‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculésChapitre 19 sur 24 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Fin «le 1» révolution. — lia p^dode n»pol^nlenne dMisleBl^oolK.

Lss révolutions opèrent des métamorphoses aussi rapides qu'étranges : en vinglrquatre heures elles reconnaissent un crime dans la vertu de la veille, et le scélérat du jour qui luit sera l'homme vertueux du lendemain. De combien de témoignages , fournis par nos annales modernes, ne pourrions-nous pas appuyer cette assertion , non compris la réaction du 9 thermidor an III , dont nous avons à signaler les effets dans le Blésois.

Quel jugement porter sur Robespierre, ce Baal révolutionnaire qui tombait noyé dans les tlots du sang qu'il avait répandu ? On a dit de cet autre Scylla , ce Scylla à pied , comme on le nomma après sa chute , qu'il n'avait suivi aucun plan , ne s'était pénétré d'aucune donnée nettement tracée; que loin de disposer de l'avenir , il était entraîné par lui et obéissait b Dire

impulsion qu'il ne pouvait ni suspendre, ni diriger. D'autres ont avancé que le chef du parti montagnard n'avait pour mobile que l'amour de la destruction ; qu'il couspirait uniquement pour miner des prospérités et éteindre des existences. La première de ces opinions serait soutenue avec quelque probabilité, car au sein d'une effervescence politique, ce qu'il y a de moins défini, c'est le but qu'on se propose. Quant à cette passion inqualifiable qui, sans cause, sans projet arrêté, eût multiplié les victimes, elle n'a pu être supposée que dans l'absence du plus infime raisonnement. Nul être sur la terre ne détruit pour le farouche plaisir de détruire, qui n'est lui-même qu'une chimère des esprits étroite Le tigre du désert déchire l'homme pour se défendre ou pour satisfaire sa voracité; le brigand assassine le voyageur pour s'emparer de son or ; l'ambitieux frappe son concurrent pour se débarrasser d'une rivalité; J'amant devient meurtrier pour anéantir une rivalité plus cruelle encore à ses yeux. Bref, en explorant toutes les régions de ia fureur on de la perversité, un ne rencoittrc nalte pari la destruction gratuite. Elle n'est pasdan» la oaliira: l'amour du sang ne peut naître que d'une anomalie intellectuelle, et Robespierre n'était pas fou. Lorsque ce despote disait, avec un atroce sourire, je régéaère la Dation , peulri^re laissai t41 pénétrer plusavanl qu'on ne l'a peDâé dans ses prcyets; serait-il donc a hasardeux d'avancer qde ce doistnateot s'e&rçait d'user la révolutiou par la vélocité meurtrière qu'il imprimait à sa marche. Or, quand la révolution eût été broyée , aoéâDlie par les après frottements de ses rouages , il n'eàt resté è la nation qu'un seul moyen de salut L le retour aux vieilles institutions. Mais dans cette hypothèse, quel était le chef de la restauration que pouvait seproposer le dktatear montagnard? Bonaparte anticipé, RobesjMerre édifiait- IL pour lui-même, daus sa pensée, un trôoe fonné d'élémenta révoluttonnaires ; ou songeait-il à ressaisir, à rassembler les d&ris du trône de Louis XVI, au pied de celle Montagne contre lâquellfl il s'était brisé ,' pour y replacer un Bour-

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ET DE SON TERRITOiSE. 303

bon, qu'il se fût flatté de gouverner à la manière des anciens maires du palais? C'est à ce dilemnie qu'une sage judiciaire doit s'arrêter , en admettant les incertitudes , les tâtonnements d'un système vaguement arrêté , et. toujours beurté par le cboc des partis divers.

Et si l'on examine niatntenanl quel était , d'un bout à l'autre de la république , le concours des agents de la Montagne , dans un état de choses aussi peu défini , on ne peut voir en em que des instruments plus ou moins passifs... Traduit i la barre de la Convention, Fouquier-Tinville s'écriait : a L'Assemblée a » mis la terreur à l'ordre du jour ; elle a proclamé l'extennina- » lion des rebelles; les comités me les envoyaient pour que je » remplisse les formalités du jugement ; je n'ai fait qu'obéir à M vos ordres, citoyens représentants, et vous m'accusez... Le- » quel de vous m'a lait entendre une par<rie de réprimande t Le K sang découlait de la bouche de tous vos orateurs, et vos dén crets surpassaient encore votre tribune... Si je sois coupable, » vous l'êtes tous , et j'accuse l'Assemblée entière. Je n'ai été > que ta bacbe de la Convention... Punit-on une hacbe? » Ce que Fouquier disait de lui ne doit-il pas s'appliquer à cette multitude de séïdes qui , par uue fanatique conviction ou par crainte, obéissaient, en 93 et 94, au parti jacobin? Celui-ci avait accusé et frappé presque toujours aveuglément ; la réaction thermidorienne ne se montra pas moins aveugle dans les punitions qu'elle infligea.

Tandis que l'accusatenr public se défendait & la tribune conventionnelle , de nouveaux commissaires , sortis du sein de l'Assemblée, se rendaient dans les départements avec la mission d'incriminer les rigueurs qu'eux-mêmes avaient autorisées, soit par leurs votes conSrmatifs, soit par la lâcheté de leur silence. Le premier représentant qui parut à Blois après le 9 thermidor fut Breval : il ne s'occupa guère que de faire exécuter la loi du maximum, et de hâter le départ des militaires pour rejoindre leurs corps. Le député Porcher , sénateur des temps fu-

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