CHAPITRE VIII
lie Blëflots Jusqu'à la rëvalutlan.
Cependant le Blésois redevint quelquefois , sous le grand roi , le séjour de la cour ; mais Chambord fut exclusivement visité par Louis XIV et ses courtisans. Dans les premières années de son règne surtout , ce monarque , délivré de la tutelle gênante de Mazarin , vint reprendre en Sologne les traditions galantes interrompues depuis Henri II , et que de jeunes seigneurs , avides comme leur maître de plaisirs sans entraves, l'aidèrent à renouer.
Peut-être, dans des excursions faites à la dérobée, Marie de Mancini avait-elle déjà répondu à la tendresse de son amant couronné ; mais plus certainement, les cabinets mystérieux qui avaient eu de tendres échos pour les soupirs du roi-chevalier et de son fils , furent l'asile où la sensible Lavallière partagea les transports du souverain dont son amour vrai aimait à oublier
la couronùe. Un peu plus tard , une magnificence voyageuse accompagna le roi à Chambord : on y vit ces nombreuses beautés qui, sans scrupules et sans souci d'une médisante renommée, cherchaient à glaner, dans les loisirs de sa majesté, quelques hommages , dérobés à ses favorites en titre. Là , sans doute , comme à Versailles, se produisirent ces loteries d'une prodigalité fabuleuse, où s'écoulaient, par torrents, les richesses de l'état. Mais jusqu'en 1669, la comédie manqua aux fêtes du splendide château de la Sologne : en cette année seulement ', un théâtre , construit dans l'une des salles basses , reçut la troupe de Molière , qui joua Pourceaugnac. L'année suivante , les mêmes comédiens donnèrent à Chambord la' première représentation du Bourgeois gentilhomme , et Ton remarqua à cette occasion un trait qui peint bien les courtisans. A l'apparition de l'ouvrage, Louis XIV ne se prononça peiai^sur son mérite; ce silence fut soigneusement partagé par la noblesse réunie près de ce monarque : la critique même , cette démangeaison si impérieuse de l'esprit humain^, se tab par dfseré$mai80uetiMa««|iJBB^ Mais après la seconde représentation, le roi félicita vivement notre grand comique ; tout aussitôt une avalanche d'éloges accabla sa modestie; pouvant à peinifr sufiTre aux serrement» die main, il répondît/ comme il put à cecte myriade' (fe compliments , en' se disant à part lui : les misÉrablesPetje nepuis les' fustiger mmnm jevmjiârais.
Loui&XFV , quoiqu'on ait dit, aimait beaucoup ë» régner , peu à gouverner, à* moins que ce ne fût aux aTméesr le grand' i»of avai« la prétention d^étre un habile général' ; Eouvois mowut des suites de cette prétention. Or, sa majesté dut se retirer j^to d'ùnefoisrà Chambord pour échappera Ifee prodigieuse activité dfeCblbert;; Ites femiliers du'petAt le^^T et tes* dfeuïies habit/uées (îes peWtS soupers composaient? la cour voyageuse: l'ambition e^Fàmour du plaisir ont des' aifes: Mlaiis^ les^ graves membi»es^ du conseil restaient; à» Pô<»is^, etrlè souverain* ne's^en plaignait pas»
Quand Tempire dé Françoise* IVAubigné eut substitué te cour
dévote à là cour galantte , Ibs^oyages-cfeChainfiord furent d'urne exitrême trfstfesse: En- 1^80 , mesdames de Maintenon et de BiPontespan* se trouvèrent ensemble dans cette brillante demeure ; lài rencontre* à' chaque inst&nt du jour de ces rivales produisit alors un* embarras , une contrainte qui effarouchèrent Ib plaisir. Le plaisir n*était'plùs permis d'ailleurs au monarque à peine âgé de quarante-deux ans, qu'avec l'agrément de sa dévote fôvorite , qui laissait peu diverger les récréations du roi hors dé son boudbir. Ge ftit à Ctiambord que le fade historiographe Dangeau apprit au roi la mort de Corneille. Ge courtisan , digne succès^ seur parson ignorance des châtelains dû moyen-âge, était fort incapable de comprendre la perte que la France faisait dans no^ Vre grand tragique : rauteurdéJ?orf6pT/n^ et de Cmno n'était pour ce hobereau de l'antichambre royale que le Bonhomme Gorneilxb-, fameux par ses comédies, tes connaissances littéraires de Dangeau n'allaient pas même jusqu'à distinguer le genre comique dU' genre tragique; Il a cependant làissé'des Mémoires: ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on se livre à Toutrecuidance écrivassière.
Le voyage dé 1^80 fut le dernier que Louis XIV fit à Ghambord ; cette magnifique demeure resta silencieuse et déserte jusqu'aux premières années dU' règne suivant. C'est un triiste spectacle que celui d'une morne magnificence : on se sentait na^ré Ibrsqu'onr passait, le soir, près der cet* admirable palais, qui, comme un grand fantôme, se détachait sur le sombre massif des arijres séculaires dont il est environné. Ge veuvage d'un faste étincelant de lumière, retentissant d'harmonie, faisait mal à voir. Un jour , cependant , cet aspect devait être plus affligeant enGor^ai ., .. La dôstruotioû. du ohefrd'oeAivre de la r.enaissance aurait commencé.
