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se tiennent éf^diemeni les assises. Le rez-de-chaussée du palais de justice est oonsacré k la tenue du marché au blé.
Nous ravoos dit précédemment , Tavant-cour du château était environnée d'hôtels habités jadis par les seigneurs attacshés à la cour de Blois , ou qui s'étaient Caits les courtisans des princes ou des rois durant leur séjour dans cette \ille« A part Thôtel d'Amboise , dont nous avons parlé , ces hôtels , dénaturés ou remplacés par des habitations modernes, n'existent plus que dans les souvenirs ou les traditions. Mais on voit , rue Chemontc»! , une ancienne demeure seigneuriale, occupée aujourd'hui par une pension de garons, et que Ton connaît sous le nom d'hôtel de Guise. Cet édifice , bâti sur le r^npart , au nord-ouest de la ville, conserve le caractère d'un monument du xnr.* siècle, avec ses courtines et ses tours. Quelques écrivains ont arvancé que le duc de Guise partit de cette demeure, le â3 déœmbre i 588 , pour se rendre au conseil : c'est une erreur ; œ prince habitait le château, et probablement l'aile de Louis XEL
L'hdtel d'Alluye , situé rue Saint-Honoré , n'est pas sejilement remarquable parce que ce fut la demeure du célèbre Florimond Ed>ertet, ministre sous Louis XII et surintendant des finanoes sous François I.*' ; cette maison se recommande airasi par sa construction. Elle appartient à l'époque de la renaissance , et Ton remarque, dans plusieurs parties intérieures de l'édifice, des détails d'une délicatesse exquise. Dans une pièce du res-dechaussée, maintenant transformée en cuisine, il existe quekpies restes de décoration (peinture et dorure) encore d'une grande fraîcheur , mais qu'interrompent des distributions modernes. Au premier étage , on pénètre dans les appartements par une galerie élégante , que décorent des sculptures d'im ciseau habile. Dans l'intérieur de l'hôtel, se trouvent souvent vépétélM les armes de Robertet et sa devise : Forces ugne^ se rapportant à l'intégrité de sa plume , la seule qu'il ait cru pouvmr , de son temps, défendre contre l'imputation de vol.
Nous avons déjà parlé de la maison de Denis Dupont, célè-'
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bre jùnseoQsulte blésws au xvi.* siècle^ et nous avons rapporté le débai qui s'était élevé entre Florimoud Aobertet et lui, à propos de cette maison. L'habileté et le droit combattaient pour le légiste; mais le pouvoir était la raison du ministre ; le Uiomphe du premier ne pouvait être que fort restreint. Aussi sa maison est-elle comme enveloppée ^par les murs de Tbôtel d'Alluye. On remarque toutefois dans Tespace étroit qui fut réservé aux oo9i»tnictionfi de Dupont, quelques détails | élégants et de bon ^t , rapp^ant la belle arefaiteciure des premières années du xvi.« siècle. Nous citerons particulièrement la cage de Tescalier, ornée extérieurement de sculptures et de devises all^ri€[ues. L'intâneur de la maison , dénaturée dans les tanps modernes , ne laisse plus reconnaître le style de la renaissance.
Une histoire purement monumentale , que nos limites ne nous ont pas peru^ d'entreprendre, devrait offrir la description d'un assez grand nombre d'hôtds historiques encore existants à Bloîs , mais dont il faut étudier les restes à travers les constructions , plus ou moins modernes, qui les environnent ou les dénaturent en partie. Cette tâche est celle de l'archéologue; nous y reviendrons peut-être un jour. Mais nous devons dès ce moment à nos lecteurs une mention suffisante des monuments religieux que renCerme la ville de Blois : l'un de ces édifices surtout mérite d'être classé parmi les basiliques remarquables du royaume. Nous voulons parler de Téglise élevée par les Bénédictins de SainA-Laumer, rendue au culte, à Fépoque du concordat de 4801 , sous le vocable de Saint-Niccdas , et aujourd'hui Tune des trois paroisses de la ville. Saint-Nicolas est une basilique à trois ne£i , avec transept et abside circulant autour du chœur. Dans son ensemble , ce monunient appartient à l'époque de transition : on y remarque et les dernières ins[ûrations de l'ère romane , et le$ âéi)uts du gothique primitif. U est au sur- {^us aisé de distinguer les époques que nous signalons : la plus âOKÛenne parUe , deiMiis la chapdle du Christ jusqu'à la première arcade de la ïkk^ se rs^^porta au milieu du xii.* siècle , et ap*
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partient au bysantîn fleuri ; le portail, jusqu'à la base des tours, est des dernières années du même siècle ; enfin , la nef rappelle répoque de transition, c'est-à-dire le commencement du xin.* siècle. Quant aux tours, nous ne les croyons pas antérieures au milieu du siècle suivant.
Vue à Fintérieur , Téglise de Saint-Nicolas est d'un effet imposant , et l'art des diverses périodes de sa construction y a déployé quelques richesses, qui toutefois ne sont pas exemptes des écarts du ciseau. A l'extérieur , cette basilique présente un aspect misérable résultant de sa dégradation , et sollicite d'urgentes restaurations, commencées depuis long-temps par la réparation des tours. Plusieurs personnages éminents ont été inhumés à Saint-Nicolas : on y voyait autrefois les sépultures de Guy n de Dampierre; d'Isabelle de France, fille de Charles VI , comtesse de Blois; de Guillaume Pot^ premier chambellan de Charles VIII , gouverneur d'Orléans , de Tours et de Blois ; enfin , de Pierre de Morvilliers , seigneur de Cormeré. Il est probable que plusieurs abbés de Saint-Laumer reposaient aussi dans la chapelle sépulcrale de Saint-Nicolas, ouvrage du xiv.« siècle.
L'église de Saint-Saturnin, située au faubourg de Vienne, se présente, après Saint -Nicolas, dans l'ordre d'importance artistique. Selon le légendaire de saint Eusice , cette église remonte au ix.« siècle. Ce n'était alors qu'une chapelle , sous le vocable de Saint-Antoine-des-Bois ; elle avait été déjà reconstruite, lorsqu'on i 400 on y attacha le titre de paroisse. Au commencement du xvi.« siècle, l'édifice fut reconstruit de nouveau par l'ordre et aux frais d'Anne de Bretagne ; mais il ne fut connu qu'en i 552 sous le nom de Saint-Saturnin. Le caractère général de cette basilique est celui du gothique fleuri ; mais elle n'en ofl're pas les richesses à un degré éminent : des restaurations du xvn.« siècle , ordonnées par Marie de Médicis , ont altéré l'ordonnance primitive. D'autres restaurations viennent d'être effectuées, et quoiqu'assez bien entendues , elles ont contribué à décaractériser le monument. L'extérieur satisfait davantage l'œil exercé
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de Farchéologue : à la façade principale , on remarque la porte du milieu dont le fronton pyramidal est d*un bel effet , et les deux petites portes qui raccompagnent offrent des détails d*un travail soigné. Malheureusement la partie supérieure de cette façade est inachevée. Les deux portes latérales méritent aussi quelque attention ; on y retrouve les mêmes dispositions qu'à rentrée principale : voûte surbaissée , archivolte à trois rangs de nervures prismatiques , clochetons , pinacles et feuilles frisées ; enfin toute l'ornementation qui constitue le gothique fleuri.
Un tableau d'une assez mauvaise exécution et placé au-dessus de Tautel de la Vierge , représente les capucins de Blois mettant cette ville sous la protection de Marie pendant la peste de 1 631 . Un autre tableau, attaché a Pun des piliers de la même chapelle, représente les Viennois implorant la miséricorde divine , après la chute du pont, en 1746. L'église est mieux ornée par quelques statues de grande dimension, rappelant le faire du xvii." siècle.
L'église des Jésuites , située au nord du château et construite à peu près aux frais de Gaston d'Orléans , appartient à cette époque où l'architecture religieuse, pour avoir perdu son véritable caractère , ne manquait pourtant pas encore de majesté. La nef unique et le chœur offrent quelques détails d'ornementation remarquables ; mais cet intérieur est généralement assez nu, car on a fait peu de frais artistiques pour recueillir le cœur de Gaston , celui de mademoiselle de Montpensier, sa fille, et celui de la reine de Pologne , veuve du grand Sobieski. La façade extérieure et le dôme ne manquent pas de style : on retrouve ici , comme partout, le type at*chitectural , toujours uniforme , dont la compagnie de Jésus ne s'est écartée nulle part dans ses constructions. Pour ne plus revenir sur l'ancien établissement des Jésuites à Blois, nous devons ajouter que les bâtiments du collège qu'ils avaient fondé, et que dirigèrent après eux des professeurs laïques, ont été, dans les temps modernes, affectés au bureau de bienfaisance , et qu'on y a établi plus ré-
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«dos esBroés^m IraiieiiienI des iOMJfidîfis «aeDlaks. Dans romlffe il'kiqïDFtasioie ^juejyKuiB &^»oas idÀ nfiosipsefiome
Losis., 4im&e cait^Mirale ^q^'^e lest^ ^devaât ^oœi^r ie âerauer owig. C!leBt^ iBD e&t^ ^ua édifice oboêb .auciiBe videiH*«ariti&ligQe^ «à ipant la teir^ àoai k •censU^iiâtioft est â'»B «efibt itt^MMsant. J^bus «vo&s «VA f(|ae^ sokm de ^Andes iprdbabilitéfi, «i peut isâne ire- >mQitldr oetteiégkifie ^au ira.''^èide^ieyt<qi]'ieUeâit d'afaoM dédiée à saint Pierre, puis à saint Solenne. Sous ce dernier vooabte, «He &Mb.Tfii»fi]ifitnuHe.,dBaiifi do«&e tdans ia pn^nHèrie jnoiijoé du iiL*« isiàdB :: on neoQfnDait maêsBe an pied ^ 4a tour, jsaus Âe poDc&ie^ r.BindiiteeÉ»re '^ ioelÉe «é^j^ue;, finement ,exj)cniée par (dfis (Aàbiits muEqnela nie «e (tnompmit pas les andiéaloguee , :tel5tqae nfifSIe :gi*cfis»èF3e lonD^nfiBitatiûn ^eA dfiuts ideisaie , ^a«z «auvent 'oniptoyée sdftns le «tyle t^jonnain An x.* s^ ja/" rsièck. L'é^seooH^iaÂe de iSamt^Sdeone fut 4élruiÉe j»ar un aai»igsi ^snA&3ê^ ttt netûonâtriTiiHe pnesipie iiBBiédial6BfteQt.aia:îfrâis du iiakii^re 'dolbert «et ^de .sa feiBeoie. X'ûiténiear -se CŒnpofie db •tf 016 floefe, flYfic atoideiekfiulaat 'Attteur du ckmm. *Ge ^rnssean^st vaAe^jooBB HSECis nDoagtesfcé,, isasts aayraâtrère., ^raiitâii 'im ni£ftà 4iBxtES ^es 'é^^IffiBB hàlies à lune .épociiie isà diamîkileeture ehfé-
axmsfÊSne, 'Cet dntémeiiiirjiie paitle poin tàilame ; let «lUngiie mésie^ jqoi ae sent^àsm dafifi dca vieilles basUiques, j^astôrait fscid^à âaiiit-lâiin&.
MttsieDBTSJindsHisisjsuidiJfiB ^iBlésak^fiiieBit àm^âsms^fmmàé' Tablesà l'église «coHégiale et pareissiale de fialiirt Louis : païaai csS'donakainœ^ #a ^&t\ie ies anaboBB de fi£Mdeyt,, ide MorviUi^ai., ^ BffiSBiaiaan «t de fiadeuK. îSans dente des .^éBéeemtés jpienses i)« ae iiiBkn>vv39]iit(pl!nSr, éOiL éeii^suBiàmQUfi is^i^cms^ {dansleveour dtœ fidèdeBtcpiiippifflOktïauxîaii^te'de -eette ^B^asilÂfne'épHBQG^ALe at {SBbrDÛiBiak z mi Batîaffligé^ ifisi la pfiOKSfiu^diatj, detsan eslréme miàHiL Ctaam^jreniâr^e,, pour cunîqueidéaeisatiflBQ que Jesj
£T AEISQH IflAfirseiRE. ^.?9
•tions Se la^sfiiDn :ân:Saii^Meiir,, UtfaDgrapfaies rappendues aux pSiers. Un tafateaumédittoiB, j'eprésentant Samt-Louis rentiant la justice sous le fameux chêne jde^inoenirâs^eât placé.au fond dn xdlœa^.^fiiites'altt0llFSil^t}BéraijEfis>mentic^ pein-
tare , :ee seraqoitur.signalBrflaihDniudipée du vainqueur ide Taililebeiirg^stjtaéhéeÀ.-SQcnicàlé àroit.
;L^lii3toii!e>n';a 'point âàjsiooDuper dfisjnassuBsrde jretniifcerfondéesàfilots^dâns les temps modejnies,! et [qiii^isans q^eiesiinsÉî- (tutionsmonasticpies aient élé irétabUesteniFranGe., mat rôea/Je nom de^eonvenis. Mais,toami]iffî ^dneumeoDtt liblorique., nons devons^ iconaigner icila -désignation ^desi oommnnautés qui existaient dans cette '^le aivantia n^vololion:: désignation «qoe nous m'avons peitt-ôbreipas prcKluile .comiplète dans>nosiréoits. iLBSjnionasiècesid'dhommes , .après le foaaniB»eanent de&iésitileBjHétatBnt FaldDaye defiainttLaumer., celte^de £Qurg-Moyaa, iesCordeUevs, lesCapuûînSi, lesMinimes^Baint-Laz^ia, les.JacotiinSietrlesJ^ngufltins. ]Les «t^Qic^ntsi de. femmes étaient Jes .Cannéliles , JesTén)mq«iâ&, les'Graulinefi^at les fVasitanjdi!ne&.
Si existait anW-efois /à îBIois ^pt (églises jHtroiasialûs : :SmsiH^ Sotenne , SainlrMaclin^es-iGhoux., Sain^fSauvâur ,.-Saint^ieûlas, SaiBlrtHenoré, .-Saint-Satumin et rSaint-YiQtec. Xirois -paFoisses seulement ont été conservées ^par ;le canoordat de^jSOI ;: Saint- Louis , Saint-Nicolas et Saintr^turnin. Le culte es tf célébré dans liancinnnBtégbs&defi Jàsuites, àtHreile:auoouFsideu
Il nniQS jffesjbe ôà cpaarler ^es édifioes modâimes ocousaorés hdss iiBBtiliikiaDS.religieiffies txu oà des iser^^icses ipufalies ;. ils sont ip«u nombreos , let jusqu'àroe JBnr.^Kévôckéjienldst digne d&iqaeilque attention. C'est un hôtel bâti /dans Je ^û:t jde Jb rfin du aYU.''fsièole, i&t qni::teçoit:Son pnociped^agrément de Fadmimble sîÉuation qu'il tH^mpe. Le jardin il^axt de Dév^dié n'^st^qu'ane tecniSBe , (d'où Ja vue planer sur Tun (des ifieaus-paysagQStdêl'Ëurope:; le;^^tKdin Joas m^st » quhm BÎmqdle (pota^r . Isb Biége »épiscppal :ayedt téié ; siq^imé ^n f 801 ^ la pcéfeotuBejfiit établie à l^HiiêKihé; 6anfJS1)&., i'impémitai^
dont nous avons rapporté lesdétaOs; enfin, en 1823, M. Tévéque de Blois , installé dans cette année , prit possession du palais qu'avaient habité ses prédécesseurs.
Alors on venait de construire la préfecture actuelle , édifice de mauvais goût, qui n'aurait pu recevoir les bureaux de cette administration si Ton n'y eût joint les anciens bâtiments de la Visitation. La préfecture fut pourtant considérée comme devant orner le côté nord de la place nommée la Grande-Pièce; et c'est à Touest de cette même place que Ton construit en ce moment le nouveau palais de justice. Ce monument , bâti sous la direction de M. Massé , architecte de la ville , n'est pas encore terminé ; on peut cependant reconnaître dans l'ensemble de la construction une certaine splendeur architecturale. Les dispositions intérieures nous sont inconnues : ni les plans ni les projets de décoration ne nous ont été communiqués. Mais M. Massé a des; précédents honorables , et nous le savons homme de goût.
Dans les projets d'embellissement de la ville , exécutés avec une lenteur impérieusement commandée par l'insufiBsance des fonds, un vaste bâtiment destiné à recevoir un hôpital doit être construit vis-à-vis le palais de justice, c'est-à-dire à l'est de la Grande-Pièce. 11 ne restera plus à orner, après cette construction , que le C/Oté sud de cette place , maintenant attristé par un reste de l'ancienne muraille d'enceinte.
Un peu en arrière de la Grande-Pièce, vers le sud-est, on a élevé , durant la restauration , un grand bâtiment destiné à remplacer le séminaire , aliéné à la révolution. De nombreux élèves du sacerdoce sont entretenus dans cet établissement, auquel une chapelle est annexée.
L'hôtel-de-ville , dont l'entrée principale est sur le quai , ne peut-être considéré comme un édifice entièrement moderne : sa partie antérieure seulement a été reconstruite vers la fin du XVIII.' siècle. Le surplus de la maison existait déjà, lorsqu'en 1 457 elle fut achetée par Jean de Saveuse , écuyer du roi et gouverneur du comté de Blois, à Catherine et Jeanne de Beauvilliers,
moyennant la somme de trois cents écus d'or. Plus tard, Jean de Saveuse donna cet hôtel à la ville , à condition qu'il serait dit, tous les lundis, une messe àPintention du donateur , dans la chapelle de SaintrFiacre , sur le pont. Avant cette donation , le corps municipal s'assemblait dans une des salles de Bourg- Moyen. Autrefois , la principale entrée de Thôtel-de-ville était rue de la Foulerie ; cette entrée existe encore; mais elle est rarement ouverte au public. L'intérieur de l'hôtel de la mairie n'a rien de fastueux : ce sont des appartements à peine bourgeois , où l'on ne remarque aucun de ces monuments historiques que les magistrats municipaux se plaisent ordinairement à conserver. La bibliothèque seule mérite d'être citée : c'est une pièce ovale bien appropriée à son usage et décorée avec simplicité mais avec goût. Dans une salle voisine , se trouve un tableau d*une belle composition , représentant Blanche de Gastilie , touchant de sa baguette royale la porte d'une prison où le chapitre métropolitain de Paris tenait enfermés des paysans , ses vassaux, parce qu'ils n'avaient pas payé le cens. Le geste de la reine exprime une noble indignation ; son regard étincelle ; on voit que son attouchement est le signal donné à ses gardes de briser la porte pour rendre la liberté aux captifs du chapitre. Ce tableau était destiné à l'église de Saint-Louis , mais la susceptibilité ecclésiastique s'en est émue; cette page historique a été reléguée dans une salle de l'hôtel-de-ville.
