EN K. CCC. L
On voyait encore dans l'église de la Guiche le tombeau do Marguerite, fille de Louis, duc d'Orléans, et mère de François, duc de Bretagne.
Toutes ces sépultures, renfermant des dépouilles illustres, furent fouillées, en 1793, par une foule dévastatrice, persuadée que ces comtes de Blois , endormis éternellement sous le mar-
* Eicur^on trcfatolOElqua dan» le département de Loir-et-Cher (ISJ!). — Extrait du BuUetlD monumental, tome XI. — H.Enunaiiuel Pat;, BuleurdeccU« ooUce, eu un de cts amania de la science arcbëologique qui, de nos Jours et MUS l'babile direction deH.de Caumoat.ont tiré cette science des lan tics d'une enlueeqai s'était perpétuée au milieu de toute* les merTeilles de la clvUlsalloa. lLPaty,lolD de resseml>ler i ces explorateurs arares, qui après avoir fait des découvertes , le» enfouissent de nouTeau dans le silence de leur cabinet , répand obligeamment les trésors de sou savoir , et obtient dans la reconnaissance de se» concitoyens, le seul prli digne du uvani qnl veut devoir i ses travaux, non i l'iatrigue , les dlsUncttois et les faoniwnrs.
bre ou la piore , étaient enviroDoés de trésors inestimables. Peut-être ces nouveanx Vandales recueillirent-ils, parmi lfl$o»> sements , quelques bagues , quelques colliers d'or , acquis en troublant , par une cupidité sacrilège , le r^xw sacré de la tombe ; en brisant à plaisir les œuvres de l'art , en pulvérisant les marbres sur lesquels le génie avait sculpté les traits des héros ; en déshéritant enfin l'histoire du témoignage de ces monuments. Un poignard du xir.' siècle, trouvé dans le mausolée de Louis de Chàtillon et jeté à l'écart par les dévastateurs , avait été recueilli par un vieillard, ancien fournisseur de l'abbaye ; M. Paty, l'ayant acquis , l'a déposé depuis au niusée de Bourges, Peut-être était-ce la dague avec laquelle le vaillant comte Louis avait envoyé chez les morts tant d' Anglais, avant d'y descendre lui-même du champ fooeete de Crécy.
Telle était cette abbaye de la Guiche que fondèrent Jean de Châtillon et Alix de Bretagne; le nombre des reUgieuses s'y éleva souvent, dit-«n, à plusieurs centaines, et elle fut gouvernée successivement par un grand nombre d'abbesses appartenant aux plus nobles famiUes de France *.
Jean de Châtillon ne vit pas dans toute sa splendeur l'abbaye qu'il avait fondée : il mourut à Chambord en 1279^ après avoir
* M. EmnuaucA Pat; a Ht anex beirreini pour recueHlIrle* hdhi* da iBBtuln nbboMi ée !• Gukbt, da itr.* siètle ï U Ihi du db-hHiliiBK. Ct iwtiit: 1IV.' siècle, Isabeau de Vlry, Jchaane de UonUlon, Jacques de Pons, Alice de Blancourt, Philippe la Pre\6te, Philippe de Courteyille, Marguerite de Tigny. — ly.' siècle, PbUlpfre de SBlDte-SI«re, Jehame Molllne, Perriocde Laubeip&iv. — ivl.* siècle, Jehanne Bretfmne, Aane de Battleul , Isabcau de Bacoii, Muta île hi Saussare , Prançsise Le Boackicr. — zm.' ilède, eatefeHe de Beaugé, FloHmonile de FHlocquIn, Marie de Prua^Ti Uarte Ckapefler, Ebabelh dek» Bourdonnlère. — irm.'sltele , HiKiw Gebrrt, Marie d> Vcmitoa, Louise du San}(ni, Louise de Lescour, JettHiae de Canpelde Soron, HirtedeB Mule- An ne de Lyonne.
Les Hraites que boos devnn» nous (npeaer ne dmb peimettent pas. >'iitstoire parllcuH^e de l'abln;e de la Gutebe, et noua aons en Mlieftons -. U comme iLoncbamp, comme i UoDtmartrc, eonineà dwHea, MUt trouTeriom
ET DB SON TERRlTOtRE. 49
accordé en cette même année , aux habitants du pays situé entre le Cosson et )e fieuvron , le droit de pâturage dans sa liu-ét de Boulogne : le dernier acte de eu comte fut donc sa bienfait.