L'église paroissiale de Sàint^Solenn^e de Blbis avait été presque détruite par un ouragan en 1618; on finissait de la reconstruira v^ers la fin du xvil* siècle, en grande partie aux frais de l'illustre Golbert et de 49a femme, lorsque, malgré* L'opposition du prélat char train, un évéché- ftit fondé à Biois:... Ainsi l'avait
voulu madame de Maintenon. La paroisse de Saint-Solenne fut mise alors ( i 697 ) sous Tinvocation de Saint-Louis : l'évêque du Yi.« siècle dut céder sa place au patron du souverain qui érigeait les simples prieurés en sièges épiscopaux. David-Nicolas de Berthier, en prenant possession du nouveau siège, obtint, pour bâtir le palais qu'il devait occuper, une partie de la rue Papegaux et toutes les maisons situées sur les fossés de la ville , a à condition , est-il exprimé dans les lettres-patentes , que les » particuliers n'en souffriront pas. »Nous parlerons ailleurs de la cathédrale et du palais épiscx)pal, sous le rapport monumentaL Nous ajouterons seulement ici que Saint-Solenne , prieuré depuis 1016 , eut, après l'érection du siège, un chapitre formé de ceux de Saint-Sauveur et de Saint-Jacques, réunis aux chanoines de Saint-Louis. Quelques années avant la révolution, le revenu du siège de Blois était évalué de quarante à cinquante mille livres , en y comprenant celui des abbayes de Saint-Laumer , Bourg-Moyen et Pont-Levoy , formant , comme nous l'avons déjà dit, la mense épiscopale *.
A la fin de la période qu'on a trop légèrement nommée le règne d'un autre Auguste, la fortune des armes faillit donner im terrible démenti à cette orgueilleuse dénomination : la carrière martiale que n'éclairaient plus ces astres appelés Gondé , Turenne, Vendôme , Luxembourg, se remplissait de désastres; le prince Eugène allait se venger des dédains du grand roi , en ébranlant le trône de SaintrLouis du choc d'une épée victorieuse. En ce moment Louis XIV , plus magnanime au sein de Tadver-
* Les éYéques de Blois furent, arant la révolution, Messeigneurs Berthier, 1697. —Jean-François-Paul de Caumartin, 1731.— F. Cnissol-d'Uzès , 1740.— Gb.-G. de May de Termont, 1763. — Lauzlères deTliémlnes, 1776. —Grégoire , évêque constitutionnel , 1791, Par le concordat de 1801 , Tévéché de Blois fui réuni à celui d'Orléans. RéUbli en 1817, il resta cependant sans titulaire jusqu'en 182S. Le 20 juillet de cette année , M. Philippe-François de Sausin en prit possession. — En 1844 , M. Fabre des Essarts succéda à M. de Sausin. Nous aurons occasion de reparler de chacun de ces prélats.
site qu'il n'avait été dans ses triomphes, se redressant sous le faix de son infortune , dit à Villars qui partait pour tenter le sort par un va-tout de la valeur française : a Presque tous les » courtisans veulent que je me retire à Blois ; mais je ne consen*
» tirai jamais à laisser approcher Tennemi de ma capitale
» En cas de malheur donc , je compte me rendre à Péronne ou » à Saint-Quentin , ramasser tout ce qui me restera de trou- » pes, faire un dernier effort avec vous , et périr ensemble ou » sauver Fétat. »
On commença toutefois à dégarnir le palais de Versailles des objets les plus'précieux , qu'on dirigeait chaque jour secrètement vers le Blésois. Un mouvement inaccoutumé régnait dans le vieux château de Blois, inhabité depuis un demi -siècle; on releva quelques débris de ses splendeurs passées, que le temps pulvérisait , tandis que les oiseaux de nuit , seuls hôtes de cette demeure royale , peuplaient le bâtiment inachevé construit sous Gaston d'Orléans.
Le berceau de Louis XII , comble de richesses sous ce monarque , centre ordinaire de sa grandeur , était hélas I depuis long-temps , le refuge des puissances ébranlées ou proscrites ; un échec de plus , et cette destinée fatale allait être tristement continuée , peut-être , par l'agonie de la première monarchie du monde. Dieu ne le voulut pas : Villars sauva la France à Denain, et Louis XIV mourut dans son lit de Versailles.
Le grand roi vivait encore lorsqu'uuipersonnage , dont l'élévation au rang suprême avait été providentielle, vint habiter le château de Blois. En i7U , Marie-Gasimire de La Grange d'Arquien , veuve du grand Sobieski , roi de Pologne , eut ce palais pour dernier asile. Fille d'un simple gentilhomme du Nivernais, la demoiselle de La Grange d'Arc[uien suivit en Pologne , comme fille d^honneur, Louise-Marie de Gonzague, lorsque, veuve de Ladislas-Sigismond, elle épousa, en secondes noces, son frère Jean. La fille d'honneur plut à Jacob de Ratziwil , prince de Samoski et palatin de Sandomir , qui l'épousa. C'était déjà un pas
213 HlSTOIRE^ de: BLOIS
immense danâ le* chemin delà fortune ;rmaîs^ une plus éclatante destinée était/ lîéserrvée à lai jeune Nivemaise: Devenue tcu^î^ en 1665 y elle inspira uneTÎiv'e passion à Tillustre Sobieski-, alors grand'-maréchal du: palais- dePologne. Elevé au trône en 4674 , il y fil^asseoin près de luiMarie-Gasimirer de La Grange d'Arqinen. Ëllese mcmtradigne du rangi suprême pac la noblesse de^ses^sentiments^ Lorsqu'on 1683^ Sobieskipartibpounallerau secours de tienne, assiégée pao les Tunc&v la reine- pleurait em présentant au héros le plus jeune de ses fils, a Pourquoi pleurez-voist'lui »: difrle roi- d'un ton' sévère:. — Je; pleune ,, répandit Marie par »> une) inspiration* laoé^moniënne y parce qm cet enfant ne »' peut vous suivre comme les autres.. «. » Cette réponse aiffit pour révéler le caractère de cette noble Française, dôntla haute fortbnorégala à peine l'élévationi de son ame.
