CHAPITRE XIII
T »Ue»u «'MtiukliW-
Si )'on ne peut soutenir sérieusement que les races primitives se soient perpétuées, daus la Gaule j à travers toutes les invasions qui se sont succédées jusqu'à la fin du vi.' siècle , il faut reconnaître au moins que les mœurs ont conservé partout une nuance appréciable de leur teinte originaire. C'est que le caractère de l'homme se forme et s'alimente des influences du sol qu'il habite, du ciel qui le couvre, de l'air qu'il respire : ce sont des conditions d'indélébilité. Mais les lois sociales ont , en tous lieux, modifié les penchants naturels, et l'on n'a pas eu toujours à s'en plaindre. Ce qu'on pourrait appeler l'instinct du sol natal ne contribue point à constituer l'esprit général d'une grande nation : c'était en cela particulièrement que les individualités provinmles, fondues dans la France de 1790, faisaient
, , Coogic
défaut au système de nationalité qu'ont recherché les premiers de nos rois politiques. Mais i) faut bien en convenir , tout n'a pas été avantage dans ces institutions divergentes qui , d'an centre lumineux, sans doute, mais taché de vices et d'erreurs, se sont étendues jusqu'aux extrémités du pays. Les mœurs de la capitale, aujourd'hui servilement imitées partout, ressemblent à ces corps phosphorescents qui brillentdansl'ombre : leur éclat jaillit souvent de la corruption. Quant au Blésois , nous croyons pouvoir déclarer , sans autre préambule , que ses habitants laissent, à notre avis, regretter cette vie molle, ce penchant pour la vie aisée, dont un grand poète leur a fait un grief. Pour ne parler maintenant que de Blois , nous dirons qu'en général sa population se recommande toujours par ses manières aBâbles ; mais cette aCfabi^té n'est plus ce savoir-vivre engageant et hospilalier qu'on remarquait autrefois dans toutes les classes blésoises. L'ambition , cette dominatrice aux mille formes, aux mille convoitises, mêle à la politesse blésoise des vieux temps, ses prétentions à l'élégance, au luxe, aux magnificences qui jadis étaient l'attribut des races dites privilégiées ; et comme la fortune peut sauver du ridicule ces démonstrations aristocratiques, les riches font ici fort bon marché de tout ce qui , dans les relations sociales de pure bienséance, pourrait entraver leur vanité. Nous ne conseillerons jamais à quiconque rephercherait le repos d'une ville de province de s'établir à Blois : on ne recon- Dalt de valeur réelle en cette ville, qu'aux choses, peut^tredfv vrions nous dire aux matières intrinsèques; tout étranger y restera inaperçu ou dédaigné avec la plus belle renommée qui ne sera pas une renommée d'opulence. Nous en pouvons dire autant de tontes les localités du territoire.
Ainsi, à part quelques gloires scientifiques et littéraires, récemment exhumées par ces hommes de savoir et d'étude qui composent, dans toutes nos cités, une minorité honorable, on s'est peu occupé à Blois de rechercher les illustrations du pays : qudques vieillards à peine se prévalent , au milieu d'une géné-
ra Googic
ration iusouoieuse , de la vaillante conduite des premiers bataillons de Loir-et-Cher en 4792 ; et le nom seul de Simon Lorière a été inscrit avec quelque éclat dans les testes militaires du Blésois. Mais puisque nous venons de constater une louable exception à celte indifférence pour tout ce qui houore sans élre un élément de richesse, nous ajouterons que la Société académique de Blois poursuit avec persévérance la noble tâche d'arracher à l'oubli tous les hommes qui , par leurs travaux ou leurs vertus , se sont fait un nom dans la contrée. Nous en avons cité précédemment plusieurs sortis de la nuit du silence, grâce à des investigations pleines d'intérêt ; et ciiaque jour cette équitable exhumation rattache quelques rayons à l'auréole des célébrités blésoiaes. Espérons que sous peu d'année on connaîtra , par leurs couvres diverses , Gérard Hachet , recteur de l'Université; Pierre Beschebien, médecin célèbre et évéque de Chartres; Arnoult Ruzé , auteur du Traita dei privilèges de la régale ; Albert, auteur d'un il^^ de l'hittoir g des comtes de Bloit ; iena de Horvilliers , garde-des-soeaux ; Jean Baxin, qui fit en quelque sorte roi de Pologne le duc d'Anjoa , depuis Henri II ; Hctharin de la Sanssaye , évAque d'Orléans ; Jean Dutemps , auteur des Démotutrations chronologiques ; Claude Pinard , secrétaire d'état; Robert Vauquer, célèbre émailleur; Pierre Beoeaulme, savant médecin ; Jacques Ribfer, consmller d'état ; Noël Deslandes, fameux prédicateur; Florimood defieaune, ami atcommentatear de Descartes; Gui de Rochefort, grand naturalisle; Jean Burgensis, médecin de Charles VIII, Louis XII et François 1.", el«. , etc. Nous en oublions beaucoup sans doute et peut-être des meilleurs ; mais la Société des sciences et des lettres de Blois a de bons renseignements : on peut se reposer sur elle dn soin de rechercher tout ce qui peut honorer le pays, qu'elle doit offrir à l'histoire générale avec tous see titres à l'eslime des générations futures.