Alix de Bretagne n'avait donné ({u'one fille à Jean de Ch^ tillon; cette fille, nommée Jeanne , épousa Pierre de:Franc6r troisième fils de Saint-Louis , et lui porta, en 1379 , le comté de Blois. 11 n'en jouit pas loi^-tempe , puisqu'il inourut fians. postérité , en 1283.
, Le seul acte de ce règne de quatre ans qui soit digne d'être cité , est une transaction datée de 13S0 , entre Pierre de France et les chanoines de Bourg-Moyen , par laquelle il rachète d'eux le droit perçu sur les poids et mesures, moyennant la cession des métairies de Sainl-Cyr-du-GauU el.de Lassai. Ce droit, à titre d'engagement, fut cédé dans la suite •> la maison de Saumery , l'une des plus importantes du Bléâois *. Le bâtiment où les habitants devaient faire vérifier les poid&el mesures a donné son nom et la rue dite du Pûids-le-Boi. À la mort de son mari , Jeamie de Châtillon resta seule com-
d« temps à autre» àx» rëgl£& peu regpedéea et des réformes IsbdiicuMBeH obtenues.
* La imUoii de JeiuniK ds Saumciy, qrt haliUe entart le d^siteneu de Li^[-el-Chtr, eu originaire du px]i* de Souk, et soa prijtcl#il niaolr ïlalth Uauléon.Elle tenait le premier rangen Navarre dËs ti; x.* siècle.
Appelé en France par ses oncles, MenauU de Lakarra , anmânier du roi, et Bernard de Ruible , grand aunrtnler de France , Arnnrtt de Jcbanne s'AublIt danileBHMkeolSTe, et deTbM »e)Bi>e«r naïqùis de Sasmerf , après la mon de Hcoaull de Lakarra , pvpriilajre dscette terrs. Dcputs no iUbliïMtaent en Fiance, latamille de Saumery a conïtarnmeut occupé la cliarge de capilain» et gouremeur du cMleau royal dé Cbam bord Jusqu'en 1785. Elle a fourni des conseillers d'état, des gouverneurs et grands bafltis de Btois , un lieu tenant- généra) CBmnindantpourlerol BuiffoaTwnemenOderOlteiiatSiduBtësols, du DunoU et du Vcndûmols ; des goanmeara de places fottei , (l«9 ambiHoltWTk et nhil»tres plénipotentiaires, un grand uoaibce d'oSldcrs-géji£raux ; des capitaines de vaisseaux; une mulLtUide de tlieyaliers de l'ordre royal de Salnl-Louls, et un iHéque. Dn membre de cette ramllle fut sous-gouverneur du roi Louis XV.
tesse de Blois ,. et vécut, dit Duchéne , historien de sa maison , en une sainte et perpétuelle viduité.
La veuve de Pierre de France n'ayant point d'héritiers directs, laissa , en 4291 , le comté de Blois à Hugues de Ghâtillon, son cousin-germain , qui abandonna è ses co-héritiers d'autres terres considérables. Ce comte , par diverses donations et immunités, acquit, dans le Blésois, la réputation d'un prince bien- . taisant. Ainsi , la Maison-Dieu des Hontils obtint de lui le droit d'usage dans la forêt de Russy, et par un testament quil fit en1299, plusieurs dons étaient assurés aux couvents et aux pauvres de Blois. Hugues II s'inscrivit au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye de la Guiche, en accordant à cette communauté vingt livres tournois de rente perpétuelle , à prendre sur ses revenus de Blois.
Le règne de ce comte nous fournit un témoignage de la singularité de certaines redevances que , sous le régime féodal , les populations acquittaient à leurs seigneurs. Chaque fois que le comte couchait en son palais de Blois, on devait lui ser\'ir vingt pains, une demi-jalée de vin, six pièces de chandelles, et autant de foin et d'avoine qu'il en fallait pour deux chevaux, Hugues 11 , honteux sans doute d'une telle aumône faite à l'opulence féodale par la pauvreté plébéienne, la supprima en 1296.