DevenuBveuve pour la seconde fbis: en 4696 ,,laf roiiiB de Ho- Ic^e se retira à'Rbme chea sonipère, qulelie avait fait; nom^ mer cardinal ; puis elle revint en France. Ge fui* aiors> que Louis XIY lui donna pour demeure le châteauide BioiSi Elfe y véeutl deux ans sans fasl^', sans cet entourage de' cour qmeûjt fatigué sOi vieillesse pieuse et recueillie; D'ailleurs^ les: courtisans étaient rares près d'une souveraine à laquelle il n& re^iait.qi» le souvmiir desff> puissance:, et dont le trésor de feveurs é^ épuiaé.. Enfin;, Marie-Casimire d' Arquien s'éteignit dbueemem; en 1 71 6 , âgée de seixante^quinzeans. Son conps tai\ tananspontéè Varsovie et inhumé dans llé^ise des Capucins , près dfrceluiidu grand So'hieski. Mais le cœur de dette pcinceseeresla àBloiSy ot fut déposé diains3régli6e des Jésuites.
La ville de Mois n'avait guère profité du séjour d'une ceine descendiie d'un trône électif, déjà ébranlé : c'était! teop'' posa d'une digue si feible pour arrêter la» décadence des prospérités qui' s'écoulaient, torrent rapide,, depuis la révocationiderédit dte Nantes^ Cent familles da^Blésois avaient expatviéaR^eeellesê leur industrie oui leurs; ca^taux.; etl pour unique compensation de ces perteii., oni avait établit' à. Bloi& k^ nonmllési eatkQUques-du
ET' de: Sœr TEAUXQHIE. 24â
IHdts^-du^Qmrtier* , communaiié dcsUnée; à recevoir l'es- files dés calvinistes Kaâlks,. plus otu moins volontiers , à la religion caltipolique ramBine , la' seule que le roi , sous Finflitence d'une fovori(^am;ienne protestanlie^ voulut sou&ir dans son royaume. QaBS le? moirméme où mourut Marie^Hasimirerde La Granged^Arquien. (janvier 4716 )l^ les^&ces empoctèrenti le^ pont/ de Bbis^;^ ce fut Je sujet d^une^ grande désolatioui pour lest Imbitanta de^ la viilte et- pour les pourvoyeur» qui,, chaque jpur, y apportaient leurs denrées. Les instances du corps municipal, afin é^obCënio' lai construction dfun nouv-eau pont ,. furent vives et pressantes.: lauis démarches^ allèrent jusqu'à l'obsession. U ne Mia&t. rien moins qu'une telle persistanee poui? fixer L'attention dijy régent, dont la banne volonté, toujours endormie au sein d'une moUesse presque invincible, était d'ailleurs paralysée à eette époopie' par. Le défaut de ressources; La routes df Espagne {lassait sur la* rive gauche* dw fleuve ,, d'Orléans à Blois , esk tra* vecsanat Clôry ^ Saint-Eauirent^dès-Ëaux: ,, Saint^r-Byé. :; Ibcalités maintiefnaiit désertes; etis'enfonçant ensuite dans les terres, ga^ gnait les Montils , Pont-Levoy , Montrichard et Loches. IL ne paraissait dnno^ pas indispensable au: service: général, dies routes cpie le punt de' Blois fût reeonstruit immédiatement;, il te fut cqpifflidant^ grâee; aux iostancesi de Téiehevinage blésois,. bien^ secondé^ sansi doute à te cour;. Nou» avons SQUs*les< y«ux tes mé^ mKâre&fort indi^ste& d^un. secrétaire du: cardinal Dubois; ed nous: y voyons que le régent ordonna cette reconstruction , dent lai dépense s'éteva. à dix-huit cent mille livres , parce qu'on M représenta que la* seconde vilte de la g^iéralité d'Orléans^,, son piûff bel apanage , ne pouvait rester privée d'umponi. Nous porterons^ aiileuri? die ce monument, commencé,, eu f7t7, sur tes plans des^architectesGabideli et; Pitouk, ei terminé en iTâk
•^ Ce nom" vient de ce qu'un puits existait sur remplacement qu'occupait ce couvent ; et cette dénominaFtioa est^restée à>latplaoe qu'on.a foitô en ce lieu apnès la dânoMiion^lti: monastènei
Tandis qu'on bâtissait le pont deBlois, le château reprit, pour un moment, sa destination fatale : on y enferma, en 1748, le prince de Gellamare , qui venait d'être arrêté à Paris, comme un des principaux auteurs de la conspiration dirigée contre le régent. Cet ambassadeur de la cour d'Espagne resta prisonnier à Blois , en attendant que M. le duc de Saint-Aignan , ambassadeur fiançais à Madrid , revînt en France. Le perfide Espagnol continua ensuite sa route vers sa patrie , mais sous bonne escorte jusqu'à la frontière.
Lorsqu'on 1724, le nouveau pont fut achevé, on perça, à son extrémité septentrionale, une rue dite alors du Pont-Neuf, et nommée simplement aujourd'hui rue du Pont. Quoique cette rue , après cent vingt-cinq ans d'existence , ne se fasse pas remarquer par l'élégance de ses maisons, elle est cependant la plus animée , la plus marchande de la ville; on y remarque même quelques magasins où le luxe moderne commence à s'introduire. Mais l'ambition des propriétaires ne s'étend pas -jusqu'à faire renouveler des façades qui datent de Touverture de la rue.
En 1725 , les habitants de Blois espérèrent un moment voir renaître , sinon l'ancienne prospérité de la ville , du moins un peu d'activité commerciale et industrielle. Stanislas Leczinski , privé de ses dernières espérances sur le trône de Pologne , obtint au moins du trop insoucieux Louis XV, qui l'avait mal secondé , les résidences royales du Blésois pour asile. Le séjour de Blois ne convint point au prince réfugié , et ce fut peut-être un malheur pour la population. 11 est permis de penser que si l'auguste Polonais se fût fixé dans cette ville , il y eût , un peu plus tard , répandu les bienfaits et les magnificences qui firent de la Lorraine une terre promise. L'on doit convenir que Blois, orné des splendeurs architecturales de Nancy , eût , avec son beau fleuve, avec l'opulence des campagnes environnantes, avec la suavité de son ciel , ofiert plus de séductions que la cité , trop septentrionale, que Stanislas se plut à parer , et qui lui décerna le beau titre de Philosophe bienfaisant.