Le pont de Blois passa long-temps pour un des plus beaux de la France; de nos jours il en a été construit de plus élégants, mais aucun n'égale, peut-être, celui-ci en solidité. Nous avons dit ailleurs que l'ancien pont fut emporté en 1716 par les glaces, avec la chapelle Saint-Fiacre construite vers le milieu , et qui , parmi les Blésois , était en grande vénération. Nous avons vu qu'il fallût de pressantes instances pour obtenir la reconstruction du pont détruit ; elle fut enfin ordonnée : les travaux commencèrent en 1717 , sous la direction de MM. Gabriel et Pitou, architectes du roi; ils furent terminés, comme nous l'avons dit
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aiireurs, en 1724. Ea IbBgiiear totale du monumentrest^ dfe*tfra>iî^ cent deux mèt'res^; sa largeur^ de quatorze mètresK; s» hauteur de treize mètres six décimèires au-dessus des moyeimes- eaux. La dépense s'ëleva àdix-îiuil cent raillé livres-; cette coBC^^etion coâterait aujourd'hui' quatre millions^ de fVancs^
A la partie moyenoe^du pont , s' élève' une espèce depyranride se (terminant par une croix, et* d'un st^e raédîoere , mais' dont la» balse= offre-, à sa^ face extérieure*, c'èsl^àMiîre en dehors du parapet, des^bas-reliefsrattHbués^à Gbysevox: Les habitants de Kois, particulièrement ceux dé Vienne, ont/ neportë sor-cettfe croix la* vénération que leur inspirait Foratoire dfe Saint^Fiaere; tout^ récemment, elle a été lé sujet d^une vive dissidence entre le oonseil'nmnicipal et une partie die ]k populatiêna : cette circonstfemee nécessite quelques dëvelbppeménts qui ner seront p^ sans^ intérêt dans Phistbire que^nous écrivons^ W ya-dlr ans*, on avait oublie'' parmi' lés Blësois érudit^ , et. l'bn. ignorait complètement en général à Blois que- Dénis ï^pih , qui' lô premier dëcouvrit là puissance Ibcomotive de te vaperar , étfett entrant dé' cette ville. 0n passait froidement, snr là pftce^Sainl^' LouiB=, devant te maison ou naquit ce célèbre physfden-, dîpqui Von peufdlvB'v rmovaSit fhcièm terrœi IF faut bien Favauer, on se-montre fort peu sensible an chef-KéircHi département db-Eoir* et-Cher, aux renommées qui n'ont pas lërelfentlssement dé For; le blason môme, dont Féclat éblbuit pourtant certaines dasses db' Blësois , Y perdrait BiéntôU tont son crédit , s'iPne^e^ recommandait pas^ par Popnlence: 0r , lés' ilhistt'ationy sans titres et sais argentseraient des valeurs nulles sur ce- t^raioihe, n'ëifâii^ Pexîstleâice des sociétés savantes qui s^ysont formféés : eHbs^seulfes protestent en feiveur des gloiresdbnt Ife' pays^peut se prévaloir. Ainsi là Société des sciences etlettres, frappée d'une notice dhnsi laquelle un des princes de la science moderne', IC Arago , re*vendiquait, aunom de la France-, l'àppliicatibn dela'vaçeHraramanque usage qui^nouséttonne encore, et. restîtusritî eetl^ cfi^ couvertfe^àfDeniis Pàpih-, là Sotîiët^ des sciences* et lettres, di^
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s«BSMioiias mrtara cencemR^réïoge de^ce savant Ai' xvm'wècle. DlMJEtProfiêcs Wès reraarquffBIes^furen'Ipiiêl^s^rT^inepffrîï. DipjrfesBÎs^, Faiïtre^ pwBi. lie docteur Dtoîouï;-. Ea'gfoire^de P^pin' îtA €nEhumée> etr qaoiqwe Ton parûf. en» général peu^ ému (fe- ecFlîtte eatofflafa^lie» , fes^bommes^ de^ savoir ê^ pay»^ aberd^ent fe questkra d'ériger une sffa^œë? ceWIe célëbri*é Méseroe^ IPa connue lut; fdrmé; W, Arago et? le célèiire statuaire DfeivMf (d'Augere) en-ftpenl partfe : cet artistte offrit à fe ville , à' i^ire- de don-, fe modèle ëe \9 statue, qui ékM êfere exécutée en Bronze:. Akrrs' ftrt; agitée la qoestion seeondaipe du cfeunt de Pemplaeem^nf r le eouseil mumîsipal eu délife^aet déefda, à fe majorîtéid^une' seule* Taix, que l'efïigie de Papin serait placée au milieu dupent, et surBa base^dfefe croix ^ que l'on* transporterait ailleurs.
Hais cette dispusi^fca n^buf païf l'asséntlraenf de Ea popufetwmr : dia werniFeuses^ pélifc^ns rédamèrent eoufrc Ih cfeeisiba dfcp conseil' raunâcipaF. On voufe?ft Bien* accepter b iïgure' éte PâpîH , pourvu» (pi'îBFffief' ne dépfaç^ peiM fti ctotx :• le» uns» ppo-prâ§pen(r de {^«er le Bpouae figuratif sur fe place Eoufe XB^ (Ftatres le FeP^aêpeHf â']k frpaiïde-Pfèee , df aul^s^préftecidfrenl qjBm seraîl eoEr7BHabléfRe0t pfecé- ppès» ^ Pembapcad^e dta' dhemib^ dte»fer. B yr e« euf quf propos^ent? d^élever un* Papia cofcssaFsuF la Bwite desr Gapucras, à l^èxempTe de sanif Chadte» Ibrrofflée a» swa mt ct *e»a' moatagne. €<Bttedeî>mère propo»-^ tS&B émanaJX' au< moms àhme- mmginatsoip peé^qne : F9kis(É^ pPQflieteup^ffpoiEvgfrdë la vapeur, dëmkiaal tout^â'lff^H^, c^ÎHy pomt^ <nibni»Biif dte Blésoîsv et leemnfs«#^ii& grand* fenve cfaersHIoflQoei^deffapiées s^6Hii€fi^, e& leraîi^wayqaepapeM^ rent les^Tf^cm^ a^ee^s^ «fe véleci%é' eneere^ i^ y a* É^, nofss ¥»vmami^j xm» MispiraOicia epoieiitef dl'ai^égorie. fiM^B^ësC^punrtiaKBl pa»sfflys>u«e flMïiieuse c0Bq)«i!isati€P& : FdpàF serait mbsi {ritewé tré» Bflutt ; mw ses conipetdîi^e» lif rejet ai j fe n g ^fs de leurs AoiiiMRBeiitttt jMu^éecivmifiF^ h quesôsa est &m9Ë»\m*
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384 HiSTOias de blois
li^e de Paris à Bordeaux et à Nantes , après avoir longé le haut de la ville au-delà de la porte Chartraine, et traversé le faur bourg appelé les Granges , rencontrera cet embarcadère , à Ten- ' trée des Grandes-Allées , regardant de sa façade principale le cours de la Loire. Cet édifice est d'une construction simple, mais assez monumentale, et rien d'utile au service n'y a été omis. On parvient de la ville à Fembarcadère par un chemin spécial qui vient d'être achevé , et dont la direction , à travers la place dite des Jésuites , a provoqué de nombreuses réclamations. Mais on ne peut apparemment y avoir égard , vu la nécessité de rendre plus douce la pente assez âpre qui conduisait de la place aux Grandes-Allées.
Les géographes ont exalté les fontaines de Blois ; il s'en faut pourtant de beaucoup que ce système hydraulique soit complet. Les quartiers hauts ne sont pourvus d'eau que par des puits profonds , et par une citerne creusée sous la place Saint- Louis , et qui n'est en état de recevoir les eaux que depuis quet ques années. D'un autre côté, les faubourg du Foix et de Vienne sont alimentés aussi par des puits. La partie centrale de la ville seule possède des fontaines : elles sont au nombre de huit. Sept reçoivent l'eau d'un réservoir commun appelé le Gouffre, et f^aéé derrière rb43(i^ce des aliénés, à vingt pieds de profondeur« Ce bassin , ouvert à l'extrémité de Vaqueduc souterrain qui, des hauteurs, amène les eaux à Blois, est^ comme nous l'avons dit, attribué aux Romains. La huitième fontaine, située place Saint-Nicolas, reçoit Teau du rocher par un canal abour tissant à une sorte de petit lac situé dans la rue des Degrés Saint-Nicolas. Indépendamment de ces fontaines, il existe, sur la place des Jésuites, une pompe construite par Tordre de M. Gorbigny, et qui a retenu le nom de ce préfet. Quoique petite, elle est d'une forme assez monumentale. Sous ce dernier rapport, on doit citer la fontaine dite de Louis XII , située sur la place du même nom , et dont la construction remonte au règne de ce bon roi. Par malheur, ce petit monument, de l'ère gothique n'est
plus qu'une ruine; sa restauration serait une conséquence logique de celle du château : M. Duban ne manquera pas de fixer Tattention du conseil municipal sur cette utile réparation.
Avant de quitter la place Louis XII , nous dirons quelques mots du théâtre, qui occupe ou plutôt qui disgracie un des côtés de cette place. La situation est convenable ; mais Fédifice , véritable halle, intérieurement et extérieurement, est du plus hideux aspect. Avec une autre salle de spectacle , la ville de Blois , point intermédiaire entre Paris et les grandes cités du midi et de l'ouest , jouirait souvent du talent des artistes éminents de la capitale ; mais , nous le tenons d'un bon nombre d'entre eux , ils hésitent à s^arréter dans le bouge dramatique dont nous déplo* rons l'existence. Espérons que l'aristocratie blésoise qui, nous le répétons, se montre assez amie du faste, finira par comprendre qu'elle ne peut continuer de faire contraster son élégance avec le misérable intérieur du théâtre actuel ; et que si la ville n'est pas assez riche pour élever aux Muses dramatiques un temple digne d'elles , une souscription peut combler le dé* ficit.
n existe à Blois trois hospices, y compris celui des aliénés, déjà mentionné. L'Hôtel-Dieu, fondé par Thibault V, comte de Blois, est le plus ancien de ces établissements. François I.*' et Henri U firent relever le bâtiment qu'il occupait ; Gaston y ajouta un corps-de-logis ; mais dans les temps modernes , cet hospice a été transféré dans Fancienne abbaye de Saint-Laumer ; on travaille aujourd'hui à son aggrandissement. Cet établissement est consacré au soulagement des indigents malades ; les militaires y sont admis, moyennant allocation des journées d'hôpital par le département de la guerre. L'hôpital général, situé au faubourg de Vienne, est un édifice dont la construction récente a été , non sans raison , souvent critiquée. On blâme surtout la position de la chapelle , qui masque une partie de la façade du bâtiment , sans ofirir au regard la moindre compensation de beauté architecturale. Mais l'établissement est vaste, commo-
39^ HlffRiTRE* W BCOIS"
déJnent cRistriBwé , et disposé ponr recevtrîr : 1'.* cent vingt: vieilIaLrds (tes denx sexes ; Sf.*** qaatre-vrâgts enftante arppartcrnant à- des faradDfes indigentes: tes enfents trouvésxsont aiftnfe.
E'Bosprce' des alîénfe est départemental : fe conseil général virtîe-des fonds pour son entretien. Les dteux antres^ Irôpîtaux ^ d#eetés à la* TÎîTedfe Blera , sont adnirâistréis^par nne^ commission (feenrae menrfjres'jSons'lk préisidence dn maire, te service de swrté es0 conffi à un médecin et à un clii'rurgîen en chef, assistés (fe-cteux médecine et un cftîrargién aiflbînts. Us* sont (fesserra pwr dtes scBmn dfe diarité; te conseil générar d\i dféparlenrent a- déeidlé , parson vote de tSfô*, la translation dfes aïfénéff surfe pfeftea» qnr dornine b viHe an nortf, en face dn grand séinfiBHre, danf te nouvel' asiTe d^aliénés^ n'est; séparé que par te chemin ntuf qui relié' la route dé Paris k Bordeaux' à ceBB'dc' Bfew à Eavaft Cinq cents mille francs^ suffiront à peine aux fi-ari» <fe emKstruetftMi et d'appropriation. Ee cRoix (fti terrain r^s pfl« êié lemiews : cBépourvn d'feau et privé de tout agrément ex«ériwBrr, (xs^ éteftiissement esif Ibm dé réunir tes conditibiœ d^si*râbles. Il faut des distractions aux aliénés ; les sites variés con- CBwewl à rerapHr ce bot sanitaire ;- d'ans le locaP dont iî s'â^ , 1» mafteureur alliés wé? trouveront rien quf puisse fki're <K- ^ersîon à^lfeurlallhcinatîbnfiabittielle. Du reste, lès Bâtiments, (poîtjne dépourvoy de grâce- architecturafe , sont vastes^ef commode»;- cent quarante afi'énés pourront' ëtvB f&ciTement- reçus âsew cet asrlte, dtmt fer diction médfîcalfe est confiée â un pratieiën Hathle, qui a exercé, en sous ordre, dans d'àutrea maf- SB&9 semfalaftfes:
Ffett'Pàncîen évéquedtrBlofe, Sré^ire, a f&ftaur fronces Je cHte vffle un* legs qui diépassera trois cents miBte francï *:.
Êff viffe dfe- Blbfs dbit an prëffèt Cbrbfgny dieux" cfmeCièreiy^pIus cBnvenaittem'ent dfeposéy que* les anciens* pour la. salubrité :
''Une dkme deses parentes y a alouté" des>immaiibles .situés dao» un. autre dépmbmeiit et:iifil^0iit vaitr valeur 'consiit&srtïfe;
Tira, est? sit&é'danalès^dëpendïBïeei^dfe l'ancien couvent dfes Ca»pueins ; l'auttre au- feubourg de* Viëniiei Le- premier renferme quelques monuments funéraires^d'une* exéeu^on remarquable , etf nous a'a^ons* vu dans ce oftamp du^ repos étemel', aucun dte cis^écaa^t&îdfe Part que*Kbn s'afflige dte- renoontiser dans les eimei^ tiôues dô9 gnandtes villes , oô fe'gravH^ dû' sujet est- » souvent* sacrifiée* à ^ambition ou à la Msarrerre des femiBës-,
M. Gorbîgny a 'fait aussi dé^erminerf ét&bllssefment^à'Blbis^d*tin abattoir*^ mais la vilfeat;tend;eHeare»une^bialle\Sàeonst?ructioir vient d'être mise auconeoursî, et tfout^erteà^croire^qu'i^^era' bàlie avant la fin de l^année f#W.
Renvoyant ce^ qui^DMUB- reste k dire sur' Iff siluafton» de Kbis dans letabreauid^act^aJitë'quiHepmfeecettehistbim, nious=ai!bns' paioourib rapidementr le" territoires du Blësois, proppement dî^, à.Pexdusion du' Vendôinois-, d^nt Ml de Pétigny puHîe en ce moraent-Khistoire. Otv nc'dcdt pas s^tffendreàtnouS' voir* suivre, cflHnnune^pftr commune, Fitihéraiiw st&tlstique de 1&» contrée : l6S» dissoriptlbnff^ minutieuses'excéderaienf^ nos limitei^; n^usne recueiilbrons; suir* notre route q«e=^ l'intérêt*
ËeËlésois: fut , au moyen^ge*, une' terre essentiellement féo— dfefe-: dans aucune'partie'de'laFraneevpeii<^ta^,> oune^oompté^ autant de seigneuries^, conséquemment^ aul^antlF ê& xihâleaus. Bl^ucrouTp sont tismbés^ soub' lé marteau* ré volulionnaire* eu^ sous- 1* pio d^otisseui^dë lè^ bande- noire ; beaucoup d^autres^éebap*pen« k téulfcF mentionf Mstorique ou monumentale; I*9u»-signakler ons seid^ement <3eux opâ se reciommandenlPsoffô'^ ce'dbubUe V9p^ poœt^ eniSuii^anltFordtre^dfimportanee'..
&iambeFdi se pi^enl» au premier itang!^ Qï exnstint àè^i h xBii^ siàlde^. sur Pëmplaoïanienti oiï*.s'^ève^ maintensai4& oettii^mdv^ vsiUeuse^deanBurey un manoiirappartenian^lauxcoiiiltog^db Btarii& B^mier oidK une obasstie: riendue^ àt (Sbambord-MonftaDlty par lM)iratt-le^Boni^emiDl^(k.Ca!tlt6DinH)deCtom0i^ dasTlii^
haut VI, lui ayant remis le gouvernement du comté de Blois en \2\\,se retira à Chambord. Ce fut dans ce château que mourut le comte Jean de Châtillon , en 4280 , ce qui donna lieu au plus magnifique convoi qu'on eut encore vu dans le pays, pour conduire à Tabbaye de la Guiche le corps de ce seigneur. On sait que dans la seconde moitié du xrv.* siècle, Chambord était une forteresse destinée à défendre le comté vers le sud-est, puisqu'on 4356 , le sieur de Beaune, gouverneur de ce comté, envoya au sieur Hugues de Barbançon, châtelain de ce fort , une petite garnison, dans la supposition d'une attaque de la part des Anglais. Apparemment le succès des armes d'Albion dans le Blésois ne fut pas alors sans compensation , car il se trouvait des prisonniers anglais enfermés à Chambord en 1359.
