‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculésChapitre 8 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

■ les camtc* de la m*l»Mft il'Orl^iuM.

Sous les comtes de Blois des trois premières races , la vie politique des babitants du comté eut , comme partout , pour mobile exclusif, ce levier féodal qui soulevait et déplaçait les masses , au gré d'uQ arbitraire tout puissant. La population serve , enebatoée aux destins d'une caste dont les droits s'étaient d'autant plus étendus qu'une monarchie débile leur opposait moins d'obstacles, ne pouvait avoir d'action qu'en suivant Ja carrière ouverte par les soigneurs. La bourgeoisie , mâme lorsque ces derniers l'avaient affranchie , se trouvait tellement garrottée encore par leurs privilèges et les redevances qui en découlaient , que tout mouvement, dans ce milieu rétréci do prérogatives et d'intérêts, expirait àla méindre tentative de l'individu et même de la commune. Celle-ci n'exerça une autorité appréciable qu'au jour où la monarchie eut besoin de son bras poui' soumettre les grands: alors seulement naquit le tiers-état, ce souverain des

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temps modernes , ce rérormateur terrible qui fil enfio table rase de toutes les vieilles institutions.

Toutefois , le grand essor de la puissance féodale , qui , depuis la fin du «.• siècle surtout , avait mobilisé les peuples à la suite de leurs dominateurs , n'était pas resté stérile de résultats pour la société : si elle conquit peu de droite durant ces excursions aventureuses , l'observation et l'expérience fécondèrent les esprits où l'étude avait semé ses germes. Car , gardons-nous de l'oublier, les traces de la civilisation du vieux monde ne disparurent pas entièrement des Gaules après la chute de l'empire romain ; les moines , ces hommes Biix mœurs trop peu sévères , sans doute , mais aussi trop souvent calomniés par l'histoire , conservèrent les traditions lointaines et pâlies, mais encore pures, des lettres antiques. Grâce à ces reclus laborieux, il resta dans les cloîtres une lueur des connaissances humaines semblable à l'étincelle conservée sous la cendre d'un brasier éteint *. Si darant ces croisades où I%j!ippe-Angnste et Saint-Louis concentrèrent toute l'animation , toute la poésie de leur temps , cette lueur fut près d'expirer»*, le feu sacré se ranima au retour des guerriers qui revenaient de l'Orient , l'imagination et le cceur bouiUants des inspirattons neuves qu'ils y avaient puisées; et BIms eut sa part des conquêtes du savoir , jointes aux trojrfiées d'une guerre m<HD3 utile que ^orieuse.

Les anciens annalistes du Bléstws oot fait remonter trqj loin

■ Sans parier des sarants od peu apocryphes du siècle de Cbartemagne , Gerbert, précepteur du roi Robert, ei (fui Fut pape sous le nom de Sylvestre II, fit briïw BU i.< Biètle, i travers le voUe de barbarie qui couvrait de nouveau TEorope occidentale, des connaissances profoudes et variées. Il importa en France les chiffres arabes ; on lai dut les premières notions del'algËbrej en un mol, U fUt frire un grand pas aux sciences de son temjis.

** Alors et durant plu^eurs siècles encore , on ne voyait sa livrer â l'itude que des hommes sortis de la classe plébéienne. Or, les écoles des monastères durent Tester désertes lorsqae le* seleoenn MHDeaèreM en Terre-Sainte des populations

ET Dl iOS TCRftlTOniB. 6S

l'école de t'abbaye de SaÎQt-Laumer : nous ne voyons cette école Qeurir quo \ers la fin du xi.* siècle. Daas la siècle soiTsal, «Bti devint féconde enilliistrations : de ses classes sortirent suoceast- TumentHagaesTarsit, maître de l'école de Chartres; Lambert Licors , poète français ; Hulric , qui dirigea avec une grand» snp^ riorité l'école d'où il étailsorti ; Bernard deBkiîs, célèbreparsoQ éloquence; Brnandde Bktia, qui se Si an nom daaBlcBsoieooes; Vital, auteur de eAidularia; attribné^naute; Pierre de- Blois, cet enfm du fôubourg de Vienne, qael'on doit classer parmi les meilleurs écrivains de son tempe; eolin, Guillamrie , saa frère , auteur de àiyen ouvrages dramatiqoes et d'œuvres dethéologie', ce qui ne paraissait point alors incompatible. Pierre de Kois, d'doord précepteur de GuiUasDW II, roi de âcite , devint en^te son secrétaire. Appelé ]rfuB tard en Angleterre par Henri H, il obtint l'arctudiaconé de Batb, pais celui de Losdres. Gê Blésois fut uen'seulemeat nahorame d'état dislii^^; niais il s'illustra par une dialectique savante et sévère, qui marqua peut-être le jH^mier pas de la critique au moyen-ége *.

Od ne doit pas toutefois attribuer aux religieux de Saint-Lanraer seuls le caractère essM^tiellement artistique de leur ^lisa ; en. examinant les diverses parties de l'édifice , i) est aisé de r&> oonnattre l'importatioa snocessive des progrès éclos et grandis sous un antre ciel. Bomano-byiantia dans sa partie )a plus ao^ cienne (le chœur) , il revét'les formes de l'ère ogivafe primitiw (eili.* siècle) dans le surplus de la c«MUtruclion , et l'origine orientale est ici de toute évidence. Mais il faut teoir compte aux Bénédictins du soin qu'ils prirent d'acclimater l'art aux. bords de la Loire, et des sacrifices qu'ils firent pour dot«r la ville de Blois d'an m<»iument.

■ La meilleure édition des œuvres de Pierre de Blois fut publiée, en 1667 , par Pferre de^Guassaliivli]». Elle se compose de leltres , de sermons et de trairéa dir ven. M. Duptenis, mnnbre de la société académique de Btols, a con^gné dans IfS ménrtrires de celte soctélé une milice mr Pierre de BIds et ses ouvrées ; notice que l'on consuliera avec intérêt. '

Tandis que la basilique de SaiDt-Lauoicr s'élevait, deux hommes sapérieurs sortaient des écoles de cette abbaye : Gauthier, abbé de Poutigny , puis évéque de Chartres , célèbre par soo éloquence et sa vaste érudition ; et Robert de Blois , connu par des fabUatas qui lui acquirent une célébrité méritée.

Quant aux exploits en Palestine des guerriers du Blésois, vraiment ils ont été trop peu appréciés par les historiens mêmes de la locaUté. Les grandes renommées imposent des convictions : Le Tasse , dans sod poème immortel , et peut-être uniquement afin de produire un effet de ce molle facetum ïmitatif , qui est l'essence de la poésie itaUenne, atteint les croisés des bords de la Loire d'an renom de mollesse trop légèrement attaché à leur réputation. On a vu que plusieurs comtes de Blois combattirent daiis la guerre sainte; que deux d'entre eux y perdirent ^o~ rieusement la vie; et l'on doit penser qu'ils furent environnés de braves chevaliers partis , sous leurs bannières , du pays qu'ils gouvernaient. Le silence de l'histdre voue quelquefois à l'obscurité des carrières non moins illustres que celles exaltées par les préventions favorables ou les panégyristes soudoyés : double attentat à la vérité qui abuse malheureusement les générations. Nous devons ajouter que Louis U de Châtillon , pour , repousser du Blésois les Aillais et les graudes compagnies qui dévastaient ce pays dans la seconde moitié du xiv.* siècle , ne manqua ni de bras ni de cœurs vaillants.

Sous les derniers comtes de la maison de ChàtilIon , le gouvernement et l'administration du pays étaient organisés ainsi : la première autorité, en l'absence du comte, était dévolue au vicomte ou lieutenant de ce prince , qui le représentait dans toutes ics occasions ou la puissance de ce grand feudataire de-

* Au ITT.* siècle , les vicomtes ou Ueuleoaats du comte furent les sires Jean de Villesafalr, BfgnauU de Barbançoo, de Bicand, Hugues de BarbaD^on, Guillaume de MesaleuC. GeoIFroi de Saiot-Brtcon, GUlet de Cauroy, Alard de Donslienne et Alard de Barbançon.

vait prononcer. La justice était rendue par un bailli*, qui intervenait, sinon dans le gouvernement , du moiiis dans l'administration , que ce fonctionnaire dirigeait au nom du comte , à moins qu'il n'y eût affranchissement des villes , et , dans ce cas encore, le bailli dominait la communauté, surtout pour la conservation des redevances féodales. Il y avait en outre à Blois un receveur du comté •«, et un châtelain auquel était confiée la garde du château. La viUe , entièrement fortifiée à l'avènement de la maison de Ghàtillon , avait son commandant particulier , qui fiit souvent le lieutenant du comte. La police était exercée par un prévôt ***, dont le pouvoir, quelquefois .discrétionnaire , se faisait rudement sentir sur les classes plébéiennes ; mais qui , dans son action , se trouvait souvent entravé par les droits et prérogatives des abbayes de Saint-Laumer et de Bourg-Hoyen; quelquefois encore par les privilèges, de fondation ou concédés , dont jouissait la collégiale de Saint-Sauveur. Nous parlerons ailleurs de la chambre des comptes de Blois , dont l'existence remontait au gouvernement des comtes de

■ Les baillis de Blois , au xit.* siècle , dont les noms onl été conserrés , sont : Audrr de Cove , Hegnault-PiiaK , Nicolas Barreau, Gui de Koecke, Jean de Beausse et Regnault de Sens. Au »n.* et au uv.* siècles, ces balUls sortaieol giaéniematt du corps des légistes , el quand^ les états-généraux étalenl coDToqués, Ils renrortaient, s'ils étalent roturiers, l'ordre du tiers-étal, dont les obiers furenl ^ sonient bostlles k la féodalité, et rorllfièrcat ^nd l'aulorllé royale.

