis du dehors , restait pure des sanglantes et si souvent criminelles exéoutions do l'intérieur La plei''® des braves soldats de la république demeura sans tache. Et qui peut d'ailleurs ignorer aujourd'hui que le gouvernement de oette maHicwreuse époque devint op pressif, non par ses lois, nais par les factieux dont il no sot pas préwnir l'ambitieuse domination , encore sî diSicile h définir, puisqu'<4le n'était avide «i de rangs, ni de richesses... la pwreté républicaine pourrait donc être reconnue aussi chez »oe multitude de personnes politiques du bamps , si la faiblesse qu'ils montrèrent , en présence des grands attentats d'une faction Ë»Or gmoaire , 'n'était pas an crime dans les hemmes d'état , et «urtout dans les représentants d'une nation.
Ecroués dans les prisons d'Orléam , les iwpects Tenus de Hais y forenl traités avec doueeur. C^endant , ile n'étaîeot pas
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exempts de teirenr i ce poiirt de départ des prisonniers massacrés à Versailles. Leurs ombres sanglantes étaient évoquées dans le souvenir des détenus de 1794 ; ils ne pouvaient s'empêcher de craindre qu'un sort aussi foneste leur fût réservé, ot toDt bruit de départ hasardé dans les nouveUes de cbaque jour les faisait trembler.
Cett« situation anxieuse ne dura que huit jours : le neuvième jour on annonça aux prisonniers leur retour immédiat ii Pont- I^voy. Le ciel de la contrée natale paratt toujours clément, même lorsque l'orage y gronde sur nous : les infortunés détenus s'abao^ donnèrent h des transports de joie comparables à ceux qu'ils eussent éprouvés en apprenant leur mise en Idierté.
Depuis le mois de vendémiaire an ii, le citoyen Chappotin, ancien reli^enx de la congrégation deSaint-Manr, administrait le collège de Pont-Levoy , soit comme inspecteur général , ayant la haute main snrune commission composée de cinq professevu-s, soit comme directeur général remplaçant ce comité, et réunissant l'administration h la direction des études. Mais , malgré la haute confiance que les membres du département et du district témoignaient h ce fonctionnaire aussi loyal qu'éclairé, quelques anarchistes avaient voué sa tête è l'échafaud , et ne cessaient de solliciter sa mise en jugement comme vne nécessité politique. « Us » signalaient , a dit un biographe moderne , l'ancien bénédictin n comme le correspondant des aristocrates de la Vendée; maie » ils durent attendre de meilleurs jours, Jes dénonciateurs » de 94 , poar faire de la destitution de l'honnête homme qui » avait jusque-là déjoué toutes leurs trames , une nécessité tvlt- B gieuse. »
Or, les terroristes républicains qui devaient être, après trente ans, des terroristes religieux, réussirent au moins, en 1794 , à faire aocueiUir une mesure qui leur sembla devoir compromettre le directeur du collège de Pont-Levoy , en faisant de lui un gedlier. » Un instant, dit le biographe déjà cité, le D coarage de Chappotin fut ébranlé ; il y eut une heure terril^
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» pendant laqu^le son ame (ut brisée. Quelques énergumènes Jt avaient jaré d'anéantir l'anden réceptacle dei moines; l'un » d'eux trahit ta joie commune. Gbappotin n'hésita plus; il B accepta le dégoûtant emploi dont le comité révolutionnaire » venait de l'investir. L'ancienne abbaye de Pontr-Levoy fut » métamorphosée en prison , oâ Turent conduits , enchaînés , des s nobles, des religieuses , des prêtres , au nombre de deux » cents. >
Tout porte à croire que les prisonniers suspects de la seconde catégorie qui étaient restés à Blois lors de la translation des plus coupables à Orléans , avaient été réunis à ceux-ci pour être dirigés sur Ponl^Levoy. Quoi qu'il en soit , le directeur du collège , « ayant retrouvé toute l'énergie de son caractère , tout le calme B de son ame, continue l'écrivain auquel nous empruntons ces * détails, alla au-devant des nouveaux hôtes que lui imposait » le terrible comité ; et le , avec cette fierté que donne seule ta s conscience d'un devoir accompli : j'accepte, dit-il aux délé- » gués, le poste que la confiance du comité m'impose; mais j'y
> mets une condition : je ne veux pas de gendarmes dans ces » lieux de paix ; je réponds de mes prisonniers sur ma tête, a
Les délégués et les gendarmes se retirèrent ; les prisonniers ayant été comptés et enregistrés , furent d'abord écroués péleméle dans l'église de l'abbaye. Mais bientôt le citoyen Gbappotin se présenta seul au milieu d'eux : a J'ai accepté une cruelle mis- » sion, leur dit-il d'une voix émue, rendez-la douce; que vos » liens tombent; je ne veux ici pour gardes et pourverroux ,
> que votre parole et votre honneur, n Des larmes d'attendrissement mouillèrent tous les yeux ; et d'une voix euphonique , les deux cents prisonniers prononcèrent le serment de garder la captivité morale que Gbappotin leur imposait.... Tous lurent esclaves de leur parole ; et pourtant plusieurs d'entre eux pouvaient craindre d'être aiusi les fidèles tributaires de l'échafand.