Chambord passa à la maison d'Orléans avec le comte de Blois, à la fin du xiv.' siècle; ce château , sous le règùe de Charles VII, fut un des boulevards du Blésois ; à l'avènement de Louis XII , la terre devint partie intégrale du domaine de la couronne. Alors le vieux manoir des comtes de Blois, plusieurs fois restauré sans doute , se trouvait bien peu en rapport de magnificence avec les châteaux dont la brillante architecture gothique avait paré les campagnes du royaume ; à peine la cour y marquait-elle quelquefois ses repos de chasse. Mais Tamour embellit tous les aspects : François I.", épris de la belle comtesse de Toury, se plut dans ce vieux manoir , voisin du château de cette noble dame. Comme tous les amants , le roi crut à l'éternité d'une flamme qui commeuçait;etce fut, comme nous l'avons dit ailleurs, sous l'empire de ce paroxisme de tendresse, qu'il songea à faire construire, au milieu de l'aride Sologne, le palais féerique que nous avons à décrire. Assurément, lorsque les travaux furent décidés , le roi-chevalier avait fait succéder plus d'une nouvelle passion à celle que nous venons de signaler ; mais , soit que le souvenir en fût encore doux pour lui , soit que les forêts giboyeuses des bords du Cosson attirassent ce prince, le château de Chambord fut commencé en 1526 , selon Bernier, et
Félibien , à Topinion de qui se sont ralliés MM. de la Saussaye et Vergnaud-Romagnési , auteurs de deux Notices sur cette ancienne résidence royale. La construction fut longue, quoique poussée avec activité : Fj^ançois I.*' ne la vit pas terminer ; mais il ne jouit pas moins de cette villa grandiose, ainsi que nous Tavous rapporté dans la partie purement historique de notre livre. Henri II fit continuer les travaux commencés par son père, et , comme lui , fit de Ghambord Tasile peu mystérieux de ses amours. Charles IX parut rarement dans ce château; toutefois on travailla , de son temps , non seulement à son achèvement , mais aux réparations que dès-lors il fallut faire à diverses parties de rédîfice. Louis XIII aimait Chambord et s'y rendait souvent dans la belle saison. Ce ne fut pas, on le sait, pour y réveiller les échos amoureux provoqués par les amants couronnés de la duchesse d'Etampes et de Diane de Poitiers. Ces échos ne restèrent pourtant pas endormis sous le règne du fils d'Henri IV : si ses amours étaient vierges , ceux des dames et des seigneurs de sa cour ne se piquaient point d*une telle condition. Sous Louis Xni , des plans laissés précédemment par Serlio, architecte bolonais , mort en 1552, apportèrent quelques changements aux plans de l'architecte primitif, décidément inconnu jusqu'à ce jour. Mansard vint à son tour, sous le grand roi , et fit peut-être ici Fessai de l'étage appelé mansarde. S'il nous est permis d'émettre à ce sujet une supposition assez rationnelle , nous dirons qu'à notre avis, l'étage placé au-dessus de la naissance du toit n'est point une innovation de Mansard : il se trouve dans tous les hôtels appartenant au gothique fleuri ; et les fenêtres qui éclairent les chambres ainsi placées sont un des plus riches ornements de ce style. La renaissance s'empara de ce système, dont elle fit à son tour la plus opulente partie de son ornementation. Mansard se borna donc à supprimer cette aégan te décoration, parce qu'il pensa que l'étage du toit, destiné à loger les officiers d'une maison princière ou la domesticité , ne devait pas l'emporter sur les étages habités par les maîtres. II
J90 ^umfUBm k tSMis
suboitdDBna len ceci Ja questian vd'art à (caUe tàe nvanité : lies bet- 4isi6Sjde6:siôGtes,pré£édBQt*«s»{aieDJt«euteB ivtte îla nobtesse d^ .DQiQjaumeBte.; llapiiste courAkan de Lâiûfi ZW «ne sfioagaa iqiivà ilaiter.l!amQUP-j)ropre despefrsDiiaae&.
Le château de Ghamb0rd.e6t lURe CBuype ;qurU faut^veir^aonr JoieB coiqpEôikâre «a magiuSoekBce : laiptuoie âéooit idooiimcfi^iiejûnsai ceque.le jâBceau même ne peut pqpjieduire ^^?»c.fid.é}ité. A la jpremièKe vue.dexe chef-fd'iBUArFe^ cUnsil'estàiutLon.dugiffil «e .oombinent sauveut,, -mais se iieuisleiitfqHeliiuefûiS'deB rÎD^ratiâQS ^diversoB^ dl .est* cependant ^aifié de ^reeûDjoaUce icdfes transmises par F<rançois I:*' «au apnemier danstmiôteur. .Ge-scmverain , -cevenu dïtalie J'imagmation rempUe des iridnesses monumentales de ce .pays 9 Joe voulut pas toutefeds /leur tsacrâfifir les rêves chevaleresques dont il se .berj^a wtoute .sa ^Mîe. 11 ne commanda :à J'arobitecybe d'.imprimer à son .œu^re rune ^physievkoiaàB châtelaine^ jnak Temhelîie.de «toutes les «coquetteries jde rar4. italien. Ainsi François I/'., jpieladin ipar la xepréseintatiDn , se coavnrait de 'la robuste ^armuape^defiuGÀesolin,, mais inoPu^yËée d'or, si portaitle casque de .Qlissonj,^vecîDn ocnemontâe jpka*- Terjes. .Nous ne pouvans offnir à /nos léchons une dfiaoripiion plus j)Kéciâe de Ghambord, cpi'en rompruntantt à fun iaubre de nos ouvcs^es , La tLeire hùtamqua. a l£ plaB général des ,«onstcuotions, :est-dlxappoi?tétdans cette con^poaition, lorme un cadrré ioi^de quatre-^vingts toise&,.sur.soixante, doi^ îles angles jaont ilangués de quatre.giiosses tours; mais la fme du nord est âeide terminée. J«es ^rois>autres„ ânacbev^ées,, tsans x^aractère^ ine sarment qu'à marquer, lienoeinte. Les demc tours qai flanquent les constructions du joaidi iniont été^que oomtmenftées : un^ros «orps de bâtiment^, amm flanqué ide «touK&, fomne, <à Fea^térieur de la Isy^de^ord^ un sûbef^quadrangulaire,, pour figuBor^une soirte de ^dofi^ooi : c'est lle^x^pression lardhitefitûnique de k ipanaée de Frangois I." Mais œ doiyou n^t jplus lune de lees formidables citadelles., dernier refuge des défenseurs id^im iQbftteau-fort:; da puissance c^dale isemble «avoir abjuré doi le^soin d^e sa Éùa3e& ,
ET DE £(Uf "^RRUEI^HIE. 3^
^poiur ne se j>réoccuper .que àa jientJmettX 4e«a ^randaur. La Ja- ^dfi dn^cand eorp^de-Iogis et celle du M&imeot qui faiJb saiUîe au ceiatre, offireut un coiyp^dUeil où se idéalise ^oyatce que Jaiable eciâsitale ^ eréé de poétiques idéalités.
» La déoocation exJLérieuve du château est^ii\ple jusqu'aum- Acaau des terjrasses qui couvpeut le d.onjoD : elle rse compose de {ttlafitres^yi^qttés à des distauceségales , que sunnonie un enuUemeut^ oùise,raiu2mijLrentd'lHBiUceux«d[éiai^ mais doatrensefiible n'est j)as ^xen^t .de pesanteur. La partie jirestigieuse de ce jmonument est la disposition pyramidale des combles. Consultez vingt arobitectes., ils yous diront que Je toit d'un édifiée .est la ipierjre d'adioppement du génie construcleur; les afchilectes.dujnayen-â^e ne pensaient pas ainsi., et leurs trajvmiz le prouvent, liulle part,, cqpendant^ en ne trouve une xdioae ean^iar,ahle à ila couronne si^raciause^ si légèrej,^si. délicieusement iantaetique , ijui semhLe à jpeiae poser .sur le château de Chambord. Ici Tartiste s'est j)ris corps à corps ai^crla difiELculté; il a âu J'étcaindre^ la dominer par les ressources et les xiohesses de son imagination. Sous sa main, tout est «devenu .élément d'él^ganoe : loit a^ des tours,, .couverture des j)avillon&, luear- «hâs„ -cheminées, lanternes, se .combinent, s'haimonient, &e font valoir .mutuellement et se groupent sous le regard pour composer ce fatte pyramidal, dont la cage du grand ies(^Jiûr .est k centre et le sommet. .Cette partie centrale ilu^couroanement ^présente huit arcades, que séparent des pilastres élancés lormant une colonnade sur laquelle reposeun second ordre .plus élevé 9 et.se composant debmt contreforts., ornés d'F et .de .salamandres enlacés ; au-^dessus est un helvéder .surmonté dlune eampaniUe^ Vun et Tautre à jour et déUés comme .un filigrane. Lorsque , parcourant les ^terrasses sur lesqueUfiS arepose cette sublime couronne .artistique^ on examine tout ee*gue :1e >ciBeau yjSL prodigué de .richesses, il est diifidle deeoncevoûr Gommant le travail de douze années a pu suffire pour les produire. U y a dans cet ensemble magique , telle cheminée , tel vencadrement
de croisée qui a dû coûter un an de travail au sculpteur , même en admettant Fhabileté des Jean Goujon , des Germain Pilon et des Pierre Bontems , dont le faire admirable se révèle ici.
y) La description des appartements de Chambord , dans leur état actuel , ne pourrait que rendre plus regrettable leur ancienne splendeur. Les somptueux ameublements , les tapisseries précieuses , les chefs-d'œuvre de la statuaire ont disparu , et avec eux les belles fresques de Jean Cousin. Ce que Ton peut admirer encore dans toutes les parties de ce vaste intérieur, ce sont des sculptures variées de forme et de dessin , mais dans la disposition desquelles vous retrouvez toujours la salamandre, IT couronné et des fleurs de lys; ou dans les distributions appartenant au règne d'Henri II , l'H et le D amoureusement enlacés avec le croissant que Diane de Poitiers avait pris pour emblème. Ce chiffre adultère a été produit même dans l'ornementation de la chapelle , qui fut terminée par l'infidèle époux de
Catherine de Médicis Le soleil de Louis XIV et son vaniteux
nec plurihm impar, se voient aussi dans quelques détails de décoration , exécutés de son temps *. »
Disons un mot du grand escalier : grâce à la construction , aussi ingénieuse que hardie, de cet escalier à double rampe, deux personnes qui le montent ou le descendent , peuvent se voir , se rapprocher, sans pouvoir se joindre.
Le surplus de notre description ne peut être qu'un rapide résumé d^ensemble , dont l'intelligence de nos lecteurs ne s'aidera qu'en visitant Chambord. On y compte quatre cent quarante pièces , toutes à cheminées plus ou moins élégantes ; treize escaliers de maîtres et un grand nombre de petits , circulant , à diverse hauteur , dans l'épaisseur des murailles ; les fenêtres , qu'il eût été fastidieux de compter, sont innombrables.
Tout Tédifice est bâti en pierre tendre tirée , en grande partie , des carrières de Bourré, près Hontrichard : cette pierre a
* La Loire historique , tome m, page 759 et 760.
l'heureuse propriété de durcir et blanchir eu vieillissant. L'ensemble des constructions était entouré d'un large fossé qu'alimentaient les eaux du, Gosson; Stanislas Leczinski , roi de Pologne détrôné, et qui ne craignait plus rien parce qu'il n'avait plus rien à perdre , fit combler ce fossé pendant son séjour à Ghambord.
Nous épargnerons à nos lecteurs le récit des impressions diverses , mais toujours vives , que l'aspect de cette splendide demeure produisit sur plusieurs personnages illustres qui la visitèrent ; nous préférons grouper ici quelques détails historiques dont elle fut le théâtre dans les temps modernes. En 4 793, le district de Blois ayant ordonné la vente du mobilier de Ghambord j il fut sans doute livré à des fripiers accourus de Tours , Blois et Orléans; mais quelques particuliers en recueillirent d'intéressantes parties qu'elles conservèrent avec vénération. L'alhambra de François I.""' , abandonné à la lime sourde du temps , faute de réparations , eût été probablement démoli , si l'empereur Napdéon né l'eût désigné comme le chef-lieu de la quinzième cohorte de la Légion^d'Honneur , dont le maréchal Augereau était le principal dignitaire. Ge maréchal , presque toujours retenu sur les champs de bataille , parut rarement à Chambord ; mais quelques réparations, faites par ses ordres, arrêtèrent un peu la dégradation de l'édifice. Un instant l'empereur eut l'intention d'établir à Ghambord une institution , grandiose comme tous ses projets , pour recueillir les orphelines des membres de la Légiond'Honneur; mais l'énormité des dépenses à faire pour réaliser ce projet effrayèrent ce souverain , et l'ancien château royal fut réuni au domaine de la couronne. Ge fut peu de temps après cette réunion que Napoléon , faisant comme Louis XV, de Ghambord la récompense des services éclatants , le donna au marédial Berthier , prince de Neufchâtel et de Wagram , avec une dotation de cinq cents mille francs de rente sur le produit de la navigation du Rhin.
En mentionnant cette concession , M. de la Saussaye se mon-
tre sévère ecrvers la ménotre d'un lieuteDani illustre de rem* pereur : sans doule le nouveau possesseur de Cl^mbonl était riche par les bienfaits de son souverain ; mais les géuéraux de Napoléon y connne les partisans d'Henri lY , semèrent dans les ebamps de la guerre la plus grande partie des (arésors qu'U leur départit avec générosité. Le grand homme avait la main large pour donner, parce qu'il voulait que les richesses qu'il distribuait aiimentassCT^, de la totalité de leurs revenus, le oours de ses victoires et de ses grandeurs. La vie laborieuse et nécessaire* ment splendide du maréchal Berthîer, prince souverain , justifie assez l'emploi de ses ressources , pomr qu'on ne puisse lui re-> pr ocher le délaissement de Ghambord , qui eût absorbé plusieurs millions. *
Juscpx'à la mort du prince de Neulefcâtel , Ghambord , pour avoir oessé d'être une maison royale, n'avait pas perdu ê/om caractère héroïque : les maréchaux de Saxe , Attgnreau et BerUiier étaient d'illustres hôtes. Mais lorsque la princesse de Wagram , devenue veuve, afferma ce noUe domaine à des viveors aurais , il y eut un voile prosflfi'que désespérant jeté sur les poétî^ ques annales de Clambsord.... On eût désiré alors que la pria* cesse obtint , avant 4â^ , l'autorisation d'aliéner ce domaine ; soyons franc , on eût voulu même le bruit du mairteau démolis^ seur , frappant les murailles du dief^-d'oduvrè deki reoaifisance, plutôt que l'iorgaeillaQx Rtde Britama, reteoCissaAt dans cette deoteure , vteuve de dix monarques tcdançms.
Enfin , ia Restauration eflaça cette soaiHure d'un moment : ce ftit «nie heureuse inspiration que oôUe d'offrir Gbaml>erd à M. le duc de BordeauK. ^ous n «exaninerons id ni Topportunité de eet hommage, ni le concours spontané de souscriptewrs qui réa^ lisa le prix d'acquisition : ces deux questions n^appart^nnent pas à notre sujet Madame la duchesse de Berry vint, en 4SM, prendre poasession de la terre , au nom do prince son fiis. Cette princesse témoigna le désir que le revenu entier de la propriété fût employé^ non seulement aux réparations du château , mais
ET DE 80N TEKBITOIRE. 39^S
aussi à ramëlioraiion du pays. « Ce vœu , dit M. de la Saussaye, » a été rel%ieY3semeut accompli : depuis cette époque , une » somme de cinquante à soixante mille francs assure , chaque » année , le travail de deux ou trois cents familles eC répand » Taisanoe parmi elles. » Tou;^rs est-il certain que M. le comte de Catonne, conservateur de Chambord, administre cette terre avec beaucoup de sollicitude.... M. ie duc de Bordeaux a pris à Tétranger le titre de comte de Chambord ; nous constatons ci& fait ; nous ne Tinterprétcms pas.
Passons, sans les mentionner, devant quelques châteaux voi^ sins de Chambord ou de son parc , dont la circonférence n'a pas moins de sept lieues. Ces anciennes d^neures féodales ont un trop fhible reâet historique pour être citées dans cette his^ toîre , et leur construction ne s'élève pas jusqu'à Pimportance tDonmnentale.
Saint-Dté. — Cette sorte de bourg est situé sur la rive gau« ehe de la Loire , et traversé par Tancienne route de Paris à Bordeaux. Ce &Lt jadis une petite ville murée , mais dont les fortifications ont disparu sans laisser aueune trace. Au rapport des lé^ndaires, saint Dyé, qui vivait sous le règne du grand Clo* vis , bâtit en ce lieu un ermitage , où le premier de nos roîs ^retiens vint le visiter, et convertit sa cellule en monastère. Un bourg se forma alors autour du couvent, et la population s'étaM bientôt accrue, Saint-Dyé devint une des forteresses du Blésois.o Elle fut détruite durant les guerres de religion. Il y avait autrefois une prévôté à Saint*-Dyé. On y fabrique quelques étoffes de laine ; mais depuis que la route royale a cessé dépasser sur cette localité, son aspect est devenu d'une extr^e tristesse , et l'industrie y parait languissante.
La ville de Mer, située sur la rive opposée et que traverse la neuvetie route de Bordeaux , est une (^ cités marquantes du département de Loir-et-Cher. L'histoire de Mer offre peu d'intérêt jusqu'à l'époque des guerres de religion; il faut rapporter cependant que sa fondation <loit remonter au^elà du irv.* siè-
cle , puisque vers le milieu de cette période , Jeanne de Hainault, veuve de Louis de Châtillon, fit en ce lieu^ appelé alors Menarsla-ville y parce qu*il dépendait de la seigneurie de Menars , une fondation pour les pauvres. Bernier rapporte qu'au xvi.« siècle la population de Mer était assez considérable , et presque entièrement calviniste. Les habitants furent soutenus et encouragés dans cette croyance par Pierre Jurieu, l'un des propagateurs les plus ardents de la réforme religieuse. Il était né à Mer , où l'on montre encore sa maison. Après la révocation de l'édit de Nantes , les compatriotes de Jurieu rentrèrent , plus ou moins volontiers, dans le giron de l'église; mais quoiqu'ils fussent devenus bons catholiques, leur ville continua de décliner. Elle ne reprit quelque activité qu'à Fépoque où la route de Bordeaux fut transférée de la rive gauche à la rive droite de la Loire. Mer fut aussi le berceau d'un homme dont la célébrité ne coûta des larmes à personne , et qui , par ses travaux , ouvrit de larges routes à l'industrie moderne : là naquit l'illustre mécanicien Lenoir , qui, du rang d'humble compagnon serrurier , sut s'élever jusqu'à celui de nos illustrations scientifiques , et mériter le signe de l'honneur , contre le don duquel on n'eût jamais réclamé s'il eût été toujours décerné ainsi.