** Les recereurs de Blois, au itv.< siècle, TurcDl Helllen ou Heriln , Dargent, Jean Lemercler, Jean de La Poniaine , Robert de Gyen,Bertbelol le Chandelier, JeandeBus^ères.GlIlet-Boyvln, Guillaume Marchand, Jean de Bonduls, Jean LvgentJer, Pierre d'Orléans , Pierre Vinet, Jean Deschamps, Glrard-VUlodon M Nlcalse de Bonduls. — On a conservé les noms des cbiielains Guillaume de Uosnes, Hacé ou Thomas Pelllpaa, Gauteron-Le blanc , Louis de la Glisoelle ou de la Griseile , Jean Vtgrenl.

*** Les nunumenU historiques offrent les noms des prévûls de Biais désignés d-aprèsi uT.'slède, Jean du Ruchet, Regnauli-Plvarl . Gauvain du Refuge, JeanLargenUer, Jean Marcbaot , Jean de Frore et Jean de Becheblen.

DO xtSTOutB se BLota

Cfaampa^e , et <|ai HaH Tune des plus sDciennes <hi royaume.

Après l'avèoement de la otaîsoD d'Orléans au comté de Bloù, il y ent un grand-bailli , dont l'autorité s'étenâait« tout le ducbé, et ayant la baute-matD sur toutes les juridictioQs et institutioes 4e la provinoe , sauf les c*s reesortlEsant au parlement de Parts.

Au moment où Louis d'Orléans {wit possessioa du comté, ce i»iiice avait, oomoie nous l'avons dit, épousé, depuis quelques années , Valenline , filfô de Galeas Visconli , duc de Hilan , princesse dont la pureté faisait tache -daefi une £our dissolue. Ou l'en éJoigoa vers 1396; mais pour couvrir son exil d'tm prétexte spécieux , l'impudique Isabelle , femme du roi Charles VI, osa suj^N>ser des familiarités illé^times «itre oe monarque et la dudkesse d'Orléans. Uq motif plus réel de l'éioigoemant de V^stine, c'est qu'elle gânait le duo dans ses scandaleasos galanteries avec k reine.

' Valentine était a CbÂteau-Tbierry, lorsqu'en i &07 , elle apprit l'assassinat de son mari *. £Ue en avait ^i trois fils : Charles d'Oléaas , qui fut père de Louis Hii; PJtilippe , comte de V^tus, et Jean , comte d'Angoulême , aïeul de François I." Le premier soin de Valentine fut de sauver ses enfants ; elle les envoya à Blois , ville munie d'une bonne enceinte j mais elle ne s'y retira point encore : la malheureuse princesse espérait eblemr justice de l'horriWe attentat qui la rendait veuve; «He se rendit à Paris.

Son affliction profonde , le spectacle du grand deuil dont elle était environnée et son entrée lugubre dans la capitale , produisirent une vive sensation parmi le peuple; mais, ainsi que toutes les impressions de la foule parisienne , celte sensation int éphémère. Le roi , se trou^unt . dans une des lueurs de lucidité qui traversaient sa déplorable vie, accueillît sa belle-sœur avec

• Ptuileun historiens ont rapporté que le duc d'Orléans lyanl mi ]oor monli an duc d« Bourgogne le portrait de sa femme parmi ceux de ses maîtresses, i prince, eroenement blessé, résolut dès ce moment le meurtre de sonnereu.

ET >B WH TERniTOlKS. «9

attendrissenieHt ; i! lui promit de foire bonne et prompte justice des assassins du feu duc; nuis faiec^At cette promesse s'évanfluit dans ks OT-ageases aBoimKes de sa raison. Elfe s'y reproduisit l'aonée suivante. La requête de Vatendne , qne Charles VI prit alors «noonsidératioii, « oonctoait àee queledocde . Bow^ognedMiarKiâtpardoa à elleetè ses enfants, en présence du roi, des princes, des coB8uls«tdupe«ple, la tête découverte; saus ceinture , à genoui ; et tpue cette réparation, commencée au Louvre, fût répétée à l'hôtel Saint-Paul, et vieille rue duTeœple, où le CTHue avait été commis. Ladacèesse demandait encore que l'amende hottorable du Bour^goon fût répétée à son de trompe dans tout le royaume; que toutes ses maisons fussent rasées; jj^'on élevât à leur place des«roii chargées d'inscriptions ilé- Irissaates ; qu'il lui lût enjoint de fonder deux coU^les et deux chapeJJes, l'une à Jérusalem , l'autre à Rome, et de payer une amende d'un million d'écus d'or; enfin tpie Jean-sans-Penr Mt exilé outre-mer pendant vingt ans, avec déÉensed'approcher de cent beues des endroits où ae tieadffaieat la reine et les princes de la maison d'Orléans*. »

Malgré les promesses du roi , rien -de teat ce qui précède ne fut obtenu : la duc de Bourgogne , vainqueur des Liégeois , déclara qu'il allait se rendre à Paris à la tête d'une armée pour répondre aux griefe allégués oontre hû. Dès-lors il n'y eut plus de griefs : les terreurs de la cour paralysèrent sa justice. Ytimtîne , désespérée , rejoignit ses enfants à Bhris.

Résumons en peu de «nots la vie de cette otMe et belle pmcesse , qui avait épuisé tout le âel4oat peut s'abreuver l'existence d'une douce et tendre créature , trompée dans toutes ses afftotitHis. Elle avait va le plus volage des époox passer dans les bras de cent femmes , ou pasaonaées , ou sealement audntieuses d'oocuper , pendant quelques jours, on prince de la maison royale. Prescpie en sa présence , la r^ne

* HfirW(r«An4iM,pu-AitfuttU,anBéaU*8.

Isabelle et la dachesse de Bourgogne s'étaient données, par one impudeur publiquenient affichée, à ce fils de France, avec lequel le sexe dissolu de l'époque se faisait honneur de son déshonnear. Et la pauvre Valentine , comp^ne fidèle d'un souverain privé de sa raison ; attentive à en fixer les lueurs fugitives sur des objets qui pussent l'amuser, passait près de lui ses tristes journées, sans pouvoir même se garantir d'une inTâme calomnie, qui l'atteignit dans cette vie de souffrance et d'abnégation.

A la suite de tant de chagrins et de dégoûts, Valentine, qui eut fait l'ornement des cours les plus riches de beautés , trouvait pour unique refuge contre des inimitiés incessantes, les sombres murailles d'un cbàtean-fort, qu'elle se plut à rendre plus triste encore. Les chroniqueurs du temps nous montrent la noble veuve, enfermée sans cesse dans un appartement tendu d'une draperie noire , semée de larmes blandies. Elle avait pris pour emblème , disent-ils , un arrosoir entre deux S , initiales de soupir et de souci , avec cette lamentable devise :

En voyant la pâle figure de Valentine glisser le long des lugubres tentures des chambres et des galeries , on eut pu la prendre pour un de ces hâtes du ciel parmi lesquels sa place était marquée. Chaque jour elle abrégeait de plus en plus son exil sur la terre , par les douleurs et les privations d'une vie dont elle ne voulait plus. Née pour se livrer aux chastes mats brûlantes émotions de l'amour , son cœur avait été brisé au contact d'un cœur que le vice seul trouvait sensible , et qui s'était feit d'acier pour elle. Privée à jamais de douces illusions , Valentine s'abreuva avec une triste volupté à la conpe du malheur; elle accepta ses peines comme autant de félicita , et refusa cruellement à sa jeun^se les consolations qu'il faut chasser avec bien

de la persévérance pour qu'elles abandonnent cet âge qui en est avide.

La duchesse d'Orléans allait quelquefois passer- une semaine au château des Hontils; elle y fit môme des augmentations assez importantes. Là , comme à Blois , cette princesse recevait les Jiommes de l'époque renommés pour la délicatesse de leur esprit. Jean de Meung, dit Clopinel, l'un des auteurs du trop fameux roman de la Rose, eut souvent part à ses bienfaits, parce qu'il lui avait dédié un de ses livres. La vanité, dans cette ame flétrie , conservait donc encore quelque empire.

Enfin, après une année de regrets, dont la duchesse semblait caresser les empreintes cuisantes, elle vit approcher la mort avec de mélancoliques sourires : saluant, si nous pouvons nous exprimer ainsi , chacun des paroxismes du mal qui minait sa débile constitution. Hais, à travers la suave agonie de Valentine, nu reflet du naturel italien se produisit : à cette heure suprême sa voix s'anima; son regard angélique étincela comme l'éclair en se portant sur ses enfants , et elle leur fit jurer de ne goûter ni plaisirs^ ni repos qu'ils n'eussent vengé le meurtre commis sur leur père. Valentine ne chérissait pas moins Danois, fils que le feu duc avait eu d'une de ses maîtresses , que les princes delà tige légitime d'Orléans, a Celui-ci, disaitr-elle quel- » quefois , m'a été emblé (volé) , et nul des miens n'est si bien » taillé à venger la mort de son père. » « Le quatrième jour de B décembre , dit Juvenal des TIrsins, mourut, de courroux et de y> deuil, la duchesse d'Orléans. C'était grande pitié d'ouyr, » avant sa mort, ses regrets et complaintes ; et piteusement re- 1 grettait ses enfants et un bastard nommé Jehan. »

Valenlîne fut inhumée près de son époux , au couvent des Célestins , à Paris ; mais le cœur de cette princesse fut donné aux Cordetiers de Blois.