Après ce pacte généreusement conclu de part et d'autre , les anciens logements des Bénédictins furent mis à la disposition
des religieuses ; on divisa les autres prisonniers dans les grands communs et dans les hAtelleries du bourg ; et tous jouirent d'une liberté qui s'étendit, non-seulement aux cours, aux cloîtres , auï jardins de l'abbaye , mais encore à la campagne environnante. L'honneur des détenus put reculer un peu la limite de l'espace qui leur était accordé ; mais pas un seul ne songea à la franchir *.
A cette époque , les patriotes de Pont-Levoy avaient rendu un juste hommage aux lumières et au civisme du citoyen Chappotin , en le nommant président de la société populaire. Un discours devait être prononcé à l'occasion d'une plantation d'arbre de la liberté; l'honneur de cette tâche oratoire revenait naturellement A celui qui dirigeait les débats politiques dans la commune. Craignant peut-être que certaine partie de son discours ne fit une allusion dangereuse à la position de ses prisonniers , l'orateur le lut à quelques-uns d'eatre eux avant de le prononcer. Ils furent effrayes de la modération qui avait présidé à sa rédaction; a Vous nous perdez , et vous vous perdez avec nous, s'éoriaM. de La Porte ; quelques phrases à la grecque, ajouta-tril ; » et prenant la plume , il traça rapidement sur le manuscrit , que nous avons eu sous les yeux, quelques membres de phrase, qui , trente ans plus tard , [furent incriminés par la restauration.
Les prisonniers de Pont-Levoy avaient été envoyés dans cette commune pour y attendre une décision sur leur sort ; le trop fameux comité de salut public s'en occupait, et l'horizon devait leur paraître bien sombre. En effet , quelques-uns furent mandés à Paris.... à Paris, d'où les prévenus ne revenaient plus. Deux hommes éminents du département étaient compris dans ce fu-
* Nous avons empmnlë tous les df UUs qui procèdent , d'un précis historique sur Pont-Levoy, bod abbaye et son collège, extrait de la biographie des liommes du Jour, par HH. Sarrui et Salol-Edme. L'auteur de cette bisioire peut au surplus garaaUrl'e^iacUtude scrupuleuse de ce rddt: Il était, en 179AiétËveau collège de Pont-Levoy.
â9'4 HiaTm«£ de UL&a
oeste appel : MM. de Salaberry père el Dubuc de Ghissay. Dans cette circonstance, H. Chappotin faiiiit dooner gain de cause à ses ennemis, doq qu'il conspirât comme ils l'en accusaient : ce directeur du collège de Poût-Levoy était meilleur patriote qu'eux. Mais, prévoyant la fatale issue qu'allait avoir le procès de aes deux prisonniers , il ferma l'oreille à tous les conseils de la prudence , et.leur proposa de les sauver , au mépris de l'inflexible responsabilité qu'il s'était lui-mâme imposée, a fuyez , leur dit- » il; n'aÉfrontei pas le péril sans recours probable que voua » trouverez au tribunal révolutionnaire ; là jamais l'ianocence » n'est présumée iTaccusatùan persiste contre toutes les preu- » ves ,qui pourraient la détruire ; ce ne sont pas des prévenus » que l'on juge, niais des condamnés que l'on range sur le tt chemin de l'échaiand. J'ai trouvé la moyen d'échapper au » soupçon d'avoir favorisé votçe évasion (c'était un mensonge » généreux ) ; partez cette nuit mâmc , je ne risque rien. »
Ainsi l'humanité do cet excellent homnte lui faisait braver un péril certain et auquel rien n'aurait pu le soustraire. Mais, ausBi noblement inspirés que lui, MM. de Salaberry et Dubuc refusèrent de prendre le parti qu'il leur conseillait avec un si magDaoime abandon, et dont ils prévoyaient l'inévitable conséquence. « Nous n'avons rien à nous reprocher , répondirent^ » ils après avoir remercié M. Ghappoiin avec effusion ; nous pas raitrons devant le ti'ibunal forts d'une cousuience pure. s Nulle charge ne s'élèvera contre nous, qui ne puisse élre
> anéantie par le plus simple examen des faits ; notre vie ne 8 court ôuictin danger. Eu fuyant , nous compromettrions la vô-
> tre , et laisserions au moioâ présumer notre culpabilité. Nous s partons pour Paris, n Ils partirent et ne revinrent pas.