Mer fut durant la révolution chef-lieu de district ; c'est maintenant un chef-lieu de canton.
Le commerce des vins, des eaux-de-vie et des grains se fait à Mer avec une grande activité; sous peu de mois, il sera encore favorisé par le chemin de fer de Bordeaux , qui passe sur la commune. La ville , admirablement située , est assez bien bâtie et d'une physionomie animée ; ses environs ofifrent une culture prospère; sa population est d'environ trois mille neuf cents âmes. Mer est à cinq lieues de Blois.
Menars , que Ton rencontre à trois lieues de Blois , ne fixe guère l'attention de Thistorien que par son château ; encore les fastes de celui-ci ne remontent-ils , au moins par des notions précises , qu'au milieu du xyiii.* siècle. On sait pourtant qu'au
seizième, la terre de Menars appartenait à Jean Duthier , secrétaire d'état sous Henri II. Guillaume Charron , conseiller du roi Louis XIII , fit agrandir le château ; ce prince venait d'attacher à ce fief le titre de vicomte; Louis XIV l'érigea dans la suite en marquisat, pour récompenser un autre Charron , neveu du précédent, de services éminents ou, ce qui est tout un, agréables à ce monarque. Un moment , le roi Stanislas , beau-père de Louis XV, habita Menars avant d'accepter la superbe hospitalité de Ghambord. Le monarque qu'on appela avec justice le philosophe bienfaisant, se fût contenté de la demeure alors modeste de Menars; la vanité de son gendre, non la sienne, lui assigna une retraite plus somptueuse. Ce château, comme la maison de Socrate, eût paru assez grand au royal Polonais, s'il eût été rempli de vrais amis ; mais il sembla insuffisant à madame de Pompadour , qui le posséda durant son favoritisme. Elle le fit abattre de fond en comble, et dirigea en personne la construction prosaïque que l'on voit aujourd'hui , et qui fut trouvée magnifique alors , parce qu'elle offrait des rangs de fenêtres bien alignées dans une bâtisse froide et sans caractère. L'intérieur du nouveau château fut décoré avec cette magnificence chatoyante dans laquelle était venue se fondre la splendeur du siècle précédent: la marquise , qui se piquait d'inspirations artistiques , présida aussi à cette décoration et à l'ameublement. L'une et l'autre ne lui coûtèrent que le soin d'indiquer à Louis XV le chiffre de sa dépense, qui elle-même ne coûtait au roi que la peine de signer un de ces bons sur le trésor royal, dont la révolution a dévoilé la scandaleuse émission , par le dépouillement du fameux livre rouge.
Après avoir appartenu à diverses personnes, dont les noms ne nous sont pas connus, la terre de Menars devint, sous le règne de Louis XVIII , la propriété du maréchal duc de Bellune. Assurément la chronique secrète ent h recueillir plus d'une anecdote à Menars , lorsque ce domaine appartenait à la maîtresse de Louis XV, qui ne lui devait pas, après tout, un amour
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fidèle à titre de réciprocité. Maïs ces petites iDdignités étaient de bon goût dans le monde illustre da xtui/ âècle, et rarement les intrigues se brunissaient du moindre désespoir. Il n'en fut pas de même dans la délicieuse villa des bords de la Loire , lorsqu'elle fut possédée par l'ex-lieutenant de Napoléon : les traditions galantes du lieu avaient été continuées, dit-on ; une tendresse y devint impérieusement exclusive; une autre fut dédaignée y et ce drame social eut un dénouement tragique , dont le retentissement ne fut pas calmé sans peine.
Menars appartient aiijourd'hui à M« le prince Joseph de Ghimay^ qui a fondé dans ce château, sous le nom de Pry$(mée, une instiUition composée d'un collège, d'une école de commerce et d^agricultui^e théoriques , et d'une école des arts et métiers. Toutes les parties de cet enseignement sont confiées à des professeurs distingués^ et la direction du tout repose en des mains habiles. Un tel établissement ne pouvait manquer d'obtenir la protection du gouvernement , qui lui est acquise en effet.
En se reportant vers le nord de l'arrondissemexit de Blois et Oon loin des limites de Tancien comté et du duché de Vendôme, on rencontre^ sur la commune de Saint-Secondin, les ruines du <Mteau de Bury^ qui fut liu xvi." siècle le plus magnifique monument de la contrée^ après Ghambord. Ges débris gisent épars •u sommât d'un coteau dont la Gisse baigne le pied. Dès le XII.' siècle ) il exisèait en ce lieu un manoir féodaU qui appartc* naît, soit ou comte de Blois, soit à l'un des seigneurs dont il était le suzerain. Au rapport de Fauteur de la chrom<]pae intitulée : Liber de Castro Ambome, écrite au xii** siède^ Sulpice 11 , seigneur de Ghaumont , en guerre contre Thibaut IV , comte de Blois , s'empara du château fortifié de Bury et le brûk. Bernier £ait rapporter cette catastrophe à Tan 1150. Quarante ans plus tard , selon le témoignagne du més^ historien , Geoffroi Borel possédait cette seigneurie, et postérieurement, il y eut une dame châtelaine de Bury appelée Béatrix. Jusqu'au corn-
B^ncemexbi du xvi.^' siècle , on ne sait rèen de plus sur cette ter^ re , si ce n'est»que, sous le règne de Charles VI ou de Charles Vil, le château, pris par les Anglais, fut incendié, sans doute après un combat san^ant, car on montre près de là au voyageur i:u3e vaUée dite des Anglais, e^ un lieu appelé le Champ dolent, nom générique que nos pères donnaient aux champs de bataille , daj^ leur langage expressif et coloré. En effet, quelle expression riche d'imitation que ce campktë dolens,.. ce champ qui se plaint.... Ne vous sembîe-Ul pas entendre le cri des blessés, hd gémissement des mourants.
Au xYi.*" siècle donc , époque héroïque de Bury , oe domaine devint la propriété de Florimond Robertet, alors mimstre de Louis XII. Il fît reconstruire le château avec une magnificence souveraine, qui ne devait le céder qu'aux splendid«is ccMistructioQs de Chambord ; le dessin compris dans le second volume des pbts excellents bâtiments de France, donne une idée assez exacte de ce pompeux édifice. Quant à l'intérieur du château , il faut se défier un peu des descriptions qu'en ont laissées les écrivains du temps, grands exagérateurs, comme chacun sait, sur toutes les matières qu'ils traitaient : l'école de Ronsard avait eu des précédents et eut des continuateurs. Quoi qu'il en soit , Florimond Robertet était assez magnifique pour qu'on puisse admettre que les somptuosités intérieures de Bury répondaient à celles du dehors.
Cet homme d'état étant mort en 4 526 , laissa cette terre , aiasi que l'hôtel d'Alhaye, à Michèle Gaillard, sa veuve, qui était de Blois. Elle mourut au château de Bury, en 4549; alors la terre passa à Claude Robertet, l'un de ses fils, maitre-d'hôtel du roi et trésorier de France. En faveur de ce seigneur, Charles IX érigea le fief de Bury en baronnie : ce fut aVec ce titre qu'en hérita Florimond II, fils du précédent On doit présumer que les. hautes qualités de Robertet I,*'' se retrouvèrent dans son petit-fils, car à l'âge de trente-trois ans^ il fut envoyé en ambassade auprès de la reine d'Angleterre Elisabeth, Tune
des têtes politiques les plus fortement orçanisées du xvi.* siècle; et Florimond II était secrétaire d'état depuis huit ans. Il mourut premier président de la cour des comptes , dans sa trente-sixième année. Après la mort du président Robertet, les biens de sa famille passèrent, par les femmes, dans les maisons Dufau, Mandelot, Dupuy et de Rostaing. Nous ignorons auquel de ces héritiers échut la baronnie de Bury ; maise lie passa, par suite d'une expropriation , à Nicolas de Neuville , sieur de Villeroy , en faveur de qui Henri IV l'érigea en comté. Ce fief, sorti de la maison Robertet, y rentra par le mariage de Charles de Villeroy, fils du précédent, avec une demoiselle de cette famille.
Dès- lors, le magnifique château de Bury fut négligé; Tindivîdualité de cette terre cessa d'exister. Charles de Villeroy échangea le domaine et ses dépendances avec Charles marquis de Rostaing, contre une rente perpétuelle de six mille six cent soixante-six livres tournois. Louis XIII , à cette occasion , accorda , en i 634 , à l'acquéreur, des lettres de ratification du titre de comté, avec condition expresse qu'en cas de mort du marquis de Rostaing sans postérité , Bury redescendrait au rang des baronnies. Il advint une circonstance moins favorable encore : le marquis de Rostaing ayant acquis, en 1642, la terre d'Onzain , obtint de Gaston d'Orléans Tautorisation de réunir à ce dernier fief, aussi revêtu du titre de comté, le domaine de Bury, qui, ainsi absorbé, devint partie intégrante d'un fief qu'on nomma postérieurement comté de Rostaing. Le souvenir de l'illustre ministre de Louis XII et de François I.*' était bien affaibli; les brillantes prospérités de Bury, entretenues pour
l'honneur de son nom, finirent avec Charles de Rostaing
Bientôt ce rival du château de Chambord ne fut plus même entretenu; à la fin du xvii.« siècle , il tombait en ruines : une seule tour était encore close , mais assez mal pour abriter à peine un ^rde forestier. Depuis lors, la destruction a marché vite : les tours se sont écroulées sur les tours , les murs sur les murs , et tous ces débris ont été enfouis à moitié par des souterrains béan ts.
ce II n'y a plus là que la majesté des ruines : triste déduction des grandeurs de la terre , qui se révèle à travers les herbes folles et les ronces. » Madame veuve Grignon-Bonvallet est propriétaire actuelle de ce monceau de décombres illustres.
Le château d'Onzain lui-même a disparu, dans les temps modernes , sous les coups de la bande noire ; et c*est ainsi que ces pages historiques, ajoutées par Tarchitecture des différents âges aux annales écrites^ tombent détachées par la spéculation. On ne voit s'accomplir qu'en France une telle profanation ^ effet du mépris que nos générations nouvelles affectent pour tout ce qui les a précédées : hommes , institutions , monuments. Le château d'Onzain remontait au xii.« siècle, ainsi que paraissait Tattester le millésime de 1i83 , qui se voyait au-dessus de l'entrée principale. Selon Bernier , dont nos souvenirs archéologiques admettent le témoignage', ce manoir féodal avait été reconstruit par un sire de Neilhac,^vers la fin du xiv.* siècle: il en présentait bien le formidable caractère. Mais sa physionomie guerrière et imposante avait été sacrifiée à des distributions et surtout à des percements modernes : on avait blessé gravement ce grand corps monumental avant de le tuer. Après la maison de Neilhac, la terre d'Onzain passa dans la maison de Larochefoucault; puis, comme nous Pavons dit^ dans celle de Rostaing. Enfin au xvni.* siècle, le comte de Varax était possesseur de ce domaine. Nous avons vu que le prince de Gondé fut un moment prisonnier à Onzain , après son arrestation par ordre de Catherine de Médicis. Un souvenir d'une nature différente est attaché à ce château qui , lui-même, n'est plus qu'un souvenir. Voltaire, dans le temps quM composa le poème immoral de La Pucelle , passa plusieurs semaines aux bords de la Loire, chez son ami, le comte de Varax ; peut-être y jeta-t-il sur le papier quelquesunes des plaisanteries sacrilèges dont se compose cette mauvaise action littéraire. L'auteur de l'Annuaire du département pense que le voisinage du couvent de la Guiche a bien pu fournir au poète ridée de son épisode du couvent de la sœur Besogne.
Soos^la ResiaucatioD , la terre d^Oazain af^My^teDail à M. PaQobooke^ riche libraire de Paris; nous pensons qu'il en a été le dernier propriétaire.
Passant sans nous y arrêter devant les ruines de Tabbaye de la Guiche^ qpie nous avons décrites ailleurs, nous dirons quelquesHH>ts de Téglise romane de Meslfxnd, la seule dans le département, avec la chapelle de Saint-Lazare, de Noyers, qui remonte à la fin du x.*" siècle. L'âge de ce monument nous a semblé confirmé par son portail, où l'on remarque , déoorant une triple archivolte , des tètes de la plus étrange expression j dans l'eixécution desquelles la pensée artistique du scmlpteur a sans dcHXte été mal secondée par son ciseau. Le monAUDent entier menace ruine ; il est à craindre qu'on n'ait à déplorer son entière destruction, si des réparations ne sont ps» ordonniées proehaînement.
£n descendant un peu le cours de la Loire , on aperçoU sur sa rive gauche, dans une position élevée, et se détachant d'an paysage boisé , te château de CkoMmont, berceau du eardinal Georges d' Amboise , premier ministre de Louis XU. Ce monument du xvi.« siècle domine le cours du fleuve avec une mi^sté imposante; il règne en suzerain i^iperbe sur la campagne environnante. Voici son origine. Gelduin , surnommé le Diable de Saumur , ayant perdu cette place après la bataille de Pont-Levoy^ se retira à Ghaumont, qu'il tenait, avec la terre de Pont-Levoy, de la munificence intéressée d'Eudes IL Ce comte avait acquis ainsi un valeureux gardien des limites du Blésms à l'ouest ; ce n'était pas sans nécessité : Chaumont touchait à la terre d'Amboise, et celle-d relevait de comté d'Anjou, alors possédé par le redoutable Foulques-Nerra. Gelduin s'établit donc en 1046 à Chaumont , dont il ne tarda pas à faire une place formidable. Or , deux guerriers qui , maint^iant , devaient se craindre mutuellement ^ se trouvaient perpétuellement rapprochés , et ce voisinage ne pouvait être exempt d hostilités. Mais Foulques- Nerra n'avait sur le fief d' Amboise que la suzeraineté ^ Uxois-
ET DE 80N TERRITOttlE. 403
fiazouger en était le seigneur direct : Geldnin et lui finirent par coaiprendre qu'il y avait folie à se battre sans cesse pour des intérêts qui n'étaient pas les leurs. Le sire de Ghaumont, devei»! vieux, déposait volontiers l'armure pour s'agenouiller au pied des auteb ; Lizois n'était pas moins las du métier de bataiUeur ; enfin le repos des armes amena l'occasion d'une alliance : Snlpice d'Amboise, fils de LiEois, épousa Denise, petite-fille de Gelduin , et cette union donna naissance à l'illn^re famille de GhaumoDi-d'Âmboise. Sous le Diable de Saumur et ses desce»dants , Chaumont relevait, comme on l'a vu, du comté de Bloîs; Sulpice en fit naturellement homms^e au comte. Cet hommage fot continué par Hugues, fils de Sulpice L", qui partant pour la Palestine', où il mourut, laissa le fief de Chaumont à Sulpice 11^ son fils. Ce dernier seigneur, conlarairement à son père et à son aïeul, secoua le joug de vassalité qu'ils s'étaient im* posé , et fit la guerre à Thibault IV. Ces hostilités eurent pour lut une fin malheureuse : pris dans un combat^ il fut enfermé à Châteaudun, et mourut en prison. Ses deux fils, reteniKi aussi prisonniers, n'obtinrent leur liberté qu'en s'engageant à livrer au comte de Bloisle château de Chaumont; il fut rasé.
Un nouveau château s'élevait au commencement du xv.« siècle sur l'emplacement de l'ancien : cela ^t positif; car Charles VII le fit confisquer en 1 434 sur Louis d'Amboise ^ qui avait pris parti pour les Anglais. Mais ^ trois ans plus tard , ce château et ceux de Bléré et de Montrichard , confisqués en même temps que lui , furent rendus à Louis II , fils du précédent, et père de l'illustre cardinal Georges. Cet homme d'état , dont la célébrité ne fut pas entièrement exemj^ de blâme , naquit à Chaumont en 1 460. La terre d'Amboise , confisquée avec celles mentionnées plus haut, sur Louis I.", demeurait annexée à la couronne ; quant à Chaumont , nous le voyons , à la fin du xvi.* siècle , en la possession de Catherine de Médicis , puisqu'après la mort du roi , son ^)oux , elle obligea Diane de Poitiers de prendre celte terre , en é^ange de Ghenonceaux. On doit présumer qu'à l'époque 06
404 HISTOIRB DB BLOIS
Chaumont était une demeure royale , le château fut réparé avec une magnificence digne de ses possesseurs : Télégance architectonique du xvi.« siècle se révèle dans diverses parties de cette imposante construction.
Au commencement du siècle suivant, Chaumont appartenait à la maison d'Effiat : M. de Vigny a brodé l'histoire de cette seigneurie d'une des riches et trompeuses arabesques qui déguisent souvent la vérité , dans son roman de Cinq-Mars, A la fin du XTiii.* siècle, Chaumont avait pour seigneur M. Le Ray, qui, durant la révolution, se fit industriel pour continuer de favoriser ses anciens vassaux , devenus ses concitoyens. Il donna de Fextension à une faïencerie et une poterie , qu'^ avait fondées précédemment. M. Le Ray possédait encore Chaumont, mais il se trouvait aux Etats-Unis d'Amérique , lorsque madame la baronne de Staël vint s'établir chez lui, qu'elle ne connaissait point, qu'elle n'avait peut-être jamais vu, par cette raison, sufiisante à ses yeux , que ce château lui plaisait. Elle y passa quelque temps , établie dans les appartements du propriétaire ; jouissant de tout le confort de sa maison , avec toute l'aisance de l'hospitalité qu'on se donne à soi-même. Mais le ministre de la police impériale ayant appris que Chaumont était devenu un cénacle politique peu en harmonie avec l'esprit du gouvernement, fit prier l'illustre auteur de Corinne d'avoir à continuer sa route vers l'exil. Du reste, l'empereur redoutait infiniment moins les hostilités de la baronne, qu'il n'avait craint précédemment ses assiduités presque tendres auprès de sa personne; il ferma les yeux sur le séjour qu'elle fit, en quittant Chaumont, chez M. le comte de Salaberry, au château de Fossé ,
Où ces deux grands débris se consolaient enseml)le.