Après la mort de la duchesse, Charles d'Orléans, héritier du duché de ce nom et du comté de Blois , se vit contraint , malgré les exhortations vengeresses de sa mère , d'accéder à un accom>

7â BKTCHAfi BB BLOIS

modemâDt av«c la duc d« Bourgogne. Les oégooiatitMis, commencées à Tours , se terminèrent à Chartres , en 1 i09 , de la ma- Bière suivaDte. Charles VI, jouissant alorsd'une lueur de raison, la reine Isabelle, les princes et une cour nombreuse se trouvèrent dans la cathédrale , où l'on avait dressé un trdue magnifique, sur lequel s'âssit, comme un pÂIe fantâme, l'infortuné monarque. Les jeunes princes de la maison d'Orléans, daut l'humble attitude annonçait des accusés plulAt que des accusateurs , assistaient è, cette assemUée , couverts de deuil ; taudis que le duo de Bourgogne , àéik certain d'être absous , affectait une coatenance hautaine, qui ne se démentit même pas dans l'acte insignifiant de contrition qu'il avut accordé, oou pas à l'autorité souveraine, mais aux soUicitaUoDS^e Charles VI , frère du prince assassiné.

Lorsque chacun eut pris place , l'avocat du Bourguigooa se prit à réciter cette formule convenue : « Sire , il a été ra^orté

> à monseigneur de Bourgogne , que vous étiez indigné sur lui » pour le tait <iu'il a commis et fait commettre eu la personne » de monseigneur le duc d'Orléans , votre frère , pour U 6im » de tx>tre royaume et de votre personne , comme il est prêt de

> vous le dire et faire véritablement savoir quand il vous plaira;

> «t pourtant vous prie tant et si humblement comme il peut , » qu'il vous plaise âter votre ire et indignation de votre

> cœur et le teoir ep bonne gr&ee. a Le duc ajouta de sa bouche ce peu de mots : « Sire , de ce que je vous prie', s puis il s'éloigna fièrement. Alors, le ducdeSerry, te Dauphin , les rois de Navarre et de Sicile se prosternèrent au pied du Irène et dirent dunaccent ferme et plein: « Qu'il vous plaise, Sire, dépasser » larequétede votre cousin le ducdeBourgc^no. «Le roi, s' étant levé et découvert , prononça celt« courte réponse, articulée d'une voix à peine intelligible : « Beau cousin, nous vous accordons ■ votrerequéte et "VOUS pardonnonstout...i>Cléiaeooe sacrilège, dont le malheureux prince , malgré son insanité mentale , comprenait lODte la bonté , mais que loi imposait la nécessité.

ET » BON TCRRIfOnB. 73

L'AYME , r^e«3nt ensuite la parote, dit en s'adresssst aux Mis de Louis d'OrléaDS : « MesseigDeurs , voici le duc de Bour- » g&gae qui vous prie qu'il voua plaise âter de ves tœars , si » vous les av€E eucore , faaine et vengeance contre lui , pour 4e • fait qui fut perpétré en la personne de monseiguenr d'Orléans , > votre père, et que dorénavant vous seres boos amis ensem- ■ ble. « El le dtic inculpé ajouta , mais d'un scc^t de menace fbitôt que de prière : « De ce que je vous prie. »

Que pouvait faire le duc d'Orléans , sans espérience, sansailiési saBs troupes, au mépris de l'autorité royale? Le pauvre prince comprit qu'il fallait céder ; mais ses sanglots et ceux de ses &ëres aocmeiHifeat d'abord cette fatale nécbssité. Puis d'une voix étouffée , Charles d'Orléaus répéta lentement ces paroles «pi'oo lui dictait : a Sire , puisqu'il vous yAaii commaDder , «tous » lui accordons sa requête et lui pardonnons toute la malvsît- » lanoe qu'avions contre lui ; car en rien ue voulotis désobéir à » chose qui soit à votre plaisir, d Les deux parties firent ensuite serutent sur le missel , et les lettces d'abolition fiirent expédiées le même jour.

Après cette déplonUe condusiou , le duc Charles et ses frères vinrent de nouveui s'enfermer au coteau de Blois , leur réiùdence ordinaire. Us y vivaieut fort retirés et toujours en déâoace , lorsqu'un événement inatUsMlu mit fin à leur péi^de l(»^niraité, et parut offrir au jeune prince l'oocasit»]! de laver l'offense faite ii sa famille. Isabelle de France, sa femme, mounU vers la £b d« 1 4V9 , au moment même où les énonmtés politiques de Jeaa-fians-Peur exaspéraient contre lui presi^ie toute la noblesse ds France. Une puissante coalition se formait: on comptait parmi ses chefs les ducs de fierry et de Bourbon , ■ les comles d'Alen^n, d'Armagnao et deClermont; mais les «onjuT^a comprenaient (|u'il iallait à la conjuration uoe ame et un but : l'une et l'autre se trouvèrent dans la vengeance de la joaismi d'Orléans. Bernard VU, comte d'Armagnac, ét«it un seigneur pQJssaBt dans le raidi de la Ffmice ; «n le savait doué

d'une andaca qu'il puisait dans la prétention de descendre da roi Clovis; enfin, ce grand feudataire parut aux conjurés digne d'être le chef du parti qui se formait contre Jean-sans-Peur; et pour justifier autant que possible le pouvoir qu'on lui donnait , il fut convenu que Bonne , sa fille , épouserait le dpc d'Orléans, veuf depuis environ un an. Eu effet, le mariage fnt célébré au château de Mehun , en Berry. Ainsi commença cette terrible guerre entre les Armagnacs ou les Orléanistes, et les Bourguignons, qui, durant cinq ans (de 1440 à 1415), inonda la France du sang de ses enfants, et la couvrit des brandons de l'incendie.

Ainsi Cbaries d'Orléans eut èi la main les armes qui pouvaient sinon accomplir, du moins exercer cette vengeance dont Valen- Une de Hilan avait emporté l'espoir dans la tombe. Blois devint lecentrede la faction dite des Armagnacs, et l'une des places importantes du parti. Le commandement en fut confié au capitaine Archambault de Villars , ayant sous ses ordres une forte garnison , composée d'hommes d'armes, d'archers et de canouniers. Car alors , sans nul doute , les remparts de la ville et du château étaient armés de canons *. Toute la famille d'Orléans habitait le château de Mois durant les funestes discordes civiles dont nous avons signalé l'origine ; mais le comte Charles se t&~ naît habituellement sur le point oii la lutte était le plus vivement engagée. Cependant , de loin comme de près , co prince demandait souvent aux habitants du comté , particulièrement anx classes marchandes, des prêts d'argent pour subvenir aux frais de la guerre. Les bourgeois de la ville devaient en outre garder leurs portes , et payer cinquante livres par année au capitaine que le comte leur avait envoyé.

Grâce à la situation imposante des forteresses du Blésois, la guerre ne sévit pas alors rigoureusement aux bords de la Loire

moyeane. Noas n'avons pas besoin de rappeler, à ce sujet , qu'au XT.* siècle tout chAteau était une forteresse ; mais iodépeadamment des moyens de défense que cbaque seigneur , petit ou ^^nd , s'était ménagés , le comté était gardé vers ses limites par des forts oii le comte entretenait des troupes: tels que Chaumontà l'ouest, lesHontilsausud, Montfrault-Cbambord à l'est, et peut-être Bury vers le nord.

La désastreuse journée d'Azincourt, où Charles, ducd'Orléaus, fut fait prisonnier, avec son frère, le comte d'Ai^ouléme, mit fin du moins aux massacres dont la cause de ce prince avait été le prétexte. Nous ne suivrons point en Angleterre l'illustre captif: disons seulement que, durant sa prison, qui IVitd'un quart de siècle, se développa son goût pour ia poésie. On a de lui des compositions que les poètes du xvi.* siècle n'ont pas toujours égalées, malgré les efforts laborieux de leur musepédantesque. Les vers de ce prince-troubadour se distinguent surtout par leur suavité pleine de charme et de sentiment; quelquefois il en émane une douce philosophie , une longanimité mélancolique où l'ame du poète semble s'endormir avec volupté*.

Nous devons ajouter que si le comte Charles faisait des vers mieux qu'aucun trouvère de son tem^ , il devait les plus vives de ses inspirations à ce sexe loin duquel l'imagination élégiaque reste froide. Charles , doué des avantagesdu corps comme de ceux de l'esprit , était parvenu facilement à s'entourer d'une cour d'aimables anglaises , aux beaux yeux desquelles s'allumait le feu de son génie, et qui lui disaient trop oublier cette Bonne d'Armagnac, que la politique avait introduite dans sa couche.

Tandis que le duc Charles sentait moins le poids de ses chaînes en les cotivrant de fleurs , la comte de Vertus , son frère , habitait le château de Blois, d'où il administrait sagement les

* Les poésies de Charles d'Orléans lurent Imprimées pour la première fois en 1803 1 une doutcIU édiUoD plus comidÈte Tient d'être puJdlée pu mi employé

de la bibUotbique royale.

