‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculésChapitre 3 sur 24 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lie Wtém^m meum les Romain» «t a

Là où l'autorité des plus anciei^ bistorieDa ne nous éclaire point encore, il est absorde de vouloir fixer d'une main sàre les origines. Si l'on peut s'aventurer jusqu'à un certain point dans la voie des conjectures afin d'y reaoontrer quelques probabilités , il est insensé d'ériger celles-ci en sy^ms arrêté pour essayer d'en faire sortir des convictions. Avouons donc franchement qu'on sait peu de chose sur le Mésois avant l'invasion nymaine. La seule donnée authentique remontant à ces temps reculés que l'on puisse admettre avec confiance , c'est que ce pays , couvert d'épaisses fwéts durant l'ère celtique, appartenait à la vastâ contrée sur laquelle s'étendaient les peuples cmnposant )a contedératioD des Camutes ( Camutet fœdêmti). Lorsque Joles- Gésar conquit la Gaule , le territoire habité par ces peuples comprenail l'Orléatais jusqu'à la Loire , le pays Chartrain , une partie delà Touraine, le Haine et l'Anjou ; il atteignait, à l'ouest, les confins de l'Arniorique. .Alors les terres que devait comprendre un jour le comté de Blois , étaient une portion bien peu

2 BISTOIBE DE BLOIS

importante de celles des Camutes, et formaient le littoral du pays Chartrain. Cette position , bordée de coteaux et fortement boisée, réunissait toutes les conditions convenables pour un posté militaire, puisque la Loire, dont le cours était beaucoup plus large qu'il ne l'est aujourd'hui , séparait ici les possessions chartraiues du pays des Bituriges (les Berruyers]. Aussi les Romains, moins jaloux , quoiqu'on ait dit César , de prévenir les guerres des peuples entr'eux que de s'opposer à leur coalition, durent-ils s'empresser de construire une forteresse sur le territoire qui nous occupe : forteresse qu'ils nommèrent Castrum Blesense. Nous soupçonnons toutefois que cette dénomination pouvait ôtre primitivement Castrum felsen^e, que l'on traduit logiquement par forteresse de la Beauce; tandis que Blesense ne nous présente qu'une origine ingénieusement trouvée , mais douteuse , en la &isant venir des mots celtiques Bleiz, Blaiz, Blezian (pays à loups ) . n est assez peu probable , d'ailleurs , que les maîtres du monde, en construisant un fort destiné à défendre la Beauce, n'aient pas adopté un nom qui rappelât cette destination , plutôt qu'un mot gaulois, auquel ils né pouvaient, eux, attacher aucune idée rationnelle; et l'on sait que les Romains raisonnaient tout ce qu'ils faisaient ou disaient.

Quoi qu'il en soit du véritable nom de ce castrum , il est vraisemblable qu'il fut construit sur le coteau que couvrent aujourd'hui les quartiers les plus élevés de la ville , non loin assurément de l'emplacement où Ton a bâti depuis le château , peulr-être sur ce terrain même. En ceci encore , le raisonnement vient à l'appui des conjectures : selon les plus anciens monuments historiques, les premiers habitants de Blois occupaient une Ue de la Loire nommée par les Romains InSula Everma : c'est le faubourg actuel de Vienne, réuni au littoral de la rive gauche du fleuve par la disparition de son bras méridional, dont nous reparlerons ailleurs. Sans doute, les Camutes avaient fait d'Insula Evenna une position retranchée, une sorte de refuge en cas d'invasion , . ' comparable à l'tle dite de la Cité à Paris. Or , les conquérants ,

afin de contenir cette peuplade , ne pouvaient mieux làire que de s'emparer des éminences qui dominaient l'Ile : cette occupation était inspirée par la plus simple notion stratégique. Néanmoins, ni sur les hauteurs de'Blois, ni dans les quartiers bas , on n'a découvert la moindre trace de construction romaine, si ce n'est peut-être l'aqueduc taillé en plein roc pour amener l'eau dans la \ille : ouvrage attribué , sans assez de preuves , aux Romains. On sait, du reste, que ces hommes prodigieux , maîtres de la civilisation comme de l'Univers, étaient étrangers aux connaissances hydrauliques , et se livraient à des travaux herculéens aux bords mêmes des rivières, dont ils ne savaient pas élever les eaux à quelques pieds au-dessus de leur niveau. * Malgré l'absence des monuments proprement dits , on ne peut douter que les premiers dominateurs de ia Gaule n'aient eu un établissement à Blois : des découvertes d'objets antiques ont été faites à diverses époques sur ce territoire. Nous devons citer particulièrement un tombeau contenant des Sgures sculptées , que Hontfaucon , dans son Antiquité expliquée , attribue aux Gaulois , par une erreur commune aux antiquaires de son temps , mais qui révélaient évidemment le travail d'une nation inspirée de l'art grec.