Chaumont, au commencement de ce siècle , passa de la famille Le Ray dans celle de M. d'Etchégoyen; puis ce domaine fut
acquis par M. le comte d'Aramont, son propriétaire actuel. Sous ce dernier possesseur , d'importantes restaurations intérieures et extérieures ont été faites au château : M. d'Aramont , en homme de goût , y a exhumé ce xvi.« siècle , si animé , si poétique ; et les artifices du restaurateur s'y harmonient avec les beautés-types d'une manière très satisfaisante. On ne joue pas toujours au moyen-âge aussi heureusement. On montre dans une partie du château la chambre à coucher de Catherine de Médicis , garnie encore de quelques meubles qui furent à sou usage.
Au-delà de l'épaisse forêt qui s'étend derrière le bourg de Chaumont , sur une largeur d'environ deux lieues, on parvient, vers l'est, à cette plaine de Pont-Levoy où fut livrée la bataille de i Oi 6 , si funeste aux armes du comte de Blois Eudes II. Lorsqu'on débouche, par les bois de Vallière et de Laleu, dans cette petite Beauce du canton de Montrichard , la vue , habituée aux sombres massifs qu'on vient de traverser , se fixe avec étonnement sur une imposante réunion de monuments qu'on ne s'attendait pas à rencontrer dans cette contrée. C'est i'antique abbaye de Pont-Levoy et le collège jadis royal du même nom. Là était établi, au commencement du xi.* siècle, le premier fief dont Gelduin fut titulaire dans le comté de Blois. De cette époque seulement datent les annales de Pont-Levoy ; les monuments historiques révèlent alors l'existence d'un château de Saint-Pierre : Castrum Sancti Pétri, Il est à présumer que l'on peut faire rapporter à ce temps et au château dont il s'agit , les débris de fortification que l'on remarque encore çà et là autour du bourg. Or , de ce système de défense ressort assez logiquement l'explication du nom de la localité. En effet , les diverses désignations consignées dans les vieilles chartes : Pons Leviatus, Pons Levium, Pontilevius, Pontilevis, qui peuvent se traduire par Pont'levis, s'étaient altérées , en passant dans la langue romane , jusqu'à se prononcer Pon^-Ze-Fbj/ ou Pont-Levoy.
Gelduin trouva-t-il Pont-Levoy déjà fortifié? C'est probable;
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roaîs tout porte à croire que ce seigtieur, fort peu disposé à respecter les terres de ses voisins , se mit eu sûreté cb^ lui , ea ajoutant aux moyens de défense préeédemment établis. Gelduin^ lorsque Tàge, en refroidissant son sang, eût caleoié sa fiaogue batailleuse , devint dévot , comnie presque tous les vieux guerriers de son temps. Il se souvint alors que , durani tme traversée périlleuse , il avait jadis invoqué la protection de Marie , et que la reine du eiet lui était apparue éditante de blancheur , et l'avditt sauvé d'im péril inimiikent. £n sotivenir de ce secours divin , Gelduin fonda à Pont-Levoy une chapelle de Notre-D^mwdes-Blanches , dont le nom faisait aâusion à la blanche apparitioQ qui s'était autrefois offerte à lut Ce seigneur n'en fit pas moins réparer l'élise de Sainir-Pierre, paroisse du lieu, qui^ au moment où nous écrivons , conserve encore en partie le carao* tètre duxi/siède.
Cependant le vieux baron ay^nt appelé à Poot^Levoy quei^ ques religieux de SaintrFlorentHde-Sattmur pour desservir la diapelle de Notre-Dame^es-Blandtes^ et lœ ayant dotés asses richement , cette chapelle devint une ootamunauté oh la règle de sai&t Benoit fut adoptée. TeUe fut l'origine de la célèbre abbaye de Pei!it*-Levoy, à laquelle sc^a fondalieur finit par aï)aiidonner. en f 034^ la jouissance féodale du fief même , avec l'ass^uiment du ofiimte de Blois et de la coiutesse Ermengarde, sa lemme. Le ixS Henri L", de son côté, confirma cet abandon , et Té véque de Chartres renonça à tous ses droits épiscopaux sur les terres de Uabbaye ^ qui^ dès sa fondation , se trouva de la sorte aussi riche que puissante. U estcurieux de constater qu'au temps même de cette fondation , les Bénédictins de Pont-Levoy xnivrirent une école pour les enfenis des pauvres : le eollége devenu si célèbre dans k suite ûaAe donc de la preoiière moitié du xi.' siècle : c'est incontestablement l'aînée des inatitutiogas analogues qui exèsteiii maintenant en France.
L'église de Notre-Dame-des-Blandes étasit devenue insufBsanté pour les offices du chœur, Ansbert, premier abbé de
0€*te oommumauté , la fit reconstruire en 1040. les religieux de Pont-Levoy n'oublièrent point qu'ils devaient leur institution mx chef do la maison de Ghaumont; ils ouvrirent les sépulcres de l'église de Saint-Pierre à Gelduin et à ses descendants : c'était alors ainsi que les communautés religieuses s'acquittaient envers leurs bienfaiteurs.... Quatorze membres de cette illustre famille vinrent se raiiger dans la crypte qui existe encore en partie sous cette église paroissiale ; ils y reposèrent jusqu'en 1 698, époque à laquelle ces illustres reliques furent transportées proeessionnelleinent au cimetière commun.... Il est probable qu'à la fin du XTH.* siècle , quelque seigneur de la maison d^Amboise, antique alliée de eelle de Chaumont , avait démérité dans l'esprit des religieux de Pont-Levoy.
En 4249 , une catastrophe traversa la prospérité de l'abbaye: Téglise et une partie des bâtiments réguliers furent détruits par un incendie ; et ce sinistre anéantit des documents précieux sur Phîstoire de la localité. L'abbé Pierre Darne répara ce désastre : îi fit reconstruire et agrandir le monastère; mais il ne put faire rebâtir immédiatement l'église, qu'il voulait relever avec magnificence. Sur une demande adressée au pape par cet abbé de Pont'Levoy , Nicolas IV ouvrit en 4 289 les trésors de la grâce en faveur de Tabbaye : un an et quarante jours d'îûdtilgences tarent accordés à tous les fidèles qui , par leurs charités , aideraient à la splendide reconstruction projetée.
Au commencement du xiv.' siècle , les Bénédictins de Pont- Levoy , devenus opulents , eurent lieu de craindre tes irruptions àe troupes ennemies ou amies : car alors on devait redouter autant lesdernières que les premières. Quelque sécurité leur était cependant permise : bâti dans l'enceinte d'un château fort , le monastère pouvait se défendre. Toutefois , l'abbé de Plainvilliers s'étant rendu en U22 près du dauphin, depuis Charles Vil, qui se trouvait à Montrichard , obUnt de oe prince la permission d'ajouter aux fortifications de Pabbaye : une tour ronde, que l'on voit encore dans Tune des cours du collège, remonte à cette
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époque. Les religieux obtinrent en même temps la permission de se faire garder par leurs vassaux de Pont-Levoy et de Thenay : cette permission fut ratifiée par le duc Charles d'Orléans , comte de Blois.
Cependant l'ambition des Bénédictins de Pont-Levoy croissait avec leur fortune ; Tàbbé François de Brilhac trouva que Féglise abbatiale , bâtie par Pierre Darue , ne répondait plus à la splendeur de l'abbaye : il voulut , par ta construction d'une nouvelle basilique , égaler les magnificences de Saint-Laumer de Blois et de la Trinité de Vendôme. Ce fut avec ces vues de fastueuse anabition que cet abbé fit commencer l'édifice actuel , dont il ne put terminer que le chœur. Cette partie du monument , finie en 4 494 , a toute l'élégance du gothique flamboyant; la nef, dont la construction appartient au xvi.* siècle , complète dignement cette belle construction , sans s'harmoniser précisément avec elle.
Au commencement de ce môme siècle , Tabbaye de Pont-Levoy fut mise en commende : le cardinal Charles Hemard fut le premier abbé commendataire. La réforme ne pouvait manquer de frapper une communauté aussi riche que Tétait celle de Pont- Levoy dans la seconde moitié du xvi.* siècle; aussi les Calvinistes la dévastèrent-ils en i 568. Mais opulente de dons territoriaux, de redevances diverses, de droits féodaux, elle deyail, sous des mains habiles , se relever de ce désastre. Au cardinal Hemard avaient succédé, comme abbés commendataires, Bernard delaRuthie , grand aumônier de France; Louis de Brezé, et le cardinal de Bourbon , qui fut un moment décoré, par la Ligue du titre illusoire de Charles X. Ce prélat était bien peu propre à remplir la mission réparatrice que l'^J^baye attendait : les ruines subsistèrent. Après lui la commande de Pont-Levoy passa successivement à quatre abbés de la maison Hurault de Cheverny : on eût pu croire qu'elle était inféodée dans cette famille, devenue, il est vrai, très recommandable par de grands services rendus à Tétat. A Philippe Hurault de Cheverny succéda, en 4620, Louis de Ruccelai ,;clerc de la chambre du pape,
(Vue de l'Abbaye de Pont>LeToy. )
évéque de Montpellier et probablement le même personnage qui, Tannée précédente , avait favorisé l'évasion de la reine-mère du château de Blois. Mais ce prélat, dominé par ses goûts aventureux , suivit Louis XIII au siège de cette même ville de Montr pelKer, où il perdit la vie en 1622, sans avoir pris possession de l^abbaye de Pont-Levoy. Il eut un illustre successeur, Armand- Jean DuPlessis, cardinal de Richelieu, qui fut revêtu de la commende en 1623, et apporta dans la maison les statuts de la congrégation de Saint-Maur. En 1629, le cardinal-ministre, pour lequel une crosse abbatiale était un jouet insignifiant , la résigna entre les mains de Pierre de Bérulle , qui gouverna Tabbaye pendant plus de cinquante ans, et en fut , sous plus d'un rapport , le bienfaiteur , ou plutôt le restaurateur; car tous les dignitaires que nous venons de nommer s'étaient montrés assez indifférents aux malheurs qu'il fallait réparer. Il n*en fut point aijisi de Bérulle : lorsqu'on 1 631 , il vint prendre possession du siège abbatial , les bâtiments réguliers étaient abandonnés faute des réparations les plus urgentes ; les religieux, dispersés dans le bourg, ne vivaient plus en communauté; Tècole , qui avait traversé tant de siècles sans interruption , reléguée dans une masure , ne se faisait plus que pour quelques enfants de chœur. Pierre de Bérulle, en appliquant à l'abbaye les statuts de la congrégation de Saint-Maur, ramena dans la maison Tordre et la régularité. C'est de cette époque que date Timportance de l'école , qui jusqu*alors ne s'était recommandée que par son ancienneté. En 1644, l'abbaye eut le titre de séminaire; cinq ans plus tard, une chaire de rhétorique y fut fondée. En 1 671 , le nombre des élèves réunis à Pont-Levoy était déjà considérable ; dès-lors on y enseignait toutes les sciences ecclésiastiques et profanes ; c'est avoir dit que le séminaire était érigé en collège. Pierre de Bérulle , avant de quitter la vie , eut le bonheur de voir glorieusement accomplie l'œuvre de restauration qu'il s'était proposée : il laissa le monastère et le collège dans l'état le plus florissant. Antoine Girard lui succéda en 1683 : cet abbé ajouta à l'institu-
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ttoo enseignante une chaire de philosophie qn'oocapa ayec éciat Jean Thiroux. Sur les bancs de cette classe « on vit le sombre, mais éminemmeni tragique GrébîlloQ. £n 4698, Antoine Girard dut se démettre de la commende de Pont-Levoy , qui , comme celle de Saint-Laumer et de Bourg-Moyen , venait d'être réunie au si^e épiscopal de BkMS. Depuis lors , Tabbaye fut gouvernée par un prieur, ayant en même temps le titre de directeur du ooll^e. Nous pensons que cette concentration de Tautorité dans la personne d^un religieux toujoui*s'résident, fut ce qui aflermit et perpétua jusqu'à la révolution la splendeur de la double institulicm. Cette carrière glorieuse ne fut pourtant pas fournie sans encombre : en 1732, le ministre Maurepas, sans autre motif que la jalousie d'une prospérité à laquelle il ne put concourir, voulut foire rentrer l'abbaye de Pont-Levoy dans les limites assignées aux séminaires : le crédit des Bénédictins conjura cet orage ; et le même ministre dut se résigner à voir rimportance de Pont-Levoy augoienter encore en 4776. Alors Louis XVI ayant institué six cents bourses en foveur d'un pareil nombre d'élèves, fils de chevaliers de Saint440uis^ en accorda cinquante au collège de Pont-Levoy , qui put prendre ainsi le titre d École royale militaire,
A la fin du xvui.* siècle, Pont-Levoy, par son collège^ avait une réputation universelle : non seulement on y envoyait des élèves de toute la France ; mais il en venait de toutes nos colonies et des dififérents états de l'Europe. On classait Pont-Levoy au même rang que Gc&ttingue, Halle, Oxford et Cambridge. Mais la révolution , en supprimant les ordres religieux, eût anéanti rinstitution que les Bénédictins de Pont-Levoy dirigeaient , si un homme d'une haute intelligence n'eût été appdé par l'administration départementale à la direction de cette maison. Un ancien Bénédictin , don Garrelon , malgré la confiscation de tous les biens de l'abbaye, en 4790 , était parvenu à sout^ûrle collège jusqu'en 4793; seulement le district de Saint-Aignan salariait les professeurs et quelques autres parties du personnel. Au mois
ET DE SON TEaaiTOlRE. 411
d'ocU)bre de cette mémo anoéa , le comité contrai de surveillance du département nomma pour administrer Pont-Levoy une commission de cinq membres, sous la direction d'un inspecteur géotéml : ce fonctionnaire éi^iit M. François Ghappotin , ancien i^ligieux. de la congrégation de Saint'Maur. Ge système dura peu : les administrateurs du déparlement et du district ayant pu se convaincre de la haute intelligence de M. Ghappotin , lui confièrent sans partage la direction du collège. Deux ans plus tard , ce directeur, aidé par quelques amis, devint acquéreur de lantique institution : immeuble , matériel et exploitation. M. Ghappotin , durant une période de trente années , a fait fleu^ rir le collège : sous ses mains habiles , l'enseignement a reçu un développement qu'il n'avait pas eu dans les temps de sa plus grande splendeur : Vendôme , SorèKo, Tournon ei Juilly restèrent alors Wen au-dessous de Pont^^evoy.
Nous avons vu cependant que, pendant la Terreur, les embarras , les tribulations ne furent point épargnés à M. Ghappotin; et, malgré les préventions que devait exciter sa qualité d'ancien ecclésiastique, il sut alors, par beaucoup de prudence et d'habileté , se rendre supérieur aux difficultés de sa situation. Moins heureux sous la restauration, l'homme bienfaisant qui, en 4793, avait protégé les prisonniers placés sous sa garde, fut accusé de jacobinisme. On exhuma le &meux discours où M. de la Porte avait intercalé une phrase à la grecque : cette phrase surtout devint un délit aux yeux de M. Frayssinous, alors mimstre des cultes et de l'instruction publique. M. Ghappotin , las dés dégoûts dont on Fabreuvait , résigna la direction du collège de PootrLevoy en faveur de M. Germain Sarrut qui , depuis trois ans, y remplissait les fonctions de censeur des études. Gette gestion ne dura que trois ans : M. Sarrut, homme de progrès, ne put accepter le joug que l'Université lui imposait; il donna à son tour sa démission en 1S27. a Pendant un an , a-t^il dit lui- » même dans une Notice curieuse , l'enceinte de Pont-Levoy fut
» déserte ; il n'y resta plus qu'un passé de huit siècles, des murs » et des tombeaux. »
Le bourg de Pont-Levoy est un corps dont le collège est le cœur : par cet établissement , la vie et le bien-être circulent dans cette localité; elle languit dès qu'il souffre. Pont-Levoy était une triste et morne solitude lorsque, vers la fin de 4828, M. Gattrez, proviseur du collège de Besançon , se rendit acquéreur de celui de Pont-Levoy, immeuble et matériel. L'enseignement reprit son cours; mais la restauration ne fut pas complète. M. Gattrez comprit sans doute qu'il avait entrepris une tâche trop difficile; au mois de décembre même année , M. Tabbé Demeuré , ex-proviseur des collèges royaux de Nantes et de Lyon , succéda à M. Gattrez. Le nouveau propriétaire-directeur, favorisé d'abord par le gouvernement de Charles X, soutenu en faveur d'une gestion habile , après la révolution de juillet ; le nouveau direoteur , disons-nous, non seulement rendit à la maison tout l'éclat dont elle avait brillé sous M. phappotin , mais la fit arriver à un état de prospérité qu^elle n'avait point encore obtenu. L'année 4836 fut l'apogée des splendeurs de Pont-Levoy : les langues anciennes et modernes , les sciences , les lettres y étaient enseignées avec une égale supériorité; on y professait tous les arts d'agrément, tous les exercices formant le complément de l'éducation physique ; une institution préparatoire pour les écoles militaire et dé la marine avait été jointe au collège; enfin, une jeune académie , créée par M. Demeuré , offrit aux élèves l'occasion de développer leurs connaissances et leurs inspirations, dans des compositions variées , dont quelques-unes , déjà publiées , prouvent que cette Institution couronne dignement le mode»d'instruction suivi à Pont-Levoy.
Tous les grands travaux , accomplis avec persévérance , amènent des infirmités prématupées : M. Demeuré , quoique d'un âge peu avancé, a dû se retirer en 4843*. Alors le collège de
* M. Demeuré est mort à Blois en novembre 18 A3.