Le 9 thermidor mit fin à la responsabilité de M. Cbappotin: les suspects , à quelques viclimâs près , recouvrèrent la liberté ■ les prisons du département allaient, pensailron, rester vides : c'était mal comprendre les suites d'une réaction. Avant d'aborder le récit de celle qui venait de s'opérer , nous devons jeter im
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dernier re^jard sur les' bits accomi^s dan& le Bi^oé durant la période sanglante qui se terminail. Il n'est pa» sans int^ét de mettre sous les yeux de nos lecteurs la liste des pdneipaux personnages de cette contrée qui furent incarcérés à Blôis et par suite k Poal^Levoy , iadépeadamment d'un grand oombre de prévenus arrêtés dans les d^rtemeatK de TC^Mst. Ld hasard- a mis ce funeste conlrék en nos mains ; nous tes eonsigsons sans nous rendre responsable des omissions qu'il peut offrir.
Les prisonniers furent MM. de SaJaberry , de La Porte , Pérignao , Odonell, Lacroix, de Genisiour, Guéret, de Montaîgu, Lagrangede£onlenay,HaDgeot, La Montagne, BélandrOrDucoudray, de Latour, Dubuc.Freité, de Varedlles, de Blot, Petloquin, Boucherat,. Dutems, Hurault, Lecour, de Laboissiére , Leddét, Roger, Montperroux , JouiseliiL, Verrand-Vaillant, Suet, de Boisrenard, SelÛer, Ilifbult, Déîairs, Lfauilier, Martinet, Potttée, Savigny , Perrot, Gaillard , Ligneau, Genest, Dargy, Uanchard,GhâtiUon,Pi}et,âuértteau, Durant, Boulet, Huerd, Catfaux , Dufay , Pasquier , Guillois , Gatineau, Le Veyer, Percher, Gaultier*, Cbauveau, Vesera , Dinocheau, de Saint- C^msnd , Ituael^ , Robin , Descotiers , de Kocbambeaa, Dnftvt, Baillacbe, Rancogne, Brouillon , Liger , Bailli , VilletBain, F^rdessus père, Barbier, Chabault, Bemilly, Beaovais, Levrard, Delarcbe, Bo&nay; puis les ecclésiastiques : Thibault, JoulRn, Larue , Auger , Girault ; puis des adolescents : deux Pardeseos , G(^er^ Lachesoaie; pjis des famines : mesdames Kmbeoet, Uarcband, Polbée, de la Bourdonnaie, Buffi, de Lusignaa, Cbartier la HMitagne, de Vareilles, de Blot, Beaussier, Dubuisson , Mtissay , Tremault, Fretté, Duret, Cormier, Pasquier, Leddet, Alain, Chiquet, Baigouox, Bemin, Vernaison , Guilk>mel, Leclerc,Glenord, Ikirozai, Duroi, Villiera, sœurdeFavras, Brissolière, Uuchesne et Douaire. Mais en terminant ici celte trisie nomenclature , noua sommes loin de prétendre qu'elle soit
• IlatBlt «pendMrt ton«ia «rtértpopulalre deBroia.
ZUd histoire de BL0I8
complète , puisque le nombre des personnes incarcérées k Blois s'éleva à plus de quatre cents.