76 Hl&TDlftE SE BLOia

biens de la famille , et feûsait parveoir , diaqw année , eD A»glelerre , les revenus des deux frères captifs. Hais ce sage aâm>nîstnteur étant mort en 1 420 , la gestion da fief d'Orléans fut remise à Jean de Dubois . Ce seigneur., dont la moarante Valei>tine avait deviné les hautes qualités, joua, comine i>n}esait,aD grand rôle dans les guerres du règne de Charles Vil, et forma avec Lahire et XaintraiUes , l£ trio de preux chevaliers qui protégiea , mais qiû protégea trop peu constamm^kt, l'héroïque b^^ gère de Domtémy.

Avant d'aborder la scène qm se passa dans la viUe de Btois , an début du drame mervdlleux aocoropli par l'interv^tion de Jeanne d'Aïc, nous devons meolionner une consO-octioa ap^iartenant au geuverncm^it de Charles d'Orléans. La justice ayait toujours été rendue à Biais dans les saUes de l'alibaye de Boorg - Uoyen ; mais une transaction condue vers 1 i39 , entre le duc et les chaiaoims , fit rentrer ceux-ci en possesiàon de leurs salles , et ils cédèrent, pour la construction du palais, un terrain an pied de la tonr de l'Oise. L'acte consacrant cette transactim était daté de Windsor. L'édifice s'éleva lenlensest sans doute , car la dernière main n'y fut mise que sous le règne d'Henri lU. C'est là que siégaient le bailliage, le pré^dial*, l'élection., la maîtrise des eaux et fotâts , et la cour des comptas **.

* I) se canponll d'un )lentenaat-g«nénl . d'na UantenaDt patUcullei cira M crlntiod, et d« sepi coraeLUers. L'iastliiitloa de» présidiiMx Ait faite par le roi Henri II. Nous verrons comment, en 17T1, le présidial de Biais fui supprimé.

*' n D'est pu MDs lutértl de npponer iel les douh dci prtocIpMx olBitere de

cette grande Juridiction, depuis la ûa du iiv.* siè::le. Les premiers ptdsJdraits furent ;Iean le Flamand. — iv.' siècle, Jean David, GuUlaumeCouslneau , Jean Day, Jean Leftjsetter, Jean LeprJlre, Pierre de Refuge , Haonide ftefnge, Denis Lenerder. — m.* siide , Raoul Hurauk , Jeu Brttait, aaodeficetm, J«uidu Tbiers, Antoine Ddoynes, FlorlmoAd Robertct, Jean Horio, Pierre Sarred.Jeau Sarred, Merle de Vie, Armand deJouanne, — itii.* siècle , François de Jouaune, Jacques MdIId , Pierre Vltnd , Jean de la Saunare , Jean-4Vailf oie de la Sausavft, — xna.* siècle, Tann^ul Guerl-, DcMOfcn-Delerae, Adrle» d'Imal, N Saint-Michel.

ET DE son TEIRRITOtRE. 77

La situslion du Blésois était devenue très critique dan» Vhiver de fKS: les Anglais, maitres depuis l'année précédente do Maine , du Ferefae et d'une partie de la Beauce , assiégeaient Orléans et cernaient la ville de Blois, o<i s'élaieot enfermés, avec quelques troupes, les sires de La Tour et de Lalayette {"). Charles Vil , retiré à Chtnon , se laissait enlever, province par province, ce beau royaume de France qu'il eut, en ce moment, peut-être , donné tout entier pour un soupir amoureux d'Agnès Sorel. Enfin, les Us tombaient effeuillés de la couronne de Saint- Louis , lorsque Jeanne d'Arc parut. Nous ne dirons point quelles furent les épreuves que fit subir à cette vierge inspirée une défiance excusable , sans doute , en présence d'un si étrange concours; mais nous serons d'accord avec tous les historiens censés , en vouantau ridicule le choix des garanties que la cora" rechercha dans cette circonstance.

Biois, place jusqu'alors vierge (1439), était le rendez-vou9 des plus vaillants chevaliers du temps ; il s'agissait de secourir la principale cité du domaine de Charles d'Orlé«Hs, toujours, prisonnier des Anglais; le point de réunion le plus naturel était une autre ville de son fief. Le patriotisme trop long^-tempa assoupi d'une noblesse brave mais insoucieuse, semblait enfin se

Procureurs généraux , 1399. — Jean Martin. — - i(.* siècle , Hathurln Gaillard , Bernard VtDot, Gumaume Lcbonrfller , Gaillaiime Blonclrl , Jean Sertie. — iTt.'aJècIe, Guillaume Polmoo , Jeind'J^rr, Eualacbc Neveu- — xtii.* ^icle , LodlsCouTtlD, Jacques Couitin, HlclieiBaadrl, Jacques Baodri. — lyui.' sltcla, JoiephBaudrl.Louiï-AdrlenUaU, EUenneflajigevd, Gemlcn Rangeard.

^p0fii(s9^n^iiux,créJsen'lSOO.— lvi.*slè(:Ie,Gs!]erand.Gul]1ard,JeaiiSéae»cha1, Jacques Reuri, Sébastien Garnier, Jeaq d'Affnier, JeanCade, Va)ea(fti Belol, — xm.'sIMe, JaequaBd'Avoynes.TtioiiusLefort, Julien BoniouM, SliHOii Lerotn, Claude Petit, Lot^ Huart, Louù RoudJa, Roté deHoutay, Nicolas Bulaaob— • STiil.* sitcle, NkolasBuissan fils , J.^B.Lecbeyalier, Jean Hahl, J.-B.-N. Mahl m.

ChetaltiTi d'honneur , créés en 1720. — André-François LabM , Louis-Denis de CramauT , Jean-Jérôme Fortia de Haltal , Emnianuel Devi^reux.

: , Klon Anquetll , s'enferma k Orléans avant l'arrlTée d«

ranimer. Une foule de guerriers s'agitait dans les mes étroites et montueuses de la capitale du Blésois; partout étiocelaient les armes; partout la voie publique était diaprée du costume blasonné des écuyers, des pages, desvarlets; partout, enfin, on voyait, provoquant la grossière galanterie des hommes de guerre, d'innombrable ribmtdes , accourues à cette réunion do passions fortes, qu'il devait être facile d'égarer. Le duo d'Alençon, le maréchal de Boussac, l'amiral deCulaot, le sire de Gaucourt, Xaintrailles , Lahiro, et cent autres capitaines attendaient la Pucetle, avec des dispositions hostiles chez çeuz-ci, moqueuses chez ceux-là , portées à l'insoumission chez presque tous. Car cette noblesse , si fière de ses titres , si humiliée d'avoir à reconnaître, dans une simple bergère, un chef de guerre du premier rang, jurait avec toutes les invocations énergiques usitées alors, de ne point obéir à Charles VU, qui venait d'investir Jeanne d'Arc d'une si haste dignité.

Renaud de Chartres, arcbevéque de Beims , se trouvait aussi à Blois; et un grand nombre de moines , réfugiés dans cette ville, mêlaient les couleurs variées de leur bure à l'acier élincelant des paladins , et au costume magnifique des seigneurs et des dames.

Ce fut vers la fin d'avril que la Pucellc fit son entrée à Blois, accompagnée du maréchal de Retz, du sire Âmbroise de Loret d'un cortège nombreux de chevaliers. La beauté, tout à la fois mâle et candide de ses traits , l'aisance presque inimaginable avec laquelle elle maniait son destrier , la suavité de son accent, enfin cet ensemble de séductions qui lui avait conquis la cour de Chinon, changèrent subitement en respect, en admiratioD , les préventions de la plupart des chefs qui s'étaient promis d'aocueillir avec mépris cette gouge de bas Heu, comme plusieurs l'appelaient. Les prêtres, qui doutaient en général que Jeanne tint sa mission de Dieu, prirent confiance en elle lorsqu'ils l'entendirent parler, et finirent par convenir que le diable ne pouvant conclure un pacte avec une vierge , celle^i devait être divinement inspirée.

ET DE BON Territoire. 79

Toutefois, il fout le dire, il se trouva |>armi les guerriers réunis à Blois quelques seigneurs assez sceptiques pour douter même de cette \ie immaculée, qui devait être , pour les aimes de Cliarles Vn, un gage assuré de victoire : Lahire était du nombre des incrédules , et ce chevalier , beaucoup moins policé que vaillant, jugea Jeanne encline au péché, jusqu'à lui bire et lui renouveler souvent des propositions déshonnétes , auxquelles Dunois , dans la suite, dut mettre un terme par des injonctions d'abord amicales , puis menaçantes *. Cependant les chets rassemblés a Blois se montrèrent, généralement si soumis aux ordrœ de la Pucelle, qu'ils se décidèrent, quoique à regret, à renvoyer les femmes perdues qui les avaient suivis, et contre lesquelles l'béroïne s'était élevée avec autant de persévérance que de chaleur •*.

Jeanne, quand elle n'était point année en guerre, portait une huque •"• de velours rouge , brodée d'or et d'at^ent; elle était coiffée d'une toque noire tailladée et sur laquelle ondulait un panache blanc. Lorsqu'elle avait revêtu ses armes , elle conservait quelquefois sa huque pardessus, et le casque des guerriers du temps remplaçait sa ttMjue. Ce costume, éclatant par la nuance de [t'étoffe et par les ridies broderies qui le relevaient encore , ajoutait au respect qu'inspirait la figure noble et b^edeJeanne. On doit être peu surpris, du reste, qu'à cette époque où la distinction résidait essentiellement dans l'éclat , ces dehors brillants obtinssent des hommages respectueux , lorsqne , parvenus peutêtre à l'apogée de la civilisation, nous considérons tonjours, et considérons quelquefois exclusivement, ces superficies aux reflets sdntillants.