D'autres objets appartenant à la période gallo-romaine ont été trouvés rue des Carmélites, à 15 pieds de profondeur: cettedécouverte consistait en une clef antique, que la Société académique de Blois a fait dessiner, et en fragments d'un vase de terre évidemment de fabrique romaine.

D'un autre côté, des parties encore appréciables d'une voie romaine ont été retrouvées dans le Blésois : elle établissait une importante communication entre Chartres (<4nlrtcutn), capitale des Carnutes ; et Bourges {Àvaricum), capitale des Berruyers",

• Cm deux Tlllescurent tour4-touTrbonaeur d'être la métropole delà Gaule

celtique : Bourges d'abord, Chartres ensuite el. Jusqu'au Jour de l'ioTasloa romaine.

en passant par Ghâteaudua et Bloîe. Ou a découvert sur ceUe voie nn assez grand nombre de médailles impériales. ToiU récem>meDt , M. de la Saussaye , membre de l'Académie des inscriptions et bd)es-lettres,ayant£ait pratiquer des fouillesintelligeutes dans la forât de Boulogne, prës£lois, y a recueilli plusieurs objet s d'antiquité romaine dignes d'intérêt ; et tout porte à croire que le terrain fouillé était voisin de la routa militaire de Chartres à Bourges. En continuant d'interri^er cette terre jadis foulée par les légions romaines, peut-être rencontrerait-on les débris d'une des stations appelées mansio, que ces corps armés improvisaient dans leurs marclieSj et dont quinze ou vingt siècles n'ont pas anéanti partout les traces. .

Nous devotks dire à ce sujet qu'un de ces établisseutenta , que nous croyons l'une des ruines romaines les mieux conservées qui existent en France, se dresse avec lierté sur la rive droite du Cher , au bom-g de Tésée , le Tassiaca de la table de Peu> tinger. Ce monument qui , nous en convenons , ne prouve rian quant au séjour des Romains à Slois , peut au moins être étudié comme le type architectonique de la mansio romaine , et , soos oe rapport, H appelle toute l'attention des archéologues éclairés de notre époque.

A moins d'un kitomètre du faAibourg de Vienne et dans la direction que devait suivre la route antique de Chartres à Bourges, on voit une longue suite d'arches sous lesquelles croupissent, çà et là , quelques mares d'eau: c'est l'ancien Pimt Ch^tram. Au XT.' siècle encore , le grand bras de la Loire baignait les piles de ce monument du x.* ou xu' siècle, attribué par ^reur aux Romains, mais qui remplace assurément un pont qu'ils avaient construit sur la voie dite chartfaine.

Nous croyons en avoir dit assez pour établir la certitude que les Romains eurent à Blois, sinon un grand établissement , du moins un de ces camps ( castra stativa ] assez importants pour devenir l'ongine d'une ville. Mais à quelle époque précise les conquérants s'établirent-ils dans le Blésois? voÛà le point qui

jwqa'è ce jour hdus seinbte pen ^clairci. Abusivement saos doale , on a bit ks honiHiurs 6 Mes-Céear d'âne grande partie des ^tendides eonsCriKtions ^i , dorant )'<époqne gal1o-n>naine, cocnrireot les tianles : c«tte figare bénSque ressort arec tant d'éc^ ées annales de t'àatiquîlé, qu'on s'est p4a a, fui prêter toutes les f^res, tons les élans au génie. U «&t cependant avéré que >e rival de Pompée , souvent occupé de soumettre les peni^es conquis, plus souvent obligé de combattre ses ennemis du sénat , ne construisit sur le sol de ses conquêtes que pour les besoins ou la sbvtédeslégioasqu'ilconnDaiMiait : sous ses mains «t ceHra'de ws ^^ueiriers , on m vit ^re ^iter que )e fer; ce Alt à la voâx de ses ssoceasears , surtout à c^ d'Auguste , que les chaînes de nos pères fureoit dorées , et que les beaux-arts , enfants d'Athèara et de Bome , Hmércnt kws merveilles sur la terre gsoloise.