Pont-Levoy est devenu la propriété de MM. le prince de Chalais, le marquis de Vibraye et Laurentie. Dans les premiers temps d'une nouvelle direction, qui laissait beaucoup à désirer, Tinstitution a souffert ; les rangs des élèves se sont éclaircis : un moment le collège de Pont-Levoy a touché à l'extrémité de 1827. Mais une administration mieux entendue , de nouveaux efforts et des sacrifices bien compris , ont fait rentrer depuis cet établissement dans la voie des prospérités. Au moment où nous écrivons , la restauration est complète.
Nous avons signalé les diverses reconstructions de Tancienne église abbatiale ; l'espace nous manque pour revenir à la description archéologique de ce monument. Les bâtiments du collège , dont la construction fut commencée par l'abbé de Bérulle , continuée à diverses époques, et terminée auxviii.' siècle par Tarchitecte Mandard , consistent en huit corps-de-logis , formant un développement de 823 pieds, sur une hauteur commune de 25 à 30 pieds. Il n'y a rien là de monumental; Tart n'en a pas approché. Il n'en est point ainsi de l'édifice appelé l'Abbaye , qui se lie maintenant, par une galerie vitrée, aux constructions que nous venons de mentionner. L* Abbaye , élevée dans les premières années du xviii.* siècle , conserve encore le caractère grandiose que Tarchitecture avait sous le règne de Louis XIV. La façade principale surtout s'étend au sud sur une longueur de 254 pieds; elle se compose de trois étages : rez-de-chaussée, premier et mansardes, éclairés par soixante-trois croisées. Cette façade, d'un bon style, a pourtant le défaut de présenter des ouvertures trop petites et trop éloignées les unes des autres. MM. Chappotin et Demeuré ont ajouté aux anciennes constructions divers bâtiments accessoires ; ils ont aussi rendu à l'église tout le luxe de décoration qui la faisait admirer autrefois.
Lorsque Ton a visité le collège de Pont-Levoy , il ne reste à voir que l'église paroissiale de Saint-Pierre , vieille basilique dans laquelle, ainsi que' nous l'avons dit ailleurs , se retrouvent encore, peu altérées, plusieurs parties de constructions remon-
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tant au xt.« siècle. Quant au bourj^, nous le répétons^ sa de»li«née sera toujours dépendante de celle du bel établissement qui en est Tame. Sans doute , c'est en ferveur du collège que la route de Loches à Blois , par Montrichard , passe à l'extrémité du bourg ; il y a sur ce point une hôtellerie fort bien tenue. La petite dili^ gence qui fait journellement le trajet de Montrichard au cheflieu de département et retour, alimente particulièrement son service par les voyageurs et les messages se rattachant à Fexis* tence du collège de Pont-Levoyi
Au sud du bourg et sur la lisière d'un bois , Tarchéologue s'empresse de visiter un dolmen^ appelé dans le pays fa pierre de minuit. J\ va sans dire que ce monument druidique s'environne de traditions merveilleuses : ainsi , durant l'ofiSce nocturne de Noël , la pierre de minuit feit une révolution sur elle-même; des groupes de fées , toutes chatoyantes de pierreries , viennent tenir conseil en ce lieu ; et malheur au mortel indiscret qui oserait s'approcher d'elles : il serait soudainement aveuglé par l'éclat de leurs charmes et de leur parure. La superstition , cette poésie des classes rurales, est rarement dépourvue d'intérêt ; ses ^les sont ou terribles ou gracieuses. Ici , c'est Thibaut-le-Tricbeor qui traverse les airs avec un bruit d'armés, de chevaux , de meute et de cors; là, ce sont les fées, ces puissantes hôtesses de la fable , que les sens grossiers du villageois se peignent pourtant avec toutes les séductions de la beauté; tant il est vrai que les illusions voluptueuses caressent les i^us candides imagH nations.
La ville de Moktiiîchaïu> , depuis fa réunion du comté de Tours à celui d* Anjou , sortît des possessions inhérentes au comté de Blois ; mais , dans les premières années du xï.' siècle , Gelduih prétendait que le coteau qui domine en ce lieu le cours du Cher appartenait à la concession territoriale que lui avait fiaite le comte Eudes ÏL Néanmoins Foulques-Nerra, comte d'Anjou, peu soucieux des droits de ses voisins , prit possession de cette terre en lOiO,' pour y bâtir une forteresse, afin de l'opposer précisé-
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ment à ce même Gelduîn et au seigneur de Saint-Aignân , aqtre vassal d'Eudes I!. C'est ce même fort, Mti par Lfzois-Bazouger, l'un des capitaines de Foulques , qui dresse encore sa masse sur le coteau. Celle construction fut une des causes de la guerre qui éclata entre Foulques, ayant Herbert, comte du Maine, pour allié , et Eudes II , appuyant sa fortune guerrière sur la valeur renommée de Gelduin. Nous avons dit ailleurs que ces derniers furent vaincus ; Montricfaard , qui peut-être s'appelait alors Ba* bel, demeura annexé à la Touraine, ainsi que Nanteuil, autre bourg où Gelduin avait fondé l'église que Ton voit encore.
Ce fut en effet du château de Montricbard que Foulques fit descendre , en 4030, ses troupes , pour se porter contre.le baron de Donzy, seigneur de Saint- Aignan , qui ravageait les terres de ce comte angevin. Ce voisin incommode fut vaincu, fait prisonnier et mis à mort au château de Loches. Or , la terre de Montrichard avait été cédée à Lizois, chef de la maison d'Amboise; maîsRoger-îe-Diable , d'abord simple gouverneur de Montrichard et de Montrésor, finit par s'emparer du premier de ces fiefs, an préjudice des descendants de Lizois. Plus tard , ce domaine retourna à ses légitimes possesseurs.
Il était échu, avec le reste de la Touraine et de l'Anjou, à la maison de Plantagenet, assise au trône d'Angleterre, lorsqu'on 1 188, Philippe- Auguste , en guerre avec cette puissance, vint mettre le siège devant Montrichard. L'illustre Richard- Cœuf^de-Lion était alors duc de Touraine ; il avait mis dans la place trois cents hommes d'armes commandés par trente chevaliers. Montrichard (ut merveilleusement défendu. Non seulement la ville était bien fortifiée ; mais le château paraissait imprenable. Toutefois , ce fort , réputé inaccessible , fut enlevé d'assaut , au moyen d'une mine creusée sous un pan de muraille , à l'ouest de la citadelle : on reconnaît encore la brèche qui fut ouverte de ce côté. Tandis que les vainqueurs pénétraient dans le château , sur les cadavres palpitants des Anglais qui l'avaient défendu, l'incendie de la ville dévastée éclairait cette sanglante conquête.
Maître de Montrichard par la puissance des armes, Philippe- Auguste en acquit la possession légale par un traité conclu eu 1 1 93 avec le comte de Mortagne , surnommé Jean-sans-Terre.
Heureusement pour sa petite population , Montrichard n'eut pas à subir souvent les glorieuses destinées des places de guerre ; cette ville resta , jusqu'à la première moitié du xv.* siècle , dans ce calme prosaïque qui , selon Montesquieu et tant d'autres sages esprits, vaut mieux que les agitations de la gloire. Nous avons dit, en parlant du fief de Ghaumont, que la terre de Montrichard et plusieurs autres, après avoir été confisquées sur Louis d'Âmboise , premier du nom , avait été rendue à Louis II , son fils. Mais celui-ci , plus sensible à la détention perpétuelle infligée à sou père par Charles VII , qu'à la restitution des domaines confisqués sur lui , accéda , en î 440, à la conjuration dite de la Praguerie , et se disposa à livrer le château de Montrichard aux conjurés. Ce projet félon ayant été découvert, la garnison, qui venait d'entrer dans le fort , fut surprise par les troupes du roi avant d'avoir pu se mettre en défense. On trouva , dit-on , dans le donjon de grandes richesses. Charles VII , malgré la félonie de Louis II, lui rendit Montrichard; ce seigneur le vendit, en 4 448 , à Guillaume d'Harcourt , moyennant la somme de onze mille écus. Mais en \ 464 , Louis XI , qui venait de monter au trône, comprenant l'importance d'une place comme Montrichard, ne voulut pas la laisser au. pouvoir d'un seigneur qui pouvait en faire un des boulevards de cette féodalité, dont le cauteleux monarque redoutait, non sans raison , les entreprises. U échangea donc la terre de Montrichard avec le sire d'Harcourt, contre les seigneuries de Gournay et de la Ferté-en-Braye. Durant les dernières années de sa vie , Louis XI , malade au Plessis-les-Tours, remontait quelquefois le cours du Cher, dans ses promenades, jusqu'à Montrichard. Ce fut durant ces voyages, c'est-à-dire de \ 476 à \ 478 , qu'il fit restaurer l'église de Notre-Dame-de-Nanteuil. Jeanne de France, fille de ce monarque, épousa, comme on sait, Louis d'Orléans à l'âge de douze ans; le prince en avait
quatorze. Les jeunes époux reçurent la bénédiction nuptiale à Montrichard , dans la chapelle du château , aujourd'hui paroissiale sous le vocable de Sainte-Croix. Ce lien , malheureusement prédestiné , fut béni par Tévôque d'Orléans , assisté de Tabbé de Pônt-Levoy.
Louis XII aliéna le fief de Montrichard, avec faculté de rachat perpétuel , au sire de Grignault , pour la somme de sept mille livres. Oe rachat fut opéré en 1516 par Jacques de Genouilhac, sénéchal d'Armagnac, grand-écuyer de France et général d'artillerie. Ce nouveau seigneur fit bâtir le grenier à sel et la boucherie. Dans le cours du xvi.* siècle , la terre de Montrichard fit décidément retour à la couronne, et ce domaine fut donné en apanage de douaire à Éléonore d'Autriche , veuve de François I.'" Elle appartint ensuite , au même titre , à cette belle et malheureuse Marie Stuart qui , en passant sur le trône de France, ne put s'assurer, parmi les Français, des protecteurs assez résolus pour la défendre des fureurs de la reine Elisabeth. François de France , fils d'Henri II, devint à son tour apanagiste de Montrichard ; mais apparemment le fief fut inféodé , car nous voyons, par des documents contemporains, qu'une suite de gentilshommes , pendant la durée de ces apanages , furent titulaires de cette seigneurie. En 1559, Scipion deRavenne, grand-écuyer^ était seigneur de la ville, et dans le même temps, Jacques de Bonne, gentilhomme de la chambre, possédait, aux portes de Montrichard , vers le nord , le fief de la Tour â/Argy ou des RocheS'Neti^ves. On doit présumer même que ce fief lui donnait quelques droits dans la place murée : une brochure , publiée il y a quelques années par le docteur Bouchereau, nous apprend qu'en 1833, les armes de la maison d'Argy étaient encore gravées derrière la fontaine publique , et son nom écrit en lettres d'or dans une des salles de l'hôpital. En 1585, Philippe Hurault, chevalier comte de Gheverny , acheta la terre de Montrichard avec condition de rachat perpétuel, moyennant six mille trentequatre écus ; cette seigneurie passa ensuite à Louis Hurault ,
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comte doLîmours. Continuant d'être possédé par celle maison, le domaine féodal qui nous occupe passa à Jeanne de Montluc, femme de Charles d'Escoubleau , marquis de Sourdis et d' Alluye. Ce ftit une des filles de cette dame qui , dans le cours du îtii.* si^ cle, porta la seigneurie de Montrichard à Antoine Rusé, marquis d'Effiat, premier écuyer du duc d'Orléan».
Mais Montrichard était encore possédé par la maison de Cheverny, lorsqu'en juin 1589, Henri III reçut dans le château 111lostre Sully, qui lui apportait le ^traité conclu enirelui, dernier roi de la race des Valois, et Henri, roi de Navarre, qui , deux mois plus tard , devait lui succéder au trône de France. Henri IH, parvenu au bord du précipice où la fortune d'une dynastie allait s'engloutir avec lui , n'avait point abjuré cette splendear d'apparat qui, depuis plusieurs années, voilait mal les misères de son règne. Il reçut F ami du Béarnais au milieu de cette cour brillante et dissolue , que dut faire pèlir , aux yeux du sage, s'il s'en troavait un près du roi , la vraie grandeur de Tillaslre ministre. Si Von doit s'en rapporter à quelques traditions locales, SuHy avait été assez rudement préparé à cette brillante réception , apnt été obligé de coucher sur la devanture d'une bouti* que , feute d'avoir pu être introduit au château, à cause de l'heure avancée. La présence d'Henri III au château de Montrichard, en 4589, adiève de nous convaincre que les rois , en aliénant la terre , s'étaient réservé la jouissance de cette forteresse , et sans doute la fticulté d'y mettre au besoin des troupes.
Au mors de septembre de la même année 4 589 , Claude de Marolles , chef de ligueurs , surprit le -château et la ville de Montrichard ; mais ils furent promptement ressaisis par Henri IV, qui étant accouru avec MM. de Souvré et de Montigny , n'eut besoin que de sommer une fois le capitaine ligueur pour hii ferre rendre cette forteresse. Montrichard échappa donc encore à la triste destinée d'un siège. Nous devons dire à ce sujet que les murailles crénelées que l'on voyait encore autour de la ville au commencement de ce siècfe , n'éprouvèrent probaMement
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jaïfiais le terrible effet de là pondre ; nous doutons métne que les remparts aient été armés de^canons. L'enceinte était d'une époque bien postérieure à la première construction du château, qui, comme nous Tavons yu, remontait aux premières années du xi.« siècle. La tour carrée seule restait de cette forteresse contemporaine de Foulques-Nerra; le surplus des ouvrages environnants , ainsi que les murailles de la ville , avait le caractère des monuments militaires du xv.* siècle. Tout porte à croire que ce système défènsif aura été sinon commencé , du moins terminé à l'époque où Louis XI ressaisit la place.
Vers les premières années du xvni.* siècle, la terre de Montrichard passa de la maison d'Effiat dans celle de Chabannais; un peu plus tard , elle retourna à la couronne. Quelque temps avant la révolution , le duc de Penthièvre devint seigneur d'Amboise et de Montrichard, par suite d'un échange dans lequel ce prince abandonnait au roi la principauté de Bombes et le comté d'Eu. On sait que depuis , ces derniers domaines sont revenus à la maison de Penthièvre, et par héritage à celle d'Orléans, qui posséda , au même titre , les terres d' Amboise et de Montri* diard.
La vieille tour de Montrichard , doyenne de toutes les construc^ tiens qui Tentouraient , les a vues toutes s'écrouler autour d'elle, et se dresse encore , fière et sourcilleuse , au sommet du cot^u. Une des tours du château écrasa vers 4755 , en s'écroulant , les voûtes de l'église de Sainte-Croix, construite en même temps que le denjoo , ainsi que l'attestent le portail et plusieurs parties de la nef. Par une disposition bizarre , les murailles de la forteresse appartenaient encore il y a quelques années à sa majesté Louis-Philippe, tandis que le terrain, vendu durant la révolution , est la propriété d'un habitant de la ville. Cette bizarrerie vient de cesser : les murailles ont été enfin cédées à œ particulier.
Le mur d'enceinte de Montrichard , abattu au commencement de ce siècle pour des travaux d'embellissement qui ne nous pa-
raissent pas encore réalisés, donnait à cette petite ville une physionomie imposante. On pénétrait dans la place par quatre portes , correspondant à peu près aux quatre points cardinaux : celles du nord et de l'ouest existaient encore à la révolution. Indépendamment de son église romane , Montrichard renferme un édiQce qui remonte à la fin de cette période de Tarchitecture. Cette construction , située à Test de la ville et connue sous le nom de Prêche , parce que les calvinistes y célébrèrent un instant leur culte , est incontestablement la plus ancienne maison de la cité. D'autres habitations du moyen-âge, du xv.« siècle particulièrement y se voient dans diverses rues : le plus important de ces édifices est Thôtel de la chancellerie , qui ne remonte pas au-delà du xvi.« siècle. L'hôpital est du même temps ; mais Tinstitution ne fut fondée qu'en 1714 par Antoine d'Ëffiat. * Contraint, par l'inflexibilité de nos limites, d'abréger ces détails archéologiques, nous ne dirons qu'un mot de l'église de Nanteuil , monument remarquable , fondé au xi.'^ siècle , soit par Gelduin, soit par son fils GeofiTroi, mais où Ton ne retrouve ^uère les travaux de cette époque que dans la dbapelle formant le chevet de Féglise. Le surplus de la construction a les divers caractères des siècles suivants jusqu'au seizième. Le porche rappelle bien le gothique du règne de Louis XI.
Le pont bâti sur le Cher à Montrichard est d'une construction postérieure à celle de l'enceinte murée : tout porte à croire qu'une bastille s'élevait à son extrémité méridionale. Jadis la rivière , qui maintenant coule tout près de la ville , passait sous de vieilles arches ogivales qui existent encore au-delà du faubourg appelé le bout du pont; on ignore l'époque précise à laquelle le Cher quitta cet ancien lit.
La petite ville de Montrichard , traversée par les routes de Tours à Ne vers et de Loches à Blois:, est animée et commerçante ; le sol qui l'environne est fertile et sa situation séduisante ; tout porte à croire qu'elle acquerra quelque importance. Sa population actuelle est d'environ deux mille quatre cents
Hittoirtd$ Bloit. ( Vue de l'ÉgliM de Nanteail. ) F. Jaky$r, éditeur.
ames. Gayet ( Pierre-Victor-Palma ) , historien du xvi.« siècle , naquit à Montrichard : on lui doit VHeptameron de la Navarride et la Chronologie novenaire de 1589 à 4598. Cet écrivain , dont les ouvrages sont encore estimés , avait été précepteur d'Henri IV. Il mourut en 4 64 0.
Lorsque Ton suit le coteau couvert d'excellents vignobles qui s'étend de Chissay à Thésée , sur la rive droite du Cher , on s'arrête avec intérêt au village de Bourré, situé à une lieue audelà de Montrichard. Là s'ouvrent les immenses carrières d'où sortirent en grande partie Ghenonceaux , Chambord , Bury , Montrichard, Bléré, et cette délicieuse ville de Tours mollement couchée sur les rives de la Loire. L'exploitation des flancs caverneux du coteau de Bourré remonte, dit-on, au xi.« siècle ; aussi présentent-ils des excavations dans lesquelles une armée de deux cent mille hommes pourrait se cacher, avec son artillerie, ses équipages, sa cavalerie. Parmi les monastères dont les constructions sortirent de ces carrières, on comptait au XII.* siècle un couvent de Templiers fondé à Bourré môme. Bientôt les derniers vestiges de ce couvent, encore appréciables il y a une trentaine d'années , auront entièrement disparu ; la route de Tours à Nevers passe sur le terrain que cet édifice occupait, et les voitures publiques roulent sur les ossements de chevaliers du Temple , inhumés dans quelque crypte co mblée par les siècles.