La redevance que nous venons de signaler prouve, au surplus, que les comtes de Blois , jusqu'à ceux de la maison d'Orléans, usaient rarement leur séjour habitua dans la principale ville du comté; beaucoup d'entre eux n'y firent même que de rares et courtes apparitions. Engagés dans les guerres, ou grandsoffîciers de la couronne, ces princes vécurentà peu près constamment loin des bords de la Loire. L'on doit ajouter que quelquesuns, ayant possédé des domaines plus importants que le comté de Blois, y résidaient de préférence, lorsqu'ils n'étaient pas à la cour des rois de France , ou ne guerroyaient pas dans leur propre cause ou dans celle du souverain,
Hugues II de ChAtillon avait épousé Béatrix de Flandre , dont
il eut deux enfants : Gui de Châtillon , qui lui succéda eu 1 307 au comté de Blois , et Jean de Châtillon. Le preniier de ces seigneurs , trop jeune au jour de son. avènement pour gouverner le Blésois, fut placé sous la tutelle de sa mère, puis sous celle de Gui , comte de Saint-Pol, son oncle. Vers 1 3i 0, le jeune comte Gui épousa Marguerite de Valois, et ce fut sans doute à cette occasion que le roi Philippe-! e-Bel lui conféra l'ordre de chevalerie. Nous avons dit aUleurs que le droit régalien de battre monnaie était exercé par les comtes de Blois depuis l'époque carlovingienne : MH. Cartier et de la Saussaye , dans leur savante Revue tmmismatique , ont rapporté plus d'un lait confirmatif de cet exercice. On fabriquait la monnaie à Blois, dans un hAtel duquel dépendait la maison dite de la Tow d'argent, située près de la Poissonnerie , et celle à laquelle est adossée la fontaine de ce marché. En f 309 , Gui de Châtillon , tuteur du comte , donna à bail la fabrication des monnaies du comté par des lettres dont voici la teneur : t Nous Gui de Châtillon , comte de Saint-Pol et » boutillier de France, faisons savoir à tous, que nous avons » baillé à Nicolas Brancheseche notre monnoye de Bloys à faire » et à ouvrer par tout le Blésoys là où il lui plaira ; et lui promet- » tons à bailler et délivrer les maisons et le lieu oii Pierre le » Flamand ouvroit, et autres maisons, s'il en avoit raestier. Kt doit faire notre monnoye au poys accoutumé , c'est à scavoir » le denier à trois deniers- et maailles de loy argent de roy , et » de diz et sept sous six deniers de poys au marc le roy. C'est » à scavoir ij maailles pour j denier. Et doit faire moitié deniers » et moitié maailles : c'est à scavoir , cent livres de deniers et B deux cents livres de maailles. Et doit son terme durer de la n mi-aoust prochaine à venir jusqu'à la septembresche enjan. » Et lui promettons que nous ne ferons point faire de monnoye s en la comté et domaine de Bloys , ni par nous ni par autre , » son terme durant. Et lui promettons lui faire avoir les ouvriers B et monnoyers qui sont de notre domaine, pour venir ouvrer > en notre monnoye de Blésoys. En témoin des choses dessus
» dites , nous avons mis notre propro -scol à bes préseates leln très, qui furent feîtes l'an de grâce rail trois oent et neuf, le » dimanche devant la Notre-Dame , mi-Boast. n
est probal^ qu'à ea majorité Gui renouvela plus d'une fois le bail passé par son oncle pour la fabrication des monnaies blé- Boises , qui s'effectuait encore au nom du comte en 1319. Hais plus d'une fois aussi , Louis-le-Hntin et Philippe-ie-Long avaient cbicanéleeomtedeBloîssurle titreet le poids des pièces émises dans son comté. Ën(in,en 13S0, te roi retira à ce grand feudataire le droit de monnayage ; mais une indemnité lui fut accordée pour dédommagement de ce retrait.
En t^Sd , le parlement condamna te comte Gui à payer moitié des dettes que le comte son père et la comtesse sa mère laissaient au jour de leur déoés. Ce fit donc assez peu vdontiers que ce prince, lésé dans ses intérêts par la justice du roi Philippe de Valois, ion beati-fpère, s'arma pour lui, vers <336, dans la guerre qu'il eut à soutenir contre Edouard III , roi d'Angleterre. En 1 340 , Gui I." aida encore ce souverain à foire lever le siège de Tournai.
Le comté de Bltris dut à Gui de Châtillon un bienfait d'autant plus précieux qu'il y avait plus de honte attachée à la servitude qu'il abolit : depuis un temps immémorial, les meuniers des moulins de Souvigny.des Croteauxet d'Huisseau étaient obligés d'exécuter les criminds. Sans doute cette horrible obligation leur avait été infligée par suite de quelque grave méchef , dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les annales blésoises. Le eomte Gui , par des lettres données en 1 335 et relatées dans le Cartulaire de Bourg-Moyen, exempta les meuniers d'une si déploraMe corvée*. Asseï d'autres obligations dégradantes restè-
* UyavallàBlois un eiicul<urilefihaulesiEuweienl3&5; car. dans un compte des dépensea failes eu cette année par Regnault Pivart, prévût dcBlols, le passage suivant: oBalIléau bourreau de filols pour li faire pendre un • hOHinieetpour le-Tln dou marïbé quand iHui retenu, Tsels. u
ET BE SON TSIlBITOIEtE. 53
rent attachées i la condition des hommes «t femmes oorvéablés de corps à ]a in«^:i des seigneurs.