d^nis QapoBt, eélibre jurisonnsRlte btéseis , n'hésrte pas h faire remonter jusqu'à César Vexisteiice d'un «amp txHnain è Mois : &e$at civ^atem-SHb Caioris lempora ab ejus mUilibm in. m loca missis conditam accepimus *. Hais , si l'on doit accepter avec qudqne Péserve rautôrîlé de ce grand légiste en Tnatière d'hisUtire , il ne f^nt pourtant pas la repousser sans examen. Nous ie répétcns , tout porte à ercrire , en effet , que les Romains dorent s'établir de bonne heure sur cette partie du pays Char~ train , appelée de ieur temps Pag%is Bksenrit ou Belseneis : la présraice d'un fleuve dont ces «onquérants savaient tirer un si boa parti ; les «ontRUmications sans dmAe déjà «distantes «itre les damâtes et les Berniyers ; enfin , et comme noos Tavons déji dit, la néoessîté de prévenir leur alliftiice , offensive aux vainqueurs , -en plaint sop la frontière respecfive des deux nations gM^eises une £>roe imposante ; tcïs sont les motifs qui semUrât milita poor l'opiiuon ^anise par Dupont. A ces considérations d'unordre majeur, il faut ajouter que César lui-même **

*• Commentafres , livre» VUelVUI.

6 HISTOIBB DE BLOIS

nous apprend que les Carnutes , avant l'occupatiOD romaine , avaient un établissement (oppidum CamtUwn) au lieu que le général historien nomme Gennabum, et qui n'est autre qu'Orléans, Or , il parait naturel de penser qu'au moment où la révolte gauloise commençait précisément dans Germatnan, un guerrier aussi expérimenté que César n'aura pas omis de faire garder le cours du Qeuve, sur tous les points oix les Carnutes pouvaient se joindre aux Berruyers pour répondre à l'appel de Vercingétorix.

Dans cette prudente combinaison de précautions, la voie chartraîne n'aura pas été oubliée : le pays de Chartres était pour les Gaulois ce que la Mecque est pour les Mabométans : ils se rendaient de toutes les parties de leur vaste contrée, au lieu appelé la Garetme de Poisvilliert , où , selon l'historien Rouillard , se trouvait le principal collège des Druides , ces véritables souverains de la Gaule. On sait toutefois que César ne put prévenir la redoutable influence du sacerdoce gaulois, et la révolte qui suivit de près l'invasion romaine fut surtout excitée par les Druides.

Après avoir admis, comme très probable , l'occupation du Blésois par l'armée romaine, dès les premiers temps de la conquête , il faut retwnnaltre que rien ne donne à penser qu'il y ait eu sur ce point un déploiement remarquable de la brûlante civilisation antique : là nul vestige révélant l'existence des temples*, des cirques , des thermes , des palais dont on retrouve les ruines, plus ou moins importantes, partout où des cités gallo-romaines existèrent. Les Bomains n'avaient évidemment à Blois qu'un poste militaire , mais d'une certaine force numérique, si l'on doit considérer comme ses annexes deux localités voisines, dont les noms latins , à moins que l'orthographe n'en ait été altérée par les chercheurs d'origines , rappellent des destinations

* C'eat am assci de preuves qu'on a rapporli qu'on temirie de UercDK avait exlstd sur l'emplacement du couvent de SaUnt-Laure , «t un temple de Jupiter sur remplacemeot de l'é^se Salnt^^uveur.

romaices. Selon les plus anciennes traditions, la désignation primitive du boni^ d'kerbiatlt était Herbarium Cœsarit, parce que César réunissait sur ce territoire les foins nécessaires à la cavalerie cantonnée dans le ftagus Blesensis. Un autre boui^ sitaé près d'Herbault, et qu'on nomme maintenant Orckmse, était appelé jadis, toujours d'après les mêmes traditions , Horrea Cœsaris , grenier de César , parce que ce général y avait placé l'entrepAt des approvisionnements destinés aux cohortes stationnées dans le Blésois.