La Pucelle , durant son séjour à Blois , logea au château , selon

* Btttoirtittiiiucidt Bourgogne, par H. deBarante, année lli!9. ** La Loire htiiorigut , tome m, pages 370 et 371. *** EipicedeUinlqaeqaiddpMUltUQpenle Beaon.

60 ntf Ot*l D( BLMS

le témoignage de Bernter ; mais , ni rat hiatorien , ni stuna des éorivalnfl qui ont traité ce sujet, n'iodiquent U partie àe l'édifice qa'el)e babita. Toal porte k croira que ce forent les eonstructioDS dont aa ne voit plus que la base noircie, forraaat les fondaliooa <î« la aalle dite des Etats , «u nord du ctiâieau; ces constmatiMts remoDlant au-delà du xiv.* siède^ Quoi qu'il en SMt, 00 fut duts l'église eollégiale de Saint-SBUTenr que Je«ane fit bénir , par l'arobevéque de Reims , la bannière qn'elle aTaît saisie d'une main fenae, lorsqœ, dans uae de ses exûsea, sainte Caliierine et sainte Marguerite lui avsiwat dit : A-mdf cet ét«mdarddeparltroiducul'. Dans la aitete église, la Pucdle se fil revêtir de ses armea, après Issavoirlait également bénir par le prélat.

Tandis que les troupes à la tête desquelles Jeanne devait se porter aa seo9«rfl d'Orléans, se r^nissaieat i Blws, elle envoya au duo de BedEocl un tùrsiit àsargè de -cette lettre si comnie que l'histoire générale a oHisignée, «k qu'elle avait datée de h gron^ smtaine { la semaine sainte).

Chaque jour la {Hetiae vierge suivait , en. grande dévotion , les prooe^ioDEi eonduites par le b^re Pasqœrel, soQaamftnier, et auxquelles assistaieDl les guerriers , le cler^ et ta population pr^aquA entière. 1^8 seigneurs les plus détenninéineDtrtbaHdr, après avoir r«Qv»yé , comme nous l'avons dit précédetniDeBt, les fiîkttes qu'ils appelaient leurs amours da gnerre , se canliessaieal et cowtniuaiaient squvqoL Ëo on mot , cette uobtesse , ■&guère diasoliiB e4 livrée à toos les désordres , était iwreDue k ces orpyaaeas r«li|^e«fiesqw devaient tnmtM, en s'harmimiant avec l'esallation de Jeanne, opérer desprodigesqueoettejeune fille nleut pu aoconaplir sans le aecotn^ des humes épèes.de ses compagnons d'armes.

• «ArontquM d« Nicolas GlUwjCArOTii'que (te JaP>r<Wte,é(lUlpD de GodeTrol; Bdioire de> dues de Bourgogne, par M. de BaTanle; HUtoIrt deiFinncafi, par Jt. de Sinuondl.

ET tu son TERRITOIRE. 81

Jeasue sortit do Bloîa le Î8 avril 1 489 , par la porte dite depuis d'Angleterre, et qui eut été nommée plus esactement porte de la Pucelle. Frère Posqaerel , portaot la banDière bénie à Saiat- Sauveur , ouvrait la marche , enviroané d'an clergé nombreux , cbaiHant le Vem Creator. Venait ensuite l'béroïne , armée tout en blanc* «t montée sur un coursier noir. Près de la Puoelle marchait son frère ** , aussi armé en blanc , son écuyer , le sire d'Aulon, les hérauts Gayenne et Ambleville , plusieurs pages Qt ànq lances fournies '**. Le détachement que Jeanne menait au secours d'Orléans ne s'élevait pas à plus de six mille hommes, il se dirigea vers la vilk assiégée par la rive gauche de la Loire^ qu'on lui&t prefkdre en h trompant"***, afin-d'éviter la rencontre

* Cet «nuement d< peut *'«ntetidn qa» de l'ddM d'imu bien pcdtet M dont

Us reflets étaient blaocs, U n'est pas probable que Jeaoae se pr^irlt i, ttire la giierre avec un costume d'éioDe blanche. On loit son armure au musée de l'artillerie, ï Paris; l'on peut remarquer ijue l'acier dont elle est faite a été admlnblement paU,etquelrapp4 dnrajonsdu soleil, il deTait jeter des reflets

:t l'autre l'ordre de cbefalerle ,

*** La luce fournie se composait d'un himiMe ifannes , ordinairement it«bl«, de trois aicbers , d' un eouMier et d'uo page ou écuyer. Le coutelier, ainsi appelé parceqi^'jl portait au côté une sorte de couteau, conduisait le cheval de bagages de l'homme d'armes, et marcbalt ordinairement i pied. Le raie des archers , dans le combat, était d'escarmoucher sur les Dancs ou en arrière des gens d'armes de leur compapiie. Lorsque ceui-elaviientchBrBdetrompulaligne ennemie, les archers se [tortaient en avant et entouraient il pluiiaura un geodanne du parti contraire , l'emmendent prisonnier ou le tuaient à coups de hache.

**". Celte supercherie , employée avec Jeanne d'Arc , révèle un fait Important , auquel les historiens ne se sont pas assez arrêtés : Il prouve que l'expérience de certains chefs rectlfiailce que les Inspirations de la Pucelle pouyaienl hasarder; et l'oD a TTilmiiit besoin d'admettre cette considération pour accepter la probabilité de ce que fit, dans le donuine de la gutfre, une jeune Hlle des champs. Nous savons que celte ojrinlon soulèvera des conlradtctlons plus aaière* que logiques; mais la raison a ses droits, et la mission de Jeanne est encore assez sublime, avec le secours des hommes de guerre eipérimentés , puisque, avant elle, Ils n'avaient tôt rien de décisif contre fenneiDl.

8z HISTOinB VS BLOIS

de plusieurs corps anglais qui occupaient la rive droite. CependsDt oneuttortde changer l8 direction des troupes, s'il faut admettre , avec l'auteur de l'Histoire des ducs de Bourgogne, ce récit de la première entrevue de Jeanne avec le comte deDunois, qui vint la recevoir au-delà de la porte de Bourgogne , à Orléans.

Jeanne , rapporte cet écrivain , reconnut le grand bâtard , quoiqu'elle ne l'eût jamais vu; et se portant à sa rencontre avec toute la prestesse d'un habile écuyer , elle lui dit : « C'est vous qui avez ordonné que nous vinssions par la Sologne , non par la Beauce. — C'était l'avis des plus sages capitaines, répondit le comte. — Le conseil de Messire (de Dieu) est meilleur que le vôtre : nous n'eussions rencontré qu'un fôible détachement , que nous aurions pris avec le convoi qu'il escortait. Vous avez cru me décevoir et vous vous êtes déçu vous-même. Sachez donc, gentil comte , que je vous amène le meilleur secours que jamais capitaine ail reçu : le secours du roi des cieox; lequel, à la requête de Charlemague et de Saint-Louis, a eu pilié d'Orléans , et n'a pas voulu que les ennemis eussent à la fois le corps du duc et sa ville. »

Ici l'épisode si merveilleux et si poétique du concours de Jeanne d'Arc nous échap{)e ; forcé de rentrer dans nos limites , nous y retrouvons des faits moins éclatants , mais dignes d'intérêt. Les victoires de la Pucelle et des braves que son exemple avait électrisés , eurent bientôt délivré le Blésois du voisinage des Anglais; leurs étendards s'éloignèrent : des plus hautes tours du château on cessa de les apercevoir ondulant dans les campagnes.

Cependant Charles d'Orléans, du scinde sa captivité, veillait, autant qu'il le pouvait , à la sûreté de son duché. Archambaultde Villarsqui, depuis l'année 1410 ou environ, commandait le château et la ville de Blois , était devenu trop vieux , en i 431 , pour conserver la vigueur nécessaire dans ce commandement. Le duc le confia à son frère naturel , le comte de Dunois. Hais la présence de ce guerrier illustre était trop néces-

saire à la tête des armées royales pour qu'il pût s'occuper directement du gouvernement d'uoe place ; il remit celui de Blois au capitaine James Dutillay. Cet officier augmenta encore les moyens de défense de la, ville et du château; il fut secondé en cela par messire Hue de Saint-Mars , gouverneur du comté.

S'il est un côté heureux de cette légèreté d'origiue gauloise reprochée au caractère français, c'est que chez nous les haines s'éteignent presque aussi vite qu'elles naissent; on voit rarement vieillir dans nos familles ces inimitiés à la Montagu et à la Gapulet, dont les annales de l'Espagne et de l'Italie sont remplies. En 1438, il y eut un commencement de réconciliation entre les maisons do Bourgogne et d'Orléans, en mime temps qu'un rapprochement fut ménagé entre la première et Chai^ les Vil, Dans cette année , fut convenu , au château dé Blois , le mariage de Charles , surnommé depuis le Téméraire , et de Catherine de France, fille du roi. Ce monarque lui-même conclut cette union , négociée , de la part du Bourguignon , parle comte de Crévecœur.