Gui avait eu de Uai^erite de Valois , qui le précéda au tombeau, trms Mifauts : Louis de Châlillon, comte de Blois; Charles de Chàtillon , dit de Blois , devenu si célèbre par la guerre qu'il soidiut contre la maison de Ifontfort ; enfin , Marie de €hàtillon , mariée à Baoul, duc de Lorraine. Gui L*'mourute[t 43iâ, et Ait inhumé comme ses prédécesseurs à l'abbaye de la Guidie.
Louis , premier du nom , succéda à son père , avec les titres de comte de -Kois , Dunois , Soissons , etc. A son avènement au comté, ce jH-ince en ayant fait hommage au roi Philippe de Valois, son onde, parut UQ instant à Hois;pms il courut au secours de sou frère Charles, engagé déjÀ dans cette longue lutte qui devait lui coûter la vie. On doit penser qu'à cette époque le trésor du comte Louis se trouvait dans une situation peu prospère; car la oHutesse Jeanne de Hainaut, sa femme, dut emprunter à Jean de Chamttord , bourgeois de la ville de Blois , une somme équivalant à cent quatre-yin^-dix francs de notre monnaie, pour être envoyée au comte , en Bretagne *.
Au rapport de Bernier, les habitants de BkAs, affligés du rapide passage de Louis 1." dans leur ville , craignirent que ce comte ne leur enlevât leur droit de firanchise , que ses prédécesseurs avaient toujours confirmé lors de leur joyeuse entrée. Sans doute l'historien btésois enteod parier ici de l'afTranchissement du bourg de Foii, acheté des moines de Saint- Laumer ; ceu* nous ne voyons pas qu'aucun autre acte ait affranchi le surplus de la ville. Bernier lui-même dit ailleurs, qu'avant Louis 1.°', les habitants de Blois étaient serfs , et qu'à leur mort les comtes s'emparaient de l'héritage qu'ils laissaient. Louis, toujours selon Bernier , supprima ce privilège draconnien, et le r^nplaça par un droit dit de fattage , pr^vé sur chaque mai-
son , et dont forent exemptées les dépendances des abbayes de Saint-Laumer et de Bourg-Moyen. 11 est probable , cependant , que la charte qui consacrait cette disposition laissait subsister la servitude de corps; puisque le comte Louis I.*', par des lettres particulières, affranchit Pierre Dniiou et Do^in, sa femme, à condition que s'ils avaient des enfants , il en resterait un à l'abbaye de Bourg-Moyen. La féodalité étendait sur les bietfs et les personnes des rets aux mailles si multipliées , qu'il était difficile d'échapper à toutes.
Louis de GhâtilloQ, après avoir combattu sans succès, mais non sans gloire, pour Charles, duc de Bretagne, son frère, dont il ne connut pas les plus trbtes destinées, se trouva près du roi, son suzerain , à la funeste journée de Créci. 11 fut compté parmi les nombreux chevaliers qui avaient versé tout leur sang pour sauver les bannières de France de l'opprobre d'un échec; s'il ne put , en tombant sur le champ de bataille , racheter cette terrible suite de la plus maladroite combinaison stratégique, il conquit au moins en mourant une belle page dans l'histoire. « Le comte de Blois , neveu du roi de France , et le duc de Lor- » raine, dit Froissard , avec leurs gens et leurs bannières, se M combattirent moult fort; mais ils furent endos d'une route B d'Anglois et Gallois et furent occis, combien qu'ils y firent » moult prouesses. » Ce témoignage du chroniqueur n'est pas suspect : on sait qu'il aimait les Anglais plus que ses compatriotes,
Jeanne de Eainaut resta donc venve en 13i6 , avec trois enfants: Louis deChâtilIon,deuxièmedu nom, comte de Blois; Jean de Châtillon , aussi deuxième du nom , et qui fut comte de Blois après son aîné; et Gui de Châtillon , d'abord comte de Soissons , puis comte de Blois. Louis II étant en bas-âge à la mort de son père , la comtesse eut la tutelle des domaines du jeune comte : tutefie qui fut sans doute exercée par Guillaume de Flandre , comte de Namur, son second mari. A la mort de cette princesse, arrivée en 1350 , la gestion des possessions de Louis II
(ut disputée à Jean de Hainaut , oncle maternel du jeune comte, par Charles , duc de Bretagne , son oncle paternel. Un arrêt du parlement , rendu en 1 351 et .confirmé par le roi Jean , maintint Jean de Hainaut en jouissance de la tutelle. Infortuné duc de Bretagne , qui aspirait encore à des embarras , au milieu de tous ceux attachésà sapositionl L'ambition ne calcule jamais ses ressources,, et ses convoitises admetttent rarement les conseils de la prudence.
