SAINT-AIGNAN
Cette lettre était datée du 24 janvier 1664 , et prouve qu'à cette époque le thé était encore peu connu en France. Ce ne fut qu'environ cinq ans après que le café y fut apporté : le limonadier Procope en vendit le premier en 1669 ; on voit que malgré la prédiction de madame de Sévigné , le café n'a pas passé plus que le Itecine. Quant au Racine , M. Granier de Cassagnac , dans les temps modernes , ne s'est pas, par bonheur, montré plus infaillible prophète que Y épistolaire marquise. Au surplus, la spirituelle correspondante de madame de Grignan ne traitait pas mieux le chocolat que le café : « Le chocolat est la source des vapeurs et des palu piutions , écrivait-elle à sa fille en 1671 ; il vous flatte pour un temps , et puis » allume tout-à-coup une fièvre continue qui vous conduit à la mort. Enfin , la » marqmse de Coëtlagon , pour en avoir pris étant grosse, est accouchée d'un pe- » tit garçon noir comme un diable. »
Les gens d'esprit ont quelquefois de singulières absences... d*esprit.
Gaston d'Orléans , retiré à Blois , ne fit que de rares et brefs séjours à Chambord, sans jamais ranimer Téclat dont avait brillé cette splendide demeure sous les règnes de François I.*' et d'Henri IL Ghambord , même lorsque le duc d'Orléans et sa cour s'y trouvaient , ne perdait pas l'aspect d'une morne solitude ; il eût fallu de plus excentriques splendeurs pour donner la vie à ce grand corps de pierre.
Le frère de Louis XIII fonda l'hôpital général de Blois, qui n'était avant ce prince qu'une maison de geôle. Il acheta , pour l'agrandir , un jeu de paume appartenant à l'abbaye de Bourg- Moyen. Get établissement qui , dans la suite, a reçu d'imp'ortanteg améliorations, auxquelles nous aurons occasion de revenir, fut dès-lors destinée recevoir les pauvres, hommes^ femmes et
enf ants.
En Tannée i624^ la réforme de Saint-Maur fut établie dans l'abbaye de Saint-Laumer , sous la commende de l'abbé François
'd'Escoubleau *. Ge fut également sous Gaston [\ 648) que le révérend père Fauvre, nouveau chanoine régulier de la congrégation de France, introduisit la réforme de cet ordre dans Tabbaye de Bourg-Moyen , avec l'assistance du cardinal de Larochefoucault. Alors les religieux peu étroitement reclus de cette maison , étaient d'opulents seigneurs qui jouissaient de toutes les délices du monde , sauf peu d'exceptions. Les Bénédictins de Blois , ainsi que tous ceux de leur ordre , contribuaient labo-
* Les abbés commendatalres de Saint-Laumer, depuis la fondation des commendes , furent : Jacques Hurault, 1514. — Hippolyte d'Est, cardinal , 1546. — François de Tournon ; Louis d*£st , cardinal ; Hippolyte d*£st , pour la seconde fois , 1563. — Louis d'Est , pour la seconde fois , 1572. — Laurent de Fires, 1577.
— Renard-Raguenaud, 1593. -— Antoine Morin ; Fïicolas Petit, 1599. — Guillaume Fouquet , 1607. — Charles Miron,1616. — François d'Escoubleau , 1619.
— François d*£scoubleau, pour la seconde fois , 1629. — Michel ou Biaise Le Ferron, 1653. — Charles-François de la Vieuville , 1670. — Jacob-François Minot de Merille, 1676. A la mort de ce dernier abbé, l'abbaye de Saint-Laumer fut réunie à la mense épiscopale.
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nieusenaent au progrès des lettFes , tandis que les chanoines de BourgrMoyen ne travaillaient qu!à leur prospérité *.