Une année h peine s'était écoulée depuis ce mariage , lorsque le chflteau de Blois fut le lieu d'une conclusion d'un genre bien différent. Là s'oi^nisa , sous les auspices du Dauphin , depuis Louis XI, la révolte ouverte des grands feudataires de la couronne , qui reçut lo nom de Prciguerie'. Cette levée de houcliers féodaux , dont le résultat fut humiliant pour ceux qui l'avaient organisée, avait réuni à Blois le duc de Bourbon , le sire de Chabanues , le bâtard de Bourbon et le comte de Dunois luimême, agissant tant en son nom qu'en celui du duc d'Orléans, qui , captif de son corps , ne laissait pas d'être vivement préoccupé des prérogatives de son rang. La Praguerie était surtout

*Oo sali que Jean Husa, recteur de l'université de Prague, a^ant embrassé avec ardeur la doclrine de Wiclet , c'est-S-dire le théisme pur , excita divers soulèvements daus la capitale de la Bohétne ; el de là ie nom de Praguerie, devenu la dérignalloD gtnérique de tODie révolle contre nne «utorild dominatrice de l'ordre politique ou religleui.

U BKTWRB DE BI.0I8

déterminéft par l« formetion réeente d'une armée royale rëgnlière et soldée ; disposition émioeEnneiit politiqoe doe au coDoétable de RichemoDt , qaî , en <d>lîgeaDt les grands vassaax à servir sons les bannières de la couronne durant la guerre , et h licencier leurs troupes â l8paiT,por(«ituncoupternbleàIa féodalité. On conçoit oombien, dans cette circonstance, le prince breton dnt être pris en haine par les conjurés ; mais le temps de la force brutale était passé; on avait appris a calculer les influences autres que celle de l'épée : Richenoont parut au milieu des conjurés, les harangua avec sa rudesse ordmaire , sans las bire renoncer à leurs projels hostiles; mais ils n'osèrent l'ar<rtler.

La Praguerie venait d'écfaooer aux confins de l'Auvergne, lorsqu'un beau spectaide et une douce émotiu) furent ménagés anz habitants de Blois , par le retour du bon doc Charles , après une captivité de vingt-cinq ans. a Là et ailleurs , dit Octaviende >Saint-Ge1ais, le peuple on estait aussi resjoui que si o'eost a été un ange qui fût descendu du ciel. » Une députation des habitanls de la ca^Htale du comté , composée de Philippe Paris , Jean de Champeaux et Gosme de Cosny , présenta h Chartes d'Orléans, au nom de la ville , plusieurs pièces d'orfèvrerie émaillées et marquées à ses armes. Les circonstances de la délivrance de ce prince méritent d'être consignées par l'historien du Blésois.

Nous l'avons déjà dit , les haines de fomille ne sont point inextinguibles dans les cœurs français : Phitippe-le-BoD, duc de Bourgogne , après plusieurs points de rapprochemenl entre sa maison et cdle d'Orléans , se décida â consommer authentiquement sa réconciliation avec le duc Charles, en contrîliuant de tout son pouvoir à rompre ses fers , dont le poids inquiétait peu Charles VU. Philippe acquitta donc une forte partie de la rançon de son cousin; ce qui mit celui-ci à même de racheter sa liberté, en payant le surplus, non sans imposer de rudes charges aa comté de Blois , ainsi que le prouvent les monum^ts

ET DE SOH TBftRITMBE. 83

historïques du temps. Mais durant son long exil, Charles ..dans tout ce qu'il couservaU. de pouvoir et de facuUés, n'avait pas cessé d'étendre sa sollicitude sur les habilants de ses domaines ; ils s'en souveuaient et firent avec joie les sacrifices qa'oo leur demandait,

Philippe s'était porté su^evaot de Charles jusqu'au Ijeu de son débarquement ; les deux princes , attendris , se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et restëreat long-temps embrassés. Le duo d'Orl^ns rompit le premier le silence , prolongé par luie vive émotion également ressentie. «: Beau frère et beau cousin, t> dit-il , je vous dois aimer par-dessus tous les autres princes » de ce royaume , et ma belle cousine , votre femme ; car sans » vous et elle , je fusse toujours demeuré au pouvoir de nos ad- » versaîres , et n'ai trouvé de meilleurs amis que vous •.

Le duc Philippe mena d'abord Charles d'Orléans eu Bonrgogse, pais il se fit un plaisir de le conduire dans l'Orléanais, àvee une nombreuse et brillante escorte, et fiit témoin de sa reprise de possession. Cette cérémonie s'accomplit avec une pompe militaire dont le roi fut d'autant plus choqué, que le duc d'Orléans s'était moins empressé d'aller rendre hommage à ce souverain. Du mécontentemenl Charles VII passa à la défiance : ayant appris que le prisonnier libéré sans son concours se disposait enân à se rendre auprès de lui, mais à la tête d'un cortège nombreux , il le fit prier d'en renvoyer une partie. Piqué de cette injonction, Charles Gontr«nanda son voyage, et ce fut alors qu'il se retira à Blois.

fiientât le duc d'Orléans se réconcilia avec son royal parent, qui loi rendit toute son affection. Confiant dans la baute réputation de sagesse que Charles s'était faite en Angleterre, depuis que rSge avait amorti eu lui les passions, et circonscrit dans le doQiaine des lettres la poésie do son imagination , le mo-

* n faut cqKfidnt remarquer que 11 jiliipart 4m ]irlncea « d<* pands seigneurs de h nallon umMbaircnt k la HkdnHan du doc d'Orieaqa.

. Cc-^oglc

narque le Stson représentant anx conférences ouverl«s à Saint- Omer avec les Anglais , mais qui furent sans résultats.

Retiré au château de Blois, notre duc devint surtout homme du monde : sa cour, nombreuse etsplendide, passait pour lapins polie de l'Europe ; et l'on doit , nous le croyons , reporter à cette époque, l'établissement dans le Blésois d'un grand nombre de maisons nobles et opulentes *.

Nous ne pensons pas , avec H. de la Saussaye , que la |dupart des poésies de Charles d'Orléans aient été composées au château de Blois : il l'avait quitté bien jeune pour s'élancer dans la lice malheureuse des discordes civiles; et lorsqu'il y revint,

* Voici les noma dea famillei duBJéiola, du VendOmols , du Dunols, delà Sologne et d'une partie du Berr; , voLaine des bords de la Loire , que l'on dut voir t U cour de Blois , sous le duc Cbarles et aprËs lui ; plmleun y avalent paru avant son gouverneDienL Alei du Corbet (Dunols) , iTAuTereDela Grarainlère (BléMlsouSaiogiie),BelDt (Blois), Bolagueret de Vallitre (Sologne), BéUuuM (comté de Selles), Bodia de Bolareaard (Sologne), Brunler de Villesabion (Bloia), BouUult ( Biois ) , CourUwert (Ounols), Crespln de Bltly (Blésois), Gauvignon de la Gaudinière (Beiry, Blésois], Guérin de Beaumont (Blois). Hurault de Salat>'I>eDi8 (Blois), Jebanne die Sauner (Sologne), Harescot (DuDots), MuBMt du Pré (Beauce), OrMan» d« B4ae (Dunois), de Panac ( Vendûme ] , de Prunelay ( idm ) , de Réméon ( Blois ) , de la Saussaye ( Blois U Taillevis de Jupeau(Chl1eauregDau]t),TascberdelaPagerie (Dunois), deTremanlt (Blois), du Trochet de Saint-Georges. 11 ser^ superDu de Suer l'attention de nos lecteurs sur celles de ces ramilles qui se sont Illustrées à diverses époques. La maison de fidituse fut célèbre , non senleinent par SuDy , mais paf d'autres hommes vaillants ou que recommandaient de hautes qualité : le dernier duc de Béthune, Charost est Inscrit au nombre des bienfaiteurs de l'humaoKé. L.a Tamille Hurault, entre autres eentilshommes Illustres, a donné le chancelier de GheTerny, dont Dons parlerons ailleurs. Nous avois signalé déjt les nombreuses ikotabHIlés sorties de la maison Jetianne de Saumery. Un Harescot fut un des généraux les plus distingués de la révolution et de l'empire. Mussel-Patay, descendant de la famille cllée plus haut , se fit un nom dans les lettres ; ses deux Bis sont classée parmi les premiers écrivainsde notre époque. M. Louis delà Saussaye, par des outrages recommandables , s'est ouvert l'Académie des Inscriptions et belle»>ieltres. Enfla Joséphine Tastjier de la P^;erle , femme du plus grand homme des temps modernes , fut impératrice des Pranfais et reine d'Italie.

l'âgedevaitavoirattiédidéjàcettevervedes poètes qui , comme la lave da Vésuve , ue coule puissante et rapide que lorsqu'elle est en ébullitioa. Ge fut sans doute en Angleterre que l'imaginatioo de Charles, caressée par les souvenirs de la patrie loiotaine, enivrée quelquefois par les consolations expansives de la beauté , dut s' épancher dans les accords de la lyre. Néanmoins , comme on ne rompt pas plus volontiers avec la poésie qu'avec l'amour, la situation inspiratrice du château de Blois ne put manquer de ranimer la muse sérénissime.

Hais si te duc reportait savue sur l'intérieur de cette sombre demeure, ses riantes idées devaient soudain s'envoler. Dans. ces appartements, presque toujours déserts durant un quart de siècle, il retrouvait le lit mortuaire de l'angélique Valentine, sa mère; quelquefois peut-être, dans l'obscurité des nuits, l'ombre de cette princesse , dont le dernier soupir s'était éteint empreint de l'espoir d'une vengeance, lui apparaissaitr^Ue , triste de la désillusion montée vers elle dans le séjour éternel des justes. Et puis le palais de Blois, devenu plus tard si magnifique , n'était encore qu'une austère forteresse aux épaisses murailles, aux tours crénelées , enceinte d'uu fossé profond.