Q convient que cette réunion d'hommes éclairés laisse à la Société d'ngrieulture du départsment la soin d'explorer , d'é-
448 &I3T0IHS DE BLOIS
tendre toas les éléments de prospérité que l'on peut attendre des bieos matériels. Il faut encourager le laboureur qui fécoode la terre, l'industriel dont le travail répond à nos besoins, et même le commerçant et le capitaliste , bien qu'il y ait dans leur carrière plus de spéculations personnelles que de devoirs sociaux accomplis ; mais ces classes , les deux dernières surtout , trouveront toujours assez d'appuis dans les intérêts des masses. Il n'en est pas malheureusement ainsi des hommes qui se vouent au développement de l'intelligence : il faut que le sentiment de leur belle mission puise sa force en lui-même , et les membres de la Société académique de Blois le comprennent assurément.
Nous devons toutefois signaler une lacune impartante dans l'organisation de cette Société : elle ne présente point de section des beaux-arts. C'est une omission k faire disparaître : les beaux-arts ne doivent plus être considérés comme la parure d'une époque civilisée; ils font aujourd'hui partie d'un système de moralisation bien entendu , et s'ajoutent aux moyens d'action sur les naturels, selon l'impression qu'ils produisent. H lestait autrefois à Blois une société philannonique ; comment , lors de la formation de la nouvelle réunion , a-t-on n^tigé d'y comprendre des harmonistes : la musique est, ainsi que la poésie, l'aliment de l'ame; elles sont sœurs, pourquoi les séparer. Un peintre, qoentras allions oublier de mentionner parmi les nola^ bilités .biaises, Jean Mosnier , a prouvé que l'art du Poussin pouvait avoir des germes aux bords de la Loire comme aox rives de la Seine. De nos jours, une demoiselle de Blois, mademoiselle Malherbe a obtenu des distinctions honorables dans les ^oncoa^s dé la capitale , et promet de rajeunir , par le pinceau , la gloire de sou nom. Un autre artiste , U. Dupuis , établi depuis quelques années à Blois , a fait remarquer aux expositions du Louvre plusieurs toiles qui recommandent son talent , honoré d'ailleurs par les progrès de ses élèves. Enfin , H. Massé, architecte constructeur du palais de justice, est auteur de divers albums révélant un crayou habile. Voilà donc le noyau d'une
section des beaux-arts dans la Société académique deBlois;car puisque les Muses sont femmes, il parait peu logique d'exclure leur sexe de aos corps académiques. Nous devons ajouter que l'archéologie, si active aujourd'hui dans ses recherches et ses appréciations , appartient autant aux beaux-arts qu'à la science ; recueillis dans un centre spécial, ses travaux, hâteraient, nous en avons l'assurance, la fondation du Musée de Blois , qui doit couronner, par une destination utile, le grand œuvre de la restauration du château. Nous disons une destination utile, parce que la ville, en comptant un attrait de plus, provoquera la âiriosité , cet élément de tant de succès à une époque où l'on ne réussit guère qu'en excitant les grandes émotions.