Plus loin , à Thésée même , s'élève une ruine romaine d'une belle conservation : c'est une de ces étapes (marmo) que les maîtres du vieux monde construisaient sur leurs routes militaires. L'espace nous manque pour mentionner , avec quelques détails, la voie d'Avaricum (Bourges) à Cesarodunum (Tours) , qui longeait depuis Gabris (Ghabris) la rive droite du Cher, et peut-être les deux rives ».
* Voyez l*excursion archéologique sur les bords du Cher, publiée par MM. Alonzo péan et Chariot.
SAiKT^AifiNAN, comme Montrichard, fut au xi.« siècle une dépendance du comté de Blois; c'est pourquoi ûous le meatioQ^ nerons rapidement dans cette histoire. Il faut reléguer parmi les hypothèses, plus ou moins parées d'ingénieuses supposi^ tiens, qui constituent le labeur des antiquaires, les établissements celtiques que ces intrépides sw^^po^ewr^ placent ici comme ailleurs : nous leur laissons toute la gloire de ces savantes et toujours fort exclusives élucubrations. Vers la fin du tt.« stède, des religieux, non des ermites, ^rtis de 1 abbaye de Saint- Martin-de-Tours, et qui voulaient se rendre indépendants de la communauté-mère, s'arrêtèrent aux coufins duBerry et de la Touraine , où ils bâtirent une humble chapelle , qu'adopta bientôt la dévotion des populations environnantes ; et les pâerins affluèrent de toutes parts à l'oratoire du coteau, que le grand saint Martin devait protéger. A la fin du siède suivant , E»des L", comte de Blois, fit construire un château sur ces hauteurs , qui , du reste , offraient une bonne position militaire à b limite de son comté. Ici, selon l'usage de ces temps reculés , un bourg s'éleva bientôt sous la protection du fort. En 4019, une nouvelle église fut construite pour recevoir le nombre toujours croissant des fidèles, et ces moines l'ayant placée sous Tinvocation de saint Aignan, second évêque d'Orléans , le bourg reçut aussi cette dénomination.
Cependant Eudes II, alors comte de Blois, déjà vaincu dans les plaines de Pont-Levoy par Foulques-Nerra , comte d'Anjou, ne pouvait trop se mettre en garde contre les entreprises de ce redoutable voisin. Dans cette situation, il inféoda la terre de Saint- Aignan à Geoffroi, baron de Donzy, don4 la renommée guerrière égalait celle de Gelduin, gardien de la frontière ouest du comté de Blois. Eudes , par la charte d'inféodation , se réserva la foi et l'hommage sur le fief de Saint-Aignan..
Geoffroi de Donzy, vaillant capitaine, abusait quelquefois de cette brillante qualité pour commettre certaines violations aux principes d'un bon voisinage : un jour , jour néfaste , il se prit à
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piller des tèVres appartenant à Foulques-Nerra , suzerain fort potntilleax snr la conservation de ses droits, quoiqu'il respectât peu ceux d'autrui. Le terrible comte d'Anjou marcha, comme nous Pavons dit, contre Geoflfroi , le battit , s'empara de sa personne et le fit périr en 4030. Sou corps fut rapporté à l'église dès-lors ooll^ale de Saint- Aignan , et déposé à l'orient de cette basilique , dans la chapelle Saint-Jean : In latere eocUsiœ SancH J&hanms ab orientait, selon le moine de Marmoutier y historien des seigneurs d'Amboise.
La maison de Donzy posséda le fief de Saint-Aignan par les hommes jusqu'il 1223; en cette année ^ il passa à Agnès de Donzy , mariée en secondes noces à Gui de Ghâttllon , comte de Saint-Paul, qui , du consentement de sa femme, affranchit les habitants de Saint-Aignan. L'un et l'autre moururent en 1225. Après la maison de Châtillon, celle de Bourbon, puis celle de Bourgogne , possédèrent la terre de Saint-Aignan : une branche de cette dernière race, titulaire du comté de Châlons, conserva long'tempsle fief qui nous occupe ; nous le voyons passer par elle, à la fin du xiv.' siècle, dans la famille de Husson : c'est à savoir que Marguerite de Châlons , comtesse de Tonnerre , porta cette terre à Olivier , seigneur de Husson , chambellan de Charles VI. Saint- Aignan passa ensuite successivement à Jean de Husson , à Char* les , son fils , puis à Louise , fille de œlui-ci , qui épousa en 1 506 Emery de Beauvilliers, bailli et gouverneur de Blois. Louis XII (Hi François I.«', en faveur de ce seigneur, érigea plus tard eu comté la seigneurie de Saint-Aignan.
Le nom de Beauvilliers avait dès-lors acquis quelque lustre : les comtes René, Claude et Hercule de Beauvilliers s'étaient distingués par des exploits militaires : le dernier mourut les armes à la main en 1583. Postérieurement, ces seigneurs continuèrent de servir l'état avec une haute distinction : Honorât de Beauvilliers se fit remarquer dans les armées de Louis XIII et de Louis XIV ; il fut aussi membre de l'Académie française , comme tout bon gentiUiomme devait être, pour peu qu'il eût rimé
quelques quatrains , quelques bouquets à Cloris : le bagage académique d'un grand seigneur était réputé complet s'il entrait avec quelque peine dans le petit doigt de son gant. En faveur d'Honorat de Beauvilliers , poète et guerrier, Louis XIV érigea le comté de Saint-Aignan en duché-pairie. Paul de BeauviUiers, fils du précédent , obtint la confiance intime du grand roi : il fut gouverneur du duc de Bourgogne ; et lorsque le duc d'Anjou, par un ordre de choses un peu tourmenté , devint roi d'Espagne sous le nom de Philippe V , le duc Paul de Beauvilliers eut Timportante mission de le conduire à Madrid. 11 existe au château de Saint-Aignan un journal où se trouvent consignés tous les faits se rattachant à ce voyage : il est écrit entièrement par le duc, et contient des annotations marginales de la main du roi. Celles-ci sont d'un puissant intérêt, et propres à rectifier bien des erreurs , ou calomnieuses ou apologétiques , commises dans les jugements portés sur celui de nos souverains qui sut le mieux régner, Paul de Beauvilliers, qui avait épousé Henriette- Louise, fille du grand Colbert, dut sans doute à cette alliance ministérielle d'être ministre d'état et chef du conseil des finances.
Le fils de ce seigneur , qui se nommait Paul-Hyppolite , devint lieutenant-général des armées du roi. A l'exemple de son aïeul, il voulut joindre les palmes littéraires aux lauriers du champ d'honneur : le fauteuil académique lui tendit les bras, comme on dit en langage vulgaire ; il s'y reposa sans être trop fatigué du poids de ses œuvres , intitulées AmusemerUs littéraires. Paul- Hyppolite de Beauvilliers devint donc immortel en s'amusant ; mais, plus tard, le maréchal de Richelieu dut s'amuser davantage en réunissant ses titres à l'immortalité des Quarante : ce bagage consistait en une collection de billets doux. Anne-Catherine de Beauvilliers , simple religieuse au couvent des Bernardines de Saint-Aignan , est encore citée dans le pays pour sa sagesse et sa piété. Nous avons dû nous abstenir de mentionner une multitude d'autres recluses du nom de Beauvilliers , qui ,
durant les xvi.«, xtii.« et xvni.* siècles , furent poussées dans les cloîtres sans doute contre leur vocation : le voile monastique, pour être jeté sur les passions humaines , ne les détruit pas.
Nous avons signalé la fin tragique du dernier duc de Saint- Aignan ; il était fils de Paul-Hyppolite. Ce duc et pair parut rarement à la cour ; né contrefait, il y eût provoqué trop souvent les plaisanteries d'une noblesse peu encline à reconnaître quelque valeur aux bonnes qualités dont ce seigneur était pourvu , et que relevait encore un esprit aimable , vif et enjoué. Mademoiselle de Béranger, qu'il avait épousée, était une des plus jolies femmes de son temps : elle dut regretter plus d'une fois d'être privée de figurer dans ce parterre de beautés qui brillait à Versailles. Retirés à Saint-Aignan durant la révolution , M. et M."* de Beauvilliers ne purent échapper au sort faneste qui atteignit presque tous les nobles restés en France ; nous avons rapporté ailleurs les circonstances de leur arrestation et du supplice de l'infortuné duc. Une grossesse providentielle sauva la vie à la duchesse , ainsi que nous Favons dit; et cette dame vécut assez pour revoir sur le trône les enfants d'Henri IV , et restaurer de ses anciennes prérogatives tout ce qu'il lui a plu d'en ressaisir.
L'ancien domaine ducal de Saint-Aignaù est échu à M. le prince de Chalais, gendre d'un des deux fils du dernier duc; il administre cette terre au nom de sa fille. ^Cette demoiselle est , ce nous semble , le dernier rejeton de l'illustre maison de Beauvilliers.
Le château de Saint-Aignan , construit non loin du premier fort élevé au sommet du coteau, sous la dénomination d'Agar^ est un édifice où l'on reconnaît les caractères des xv.«, xvi.* et xvii.« siècles, sans aucune des beautés que distinguent l'architecture de ces diverses époques; et l'intérieur de cette demeure est moins remarquable encore que l'extérieur. La chapelle seule, restaurée récemment dans le style des premières années du XYi.* siècle, mérite d'être citée et fait honneur au goût de l'ar-
chitecte reslauratear. Nous professons une très faible estime pour les pastiches, artifices de l'art auxquels ne s'attache aucun souvenir , et qui , conséquemment , laissent le spectateur sans émotion. Nous regrettons donc le point de vue qu'intercepte une haute tour, écussonnée à son faîte, et qui , construite au xix.« siècle, simule sans utilité l'architecture militaire de la fin du quinzième. Le château de Saint-Aignan , si peu remai^ quable comme monument, est bâti dans une situation admirable : des croisées de la façade , se développe le cours du Cher, au milieu d'une délicieuse vallée, sur une étendue de trois à quatre lieues. « Les coteaux tapissés de vignobles qui encadrent cette rivière aux eaux vives et limpides; les vertes prairies sur lesquelles on la voit onduler comme un ruban argenté ; les blanches voiles qui glissent à la surface , tout contribue à rendre ce point de vue enchanteur *. »
Les antiquaires visitent avec intérêt dans le château de Saint- Aignan, un sarcophage antique apporté de Rome par le duc Paul de Beauvilliers. Ce tombeau , d'un ciseau grec , nous semble appartenir au II.* siècle ; un bas-relief sculpté à sa partie antérieure représente une jeune fille expirante ; sa famille environne son lit de mort. Une inscription grecque , qui , sans être adhérente au monument, parait en avoir fait partie, est ainsi conçue :
OwXia Eypixra OvTatpif
ïhixuxam f&ovoycvt Etwv xÇ yLVivtov c
La ville de Saint-Aignan offre peu de monuments remarquables du moyen-âge : avec les anciens murs d'enceinte , détruits en grande partie , Téglise ^ jadis collégiale , et l'ancien palais
* La Loire historique, tome III , page 818.
** Â Julia Egritta , file unique très chère , âgée de vingt-deux ans cinq mois , sa mère infortunée.
de justice, sont les seuls' édifices dignes d'attention. L'église présente encore des parties remontant au xi.« siècle ; mais la façade peut être attribuée au xii.« siècle , ainsi cpie le clocher , dont les arcades géminées et à plein-cintre rappellent bien l'époque du bysantin fleuri. L'abside est la plus ancienne construction du monument. A l'intérieur, divisé en trois nefs, se signalent des reconstructions des xiii.* et xnr.* siècles. La crypte , qui s'étend sous une partie de l'église , n'est pas postérieure à la première de ces époques : une peinture à fresque, encore reconnaissable , en décorait la voûte. Le bâtiment où se rendait la justice des anciens seigneurs ne se recommande que par son âge ; on sait que le xiv.^ siècle n'était pas prodigue d'ornements dans la construction des édifices civils.
La ville de Saint-Aignan , bâtie au pied d'un coteau qui lui laisse peu d'espace , ne se distingue ni par la largeur de ses rues , ni par l'élégance des habitations ; mais sa situation , sur la rive gauche du Cher, est agréable. Le voisinage de cette rivière favorise la seule industrie que cette petite ville ait conservée , la tannerie qui , sous la main de M. Rouet-Clermont surtout, y a pris un assez grand développement. On comptait autrefois à Saint-Aignan un certain nombre de drapiers; depuis la révolution, cette fabrication a cessé. M. le prince de Chalais a fait construire réceminent, sur le pont, un beau moulin à farine , selon le système anglais, qui, par un mécanisme aussi complet qu'ingénieux, opère simultanément le criblage, la mouture, le blutage et l'ensachement. La ville, traversée par la route de Blois au Blanc , et bordée ^ à l'extrémité de son faubourg nord , par la route de Tours à Nevers , reçoit peu d'activité de cette double communication. Le commerce du lieu se borne donc à l'écoulement des produits de tannerie et de corroirie ; aussi la population est-elle à peu près stationnaire à trois mille habitants. Un hôpital très ancien , mais reconstruit en 1709, par ï^aul de Beauvilliers , qui augmenta ses revenus , peut recevoir vingt lits; on y a réuni deux écoles gratuites.
En résumé, la terre de Saint- Aignan, après avoir appartenu au grand fief de Blois, du temps des comtes, fut enclavée dans le ressort d'Issoudun et réunie au Berry. Mais elle en fut détachée en 1 440 , et réintégrée au bailliage de Blois. Dans la division territoriale de 4790, Saint-Aignan fut le siège d'une administration de district : le tribunal attaché à cette division siégeait à Montrichard. Depuis la délimitation de Fan viii^ Saint- Aignan n*est plus que chef-lieu de canton , et fait partie de l'arrondissement de Blois.
Un plan fort étendu a permis à l'auteur d'aborder dans un autre ouvrage des détails statisques et archéologiques qu'il doit s'interdire ici. 11 ne fera donc que signaler le manoir de Châteauvieux, où vient de mourir Tillustre Royer-Gollard; les carrières de pierre à feu situées sur la commune de Meusnes , et qui bientôt perdront tout leur prix par l'adoption des armes à percussion ; enfin , la chapelle de SainULazare , monument du !.• siècle, déjà mentionné précédemment*.
En remontant le cours du Cher d'environ trois lieues, sur les bords d'un canal qui suit latéralement la rive droite de cette rivière et se perd dans son lit à Noyers, on parvient à la petite ville de Selles , dont Vorigine remonte à une époque voisine de la période gallo-romaine. Gr^oire de Tours rapporte que , vers le commencement du vi.« siècle , un religieux de Tabbaye de Saint-Mesmin , près d'Orléans , appelé Eusice , quitta ce monastère pour chercher une solitude profonde , une autre Thébaïde, oÙL sa vie contemplative ne pût ôtre troublée par les bruits du monde. Il s'arrêta sur les bords du Cher , en un lieu couvert d'épaisses forêts et nommé Préseigny , selon La Thaumassière et Paliet, historiens du Berry. Eusice trouva-t-il le repos absolu dans son ermitage? on peut en douter, car il était peu éloigné
* Pour ces divers objets, nous reuToyons nos lecteurs au tome m.* ûeLa Loire historique. Ils consulteront aussi avec fruit V Histoire de la ville de Saint-Aignan^ par J.-J. Delorme , qui est en voie de publication. Nous ne pouvons trop recom* mander ce livre aux amateurs de détails précis sur la localité.
de Gabris, aujourd'hui Chabris, où les Romains avaient fondé une ville populeuse , h en juger par les débris antiques que récèle la terre sur l'emplacement qu'occupa cet établissement. Or, la décadence de Gabris, au commencement du vi.* siècle, ne devait pas être assez avancée pour que le bruit d'une civilisation tumultueuse ne parvint pas aux oreilles du pieux solitaire. Quoi qu'il en soit, Childebert, fils de Glovis-le-Grand , vint à Préseigny , continue le père de notre histoire , exprès pour visiter Eusice. Ce roi de Paris , se jetant au milieu de bois pour visiter un solitaire encore sans renom , nous paraît un épisode apocryphe ; Childebert se rendant à Avaricum ou bien à Ga- 6m, et se trouvant près de la cellule d'Eusice, Faura visité accidentellement. En suivant toujours la version du prélat-historien , ou voit que le Mérovingien avait promis à l'ermite des bords du Cher de revenir le voir après cette expédition en Espagne dont il sortit viotorieux ; mais ayant manqué d'accomplir cette promesse , le monarque franc perdit soudainement la vue : Tantcene animis cœlesiibus irœ. Alors, se rappelant un peu tard l'engagement dont l'oubli lui était si funeste, le fils de Clovis s'achemina une seconde fois vers Préseigny , et dès qu'il fût près de la cellule d'Eusice , la vue lui fut rendue. Childebert , dûment averti que le pieux solitaire était assez fevorisé du ciel pour devenir un ennemi dangereux , le combla de biens. U lui donna , entr'autres présents, plusieurs hommes de corps pour bâtir un monastère et cultiver une partie de la forêt. Eusice mourut dans ce monastère en odeur de sainteté, vers l'an 542 , et Childebert fit élever une église sur sa sépulture. Le monastère et l'église , construits non loin delà cellule du saint homme fcellaj, furent l'origine de la ville de Selles , dont le nom devait être Celles.