Aussi le duc Charles , le premier parmi les comtes de Blois de la œaisoQ d'Orléans ; voulut-il ajouter la splendeur à cet appareil martial, sans toutefois l'altérer : si déjà le despotisme Ëwoude des grands s'était adouci, ils tenaient encore leur sujet à distance par la crainte. 11 reste peu de chose aujourd'hui des reconstructions ordonnées par ce prince : elles ont disparu en grande partie dans les travaux ultérieurs. On voit cependant epGore une suite d'arcades qui servait à lier l'aile orientale k l'aile occidentale.... Du Cerceau, dans Les plus excelîmts bâtiments de France, a donné un dessin de cette dernière partie de l'édifice.

Lorsque Louis I." avait pris possession du comté, il s'était proposé de former an château de Blois uue petite bibliothèque, dont le commencement fiil bien modeste; car il ne se composait

88 HmoiRB m buhs

^le de cinq volumes donnés par Charles V à son ptns jeaae fils. C'étaient deux Bibles , on Misse) , leGottvemement des roit eC lae Voyages du VémtieK Marco Polo : tons ces ouvrages manuserics et transcrits sur vélÎQ avec une admirable netteté. Louis , quoitpje léger et dissolu, aimait les lettres ; il ajouta à cette faiUe collection, le Dit royal, acheté à Jean Proissart; le Miroir fustonal, qu'il avait Ëiit composer; les Ckroniquet de Pranee; le roman de Lancelot, celui de La Rose , les Fables d'Esope , la Cité de Dieu, les Couvres d'Aristotc, le livre du <^d et du, Monde, le Ixvredes Echecs, Soétone, Tîle-Live, Lucaiu et Boèee», Valentîne de Milan augmenta la bibliothèque du chAteau de plusieurs volumes Instoriés ou enluminées, entr'autres les Heures fraaçaises , dites de madame la Ducbesse , el le Tra^é de l'atne et dm a»ur. Quant am: richesses que le duc Charles ajouta à ce petit trésor littéraire, elles consistaient principaleaient en uo grand nombre de manuscrits rapportés d'Angleterre, et que le régent Bedfort avait enlevés pour la f^part de la tour du Loorre, où Charles V réunit les premiers déments de notre biUiotbëque royale. Soccessivement te duc augm^ita la collection de livres formée au château de ^is . elle était une des plus considà^dUes du royaume lorsque la découverte sublime de GnUembei^ permit de décupler en peu d'années les ouvrages qu'elle renFermait.

Le 97 jnia 1 462 et jours suivante , il y eut an château et dans la ville de Mois des grands et joyeux ébattetnens : Marie de Clèves , troisième femme de Charles d'Orléans , venait de donoer à la France ce prince qui, parvenu au trône contre tonte probabilité, obtint et mérita le beau surnom de Père éu'pmpk. Louis XI tint cet enfant sur 1^ fonts de baptême , avec SbrgBe-

* Vofei le cMltau de Blols, par M. de la Sauaaafe, membre de l'Iasâtal; Toyei Missi la partie des archives du bïiroiL de Joarsauvanlt , déposée t la MbUotMqiie«l«Bli))i.

ET D£ SOH TBRKITOIKB. ^

rite d'Anjon, i^îocesse si grande, maie si Boalheureuse , qai tomba du trAne d'ADgleterre avec la maison de Lancastre. 11 y eut à l'oceasitHi de cette oaissaDceà la cour ducale , ditOctavïen de Saint-Gelais , « de grandes chères è merveittes qui seraient » bien longue» à mettre par escril. La boraue dame d'Oriéans, » dit-i) phis loin , nourrit soa fils si doulcancnt qu'U n'eust été s f>06siUe de mieulx. t

Le jeime duc, prédestiné è porter la couronne de France, n'avait que deox ans lorsque son père mourut. Loois XI avait ctHiToqué h Toui^ , vers la fin de l'anBée 1 i6t , les princes du sang , les principaux seigneurs et les députés des villes , a&n de s'éclairer, disâit^it, sur les liaisons du duc de Bretagne avec l'Angleterre, et justifier delà nécessité des dispositions sévères qu'il avait faites précédemment è ce sujet. Dans cette assemblée, le duc d'Orléans , plus que septuagénaire, crut pouvoir apporter quelque restriction à l'éloge que le roi venait de faire de sa conduite par l'organe de son chancelier , et poussa la franchise jusqu'à défendre, avec quelque chaleur, le duc de Bretagne. Louis , qui avait vu toute l'assemblée approuver servilement sa conduite , accueillit avec fureur les remontrances de Charles d'Orléans. 11 l'accusa d'intentions criminelles, elle consterna tellement deparoles, sans avoir égard à la majesté de sa vieillesse, selon l'expression de Claude de Seyssel , que le {HTince sortit malade de l'assemblée. IL vouhit retourner à filois ; mais les prières rapides du mal ne lui en laissèrent pas le lemfis ; il mourut au château d'Amboîse , le 4 janvier 4 463. Louis XI avait déjà fiancé le jeune Louis II à sa fille Jeanne , âgée d'un an.

Le portrait de Charles d'Orléans est tracé en peu de naots par Saint-Gdats r « Ce fut , dit oet écrivain , un très hardi et vaillant » prince, et de haulte entreprise. Il estait saige et plein de let- » très par-dessus tous ceux de son étal ; il estait merveilleuse- » ment beau et de belle taille^ libéral et honorable sur tous au- » très; et avait toosjoars k son bostel des fils de princes et

90 HISTOIRB DE BLOIS

B grands seigneurs qui y estaient nourris : tellement que c' estait i> le séjour d'honneur que sa maison*.

Louis II d'Orléans, héritier des grands domaines de son père , fut élevé par Marie deClèves** , sa mère, avec la plus tendre sollicitude. Octavien de Saint^elais nous a laissé de la première jeunesse de ce prince un tableau dont ou altérorait la couleur en l'imitant ; nous le reproduisons, a La bonne dame d'Orléans, » dit le candide moQographe , nourrit le jeune duc , son fib , » si doulcement que il o'eust esté possible de mieulx, et quand V il eust l'âge de sis ou sept ans , elle le feit instruire et endoo-

* Ducbeaoe acotuerrë l*ëp)taphe de Charles d'Orléans, la v<rid :

Et HliiMnr d'AjE , «■ Coaal «i

** Elle arait eu du duc Charles une fille , qui Tut mariée t Gtston de Faix , dont etleëprouva de[aTUmauvalatra]ieiiieau,k«o Juger parla lettre suivante que la duchesse douairière d'Orléans ëcrlvll ï madame de Beaujeu , régente du royaume.

• Madame , Je n'ai refuge Tors k vous seule, pourquoi (lem ï vous , suppliant > qu'il vous pialseavoir pltiédemafllle de Fol, laquelle m'a envoyé Mcrètement ■• nn homme me prier que Je flssetout envers vous que sou mari l'envoyast quérir,

■ car deux ans II y a qu'il nelaTlL Malsplsily a. car elle n'a que bcdre et que 1 manger ne que venir, et si ne fust une petite fille qu'elle il regret de laisser,

• elle estait délibérée venir à pied quérant son pain , qui m'est dure chose i B porter, car Je ne aime que elle seule et pluslADIeu que les autres deux fussent

■ en paradis et qu'elle fust par-de^l Hais, madame, s'il vous plaist , ayei ptUé 1 d'elle , et penseï votre cteur par autruy , et la meUei où que qu'il plai»* au s roy. ■ BiMiu, Premu.

t> triner par saiges et vertueux geutilshommes , le plus dont elle j! pouvait fixer , lesquels lui moutraient toutes choses \erlueuses et hoiiuestes. Û allait ans ctiampa et à la chasse pours'acji coustumer à chevaucher, et sceust tant de tous ces déduits , B qu'es peu de temps il en eust tenu l'eschole à tous antres. Et s quand il vint à l'âge de seize à dix-sept aus , c'était le meilleur V saulteur, lucleur et joueur de paulme que l'on sceust trouver; s bon archer et qui plus est meilleur chevaucheur et le mieulx «'menant et conduisant un cheval , et le plus adroict homme s d'armes qup l'on sceust voir. Et le scay de vérité, car je lui n ai vu chevaucher des plus rudes chevaulx et mieulx en venir à bout que ODcques je ne vois faite à autres. En cet âge des- B sus dict et en harnois de guerre et en hamois de jouste , ne » se trouva poiat son pareil ; et a porté assez de fois par terre, » etenTunet l'autre appareil, debonsetpuissaQshommesd'ar- B mes. Et .est à noter qu'en tous ces jeux et ébastemens de » jeunesse , il estait plus doulx , gracieux et bénin que le plus B de la compaiguie , et n'y en avait nul qui tant craignist de faire » quelque chose qui dépleust ou ennuyast à quelque pauvre gen- B tilhomme que câ fust. Et pour vrai tout ce qu'il faisait estait B plaisant et agréable à chacun. Et mohstra bien qu'il estait » venu de très hauts et vertueux princes comme il estait, b

Lorsque Louis XI mourut , le duc d'Orléans, qu'il avait, comme nous l'avons vu , marié, au berceau , à Jeanne de France , sa seconde fiQe, entrait dans sa vingt-unième année; il était, en eSet, beau, bien fait, adroit à tous les exercices; dé plus, on le citait partout pour sa bienveillance , pour sa générosité; et le titre d'héritier présomptif de la couronne , qui venait de lui édie<nr sous le règne d'un enfont débile , lui assurait parmi la noblesse des créatures ntanbreuses , assez disposées à former en sa fïtveur un parti , afin de partager la puissance que ce parti pourrait acquérir au jeune prince. Or, parmi les qualités éminentes complaisamment énumérées par Saint-Gelais , il en était une qui , dès l'avènemeot de Charles VlU , les jeta dans de té-

92 BISTOntE SI «LMB

méraires entreprisfis : Loais d'Orléans avait beenconp d'ambitioD. Les principaux personoagea qui composaiBot l'espâM de GtcUoD vouée à ses intérêts étaient Charies , duc d'Angouléme , son cousin-germain ; Jean de Foix , vicomte de Narlwnae et beau^rère du jeune doc^ le duo de Bretagne; ledne d'Alençon, enfin le comte de Dunois, fils du grand bâtard d'Orléans. Ntm moins brave que son père , ce seigneur était peut-être plus habile que lui k former et condoira une conjuration ; aussi fot-il l'ame de celle-ci.