Pour réduire l'importance du Blois antique à sa juste valeur , disons qu'il se forma , à une époque peu déterminée, auprès de la forteresse , un bourg que l'on croit avoir été dans la suite le faubourg du Poix *. De là sans doute la distinction établie entre le fort et les habitations groupées sous ses murs : le premier conserva le nom de Castêllum {castel, puis chastel an moyenâge) ; tandis que la réunion de demeures que protégeait cette forteresse reçut la désignation de Castrum.

Que dire des habitants de ce bourg et du pagm Blesensis en général, étudiés durant la période gallo-romaine, si ce n'est qu'ils adoptèrent , beaucoup plus qu'ils ne les subirent , les mœurs romaines : ces Gaulois , dont l'empereur Julien nous a peint les inclinations inconstantes et légères , se lassèrent promptement d'agiter le joug que Rome avait attaché 'à leur front ; bientât ils s'enivrèrent du parfum des fleurs dont elle l'avait recouvert , et se laissèrent éblouir par l'or qui l'embellissait. Au sein de cet entraînement , les Garnutes des bords de la Loire , ces ancêtres des hommes que Le Tasse accuse d'une mollesse quasi-sybaritique , ne durent pas être les derniers à laisser conquérir leur naturel et leurs goûts par l'influence d'une civilisation voluptueuse, par les caressantes illusions d'une théogonie aussi douce que le druldisme était austère et souvent cruel. Tant que

* Bargvt de fitat, ou du Au. Nous dlrou plus tard d'où Tient cetle déilgni-

8 BIBTOItB SK H.018

ce sacerdoce législateur 3>ut, du fond des foréte, doaàaer tes conscieoces, il perpétua contre BomeunesortedeguerresMiile, plutôt qu'une défense obstJDée de l'indépeDdsiBce{;aaliH8«. Cette résistance cessa quand les GmiIois conouraot le pagaonne, ce flatteur comptaisaut de toutes les passïoiM. Les lances inotaines se lussent peut-étra éiuoussées sur l'aide aacrée de la Gaide; les séductions récarlèrwt.

A part la couquéte des penchants gaaloîa, qui «uivit «fe pr^s l'invasion de la patrie, peu d'événements ont percé le voile épais doDts'environaerUataireduBléâois.flousladoniimkioDroaiaœe. Dans un pays couvert de forêts, qu'inierrompeient à peine I» forteresse et le bourg ooDstniit sous sa protectim , les ind^tees ne purent , duis les premiers ten>p8 , avmr qu'une existeuoe politique tort obscure. La vie romaioe était trAp ralfinée, trop empreintede^ilendeurs.ntéme au milieu des eipéditionsfoerrières , pour sympathiser inliBieinent avec cette population chasseresse ou pécheiise. L'absenoe de tout édifice aotit^ daas l'ancien comté de Blois pixmve, ce nous aanUe, <foe, saus d'autres rapporta que i'oecupation inlitùre , oe pagae fa» peu l'attention des Bomaios : il est évident <]u'ils n'y placèrent point de haïuts magistrats, et que b d^;at(é séaatw^e ne fat donnée à aucun de ses boitants.

Selon les plus aoctomes ittrtiona historiqaes ipi'on «it recueillies, les insulaires deVieanetiiuuJaAÎeRtta) s'occupaient excljsivenent de pédie et de navigatioii ; peut-être a'esi-ce pas SBOS vraisemi)iaBc« que l'sn croit rasanfoer encore «ojourd'hul, chez leurs desoerdants^dea neewrsse rapportant à ces profesaons. Quant aux babitants du bourg , ils devaient vivre dans uue tdle dépendanoe de la garnison dn fort, qu'ils ne pouvaient tenir que d'elle quelques élàoeiits de prospérité. U est à présumer que des citantiers farentétaUisè Blois pour U construction des galères que les légions romaines entretenaient sur les fleuves , et qui servaient au transport des approvisionnements ondes troupes, et que les habitants contribuërent à ces travaux.