Louis de ChâtilIoQ , devenu majeur , partagea avec ses frères les héritages qui leur étaient échus. En 1361 , ce comte de Blois envoya à Londres , Gui, son plus jeune frère , comme otage du roi Jean , revenu en France pour réunir sa rançon. Dans cette circonstance, Alard de Donstienne, gouverneur de Blois, fournit une somme de quatre cents livres. Vers ce même temps , Louis II dut s'armer contre certains aventuriers qui parcouraient le Blésois en pillards , après s'être emparés de plusieurs forteresses du pays. Le gouvernement de ce prince, contemporain des désastres accumulés sur le royaume depuis le ^neste résultat de la bataille de Poitiers , fut traversé par toutes les calamités que la France eut alors à subir. Cependant le château de Blois , maintenu en bon état de défense , ne tomba ni au pouvoir des Anglais, ni aux mains de ces bandes auxiliaires qui, amies ou ennemies , étaient le fléau des provinces qu'elles occupaient.
Mais si le comte habitait ce château , quel dut être sa douleur en voyant, du haut de ses tours inexpugnables, un cercle d incendies borner sa vue à l'horizon , et quelquefois ses vassaux tomber égorgés au pied même de ses remparts. M. de la Saussaye , d'après les archives du baron de Joursanvault ■ , rapporte
* U. le baron de Joursanvault , mon au conimpnccntent de ce siècle , était un amjtteur passionné des monumenu hlslorlques ; il aiait réual une collection importante de chartes du moyen-^e , tant des souverains , que des grands Ten- (Utalres de la couronne. Dans la vente qui suivit son décès , celte collection lai acquise par le libraire Tecbner , qui , ayant fait répartir les cbartes par pro- Tli]ces,lBs vendit «éparémuil aux autorités départementales, et Ht en cela uoe
56 niBTOlBE DE BLO»
qu'à celte époqiie , Pierre de Fontaine , Fim des meilleurs officiers du comte , commandait l'artîUerie da fort. Hais soit qu'elle se composât dès-lors de canons , soit qu'on ne disposât encore que de ces instruments de jet qu'on omnmait engins *, et qui fonctionnaient sans l'usage de la poudre, on était bien inhabile k frapper l'ennemi au loin ; l'artillerie du château ne dnt guère inquiéter les bandes anglaises ou autres à quelques centaines de toises du cbâteau.
Toutefois , les efforts de Louis II ne (urent pas impuissants : il parvint à chasser les Anglais du Blésois : il ne leur- resta bientôt plus rien dans ce comté des conquêtes du Prince Noir.
Nous avons vu que le chapitre de Saint-Sanveur de Hoîs fut fondé, en l'an 1000 , par une réunion de prêtres qui instituèrent vingt-huit prébendes dans cette collégiale. Thibault V, par la plus singulière générosité , se démit, en faveur des chanoines de Saint-Sauveur, de tous ses droits pendant les trois jours qui suivent l'Ascension. Louis II voulut se refuser à c«tte étrange concession , dont les bénéficiaires avaient peut-être abusé plus d'une fois ; ces prébendiers soutinrent ce qu'ils appdaient leur droit ; l'affaire fat portée au parlement , qui , par arrêt de 4362, maintint la disposition de Thibault V.
Sur la paroisse de Saint-Honoré , et au lieu où se trouve la fontaine dite de Sainfr-Jacques , dans la ville de Bloîs, il existait autrefois un hôpital du même nom. H avait été fondé , en 1366, par le comte Louis II et quelques particuliers, pour le soul^ement des pèlerins voyageurs. Cet établissement, qui eut le litre
bonne spécutation. BL le maire de Blols «'étant rendu acquéreur du lot concernant l'ancien comté de Blois, ces archives ont Élé et seront encore consultées avec fruit par les historiens de la localité.