Ainsi soutenu , Louis d'Orléans se di^Mtsa h disputa la présidence du conseil et la tutelle du jeune roi à sa brile-sœar , Anne de Beaujeu. Cette princesse, aussi adroite que san beau>frère était Mitreprenant, opposa la rase à l'audaoe : chacun des coa~ jurés obtint quelque faveur; te princa eut le goQvemenient de Paris et de l'Ile-^e-France; Brantôme rapporte même que la fille atnée de Loais XI , généreuse sous plus d'un rapport dans celte circonstance, fit oompcendre au duc d'Orléans qu'il pouvait être admis à partager aveo le sire de Beatijeu un bien intime pour le partage duquel les maris sont rarement consnltés. Hais le beau prince , riche d'un tel bien dans une conr où le sexe ne s'en montrait pas avare, n'accepta que les tiU«3 qui' pouvaient ajouter à sa puissance , et nulgré les avances de la régate , il demanda et obtint la r^nion des étals. Anne les convoqua à Tours pour la fin de l'année 1i83.

Sur le terrain de l'intrigue, madame de Beaujeu , digne élève de soa père, était plus habile que le duc : dans l'intervalle de la convocation à la réunion des états , elle s'api^qna à flatter la noblesse, diminua les impdlfi , promît de les diminuer davantage, fit quelques dons an clergé; enfin, elle fit succéder un gouvernement modéré au despotisme du fmroi. Toutes les classes, saul quelques grands feudataires , étaient ralliées è la régente quand les états s'ouvrirent; le pouvoir fut maintenu dans les mainsde cette princesse. Dès-lors la rivaliténée de l'ambition du prince opposée au pouvoir légal de sa belle-sœur, devint une

,v, Cookie

R DE son TEBBITOIRE. 98

immitié dàdarée qui , Ab la part du duc snrtoat , éclataUen toute occasion.

Tmitefois , Louis , oompranant que la régente avait pour elle le wmduroîetles forces du royaume (ilcompreDaîtmâmequ'dle s'était ralliée è peu près tous les grands par des charges , des hoBMarsou desbien&its], Louis, disoDs-nous, se borna, dans les premiers lemps, à lui foire uue guerre sourde d'intrigues, qu'elle ue déjoua pas toiqoiira. 11 y a plus, le duc, dont toule la oour admirait l'adresse et la grâce dans les exercices militaires et les tournois , et que tout gentilhomme prenait pour modèle d'âléganoe et de goût , s'était emparé à tel point de l'afiTectioa du jeaoe rcâ, que oe prioee ne pouvait s'en séparer. Il va sans dire que d'Orléans profita de cette faveur pour diminuer le pouvoir d'Annede Bea«^u, eu acooutoniant le monarque mineur à s'irriter desa dépendance , et à écouter les propositions venant d'une ■autre source queVautorité de la régate. Û y a tout lieu de présamer qu'alors {\ tëi] ou d^rmina Charles VIU âi mander près de lui FrançMB 11 , due de Bretagne , afin de rompre œ que c« souveraiD appelait sou esdavage. Hais Aune prévit te coup H le para an uioyen des iuteUigeuces qu'elle entretenait avec Landais , favori du prince breton. Le duc d'Orléaus , convaincu d'afoir voulu ei^ever le roi,, fut contraint de s'éloigner de la cour pour n'être pas enlevé lui-même. U perdit le gauvernenMOt de Paris; (m retira au comte de Dunois, son cousin et son partisan dévoué , le gouvernement du Dauphiné; l'un et Tanlre , ainsi que leurs amis, furent privés des pensions au prix desquelles on croyait avoir at^té leur fidélité.

D'un autre oAlié , la guerre ouverte était devenue impos»):^ : k duc de Bretagne, inquiété chez lui par des dissensions intestines, n'avait pu ^voyer les troupes promises; d'autres grands feudalaires ne firent point marcher les leurs, et la ville d'Orléans elle-même refusa de se dédarer pour le duc. Louis, observé dans Verneuil où il s'était enfenné, se voyant

94 BISTOIDE DS BLOia..

sur le point do tomber anx mains de son ennemie , prit à regret le parti de se soumettre , et se retira à Blois.

Cependantla régenteavait trop bien apprécié Is soumission forcée de l'héntiêr présomptif du trAne, pour s'endormir dans une imprudente sécurité : la cour vint s'établir à'Blois, au mois d'octobre i 185 , pour surveiller !c prince factieux. Dominé par une puissance qu'il avait combattue mailieureusemmt , Louis d'Orléans subit ce revers avec un calme apparent. Ainsi se termina, ou plutôt fut suspendue, cette levée de boucliers appelée la guerre foUe.

11 ftut, pour écrire avec impartialité l'histoire de Louis d'Orléans , savoir établir une distinction entre sa carrière de prince du sang et le règne do souverain. Avant de parvenir au trdne , il ne considérait que les séductions de la puissance ; bientôt las des soins qu'il fallait s'imposer pour faire triompher son ambition , il y renonçait promptement s'ils casaient d'être compatibles avec ses habitudes de luxe et de plaisir. Ce Ait donc saos sortir du cercle de sa vie élégante qu'il reçut , en 1 486 , les seigneurs bretons qui se rendirent à la cour de Blois; et ses relations amicales avec François II furent un échange de présents et de courtoisies.

Louis fit à Nantes plusieurs voyages durant lesquels l'inclination de François pour lui devint plus vive , tandis que le goût naissant de la princesse Anne de Bretagne pour un prince si aimable faisait , dit-on , des progrès non moins rapides , et qu'entravaient peu les liens conjugaux où le dao était engagé. Enfin , au moment oti la dame de Beaujeu ne voyait son beau-lirère occupé que de fêtes splendides, Dunois, du fond de son exU d'Asti , en Italie, formait un orage contre la régence. C s'était rallié les ducs de Lorraine et de Savoie , le sire d'Albret, les comtes de Béarn et de Bigorre , beaucoup de seigoears gascons et le sire de Lescun , favori de François 11 , qui promettait le godcours de ce prince et de sa noblesse. D'un antre o6té , Dunois comptait sur une diversion opérée en Allemagne et en Flandre

par l'emperear lui-même , déjà en guerre contre la ï'rance.

Toutes ces alliances avaient été conclues secrètement ; 'mais Anne de Beaujeu entretenait une bonne police; une lettre interceptée lui révéla la conspiration , qui ne tendait à rien moins qu'à s'emparer de la personne de Charles Vlll. Dunois avait dit : ■ La présence du roi ostée dehors, tous les pairs nous sui- » vront. D

Maltresse du secret des conjurés , la régente fit arrêter Geoffroy de Pompadour , grand aumônier , trois seigneurs de la maison d'Amboise , le célèbre Philippe de Commines et quelques 'autres gentilshommes appartenant à la faction. Le duc d'Orléans était alors dans la principale ville de son duché; Anne de Beaujeu lui députa le maréchal de Gyé pour le sommer de se rendre à la cour. Louis leurra ce seigneur d'une promesse d'obéissance, le chargea d'annoncer son arrivée à la princesse , et se sauva en Bretagne. Le comte de Dunois y était déjà rendu.

On sait comment se termina la guerre que .ces événements amenèrent : tous les historiens ont rapporté la défaite de François Il et de ses alliés h Saint-Aubin-du-Cormier. Anne de Beaujeu trouvait enfin l'occasion de punir l'ambition du duc d'Orléans, et peut-être de se venger du mépris qu'il avait feit de ses charmes. Louis fut enfermé et détenuavec une rigueur extrême dans la grosse tour de Bourges.

Marie de Clèves n'eut pas la douleur d'assister à la longue captivité de son fils : accablée de soucis et de chagrins , elle mourut en 1 487 , et fut inhumée aux Gordeliers de Blois où elle avait élu sa sépulture et fondé un service chaque année : les échevins de la ville assistaient è cette solennité funèbre. Mais la dépouille mortelle de cette princesse ne reposa que temporairement à Blois; elle fut ensuite transportée aux Célestins de Paris, et réunie , dans la magnifique sépulture de la maison d'Orléans , aux restes du duc Charles , son époux.

«Alors, Jeanne de Valois, cette compagne si délaissée que ce prince abreuvait déjà d'amertume et d'humiliations , oublia

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