Nous l'avons dit, MM. Dubuc et de Salaberry portèrent leur tête sur l'échafeud. Le premier , riche colon des Antilles , fiit vaguement accusé d'avoir favorisé des accaparements , des exportations illicites '. imputations calomnieuses sans doute. H. Dubuc, vieillard presque infirme , vivait depuis plusieurs années retiré dans son château de Chissay, près de Montrichard. Sa fortune fut son crime. Quanta M. de Salaberry, nous lisons dans une brochure publiée à Blois après le 9 thermidor : a Ceux qui n'ont ja- » mais bu avec lui que dans la coupe de la douleur , lui rendent s le témoignage qu'il n'a été coupable que de quelques excès de » facilité et de bonté envers des malheureux.... » L'accusation ■ portait qu'il avait voulu livrer la ville de Blois aux Vendéens; peut-être ceux qu'il recueillit avaient compté dans les rangs des rebelles; mais ils étaient vaincus, fugitif; il eût été absurde de penser qu'ils pouvaient occuper une ville en conquérants, si cette charge n'eût été un prétexte.
Deux autres grandes notabilités du département, le duc de Saint- Aignan et le vicomte de Beauharnais , furent sacrifiés durant la terreur. Le premier était , nous le pensons , un homme inoffensif par caractère ; il était d'ailleurs d'une difformité qui l'eût rendu ridicule daus la mêlée des partis. Bésigné h subir la révolution , dont , assurément , cet ancien duc et pair n'avait pas accueilli les principes , il assistait àla société populaire de Saint- Aignan; il y siégeait à cété de l'humble ouvrier; il la présida même, revêtu des insignes du républicanisme ; enfin il se montrait patriote avec une vérité d'imitation irréprochable. Mademoiselle de Béranger, duchesse de Saint^Aignan, voyait avec plus de regret s'évanouir cette grande existence qui, naguère, lui avait procuré de si suaves triomphes à la cour , où sa beauté produisait une vive sensation. Cependant, on l'avait vue assister a l'une de ces solennités , oti dans ce paroxisme de délire appelé le culte de la raison , on promenait par les villes une jeune fille
affublée en divinité. Madame de Saint-Aigaan , parée des couleurs nationales , s'était montrée à ce cortège burlesque, comme les vaincus autour du char d'un triomphateur romain.
Ces démonstrations ne sauvèrent point le couple Beauvîlliers de la captivité ; il fût arrêté dans son château , conduit à Paris et incarcéré.
La société populaire de Saint-Âignan , tenant compte à l'ancien seigneur du lieu , d'une domination douce et de quelques bienfaits , eut la malheureuse idée de solliciter sa liberté. Vainement un des membres du club , sagement inspiré , représentat-il que M. de Beauviliiers et son épouse , peut-être oubliés dans les prisons de Paris , pourraient échapper au terrible tribunal , et que la pétition proposée, sans offrir aucune chance probable de réussite , allait infailliblement fixer l'attention sur eux. Haïgré celte prudente observation, la pétition partit ; son effet
fut au moins nul ; l'infortuné Beauviliiers monta à l'échalaud, et subit un horrible martyre. Le fatal instrument l'ayant manqué la première fois, il fallut le frapperune seconde:... le sang reûue vers le coeur en songeant à cette mort prolongée. La duchesse , enfermée à Saint-Lazare , se déclara grosse ; le 9 thermidor arriva ; elle fut sauvée. L'enfant du sexe féminin , né de cette grossesse providentielle, avait reçu le nom touchant de Sauve la vie; il mourut jeune, et sa perte dut causer une vive douleur à madame de Beauviliiers.
Quant au vicomte de Beauharnais , on peut affirmer que la révolution sacrifia en lui un vrai patriote. Ce gentilhomme, avec Noailles, Lafayette, Ségur, les Lameth, Dirochefoucauld et quelques autres officiers français , avait fait la guerre de l'indépendance américaine ; on devait donc le trouver , on le trouva en effet dans les premiers rangs des promoteurs de la liberté. Membre de l'Assemblée constituante , il s'y fit remarquer par un patriotisme sage; puis il prit du service dans les armées. Il commanda un moment celle du Rhin , à la tête de laquelle il ob-
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â9o HISTOIRE DB BLOIS
(ïDt quelques succès. Mais, alteint par le décret qui éioignait les nobles des légions de la république, il remit le commandement qui lui était confié au général Landermont, et se retira à son chi^teau de La Ferté , en Sologne.