• On lit dans l'ouTnge Intitulé : Dt l'Origine de la mltiee M da omet, par Claade f aucbet : ■ Tous les instruments de jet s'appelaient antrefbis engins «u B arlUkrie , parce qu'il fallait avoir du génie (l'njTTRiuni) et de l'art pour faire * et composer ces onTTaget subtils. ■
ET BS SON lERRITOmE. 57
de chapitre, étattdeeservi par huit dianoir^B. Le prieur de Saint- Honoré était chanoine de SaintrJacques. La [^ce nommée PuiUdu-Quartier,^ qui tient ce noni d'un puits qu'on voyait jadis au milieu , servait de cimetière à i'hflpital Sainfr-Jacques. Nous aurons occasion de reparler de ce chapitre.
Le comte Louis H mourut en 1 379 , sans postérité et même sans a\xir été marié. Jean, deuxième du nom , son frère puîné, lui sncoéda. Ce prince , lorsque cet héritage lui échut , était occupé Â Bo Eaisir <ki duché de Gueldres , que lui avait apporté en mariage Marguerite , fille de Renaud I." , duc de Gueldres et de Matioes. U'ub autre (Mé, Jean II avait hérité de son oncle maternel Jean de Hainaut, de domaines considérables en Flandre et en Hollande ; le comté de Blois lui sembla apparemmerU, d'une foiUe importance; aussi n'y parut-il que rarement- Peut-être, en se montrant moins indifférent h l'égard de ce comté , se futil dispensé de guerroyer sept années durant pour cette province de Gueldres qu'il se vit, en définitive , obli|;é d'abandonner à Guillaume de Juliers , après sept, années d'hostilités malheureuses.
fcan n se trouvait en 1 377 à la cour de Charles V , lorsque oe monarque reçut l'empereur Charles IV et son ûia Venceslas, roi des Romains. Le comte de Blois fut témoin des honneurs rendus au palaisdeSaint-Pol, àces princes étrangers. Hais par des motifs qui ne nous sont pas connus, il refusa, ea 4360, d'assister au sacre du roi Charles V(. Peat-être, ainsi que {du- «ieurs sei^Mors, cehii-cî snt-il mauvais gré «u jeijne monarque du règlement somptuaire qu'il rendit vers le début de son régne, «t qui imposait des limites â la vie fastuense des grands. Entre autres dispositions, ce règlement défendait de servir sur sa table ^us de deux plats avec le potage ; Nemo audeat, ait Ole Pex , dore prc^er duo /«cu/acum jTo^o^.Ilestrare que lesnou- Tcaoi: règnes ne soient pas marqués par des actes dune grande sagesse; mais ordinairement, dans la eour même du souverain dont ces mesures signalent la haute moralité, on s'affranchit
bientôt des entraves données aux passions contemporaines. Tandis que Charles VI recommandait par des édits la tempérance et la rectitude des mœurs , les courtisans et lâs dames qui l'entouraient s'abandonnaient aux plus scandaleux déré^emeuts. La reine même , cette Isabeau de Bavière que l'histoire a justement flétrie, donna plus tard l'exemple d'une galanterie sans frein , avant même que la Inné de miel eût cessé de luire sur son hymen. Les chroniqueurs du temps ont rapporté les saturnales qui se passèrent à l'abbaye de Saint-Denis durant les fêtes du mariage de Charles VI, sans expliquer pourquoi cette solennité nuptiale achevait de s'accomplir au sein d'une retraite consacrée au célibat.
Jean II parut rarement h Blois, et l'on tronve dans ce comté peu de traces de son gouvernement. On voit cependant qu'en l'année 1375, il autorisa les chanoines de Bourg-Hoyeu à s'emparer tout-à-fait du service divin dans l'élise de Saint^Martinde»-€hous, et leur permit d'agrandir cette église, qui jusqu'alors n'avait été qu'une simple chapelle. Le fait suivant , digne d'être cité , se rapporte au temps oil Jean II fut titulaire du comté de Blois. En 1381 , Jean de Bourbon, comte de la Marche, partant pour quelque expédition guerrière, remit aux chanoines de Saint-Sauveur , son trésor, consistant en douze mille florins , dont ces religieux lui donnèrent une reconnaissance, que l'on trouva depuis, acquittée, dans les archives du chapitre. On sait qu'à la fin du xvn.' siècle, M. de La Châtre, ayant fait pareil dépôt dans une communauté du Paris, ne fut pas aussi heureux que le comte de la Marche au xtv.* siècle.