ET D£ BON TBUtlTOlBE. -9

Le chnsliaDismfi pénétra assez tard dans le psys chartram et s'y établit \eiiteiaent : ce ne fat guère qu'au miÛeu da t.' sièclie , que la vraie religion prit quelque empira cfaec los Camutes des bords de la Ltare. Solemnis (saîst Soleaae), qoi vivait vers i90 , passe géBéralemeat pour avoir conaotidé la foi chrétienne dans cette contrée. Le paganisme y résista plus langteœps, peut-être, que n'avait résisté le druidiame, au centre même de 5a puissance. Rien ne prouve mieux l'ascendant qoe la splendeur des rites peut exercer sur les âmes ; et l'esecipîedes païens, ea ceci coimne en tant de choses , ne fot pas perdu pour les fondateurs des églises grecque et catbdique romaine.

Il faut se défier de tout ce que les chroniqueurs et surtout les légendaires ont écrit sur le Blésois et se rapportaat aux temps antérieurs à la &i du n.' siècle , puisqu'ils ont signalé des événements majeurs passés sous silence par Grégoire de Tours , qui renoua les premiers fils de notre histoire , ron^Mis après Jules- César. Or, la première mention que le prélat historien fasse de Blois f /n glorià amfessorum) se rapporte à une chapelle dédiée à saint Pierre , et qui , dès l'année i50 , existait *u pied du coteau sur lequel fut construite depuis l'église dont saint Solenae était jadis le patron. Ajoutons qu'à l'époque où Gré^iro écrTraût, il fallait que cette ville eût acquis déjà uoe certaine étendue , puisque, dans la mention dont il s'agit, il la qualifie de capitale. Il ne fendrait pourtant pas outrer la signification de ce mot : cette capitale ne pouvait être que celle du pagus Bksemù , oa , si l'on veut , du comté de Sloîs.

Un point histarique bien constaté selon Valois, c'est qoe les Romains, harcelés versl'an i38 par les Angevins et les Bretons, ^ipelèrent à leur aide les Bourguignons et les Alains*. Ainsi secouru, le patrice Aétius parvint à vaincre ks révoltés réuDis sous le Dom de Ligva armorique , et replanta ses aigles sur les

a Stmgibaao, regt

bords de la Loire , que les légions romaines avaient dû ahandooner. Mais œ n'était pas avec désintéressement que les auxiliaires des Homaios avaient combattu dans leurs rangs ; se prévalant de cette assistance, ils en exigèrent la récompense; Âétius répondit généreusement à cette exigence en abandonnant à ses alliés un vaste territoire sur les bords du Ûeuve. On ne sait pas précisément où commençait cette concession territoriale du câté de l'Orléanais ; mais il paraît hors de doute que le Blésois en faisait partie , et nous pensons , avec plusieurs antiquaires , que la pile de Cinq-Hars , ce monument antique que tant de savants vont étudier au-dessous de Tours , pourrait bien être l'ancienne limite des terres cédées par Aétius aux Alains et aux Boui^ignons.

On voit que si les Romains furent dessaisis du Blésois, ce ne fut que vers 438. Jusqu'alors ils n'avaient pas été sans doute paisibles possesseurs des rives de la Loire , où les Wisigotbs et les Francs s'étaient souvent présentés en aventuriers; mais on doit regarder comme estrémement apocryphe ce passage du Spectateur ou Socrate moderne , mentionnant un édît de Pharamond t-endu dans la ville de Blois , contre les duels , avec ce préambule en style du xvin." siècle, a Pharamond, roi des Gau- » les , à tous ses bons et fidèles sujets, salut. . . ; et se terminant » par cette formule : Donné en notre cota- de BUns , le 8 fé- B vrier iSO , de Botre règne la seconde année, v Quand Pharamond serait un personnage incontestablement historique , ce qui n'est nullement prouvé, il ne tombe pas sous le sens que ce prince, à une époque où les Romains avaient encore perdu peu de leur puissance dans les Gaules, ait pu dater ses édita d'une cour de Blois que , dans S£i carrière nomade , il ne dut pas même songer à établir.

Sous les rois Mérovingiens , et lorsque les enfants de Clovis se furent partagé ses vastes états , le Blésois ât partie du royaume d'Orléans. Nous pensons qu'il continua alors d'être gouverné par un de ces comtes {Prœsides) dont l'établissement remontait

ET DE SON TERRITOIRE. 1i

au règne de l'empereur Alexandre Sévère. Copistes respectueux des ÏDStitutioDs romaÎDes , les rois francs de la première race n'accordèrent pas à ces dignitaires plus de pouvoir qu'ils n'en avaient eu précédemment : ils n'étaient que les représentants du souverain.