Le roi de Pologne , effrayé sans doute du délabrement dans lequel était tombé le château de Blois , préféra à cette demeure celle deChambord* : sa majesté s'y établit en 4725. Cet illustre réfugié et sa vertueuse épouse passèrent huit années dans cette magnifique solitude ; période qu'ils consacrèrent à des actes de bienfaisance dont le souvenir s'est conservé sous la chaumière du villageois solognot : la mémoire du peuple est rarement oublieuse des bienfaits. Lorsqu'un enfant naissait dans un cercle de quelques lieues et qu'il manquait un parrain pour faire un chrétien du nouveau-né , le bon roi s'offrait volontiers , et se faisait ainsi lé parrain d'ofidce des paroisses environnantes. Dans l'intérieur du château, point de gardes, point d'officiers, nulle trace de splendeur royale ; mais un ménage patriarcal , soigneux d'oublier sa grandeur évanouie, et s'arrangeant avec résignation dans une vie quasi-bourgeoise , qui laissait déserte la presque totalité des appartements où s'étaient jadis tramées tant d'intrigues et accomplis tant de mystères.
Un vaste champ de bruyère, qu'on appela long-temps le Champ-du^Galop y s'étendait entre le château royal et le manoir du XV.* siècle^ habité par M. de Boisrenard , descendant d'Abraham Bodin, seigneur de Mainville, qui , sous François L«', avait été gouverneur de Chambord. Stanislas Leczinski vouait beaucoup d'estime à M. de Boisrenard ; souvent il le visitait dans les après-dînées; et la tradition locale rapporte que sa majesté, afin de traverser plus vite la bruyère mentionnée plus haut, la franchissait en courant. De là la désignation attachée à ce terrain.
Le roi de Pologne , investi du duché de Lorraine pour apanage, quitta le Blésois en 4733 , et fut vivement regretté des infortunés dont il avait soulagé la misère, et en général des po-
* Quelques écrivains ont avancé que Stanislas avait habita l'ancien château de Menars; nous n'avons point trouvé de preuves à l'appui de cette assertion, que nous ne repoussons pas toutefois entièrement.
âi6 ]Bt»ioiiœ IDE m.Qis
piilations, que ses hautes verfcns a^taieol .remidies S'adimralion.
Au milieu du xvui.« siècle, feBlésois offrit peu d'événemente dignes d'étRe recueillis par l 'histotpe ; le séjour du maréchal de Saxe à iGbarabord présente seul quelque intérêt historique. Après leîtraité d' Aix-la-Ohapelle , Louis XV , voulant récompenser ce guerrier illustre , qui venait de conquérir la paix ^dams Maëstriofat, lui fit don deChambord, -et lui accorda la permission de placer deux des canons qu'il avait 'enlevés àlennemi, devant la principale porte du château. Bien plus , le roi eut la courtoisie d'envoyer à Maurice de Saxe deux régiments de liussards qu'il avait formés, afin qu'il pût entrenir ses inclinations martiales en les faisant manœuvrer.
La vie du fils naturel d'Auguste II îfut , en effet , «toute militaire à Chanïbord : il y eut des rapports journaliers, des réceptions d'oflQciers, des entretiens sur la stratégie. Maurice présidait aux manœuvres; les revues qu'il passait étaient fréqifôntes et sévères; et souvent il parcourait le «parcpour visiter Jes haras qu^ily avait établis, et qui se composaient idlnne race ide chevaux venus de l'Ukraine. D'après des traditions dont ihfaist suspecter la véracité, ces chevaux, élevés dans les J>ofô, iibres et «ans gardiens, arrivaient d'eux-mêmes sur la plaœ d'armes a l'heure de la manœuvre, sonnée du haut ées ierrasses du château. Ceci sent un peu île merveilleux : on prête voioxitiffls aux riches; «t le vainqueur «de Fonlenoy avait habitué ses contemporains è tant de choses difiioiles à croire, qu'ils jcroyaiesii même celles qui ne tombaient pas sous le sens.
Le maréchal tenait une véritable cour, pompeuse, animée, mais peu morale; ce qui, à cette époque de .mœurs focUes., n'empêchait pas que Ghambord ne fût constaonment visité par une noblesse nombreuse , où les femmes ne faisaient pas défaut. Les plaisirs de toute sorte s'y étaient donné rendez-vous; on y réunissait ^utes les séductions qui /font id^pensor^la vie avec prodigalité. Le théâtre où Louis 'XIVavait^sakéiiapfMiritinncd'iai
ETBEIBON -EBRRriOIRE. 2U7
che^d^œavre de Molière n^existait plus; Maurice en fit oonstruire un dans une des «ailes du château, et manda cette troupe de ooméâiens qui, durant ses glorieuses campagnes, entremêlait,, aux avant-postes de l'armée, les jeux de Tlialie avec les terribles jeux de la guerre. Favart, directeur de cetle troupe , avait épousé philosophiquement mademoiselle Chantilly, jeune et ^spirituelle actrice que le maréchal aimait; et plus philosophiquement encore, il llamenaàOhambord. Toute.lagentilhoramerie du iBléscds et même de TOrléanais accourut aux représentations dirigées ;par ce poète délicat.,
Quïi^AoiGhercéieuse d'esprit ,
Et u'eaclierclia .point pour la faice.