Jean II de Cbâtillon mourut en 1381 , dans son château de Schanhove , et fut inhumé à Valenciennes , dans l'église des Cordeliers, auprès de Jean de Uaineut, son aïeul. Marguerite de Gueldres, son épouse, ne lui avait point donné d'enfants; le comté de Blois échut à Gui II de Châtiflon, troisième âls de Louis II, et frère du dernier comte. Celui-ci avait eu deux fils naturels d'Isabeau de Zunperg : Jean, bâtard de Blois, seigneur
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de Tfélan en Hainaut, et Gui, bâtard de Blois, seigneur de Thol en Zélande. Mais le régime féodal , si fécond en actes arbitraires , n'admettait pourtant qu'avec difficulté les dispositions contraires à l'hérédité en ligne légitime. Les fils d'isabeau de Zunperg n'élevèrent aucune prétention à la succession de leur père. Gui 11 de CMtillon, homme d'état d'une certaine capacité , se trouvait à Bruges occupé à traiter de la paix avec des ambassadeurs du roi d'Angleterre , lorsqu'il succéda aux comtés de Blois et de Dunois. Hais étant l'atné de sa maison , il prit le nom de Châtillon , apanage principal attaché & la primogéniture mâle dans cette famille.
En 1382, Gui assista à l'hommage rendu par Jean de Hontfort, duc de Bretagne , à Charles VI : hommage feUacieui , contre lequel ce prince avait prolesté d'avance par un acte secret conclu avec l'Angleterre, et contenant la promesse de ne jamais prendre les armes pour le roi de France contre la Grande-Bretagne. Cette soumission trompeuse du Bretoo ne devait pas être la dernière dont une arrière -pensée altérât la sincérité.
Dans la même année (1 382) , Gui 11 se distingua dans la guerre que Charles VI eut avec les Flamands révoltés ; il empêcha que le Hainaut ne fût ravagé; mais sans révoquer en doute le dévouement de ce comte à ce souverain, on peut soupçonner que le concours de ses armes ne fut pas précisément désintéressé. Gui 1! redescendit l'année suivante dans la lice, quoique sa santé fût très altérée : cette fois il aida Charles VI à combattre les Anglais et les Gandois. Une noblesse assez nombreuse du Blésois l'accompagna dans cette expédition : on comptait au premier rang les sires de Hontigny , Guillaume de Saint-Martin el Valeran de Donstienne , capitaine de Roraorantin.
Rentré au château de Blois , le comte y résida jusqu'en \ 385 ; à cette époque, il se rendit auprès de Marie de Bretagne, duchesse d'Anjou, qui venait de perdre son époux, Louis de France, duc d'Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile, mort misérablement en s'efforçant d'occuper ce dernier royaume , dans
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lequd il ne put même conqoérîr une tombe, le ce«te de Kob passa près d'une année avec sa coiisine, ce qui satisfit peu la eomtesse Marie de Nanuir. Peut-être s'effaroocha-t-oUe d'une CMiadation si prolongée, à «ne époque où la couslance mairimcntale n'était pas une vertu bien commuoe chei les grands. Quoi qu'il en soit, Gui II étant de retour à Blois, donna aux dames de la Guiche des lettres d'amortîss^nent pour les biens qu'elles tenaient de sa cousine Isabeau d'Avaugour.
£n iSS», mais en l'absence du comte Gui, eut lieu à Blois une entrevue de Jeaa ; duc de Bretagne , avec les ducs de Bourgogne et de Berry, envued'uneréconciliatioiientre ce prince et te roi sf»i suzerain. Le comte de Blois, peu en^ressé d'assister à des conférences dont il suspeOait de part et d'autre la sioeérité , s'était retiré à Gbàbeuiregn^dt, laissant à la comtesse le soin de recevoir ses hôtes illustres^ Froissard , le célèbre chroniqueur , et l'un défi, chapelains de Gui 11 , r^^xH-tfe que les deux altesses royales, accompagnées du comte de Nevers, desœndirent au ciiâteau eu gnaU am»f ; quant à Hontfort , plus prudent qu'anû des Vendeurs, il prit gile obseurément duks la cow extérieure du palais , chez uu chanoine de Saint-Sauveur. Cependant le duc , daus le cours des ctmtéreDces , se laissa si tâen circonvenir , qu'après cinq ou six jours de festins et de réjouissances étourdissantes , il suivit les deux princes à Paris, et rendit hommage à Cbarles VI , avec quelques réserves toutefins, et «1 soumettant sa caose au parlement.
En 4390 , Gui II , ayaol appris que le roi se disposait à faire tm voyage en GueJdrcs, lui envoya une garde d'honneur de deux cents lances , gêna d'élite du comté de Blois , parnii lesquels <»> distinguait les sires de Vienne , Guillaume de Saint-Hartin , timilaume de Chaumont et de Hontigny : tous gentilshommes bouillants de valeur et toujours empressés de protester , par antieipatian contre la renommée de mollesse dont Le Tasse devait Détrir plus lard les guerriers des rives de la Loire.