Alexandre de Beauharnais vivait dans sa retraite avec tout le calme d'une conscience pure et d'une conduite irréprochabte ; il avait rempti ses devoirs de militaire et de citoyen. Celte sécurité l'abusait : au momentoù de la Montagne tombaient chaque jour des avalanches d'accusalionâ , l' ex-vicomte fut appelé à la barre de la Convention. Une grande partie de la population de Bomorantin et des communes environnantes , qui comprenait mieux, le danger de Beauharnais que lui-même , voulait l'accompagner et se porter en masse à la barre pour le réclama- et le défendre. Peut^tre eutr-il raison da penser qu'un tel élan de popularité pouvait lui nuire plus sûrement qu'il ne le servirait; il repoussa les instances de l'immense cortège qui lui offrait son concours ; et ne croyant rien avoir à redouter , il se rendit à Paris sans crainte.
Que de confiantes erreurs d'une telle nature furent commises alors I Beauharnais, accusé d'être resté inactif durant quinze jours avec l'armée du Rhin , fut déclaré responsable de la reddition de Mayencc. Vainement opposa-t-il à cette vague imputation des considérations stratégiques dont Carnot lui-niéme reconnut la justesse, L'infortuné général fut condamné, comme Gustine l'avait été : l'écusson de l'un et de l'autre était leur crime; ils devaient l'expier sur l'échafaud. Beauharnais , à ses derniers instants, recommanda è Joséphine Tascher de la Pagerie, sa femme , emprisonnée aussi , les deux enfants qu'elle lui avait donnés. La destinée, une destinée éclatante àsonborÎEon, veillait sur elle et sur eux : Joséphine monta au premier trdne de l'Europe , et le vit tomber après en être descendue avec une magnanime résignation. Uortense , sa fille , occupa un autre trâne, éevé par Napoléon et qu'il brisa ensuite d'un seul coup de son
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redoatable sceptre. Et le Taillant Eugène, sans avoir ceint nne couronne, se Ht respecter des souverains dont il eût pu devenir l'égal , même après la chute âe son immortel beau-père.
Telles furent les énormités oommîses dans le Blésois darant ce régime terrible , dont il n'est pas temps encore d'examiner les causes et le but, quoiqu'on ne puisse hésiter à déplorer les maux qu'il déchaîna sur la France. Nous devons ajouter d'ailleurs, avec la franchise de l'historien sincère, que des précédents qui pouvaient , non pas justifier , mais autoriser des mesures rigoureuses, au point de vue d'un républicanisme absolu, furent révélés aux représentants en mission dans le département de Loir-et-Cher ; et quelle révolution , en sévissant , s'arrêta jamais aux limites de l'équité. Enfant du Blésois, peuWtre flatterons-nous nos compatriotes à l'heure où nous écrivons, en disant que leurs pères , ainsi qu'eux aujourd'hui , se montrèrent, de 1789 à 179S, les ennemis d'une nationalité turbulente; mais au sein du péril dont la patrie ne pouvait sortir que par l'énergie de tous ses enfants, si la tiédeur d'une partie des citoyens n'était pas précisément un mme, au moins devait-elle servir l'audace des étrangers et contribuer à leur livrer le pays. Dans le chapitre suivant, nous relaterons avec l'impartialité dont nous avons dès long-temps donné des preuves, les actions des vainqueurs du 9 thermidor , sur le territoire où nous venons de voir opérer la terreur; les bons esprits reeonoaitront avec nous, assurément , qu'aussi virulente que le terrorisme dans ses excès, cette réaction sévit au nom d'une vengeance qui n'avait pour mobile ni le salut ni l'intérêt de la patrie, et que l'on vit bientôt dégénérer en trahison ouverte. Car , il faut que nous le déclarions ici, l'écrivain consciencieux, écartant toutes les suggestions dé l'esprit de parti , doit considérer comme une trahison flagrante toute tenlative contre le gouvernement adopté par l'universalité des citoyens, surtout lorsqu'on attaque dans l'ombre l'ordre de choses que , par un serment solennel, on a
juré de défendre. Or , le coup-d'état de thennidor fut conUoné, nous le savons tous, par la conspiralion de Clichy; et les vaincus du 48 fructidor furent des traîtres, au jugement même de Louis XVlll , qui devait profiter do leur attentat.
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