Madame de Pompadour , lorsqu'elle se trouvait à Menars , rpassa plus d'une fois la Loire pour rendre hommage, disait-elle, à Thalie recevant l'hospitalité che^ Mars. Quelques malins esprits du temps prétendirent que cette dame recherchait plutôt le dieu des guerriers que la muse comique : ce :point nous semble peu impoUant à vérifier. L'évéque de Blois lui-même^ M. de Crussol d'Dzès., 5e fit assez prélat romain pour assister en loge grillée au spectacle de Chambord.
L'iljustre maréchal alternait avec une prodigieuse activité entre les occupations militaires qu'il. s'était faites en Sologne, el les iplaisirs exoentrigues qu'il y avait réunis. Empressé , plein d'abandon., bon homme et surtout homme aimable .avec les convives qui affluaient au château, il se .montrait fort sévère pour ses .hussards, quiLmain tenait da[ns,la discipline allemande. Pour la plus légène faute, ils étaient i pendus «ans, pitié. On montrait jencore au commencement de ce. siècle, sur lajplace d'armes de Chambord , un ^os orme qui servait à ces exécutions militaires. Nous devons ajouter, toutefois, que les traditions locales ont ^beaucoup outré le nombre des soldats j)endus à jcet arbre -..un »vieux gentilhomme, vétéran des jguerresde Hanovre,
et qui avait souvent visité le maréchal de Saxe à Chambord , nous disait , il y a vingt ans , que deux hussards seulement y avaient subi la peine capitale, et c'était, Funpour désertion avec récidive , Tautre pour viol commis sur une jeune bergère.
Maurice de Saxe , après avoir donné sa matinée aux manœuvres, reprenait les excès de toute nature qu'il avait discontinués au lever de Faurore. Personne ne dépensa jamais la vie avec plus d'insouciance sur sa durée : sans doute abusé par le pouvoir de cette constitution athlétique qui lui avait attiré les brûlantes convoitises de Fimpératrice Catherine II , il semblait défier tous les flacons et toutes les femmes qui s'offraient à lui , afin de se prévaloir d'avoir lassé tous les buveurs et toutes les beautés. Sur ce dernier point, et à propos d'une promiscuité que le maréchal affectionnait, le vétéran des guerres de Hanovre , de qui nous tenons nos renseignements , savait certains détails qui ne peuvent trouver place dans aucun écrit.
Les mémoires militaires que le maréchal de Saxe a laissés , sous le titre singulier de Mes Rêveries , et qui cependant renfermaient d'excellentes choses sur Fart de la guerre, furent écrits à Ghambord. Quoiqu'ils soient d'une grande faiblesse sous le rapport du style , Maurice n'en était pas seul l'auteur : nous en avons pour preuve ce passage d'une lettre qu'il écrivait à un ami, au moment où Fon parlait d'enter sur son immortalité réelle, la prétendueimmortâlité des Quarante : ilveule me faire de V académie, cela mHret comme une bage à un chat. Du reste, Maurice écrivait peut-être correctement le dialecte saxon ; toujours est-il certain que cet homme illustre avait partout de Feâprit et du génie. Presque tous les grands capitaines voulurent , à l'exemple de César, laisser des Commentaires; le maréchal de Saxe , à son tour, éprouva ce mouvement de vanité, qui, de nos jours, ne fit point défaut dans la carrière de Napoléon.
Voici une moins noble inspiration : nous Favons déjà dit , Maurice vivait à Chambord quasi-royalement; il avait ses cour-
lisans, ses gardes, ses pages, sa favorite (madame Favart), son grand couvert. Une seule chose manquait è cette existence souveraine : c'était une sentinelle dans Fintérieur des appartements. Or, le plus petit désir vaniteux à satisfaire prive de sommeil celui qui s'y livre; le guerrier immortel ne dormait pas, faute d'entendre à sa porte , en se couchant , le pas mesuré d'un factionnaire. L'orgueil est plus ingénieux encore que l'intérêt : à force de rêver aux moyens d'obtenir ce complémemt d'honneur suprême , le maréchal trouva un expédient qui le lui procura : on lut un matin , au-dessus d'une porte placée entre la salle à manger et le salon : Caisse militaire; et la sentinelle tant désirée se promenait devant cette porte.
