INTRODUCTION
'iHPASTiALtTÉ , cette conscience spéciale de l'historien, ne consiste pas seulement à présenter les hommes et les choses sans prévention , favorable ou contraire ; il faut encore que l'écrivain recueille , dans l'espace des temps , tout ce que les destinsy ont laissé tomber d'événements, de \
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de renomniées. En matière d'histoire, l'ouUi estplua qu'une faute aux yeux de la critique Bévère; c'est un délit commis avec préméditation. Il y a tant de lumières répandues aujourd'hui sur la route battue qu'on nomme les siècles écoulés, qu'on se refuse de croire à la possibilité des omissions historiques : le scepticisme, cette essence des penchants eontemporains , ne voit dans ces lacunes que les spéculations de l'opinion , au préjudice de la vérité. M'osant se faire partial par les appréciations, l'annaliste infidèle se fait oublieux.
En considérant sous ce point de vue le sujet que nous abordons, l'exemple viendrait aisément à l'appui de nos assertions. Jusqu'à ce jour, les historiens du Blésois ont retracé trop exclusivement ce jeu du pouvoir , quelquefois bienveillant, plus souvent terrible , appelé la domination , ou , si vous voulez, le goavernement : dénomination spécieuse, inventée pour déguiser ce que l'autre of&e d'absolu. Ils ont étalé complaisamment la pourpre des comtes et des ducs ; leurs chapitres sont tout luisants du reflet de l'écu féodal ; on a pu compter, dans leurs récite, les clous d'or semés sur l'armure des Capete , des Châtillona , des Valois , des Bourbons. Peutêtre , sauf la description archéologique de l'habitation
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princière, a-t-on dit tout ce qu'il y eut de aplendenr dans la vie des comtes de Blois; tout ce que les fils d'Henri 11 accomplirent d'attentats dans cette admirable construction de la renaissance , qu'après deux siècles de délaissement et de profanation les arts vont enfin restaurer.
Hais les annales du Blésoisontà peine signalé Texistence des populations qui végétaient dans leurs chines féodalea, an pied des tours crénelées, ou qui labouraient la plaine arrosée de leur sueur , pour y faire germer les redevances promises au seigneur. Il est vrai qu'au moyen-âge les destinées des peuples étaient si étroitement gorottéea , qu'il pouvait être difficile d'en observer l'action , et dangereux d'en révéler l'esprit, si l'on parvenait à le saisir. La plume , comme le soc du laboureur, était esclave. L'écrivain , n'ayant à choisir qu'entre les bienfaits réservés au panégyriste et la persécution promise à l'homme indépendant , optait en faveur de la servilité ; et le peuple de chaque province n'eut une histoire que lorsqu'il fat devenu partie intégrante de la grande nation.
Or, c'est précisément à cette époque que les historiens les plus modernes du Blésois ont borné leur tâche : après
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la réunion du comté , ils n'accordeat plus que quelques pages à la mention des faits. Ils passent sous silence, et la vie publique, si agitée, si maladive aous le règne du grand roi , par la révocation de l'édit de Nantes ; et les débats survenus , durant le règne suivant , entre les parlements et la couronne, débats qui amenèrent à Btois une importante section de la justice souveraine. Pais , lorsque la révolution éclate , lorsque les descendants des serfo du comté de Blois reçoivent le baptême civique , il □'y a plus d'histoire possible pour les écrivains de la Loire moyenne : il n'y a plus d'histoire au moment mdme où les masses desceodent dans la lice historique, et donnent des illustrations , ou civiles , ou guerrières , aux fastes du pays. Un nouvel académicien , dont nous estimons d'ailleurs le talent, n'a rien trouvé qui pût être légué à nos neveux , des faits et gestes d'un Loir-et-Chéri&t i il a Jeté sa plume d'historien dans l'abime révolutioonure où se sont engloutis les prérogatives et les jmviléges de la vieille noblesse.
Nous ne pouvons ainsi bîfter des annales blésoises les cinquante-six années qui viennent de s'écouler : à chaque époque , à chaque contrée , lagloire et le blâme mérités; c'est dans une juste 'répartition de l'une et de
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l'autre que réside l'équité historique ; de cette pondération consciencieuse découle la leçon que les temps passés offrent aux temps futurs. Tout en rendant hommage au livre de Bernier, qui, du moins, présente la réunion de matériaux à mettre en œavre ; tout en reconnaissant la remarquable exécution du volume de M. de la Saussaye, intitulé lbCbateàudeBloisj dans te cadre malheureusement trop rétréci que cet écrivain s'était ouvert, il nousa semblé que l'histoire complète de la ville de Blois et de son territoire était encoreàfaire, surtout en considérant les limites chronologiques imposées à Bernier par ta nature , et à M. de la Saussaye par l'idée qu'il s'est faite de la stérilité historique des temps modernes, dans l'ex-comté réuni à la couronne par Louis XII. Nous venons après ces deux historiens sans nous flatter d'atteindre le but que nous nous proposons, mais avec l'espoir d'en approcher.
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