Mais en attendant que l'on fonde une section des beaux-arts à la Société des sciences et lettres à Blois, achevons de signaler les œuvres réalisées de l'intelligence dans le Blésois. La Société d'ajjriculture, dont nous n'avons eocore dit que quelques mois, poursuit ses travaux avec plus de zélé que de succès , toujours entravée qu'elle est par les vieilles habitudes. Cependant quelques méthodes d'assolement , d'aménagement , d'élève des bestiaux, de mise en rapport des terres ingrates, ontétéadmiseSj gràcflàla persévérance de cette Société; ses relations avec les Comices agricoles de fiomorantin et de Vendéme-n'ont pas été sans intérêt pour eux; enfin, le haras établi à Blois a reçu d'utiles renseignements de la Société d'agriculture pour 1q service des étalons.
Les lettres , dont l'essor en France , depuis trente ans , s'est accru de toute l'effervesc^ice que le terme d'une période héroïque laissait sans applî(ation , les lettres n'ont pas fait défaut à l'intelligence blésoise. Indépendamment des Thierry, des Pardessus , des Bailly, dont les noms ont été iuscrits de nos jours dans les fostes de la patrie , nous avons nommé des hommes dignes d'être cités après ces célébrités. La situation actuelle des choses réalise pleinement les espérances que ces derniers avaient fait concevoir : la Revue NumsimOique obtient ud succès ton-
tSO BIBTOIHE DE BL0I9
jours croissant. Les pablicatiom de H. de la Saossaye sur b So' hgne blétoùe ooDliauent de répandre une vive lumiàre sur ce vaste camp romain , jadis étendu entre les Camutes et les Bermyers. Hâtons-Doiis de mentionner le Glostaire polyglotte, ffiovre de linguistique d'une immense portée , publiée par HH. Godean, Alonzo Péan, Cleret Pelée, qui ont eu l'heoreuse idée de s'associer M. Gérard, principal rédacteur du nouveau dictionnaire d'histoire naturelle , et l'un des anciens traducteurs jurés du gouvernement. Blois possède trois imprimeries , qui paraissent devoir se mettre an niveau des établissements analogues d'une multitude d'autres villes , qut maintenant alimentent la librairie de livres d'une belle febrication.
La situation industrieDe de Blois ne présente aucune usine , aucune fabrication en grand; et si l'on excepte la tannerie de Saint-Aignan , dont l'importance est remarquable, et la draperie de Romorantin , qui tient un rang distingué parmi les ftbriques de France , l'industrie du Blésois se réduit à ce ((ni se rapporte aux besoins de la population. Le commerce du pays se trouve dans des conditions plus prospères : les vignobles des rives du Cher et de la Loire sont un élément de ridiesse , inconstant il est vrai , mais qui devient fructueux par la apécolation, quand la production est en début ou trop abondante : deux extrémités fôcheuses dans les revenus vinîooles.
Que dirons-nous des chances de succès réservées aux propriétaires des beaux magasins que nous avons signalés , et qui commencent à se multipliera Blois? Le chemin de fer lenrserat-il favorable? Nous craignons bien que non. Tout commerce de détail à quatre heures et demie de Paris , doit redouter une telle proximité. En général , l'avantage de la grande innovation du siècle est une de ces questions sociales qui resteront long-temps indécises. Les bienfaits du rail-way s'aperçoivent peut-être, ou plutôt se présument dans une perspective nuageuse , qu'il est hasardeux de vouloir pénétrer. En attendant , et dans l'epplioation à faire ici de l'effet immédiat de la ligne de fer établie en-
(re Paris et Bordeaux et Nantes , nous voyons avec regrets une multitude d'intérêts froissés : puisse la spéculation , ce grand mobile des ambitions contemporaines, dédommager la.populatien du Blésois des pertes que le nouveau moyen de locomotion va lui faire subir.
Quoi qu'il en soit, cette contrée ne perdra jamais l'avantage de sa situation, l'attrait de son climat, la prospérité que lui assurent l'opulence de ses coteaux et les coupes de ses forêts. On recherchera toujours le contact des mœurs douces de ses habitants; et le bien-être ne s'éloigne jamais définitivement du sol que la nature favorise.