Les plaisirs de la vanité peuvent faire vivre long-temps ; mais la vanité dans le plaisir use rapidement la vie. Nous l'avons déjà dit, trop confiant dans sa puissante complexion, Maurice en abusait étrangement , à la suite des longues fatigues qu'il avait éprouvées durant ses glorieuses campagnes. Ayant déposé son épée victorieuse , le professeur de tous les généraux de V Europe , comme Frédéric II l'appelait, voulut obstinément à Chambord être encore un héros. Après deux ans de séjour en Sologne , sa santé était sensiblement altérée; néanmoins, on doute avec raison que le vainqueur de Fontenoy ait succombé sous les atteintes de la maladie : il arriva au tombeau, selon toutes les apparences, par une route plus courte. « Dans les derniers jours de » novembre 4750, a dit un vieux valet de chambre du maréchal , D vers huit heures du matin , une chaise de poste , précédée » d'un courrier sans couleurs, entra dans le parc de Chambord » par la porte de Muides ; elle s'arrêta au bout de l'avenue du D parterre; il en descendit deux personnes. Le courrier se ren- » dit au château, chargé d'une lettre pour le maréchal, qui était » encore couché. Monseigneur , après avoir lu cette lettre, s'ha- » billa à la hâte, fit prévenir son aide-de-camp , et suivi de son 9 valet de chambre , il descendit par l'escalier dérobé de son » appartement, sortit par les fossés du château , et marcha à la
3S0 Hl&r^itS BB HiOlB
j> rencontre des deux étrangers. Le iermïer Desfms les mi » mettre Tépée à la maio, et bientôt après ks deux incon- » nus remontèrent &à voiture , et le maréchal , soutenu par son » aide-de-camp, revint au diâteau et se remit au IH. Le bruit ip courut qu'il venait d'être blessé par le prince de Conti ; mais $ on ordonna le plus grand secret à tous les gens de service. » On expédia un courrier à Fontainebleau, où se trouva la j» cour ; et le roi envoya aussitôt , dans one de ses voitures , }) son médecin , M. Senac , qui arriva quelques heures avant la » mort. »
On d(Mt ajouter que Maret , auteur de ce récit , n'était pas le valet de chambre présent à la rencontre , et celui-ci avait toujours gardé le plus profond secret sur cet événement. Mais chaque fois que Maret revenait sur la mort du maréchal , il répétait toujours : « Ils ont dit, dans le temps, que c'était un frisson ; » mais je suis sûr , moi ^ que le frisson dont monseigneur est » mort était au bout de Vépée du prince de Conti. »
Or , voici ce qui s'était passé sur le champ de bataille de Fontenoy : le prince de Conti , effrayé des progrès de cette colonne de granit qu'offrait l'armée angio-hanovrienne , ou peut-être inhabile à juger les manœuvres du maréchal de Saxe , s'avança le chapeau à la main , près de Louis XV , qui ne se trouvait point en cet instant hors de la portée du canon , et le conjura de mettre en sûreté sa personne sacrée, la bataille étant perdue... Le roi se retirait, lorsqu'ayant rencontré le héros saxon, il lui répéta , avec les larmes aux yeux, l'avis qu'il venait de recevoir... « Quel est le j... f... qui vous a dit cela? s'écria Maurice d'une )) voix tonnante ; jedis, moi, que la bataille est gagnée. » Le prince entendit ce propos ; il se mordit les lèvres jusqu'au sang ; mais il se contint. Que sa longanimité se soit perpétuée tant que la France eut besoin de l'épée du grand homme, cela se conçoit; il est moins concevable que le ressentiment de l'altesse outragée eût tardé deux ans à éclater après la paixd'Âix-4a-Chape]le; cette circonstance s'explique peartant par la crainte que M. de Conti
ET HE son iBHErrraaE. 3S1
aurait eue de déplaire au roi , ai proToquant le maréclial dans le temps que la reconnais^joyce dai monarque oonservait toute sa vivacité.
Quoi qu'il en soit , quand le médecin du roi arriva, tout espcâr de sauver Maurice était perdu, a Docteur, lui dit-il en seoouant » la tète, îk est trop tard... iesens que ia vicn'^st qu'un songe; » le mien a été beau, mais il a élé oourt. »
Ainsi finit Tan des plus grands honunes de guerre dont l'histoire ait consigné les noms ; on lui rendit les plus grands honneurs , et sa mort fut accueillie par des regrets umverseis. La rd.ne exprima les siens en bonne catholique romaine , c'est-àdire avec l'injustice que les papistes profeœent envers les protestants, quelques services qu'ils aient rendus à l'état: k II est » fâcheux , répéta plusi^irs fois œXle princesse, qu'on ne puisse » pas dire un De Profundis^ pour cehii qui a fedt chanter tant de Te Deum. > L^ fedseurs d'ana ont exalté ce mot, que l'équité œ peut admettre qu'à titre de témoigna^ d ingratitude.
A la mort du maréchal de Saxe, Cbambord échut au comte de Friesen , son neveu ; après lui cette terre fit rétour à la courronne. Madame de Pompadour qui , du vivant de Maurice, avait souvent passé la Loire pour visiter son illustre Toisin, discontinua ces petites traversées, auxquell^ la malice contempcM^aine attachait des idées de galanterie. La favorite s'occupa exclusivement des embellissements du château de Menars, qu'elle fit, dit^n , rebâtir et décorer d'aprèjs des dessins tracés par ellemême avec une entente tout artistlqoe. Lorsque la marquise se trouvait à Menars , il se passait peu de jours sans que quel^ ques-uns dé ses amis de la coor vinssent rendre hommage à sa haute fortune , ou plutôt à son CTédit, surtoi^ depm's que la route de Bordeaux , qui suivait la rive gauche du fleuve, avait été reportée sur la rive droite , afin de conduire plus directement à Menars. Madame de Poiïipadour s'était lassée du détour qu'elle était d'abord obligée défaire pour se rendre à ce délicieux Eldo*
rado : la faveur aime les chemins directs. Au premier mot d'une si puissante dame , dix localités, que traversait la route sur le territoire déjà si pauvre de la Sologne , furent soudain privées des bienfaits qu'elles devaient aux voyageurs , et cet élément de prospérité fut donné à la Beauce , qui n'en avait pas besoin.
Pour ressaisir la trace des événements historiques dignes de mémoire à recueillir dans le Elésois , il faut franchir , après 4 750, un espace de temps assez long. On sait qu'en 4774 , les parlements , ayant voulu se prévaloir des prérogatives que leur accordaient les anciennes lois delà monarchie, furent cassés par un édit de Louis XV , et que le chancelier Maupeou leur substitua des conseils supérieurs, formés d'avocats et de jurisconsultes bien ou mal famés. Blois devint le siège d'un de ces conseils; les autres furent établis à Ârras, à Poitiers, à Lyon, à Glermont-Ferrand et à Ghâlons-sur-Marne : toutes villes qui, n'ayant pas eu de parlements , ne furent pas censées avoir conservé Pinfluence de ces cours suprêmes. Malgré cette précaution , les magistrats d'investiture nouvelle furent accueillis avec peu de faveur à Blois ; on les bafifoua quelque peu , lorsqu'on grand costume ils s'installèrent au palais (2 mars 4774 ), après avoir entendu la messe du SaintrËsprit , dite par Févéque de Termont. La chanson fut toujours l'arme favorite de cette critique française , qui se venge par le rire des afflictions sur lesquelles pleurent les autres nations : un maître d'école de Chouzy chansonna le parlement Maupeou sur l'air des pendus : le choix de cet ahr seul était un trait sanglant. Quelquefois Tœuvre la plus légère peut profiter à l'histoire : ainsi l'un des couplets du magister de Chouzy nous apprend que le chanceUer avait pris plusieurs des nouveaux magistrats dans une juridiction blésoise :
La chambre des comptes , Je crois « A deux râteliers mange à Blois :
Oui , c'est dans notre cour des comptes Que Maupeou trouva ses remontes ;
Parquet , présidents , conseillers , Se sont faits d*ëvéques meuniers *.