Gui U avait eu un B\s unique, mariée Marie de Berry; mats
ET K SffiH TEKIIITWBB. &i
ce pcioce éUnt nkortsaos enbnts, la maison de ChâliUoa sa trouva sans héritiers directs. Alors le comte voulant jouir, avec magaificence , ou tout au moins avec tranquitlità , dm reste de sa carrière , songea à vendre une partie dit ses domaines pour éteindre les dettes que l'avaient forcé de contracter les guerres auxquelles il avait pris part. A cette époque précisément, Louis d'Orléans , frère du roi , pensait à employer la riclie dot que venait de lui apporter Valentine de Milan, cette princesse si belle, si vertueuse , et pourtant si délaissée déjà par son volage époux. D^ propositions furent faites au comte Gui par le sire de Coucy, que Froissard appéUe le grand contracteur , dans scm récit loajours pittoresqu&T toujours animé ; et les comtés de BLois et de Dunois furent acquis au duc Louis d'Orléaas, moyenniuit la somme de deux cent mille écus d'or, équivalant à deux milliM}& quatre cent mille francs de notre rnoonaie. Gui II se réserva la jouissance de ces comtés sa vie durante , et assigna sur leurs revenus une: pension de six mille écus pour la veuve de son fils.
Le dernier grand fcudataire de la maisMi de CbàtiUonr devenu ainsi usufruitier de ses comtés de Blois et de Duuois, en jouit jusqu'en l'année 1397, époque à laquelle il mourut, et fut inhumé à Valenciennes , dans l'église des Cordeliers, ainsi que son frère et leur aJ'euL La comtesse Marie , jenne encore , épousa, en i i06 ,. un simple chevalier du duc d'Orléans , nommé Cligaet de Brabant, qui fut amiral de France.
Par l'acquisition mentiooeée plus haut, Louis d'Orléajis devint le chef de la quatrième race des comtes de Blois, que ne liait aux trois précédentes aucun lien de parenté, et de laquelle sortit l'un des rois qui gouveruèreot la France , sinon avec le plus de sagesse, du moins avec Je plus de bouté. Le frère de Charîes VI ne se piquait guère des vertus qu'on devait estimer dans son petit-fils: prince léger, dîlapidateur , dissolu, il donnait à la cour l'exemple de tous les scandales, et ne possédait des anciens chevaliers , auxquels il croyait ressembler, qu'une
t>2 HISTOIRE DE BL0I3
bravoure incontestable, qu'il n'eut pas le mérite de rendre utile. Le nouveau feudataire , enlacé par les séductions de la capitale , occupé d'épuiser , au profit de ses plaisirs , le trésor de l'état, dont malheureusement il avait la clé , ne daigna pas prendre, en personne, possessiondes domaines acquis du comte Gui ; ce fut un gentilhomme attaché à son service qui vint arborer à Blois les bannières de la maison d'Orléans , couleur de fin azur avec semé de fleurs-de-lis d'or. Il est consigné dans une charte du temps , que trente-deux écussoos aux armes du duc , peints sur bougran, furent commandés à un peintre blésois nommé Jehan Ëersejan , pour les villes et châteaux du comté.
La noblesse du Blésois s'empressa de rendre hommage au royal possesseur du comté. Dans un de ses rêves chevaleresques, Louis d'Orléans avait créé l'ordre du Porc-épic , avec cette devise : Continus et aninùs *. Toute la gentilhommerie biésoise aspira èi faire partie du nouvel ordre, et le prince se montra peu avare d'admissions. Bientôt on vit le poro-épic sculpté au-dessus de la porte des nouveaux chevaliers; et la ville elle-même l'admit dans ses armes.
La maison de ChâtiUon qui , durant près de deux siècles , avait gouverné le Blésois, quelquefois avec sagesse, souvent avec bonté , fut promptement effacée de la mémoire des habitants du comté. Eblouis par l'éclat de l'écusson royal , ils avaient vu sans regrets s'abaisser les panonceaux , moins brillants , des derniers comtes.... Toujours et partout les rayons d'un soleil nouveau enivrent les hommes , avant qu'ils puissent juger si sa chaleur sera bienfaisante.
* L'habit des cberatlcrs condstalt en un manteau d'hermine, sur lequel était attachée une chaîne d'or , au bout de laquelle pendait un porc-épic sur lequel était gravée la devise.