A peu près dans le même. temps (4629),, l'abbaye de Pont- Levoy reçut de son illustre abbé, Armand Du Plessis,. cardinal de Richelieu , les statuts de la congrégation de Saint-Maur : luimême les apporta dans l'antique monastère fondé au xi.* siècle par Gelduin le Scandinave: son éminence prit en même temps possession de la commende^ et déposa la crosse abbatiale entre les mainS'de Pierre de Berulle , .neveu du célèbre. cardinal , fondateur des Oratoriens. Nous verrons ailleurs ce que fit pouria maison ce digne religieux,, qui en fut le restaurateur**.
Tels furent les principaux événements accomplis dansle Blésois durant la période où il fut l'apanage de Gaston d'Orléans. Après la mort de ce prince , ce qui se passa à Blois offrit un triste spectacle : on enleva :les plantes rares du jardin de botanique ; la bibliothèque fut également enlevée, ainsi queles belles collections formées à grands frais par le fils d'Henri IV, et qui* composaient le plus riche cabinet de l'Europe. Il n'y eut pas jusqu'à Tameublement du château qu'on emporta pour décorer d'autres imaisons royales. Gaston avait prévu, selon Bernier , qu'après lui , son palais deviendrait une demeure de désolatioin.,
'* nL.es>M)béftXiomiïiendatâlreadeBouPg-IIIcyen finrenUTean de Morviliiers, 154^6. — ^fB^ti$teiPraiUon , 15ô4. — ^ean .FouTtlrin , .4671. — Jacob fîhelippeaux , :1616. — Balthazar Phelippeaux, 1650. — Jacques-Antoine Phelippeaux , 1688. Le Utre d'abbé s'éteignit en la personne de M. David-Nicolas Berthier , évoque de Blois , en 1716.
**.Les ahhés commendataires de Pont-^befoyifurentGliarlesHemar, cardinal, i540. — ^'Louis d'Anjou , 1540. — Bernard.dela Ruihie;, 1543. —. Louis de Brfixé , 1556. — ^ Charles. de Bourbon; Denis Hurault, 1576. — Henri Hurault, 1585.^ — Denis Hurault,! pour la seconde fois ,1389. — Philippe Hurault, v fils du chauGeHiec, ISâl. — L&uis. de Buccelai;AnnandtJQan Du Plessis, cardinal de Richelieu, 1623. — î Pierre, dec^rulle , 4630. —Antoine^ Girard , 1684. — Da^d^icolasf de Berthlec, premier ,^ôque<de £lois., i fut l&.dernienabbé eQmiaendataire.y av«c fîaculté de réunir cette .abbaye.à ia mense ^piscopale^jaaiSifietteiréuniûatu'Aut litu.que dous l'évêque de Caumartin , en 1719.
et s'était exprimé avec amertume à ce sujet dans la langue de Gicéron : Domus mea, domus desolationis in œternum,
Louis XIV parut une seule fois à Blois après la mort de son oncle : ce fut en 1668. Si l'on doit s'en rapporter au récit du panégyriste emphatique Pélisson, le grand roi donna à cette époque , dans le château , une fête qui n'eut rien d'humain.
Dans un temps 'où la présence des grands contribuait si puissamment à donner Tessor à la vie sociale , on la voyait dépérir aux lieux où ces personnages éminents par la naissance l'avaient fécondée, dès qu'ils s'en éloignaient. Blois, sous le duc d'Orléans, avait recouvré en grande partie les prospérités dues jadis à la cour de Louis XII; mais quand Gaston eût cessé de vivre, la presque totalité des nobles, des savants, des artistes qui environnaient ce prince, quittèrent la ville pour se rapprocher de Saint- Germain , où s'élevait le soleil vivifiant d'une monarchie jeune , amie des plaisirs , prodigue de faveurs , et qui promettait tous les dons de la fortune et de la grandeur. L'industrie blésoise et le commerce qu'elle alimentait déclinèrent de nouveau : leur décadence fut rapide. Enfin, parut la révocation de l'édit de Nantes, qui leur porta le dernier coup. C'est depuis lors surtout que les habitants du Blésois ont demandé à leur sol les richesses qu'ils ne pouvaient plus obtenir par les efforts de Tintelligence industrielle et commerciale ; heureusement la terre a répondu à leur appel.