A cette époque , le présidial de Blois fut supprimé , parce que la plus grande partie de ses membres n'avait pas voulu reconnaître le conseil supérieur. Un nouveau présidial remplaça Fanden; un membre du conseil supérieur, M. Louet, exerça la charge supprimée de lieutenant-général et eut la police dans la ville.
Lorsqu'à son avènement au trône (1774) , Louis XVI , mal conseillé par le comte de Maurepas, rappela les parlements, sans se donner de garanties contre leurs ressentiments , le conseil supérieur fut supprimé , Tancien présidial rétabli , et M. Drouillon , ex-lieutenantrgénéral à Blois, reprit cette charge. M. Louet, qui en avait rempli les devoirs , remit , dit-o\i , à cet oflScier la somme de trois mille livres qu'il avait reçue pendant sa gestion ; il remit également aux. membres du présidial ce qu'il avait tiré de ses attributions de police. Cette générosité , fort délicate sans doute , n'était pas aussi logique : M. Louet avait été chargé des doubles fonctions que nous venons de mentionner ; les sommes dont il se privait étaient le fruit d'une activité assidue; d'un autre côté , comme les émoluments sont la rétribution d'un travail quelconque , il nous semble qu'ils n'appartenaient pas légalement à des gens qui, durant quatre ans, étaient restés inactifs, même en dépit de leur volonté **. Dans la môme année 1 774, la cour des comptes de Blois, Tune des plus anciennes du royaume , fut supprimée par édit royal. Peut-être cette suppression fut-elle due à ce cpie plusieurs des oflSciers de la cour
* Les officiers de la cour des comptes étaient alors : M. de Saint-Michel , premier président ; M. Rangeard , procureur-général ; M. Thevenot-Dessaules , avocat-général : tous firent parUe du conseil supérieur.
^ Quelques personnes contemporaines de ce fait nous ont affirmé que M. Drouillon et les membres du présidial refusèrent le sacrifice que M. Louet faisait de \ qui lui étaient légitimement acquises.
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avaient été du conseil sopérîear : les réactions frappent aveuglement tout ce qui se rattache an parti renrersé.
Depuis dix ans le Blésois était rentré dans ce calme qui dispense les populations de participer aux festes presque toujours malheureux de l'histoire, lorsqu'un grave désastre se fit sentir à Blois et aux environs. Le 2 février 1784 , les glaces dont la rivière était couverte se rompirent avec violence, et s'élevant au-dessus du port Saint-Jean , précipitèrent les bateaux contre les maisons. La levée, rompue à l'île Cochar , vis-à-vis Madon , présenta une brèche de quatre-vingts toises; plusieurs habitations furent renversées , les campagnes bouleversées , les semences perdues , et les terres mises hors d'état d'être de longtemps cultivées. Du côté de Ghouzy , on voyait des morceaux de glace hauts de trente pieds. L'écoulement que procura la rupture de la levée sauva toutefois cette paroisse de Ghouzy et Blois lui-même ; car les glaces /déjà parvenues sur les quais , allaient prendre leur cours par la porte Saint-Jean et la rue de la Fouierie. Dans cette calamiteuse débâcle , le maire et les échevins ^ par un dévouement digne des plus grands éloges , s'exposèrent sur les glaces pour porter du secours à des habitants qui allaient périr.
Durant cet hiver, qui fut long et rigoureux, ces magistrats distribuèrent aux pauvres d'abondantes aumônes, souvent renouvelées. Les riches citoyens et surtout les communautés religieuses , imitèrent cet exemple ; ce qui fit que , malgré les rfgueurs de la saison , la misère sévit moins à Blois qu'on ne devait le craindre.