La domination des premiers gouverneurs ^ncs du comté de Blois est obscure : Grégoire de Tours rapporte cependant que les peuples du Blésois et de l'Orléanais , réunis , combattaient en 58i contre ceux du Dunois et de quelques autres divisions du pays Ghartrain , et que cette guerre civile fut terminée par l'intervention des comtes ( intercedentibus comiHbusJ. Quels fiirent ces délégués de la couronne dans le Blésois , jusqu'à la fin du vni.' siècle? on l'a toujours ignoré. Guillaume*, premier comte de Blois dont l'histoire ait consigné le nom , était contemporain de Louisle-Débonnaire ; il devait le jour à Théodebert , aïeul de Huguos- Gapet. Il combattit auprès du débile successeur de Charlemagne , dans la guerre qu'il fît h ses fils. Le comte Guillaume contribua à soumettre ces princes rebelles , lorsque Louis t leur alla couper » le chemin auprès de Blois, dans l'endroit où la Cisse se joint à ■ la Loire , lequel porte le nom de Chouzy**. *

Après cette victoire , l'empereur eut avec Lothaire , qu'il venait de vaincre, une entrevue à Blois, sans doute dans la forteresse construite par les Bomains***. Mais Guillaume ne fiit pas témoin de cette conférence : il avait péri en combattant sous les bannières impériales. Son fils Eudes *""* lui succéda en 834.

** Dupltix, tono I , page A33.

*** L'blatorlen anonyme de Loula-Ee-Débonnalre est le premier écrlTaln qui »fi manllouné le Qom de la ville de Blois i eattnim Blileiue ; c«tul du pajs : pagui Bleimiit , avall été cilé , dis l'an 800 , dans une charie de Charlemague.

**** Ou Odt , signifiant riche ou beureuz , ^èloii l'auteur de la Noike mentionnée dans la noie précédente.

IS USTOIItE DE BLOrS

Le rè^H da comte Eudes fut rempli de vicissitudes : les Normands assailbrent deux toê (en 854 et 857> la ville de Blots. Lofa de la première invisioa , ils brftferent cette malheureose cilié, cMtstniit* entièremeirt en bois, selon l'isage du temps; les habitants, fugilirs, durent se retirer dans les forêts. Hais te cUleau rànsU avx bariinres : leur foreur se brisa contre cet ouvrage d'an» puïEsance qu'ils ne possédaient point ; te génie. Soœ )e comte Eudes, l'hérédité des gouvernements n'éUit pas eneore un droH légal, mais un fait toléré avec toutes ses ornséqnenees. Ainsi ce prince n'aj-aol pas en d'en- (aats, le comté passa en 8S5 A son neven, Robert dit le Port , fils de Bobwl , comte de Tours, et lui-même comte de Tours , de ftcie et duc de France. Ce prmce illustre, qui fat le bonclter de la monarchie, héritage que le destin réservait h ses descendants , eut trop de combats k soutenir , trop de terres à défendre c«otre les redoutables aventuriers dn Nord , pour avoir pu s'occuper du c<unté de Kois particulièrement. Sa présence dans cette partie de ses vastes domaines ost cependant constatée par une charte donnée an chitean de Blois en 865. Deux ans plus tard , Robert-le-Fort , trop co&fiant dans une victoire qu'il venait de remporter en Anjou snr les Normands, tombait oiortdlemeDl frappé d'un trait lancé par l'étroite fenêtre d'une église , où le vainqaenr tenwt ses ennemis resserrés.

Rdoert, que les chroniqueurs ont surnommé le second Hachabée , avait eu d'Adélaïde dcnx fils , Eudes et Itobert ; mais , ils étaient l'un et l'autre trop jeunes pour ^tre mis en possession immédiate de l'héritage de leur père : le roi Cbarles-le- Chauve en confia la tutelle à Hi^ues dit ï'Abbé^ fils né d'un premier mariage de la veuve de Robert-le-Fort. j&ides et Robert 11 , trop jeunes en 867 pour gouverner des provinces , avaient acquis , vers 8S7j une haute réputation militaire , surtout en défendant Paris contre les Normands. Les comtés dont le iils ahié de Roberl-la-Fort fitt investi à cette éf>oqne , ne saffirent pins pour satisfaire son ambition : se prévalant de ta reconnaissance des

ET DE BOK TERSITOlilE. )3

hahiUaA&dD dncbé de France, dont il aT»it été feît titulaire cofUDie aoD père , Eudes sot acquérir un tel ascendant sur )» noblesse, qu'il sefitélire rendes Francs, au préjudice deCharle»' Ie-Sù»ple , aoa pupille ; laissant tous ses gouvernements, ou plntât toutes ses poceessioDS, à son frère Robert. Ce princegonveroa donc bnt à la fois l*An}ou, la Touraîne, le Blésois et l'Orléanais. Ce ftit soos lui que )a dignité de viemnle prit nairaance, au moins soi les bords de ta Loire. Nous devons faire remarquer ici tme circooslanee qui deviendra démonstrative sous les princes de la maison de Champagne, c'est qne le Blésois flit considéré pw ses contes , toajours possesseurs d'aulrcs terres , comme le poinl le phis important de leur domination. Le vicomt» gouverna souvent la Touraine, par exemple, et y rendait la justice, même en présence du titulaire, taudis que' celai-ei sîgaaitpIuB ordinairement ses actes coneemant le comté deBlois.

Gependanf le rt» Eudes, après avmr partagé , peu volontiers, le royaume de France avec Charles-b-âintple , loi laissa à sa mort la tnoBarchie entière. Mais Robert, comte de Bloîs , ne perdait pas de vue cette mdtié d'empire que son frère avait possédée; il voulait aussi placer sur son front , souvent couronné de lauriers , le diadème des rois. Son ambition fut mieux servie qu'il ne l'espérait : la noblesse , humiliée des concessions faites à Rcdlou , duc de Normandie , par Charles-ler-Simple; mécoulente de Son ministre Haganon, exprima bautement ses griefs auChampde-Mai, réuni h Soissons. Le monarque parvint à calmer cet orage; mais ilserenouvelabientât,etRobertprofita des nouveaux troubles pour se faire déclarer roi.... Il fut sacré à Reims en 922,

Cependant Charles, qui avait trouvé quelques alliés en Aquitaine , marcha contre son rival à la tête d'une armée imposante ; il le rencontra près de Soissons. Robert périt dans la mêlée ; mais Hugues , surnommé le Grand , et fils du souverain qui ve^ nait de tomber sur le champ de bataille , acheva de battre les troupes de Charles , qui fuit avec leurs débris.

Il ne tint qu'à Hugues de saisir la couronne ; mais soit scni-

14 HISTOIBE DE BLOIS

pule , soit iDdifférence , il la laissa à la disposition d'Emma , sa sœur, qui avait épousé Raoul, duc de Bourgogne. Ce prince régna * ; mais son beau-frère fut plus souverain que lui. Le petittils de Bobert-le-Fort, duc de France, comte d'Orléans, d'Anjou, de Tours et de Blois, se démit, vers 92i, du dernier de ces comtés en faveur de Thibault •" dit le Tricheur ou le Vieuas , son cousin, et fils deThibault, comte de Tours, et deHichilde, fille de Robert-le-Fort. A cette époque , le Trkhew était déjà comte de Chartres, de Beauvais , de Heaux et de Provins. Enfin, en 941 , Hugues investit son parent du comté de Tours.

Thibault , habile appréciateur de la faiblesse d'une monarchie fictive , dont le pouvoir réel était dans les mains de son cousin, fit ce que les comtes ses prédécesseurs n'avaient pas osé faire jusqu'alors : déposant avec audace le caractère de délégué de la oouronne , il prit , dans ses actes , le titre de Souverain héréditaire de tous ses comtés , et , le premier, établit dans le Blésois cette puissance féodale qui fiit sanctionnée jsous HnguesCapet. Bientét il mit le comble éi son usurpation , en déclarant la guerre au roi Louis-d'Outre-Her, qui avait voulu secouer un moment le joug de Hugues-le-Grand.

* On Mit (]u'l M mort Hugues^e-Gnnd rendit la cooronne t Loul» IV , dit d'Ouire-Uer, fils de CbBrles-ie.SlQip)e.

** lKM>(l«-4arU,banll entre le peuple : origine gennalDe,

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