L'adversité enfante trop souvent Te crime : dans Phîver de 1785, qui ne fut guère moins calamiteux que celui de 4784 , les églises de Saint-Nicolas et de Saint-Sauveur , à Blois , furent pillées par des voleurs : lis eslevèr^it Uma les vases sacrés ei profanèrent les saintes hosties.. Cet atteatat saerllége demeura impuni : on n'en découTril jarmais les aatmirsw
Avant d'aborder un événement qui n'a pas encore été , qm ne
ET Bï? S(m TCRRITOmE. 25&
sera pei^^élre de long-temps jugé avcfc impartialité, larévolatioû française, nous jetterons un eoap-d'œil sur la situation du Késois dôraoït les années qui prédédèrent immédiatement Fabolition de Fancien régime. Dans aueune partie du royaume on ne se crMBponnak aux vieilles idées , aux vieux usages , avec plus de force, aivee plus de persistance. Séjour ordinaire de la cour sons Loués XIU, dimai heureux où bon nombre de grandes familes vinrent plus tai^d passer la beHe saison ou jouir des dou^ cewrs de la retraite , le Mésois offiraît , avant 1789 , une multitude de personnages vivant , comme ou disait alors , noblement dans leurs diAteaux Oanqués de tonreWes plus ou moins modernes , aînsi qœ les pardiemins d'une notable majorité de leurs pessesflenrs. A Blois et dans quelques autres viHes du comté , la bcmrgeoiaieexerçant les^ charges de nwigîstrature aspirait ardemment à ces lettres d*amblissément , assee inexactement nommée» saooimMes à tHain; car aux yeux de la vraienoblesse , elles n'enlevaient point à ceux qui lesctotenaîent leur crasse de roture, et ne servaient qo'à faire mépriser davantage, par la gentilhommerieàntoriqoe, les bourgeois insensés au point d'abandonner le premier rang de leur classe, pour se placer à grands frais au dernier rang d'uae caste à laquelle ils ne pouvaient pas légitimement dfqiartemr, Ai»-dessous de ces deux catégories, le commerçant , Tindustriel dans tes villes, le cultivateur dans les campagnes, satellites intéressés des nobles, partageaient leurs afiféctions et leurs antipbaties. La réferme politique, en s'abattent au milieu de ces opinâocis, en trompant ces caloub, devait donc rencontra moins de sympfaaties que dans les provinces où la noblesse tenaH moins de place. H n'y avait, en un mot, aux bordd de h Loire moyenne, qu^un vague sentiment de nationalité. On s'y pressait sous ces bannières héraldiques dès long-temps pâlies : le XVI. • siècle projetait encore ses reflets, à la fin du dix^hurtième, sm* ce territoire devant lequel la révolution semblait avoir passé sans s'y arréfter. Aussi verrons-nous, malgré Péïan patriotique qui sa dédara partout, en 478^, ici dans les majorités, là dans
les minorités, les droits de rhomme et du citoyen proclamés à Blois au sein d'une tiédeur quasi-dédaigneuse de Tesprit public. Il s'échauffa pourtant , il faut le dire , lorsque l'invasion étrangère, parvenue à nos frontières, fit comprendre enfin aux hommes les plus dévoués à Faristocratie , comptée déjà parmi nos ennemis , que tout Français avait une patrie à défendre. Nous aurons à citer les bataillons de Loir-et-Cher au nombre de ces légions improvisées qui arrêtèrent d'abord la marche conquérante des colonnes européennes , et les refoulèrent ensuite sur leur propre territoire.
Nous ne terminerons pas cette partie de Fhistoire du Bléspis sans émettre quelques réflexions sur l'esprit qui présida à la composition du livre , fort remarquable d'aiUeurs , publié il y a quelques années par M. delà Saussaye , sous le titre trop modeste du Château de Blois. Cet écrivain avait dit précédemment , dans une notice lue à la Société académique de cette ville : a Peut-être éte^^ » vous étonnés que, dans tout ce que je viens de dire , je n'aie » point laissé sortir de ma bouche les nouveaux noms imposés à » notre pays : de département et de Loir-et- Cher. Le Loir et le Cher » ne coulent-ils que pour nous? Et quand pourra-t-on se flatter » d'avoir réuni les traits épars d'un Orléanais , d'un Touran- » geau, d'un Blésois^ pour en faire.. .^ je n'ose pas dire un Lo«r- » et'Chérien; mais comment dirai-je. » On aurait pu répondre à l'auteur de ce discours : « Vous direz un Français , un membre de cette grande nation que l'Europe coalisée ne dominera jamais lorsqu'elle voudra s'inspirer du sentiment de sa puissance ; et comme vous paraissez le prévoir , on s'étonnera qu'au xix.« siècle, un homme d'une valeur incontestable vienne proclamer l'avantage de cette France morcelée du moyen-âge, dont le roi ne pouvait voir les forces réunies sous les drapeaux de la monarchie, qu'avec le bon plaisir de mille seigneurs qui ne se croyaient pas moins souverains que lui , et qui n'agréaient sa politique qu'autant qu'elle ne froissait ni leur ambition, ni leurs intérêts, o Peut-être, sous quelques rapports , eût-il été sage de
ne pas effacer tout-à-fait ces nuances originaires qui devenaient, en certaines circonstances, le véhicule d'une noble émulation: peut-être une centralisation absolue que nous n'approuvons pas de tout point, a-t-elle, en réunissant, prétendu trop niveler; mais nous sommes loin de voir une disposition absurde dans les divisions territoriales établies en 4790. La comparaison du système d'unité fondé par l'Assemblée nationale avec Fidée qui présida au morcellement de la Gaule sous Auguste, manque de justesse : l'empereur romain divisa cette grande contrée pour mieux la dominer ; l'Assemblée nationale voulut au contraire , en faisant disparaître l'individualité provinciale, donner plus de force à l'action du gouvernement, plus de cohésion à l'esprit public , et une opinion plus grande à la nation de ce qu'elle pouvait contre les ennemis que son affranchissement allait lili jeter sur les bras. En vue de ce dernier résultat, que la révolution obtint si complet , les traditions 4'indépendance se rattachant aux anciennes circonscriptions du territoire , qu'invoque M. de la Saussaye dans la Notice que nous venons de mentionner , ne pouvaient être , dans un ordre de choses nouveau , que des motife de désaccord et de désunion. Cela est si vrai , que la seule désignation provinciale des régiments , durant la campagne de 1792, causa aux armées une perturbation telle qu'on se vit promptement obligé d'opérer la fusion de ces corps avec ceux nouvellement levés.
Nous pensons donc, contrairement à l'opinion de M. de la Saussaye , que les historiens de localité^ en bornant leur travail aux siècles féodaux, laissent cette tâche évidemment incomplète; les temps modernes ont été assez féconds en événements dignes de l'histoire , pour que les annales du Blésois soient continuées avec intérêt jusqu'à nos jours. Elever un monument à sa patrie , quelque modeste qu'il soit , est une noble entreprise ; mais ne semble-t-elle pas influencée par une idée malheureuse , si l'on se propose de laisser l'édifice sans couronnement. On l'a dit cent fois , sous le régime des privilèges , nos pères n'avaient