Cependant un seigneur du sang royal, nommé Wulfin, augmenta les constructions du couvent, y appela des religieux et s'y enferma lui-même. Wulfin, à son tour, mourut sanctifié dans la maison qu'il avait agrandie ; des miracles s'étaient opérés sur
la tombe de saint Eusice; il s'en produisit de plus merveilleux encore au tombeau de Wulfin. Les fidèles accoururent de toutes parts; un bourg se forma autour du monastère; il devint bientôt assez important; il avait reçu le nom de ville au x.* siècle, lorsque les Normands pillèrent le couvent et la population. Quatre siècles plus tôt , peut-être , les habitants de Gabris , formés à Fécole guerrière des Romains, eussent défait les hordes du Nord; mais depuis long-temps ces Gallo-Romains belliqueux reposaient sous les gazons de la plaine, qui recouvraient et leurs habitations, et leurs temples, et leurs cirques fastueux... Ce fut Thibaut-le-Tricheur , comte de Blois, qui chassa les barbares et se déclara seigneur de Selles.
En i 020 , Tabbaye fut relevée par des chanoines réguliers ; et vers 1 145 , Pierre de la Châtre , archevêque de Bourges , acheva de constituer cette communauté en y introduisant la règle de saint Augustin. Mais dès 1020, la seigneurie de Selles, distraite du comté de Blois , avait été réunie à la baronnie de Vierzon. Robert de Courtenay, qui fut empereur de Constantinople , possédait le fief de Selles au xui.' siècle. Par un ordre de transmission peu connu, la .terre qui nous occupe, annexée au grand fief du Berry , apanage du duc Jean , frère de Charles V, passa ensuite à plusieurs autres princes ou princesses de la maison royale , et fut réunie à la couronne en même temps que Mehunsur-Yèvre. Charles VII avait à Selles un château dont on voit encore quelques vestiges ; la cour y séjourna quelquefois durant l'occupation anglaise. Selon quelques historiens , ce fut à Selles que Jeanne-d'Arc vint trouver ce souverain après avoir fait lever le siège d'Orléans, pour le conduire à Reims : cette opinion est toutefois controversée.
Nous pensons que Selles ne fut détachée du domaine de la couronne que sous le règne d'Henri IV : ce monarque la donna à Philippe de Bétbune, frère de Tillustre Sully. Ce seigneur prit alors le titre de comte de Selles et fit bâtir, dans les premières années du xyii.« siècle, le château dont on ne voit plus qu'un
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pavillon, à Touesl de la ville. C*était un édifice d'une splendeur royale , construit en pierre et en brique , dans le goût de la Place Royale à Paris. La magnificence des appartements était égale à la majesté des dehors : Philippe de Béthune avait réuni dans les salles, dansks galeries une multitude de tableaux précieux y de statues et de bustes antiques , qu'il avait apportés d'Italie , et dont' l'ensemble formait une collection inestimable. Le château renfermait aussi près de deux mille volumes manuscrits , dont plus de douze cents sur l'histoire de France. Hyppolite de Béthune , fils du précédent , légua toutes ces richesses a Louis XIV.
Philippe de Béthune fut le bienfaiteur de la ville de Selles. Ce seigneur , pour des services importants rendus à l'état, dans ses ambassades d'Ëeosse, de Rome, de Savoie et d'Allemagne^ avait acquis un grand crédit à la cour de Louis XIII et durant la minorité de Louis XIY ; les habitants de Selles en profitèrent souvent. Il mourut en I64d , âgé de quatre-vingt-huit ans. Son fils, HyppoUte de Béthune, eut une jeunesse toute militaire ; on le vit rarement aux bords du Cher. La seigneurie de Selles resta jusqu'à la révolution dans la maison de Béthune; mais le château n'était plus depuis long-temps qu'une somptueuse et triste solitude; ses derniers possesseurs le visitaient rarement. Enfin, la bande noire a passé par là et ce vaste édifice a été mutilé.
Philippe de Béthune obtint , en i 61 4 , des cours de Rome et de France , que l'abbaye de Selles fût unie à la congrégation des Feuillans , et l'année suivante Jacques de Saint-Paul en devint abbé. Long-temps avant la révdution , l'élise abbatiale avait été érigée en paroisse, et les religieux la desservaient. Cette communauté, devenue riche et puissante depuis plusieurs siècles, jouissait d'une grande vénération dans le pays, où ses bienfaits soutenaient un grand nombre de familles indigentes.
L'église conventuelle et paroissiale offre plusieurs parties de construction remontant au xi.* siècle ; d'autres parties appartiennent à l'ère gothique ; enfin des travaux modernes, exécutés
particulièrement au chœur, achèvent It désaccord des différentes ères architectoniques, sans que, toutefois , Faspect général de l'édifice soit disgracieux. On remarque à Tintérieur quelques sculptures de Tépoque romane : Fenfance de Fart se révèle dans un bas-relief représentant saint Ëusice dans son oratoire. Quelques débris des bâtiments d'habitation présentent les caractères variés de Tarchitecture , du xi.« au xvii.« siècles.
L'Hôtel-Dieu , situé sur la place de Selles , vis-à-vis l'église paroissiale , est un édifice du xtii.<* siècle , dû en grande partie à la munificence de la maison de Béthune. Il était desservi jadis par des Frères du bienheureux Jean-de-Dieu , auxquels des Sœurs ont succédé. Il y avait autrefois à Selles un couvent d'Ursulines.
La ville de Selles n'est le centre d'aucune industrie importante ; conséquemment le commerce n'y fleurit point. Seulement quelques mariniers , possesseurs de petits bateaux appelés dans le pays pillards, font la navigation sur le Cher et la Loire jusqu'à Nantes. Us transportent soit du bois merrain , qui descend aussi le Cher par flottaison , soit les produits de Tusine métallurgique de Luçay (Indre) ; et rapportent des salaisons ou de Par doise. La route de Blois à Ghâteauroux traverse la ville; celle de Tours à Nevers passe à Textrémité de son faubourg, de l'autre côté du pont : ni l'une ni l'autre ne favorisent sensiblement la population. Aussi l'aspect de Selles est-il fort triste. Les rues sont d'ailleurs mal pavées, mal bâties : le goût des constructions élégantes ne se prononce pas plus chez les habitants de cette localité que chez ceux de Blois.
Un médecin de Selles, M. le docteur Bourgouin, possède un cabinet fort curieux , que ses connaissances en archéologie et son goût ,pour les antiquités Font mis à même de former. Ce savant , membre correspondant de la Société des sciences et lettres de Blois, a hérité de son père , aussi docteur en médecine , de l'amour des recherches archéologiques et des commencements de collections qu'il a beaucoup enrichies. Si, comme
on doit l'espérer, le Musée de Blois, placé dans le château restauré, se forme prochainement , tout porte à croire que M. Bourgouin s'inscrira parmi ses fondateurs.
Selles, chef-lieu de canton, renferme une population de quatre mille deux cents âmes.
Nous avons dit déjà quelques mots de Pantique Gabris, située au-dessus de Selles, sur la rive gauche du Cher, et comprise aujourd'hui dans le département de l'Indre , sous le nom de Chabris, Cette situation rend ce lieu étranger à notre sujet ; mais de l'autre côté et vis-à-vis Tancienne ville mentionnée par Peutinger, se trouve Gièvres, qui paraît avoir été une dépendance de Gabris j^ dont le nom aurait été différemment corrompu. En efiFet, on trouve sur la rive droite du Cher, précisément en face de Chabris , des ruines et des débris considérables ; il y a vingt-cinq ans on y découvrit un cimetière romain. Il existait évidemment de Gabris à Gièvres {Gebris) , un pont sur le Cher (Caro Brivœ)^ dont il reste peut-être encore des vestiges dans le lit de la rivière ; et la tradition locale a conservé à ce passage , quasi-fantastique maintenant , la désignation de Grande-Voie, en souvenir de la route gallo-romaine se dirigeant d'Orléans (Genabum) à Argenton (Argentomagus). Quant à la voie de Bourges ( Avaricum ) à Tours ( Cœsarodunum] , soit qu'elle se dirigeât de Mehun , où l'on en voit les traces , sur Gabris , par la rive gauche du Cher , pour le traverser en ce lieu ; soit que depuis Vierzon ou Mennetou elle suivît la rive droite, un fragment trouvé dans une vigne, au nord de Selles , révèle évidemment la continuation de cette voie par Nucetum (Noyers) et par Tasciaca (Thésée).
Nous ne quitterons pas le canton de Selles sans dire un mot d'un joli château qui réunit, dans son aspect, la physionomie imposante d'un manoir féodal aux coquetteries du style dont les seigneurs français s'étaient inspirés en Italie depuis l'expédition de Charles VIII. Sous le règne de ce monarque et durant sa hasardeuse entreprise, Pierre Du Moulin se trouvait au nombre des
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chevaliers qui rentouraieni. A la bataille de Fornoue , ce gentilhomme défendit , de sa bonne épée^ la personne du royal aventurier , et lui donna son cheval pour remplacer celui qui venait d'être tué sous lui. DansFéglise de la commune de Lassay, on voit le tombeau de Pierre Du Moulin , avec la figure de ce preux couchée sur le mausolée. Le château du Moulin est un des monuments remarquables de la Sologne blésoise.
L'arrondissement de Romorantin qui , presque tout entier, appartient au comté de Blois ^ s'étend sur cette partie de la Sologne que les Romains occupèrent militairement dans une intention politique très rationnelle. Cette contrée , qu'une nature peu fertile interposait entre deux grandes nations de la Gaule , les Carnutes (Carnutes) et les Berruyers {Bituriges) , était une position favorable pour empêcher la réunion de ces deux poulies , ou plutêtde ces deux confédérations , contre le vainqueur commun. Aussi le pays présente-t-il, sur divers points, des traces du séjour des Romains. Pour ne parler que de la Sologne blésoise, nous citerons Sa/6m, Saldo Brivœ (pont sur Sauldre) et Soain. Les environs de la première de ces localités ont offert et offrent encore tous les jours une multitude d'objets antiques, pour peu qu'on s'y livre à la moindre investigation; et nul doute que des fouilles intelligentes n'amenassent des découvertes intéressantes. Soain se recommande plus particulièrement encore sous ce rapport : tQut porte à croire qu'en ce lieu se tint non-seulement un corps d'armée considérable, une légion entière peut-être , avec un de ces chefs que l'on choisissait ordinairement parmi les premières familles de Rome. Les objets qu'on a trouvés et qu'on trouve encore autour du lac de Soain révèlent le passage de personnages jouissant de toutes les aisances de la vie : ce sont des fragments de vases d'une forme pure, des médailles, des objets ayant fait partie d'élégantes parures. Deux tumuli d'environ cinquante pieds de diamètre attestent d'ailleurs que des hommes élevés en dignité ont été inhumés sur ce territoire ; et peut-être le lac profond qu'on y voit,
et sur lequd les populations enviroDuantes débitent des fables merveilleuses , avait-il été creusé pour procurer à quelque général le spectacle d'une naumachie,
M. de la Saussaye a commencé la publication d*un travail important sur l'antiquité de la Sologne blésoise : il est à désirer pour cet écrivain , si digne d'encouragement, que le public, détournant enfin son attention des niaiseries prétentieuses du roman-feuilleton , cette superfétation soi-disant littéraire , sans règles , sans lois , sans limites , sans pudeur , revienne à la lecture des compositions dont Tintérét ressort de leur utilité. Il y aurait à cela récompense d'un noble labeur et profit pour une génération qui, ne visant qu'à s'amuser, finira par amuser les étrangers de son ignorance et de sa futilité.
RoMORANTiN, principale ville de la Sologne blésoise, est, par ^importance de sa population , la troisième cité du département de Loir-et-Cher. Elle est située sur la Sauldre. Ces rêveurs qui pâlissent à la recherche des origines inconnues , comme l'alchimiste sur le creuset où il s'évertue follement à vouloir faire de For , ont trouvé que le nom de Romorantin devait venir nécessairement de Romaminor ( petite Rome) , et que cette ville devait avoir été fondée par Jules-César, Ceci a pu sembler fort ingénieux à ces investigateurs à travers le vide ; mais comme une petite rivière appelée le Morentm coule sur ce territoire , Rivm Morentinus nous paraît une étymologie fort logique du nom de Romorantin , parce que Ro nous offre un dérivé assez naturel du mot celtique rw^ riau qu rwou (petite rivière, ruisseau). Quoi qu'il en soit, il n'y eut originairement en ce lieu qu'un fort, romain peut-être , situé dans une île formée par la Sauldre. Au commencement de l'ère chrétienne , cette forteresse dépendit de la paroisse de Lanthenay, éloignée d'une demi-lieue. Plus tard y quelques habitations ayant été construites autour du château, une chapelle s'éleva au milieu de ce petit bourg, qui s'agrandit successivement^ et devint lui-même le centre d'une paroisse. Mais l'histoire est muette sur les destinées de Romo-
rantin jusqu'à la fin du xn.« siècle : ce n'est qu*en 1200 c[ue percent les premières lumières historiques touchant cette localité. Selon les historiens du Blésois , elle dépendait déjà du grand fief de Blois; mais cette terre était sans doute inféodée. En 1391 , la seigneurie de Romorantin subit le sort du comté de Blois luimême, en passant des mains de Gui II de Châtillon dans celles du duc Louis d'Orléans.
Avant cette époque, Romorantin avait été inscrit dans les annales du royaume pour un événement majeur : en 1356 , les Anglais, commandés par le prince Noir, fils d'Edouard III, assiégèrent cette place; au rapport de Froissard, ce fût là que les hommes d'armes français entendirent pour la première fois tonner Tartillerie. Le roi Jean se trouvait alors à Chartres ; il accourut au secours de Romorantin, en fit lever le siège, et poursuivit le prince anglais jusqu'à ce champ de bataille de Poitiers f où les désastres de Grécy eurent un funeste pendant, plus la captivité du monarque français.
Dans les partages de la maison d'Orléans, Romorantin fut donné à Jean, comte d'Angouléme, second fils de Louis L*'; puis il échut à Charles d'Angouléme , père de François I.*' Ce jeune prince passa ses premières années dans cette ville , où Louise de Savoie, sa mère, s'était retirée. Nous avons vu qu'Anne de Bretagne y donna le jqur à Claude de France , en 1 499. Le roi-chevalier, dont l'enfance s'était écoulée à Romorantin, embellit et augmenta d'abord le vieux château que les comtes de 331ois possédaient dans une île de la Sauldre ; plus tard il voulut le faire reconstruire. Ce projet eut môme un commencement d'exécution : on reconnaît encore les fondations d'un corps de bâtiment qui devait; prolonger l'édifice existant... Alors Françoise de Foix , comtesse de Chateaubriand , habitait le petit château de Monceaux, situé assez près de la demeure royale. Devenu infidèle à cetto beauté , le galant monarque le fut en même temps au séjour qu'il avait habité près d'elle. L'amour ne laisse guère d'affections derrière lui ; il faut que tout ce qu'on aime
lui fasse cortège : les passions qu'on éprouve avec lui ne sont que ses satellites. François !.*% épris, comme nous Pavons dit , de la belle comtesse de Toury, trouva charmante |la solitude boisée de Cbambord , parce qu'elle était voisine du château de cette dame ; et les magnificences projetées à Romorantin se réalisèrent à Chambord.
Romorantin fut réuni à la couronne de France lorsque François d'Angouléme monta au trône ; Henri II y fit quelques rares séjours; François II y parut une seule fois en 1560 ; et là , sur la proposition du chancelier de L'Hôpital, il rendit le fameux édit de Romorantin qui, en attribuant la connaissance des crimes d'hérésie aux évoques, sauva la France des fureurs de l'inquisition. Trois ans plus tard, les calvinistes, maîtres de Romorantin, dévastèrent l'église , qui avait été déjà pillée par les Anglais , sous le règne de Charles VII. On croit que ces religionnaires eurent un prêche à Ventrée du faubourg Saint-Roch , dans une maison sur la façade de laquelle on lit :
Qui s'étudie à user de fallace , En ma maison ne trouvera place.
Psalm, 101.
Après sa réunion au domaine de la couronne , Romorantin perdit beaucoup de son intérêt historique ; mais l'importance manufacturière de cette ville avait ouvert dès-lors à ses habitants des sources abondantes de prospérité. Antérieurement au XV.* siècle, des drapiers, établis à Saint-Genoux, transportèrent leur industrie à Romorantin, parce que les eaux de la Sauldre, mêlées à celles du Morentin^ avaient la propriété de rendre le foulage plus facile. Par ce motif ou par d'autres causes, la draperie de Romorantin acquit , dans les deux derniers siècles , un accroissement tel , qu'au moment de la révolution , ses produits égalaient en qualité et même en quantité ceux d'Elbeuf. Dans les temps modernes, l'adoption des machines apporta de^
ehangements majeurs à la fabrication dans la ville qui nous occupe. En 1814, on comptait encore à Romorantin cent quinze fabricants , qui employaient une forte partie de la population , et produisaient annuellement trois mille six cent cinquante pièces de drap. C'est dans cette situation que les nouveaux procédés ont trouvé l'industrie romorantinoise : trois ou quatre mille personnes y concouraient ; pour se mettre au niveau du progrès , il fallait opérer une sorte de révolution ; il fallait même froisser bien des intérêts. Cette réforme s'est cependant accomplie sans secousse et insensiblement. Quelques manufacturiers ont remplacé de nombreux fabricants , sans que la fabrication ait sensiblement diminué. Les draps de Romorantin sont employés en général à l'habillement des troupes , à la garniture des billards, de Fintérieur des voitures, et a tous les usages qui nécessitent plutôt la solidité que la finesse des produits.
Romorantin est donc toujours une ville essentiellement commerciale ; Fancienne condition féodale y a laissé peu de traces : et les constructions du moyen-âge se réduisent ici à quelques hôtels, presqu'entièrement décaractérisés, et à la maison appelée la Chancellerie, qui consacre le souvenir d'une révolution dans Fempire de la barbe. François I." , étant à Romorantin en 1521, trouva plaisant d'aller assiéger, dans Fhôtel de la Chancellerie , le comte de Saint-Paul , qui l'habitait. Tous les jeunes courtisans qui l'environnaient approuvèrent , comme on lo pense bien, cette idée de sa majesté, et s'associèrent à son exécution. Soudain mille projectiles divers mais peu meurtriers volent vers les fenêtres du bâtiment assiégé ; Saint-Paul et ses amis, qui ne se doutent pas que le roi de France soit au nombre des fous qui les assaillent , ripostent par tout ce qui leur tombe sous la main. Ce jeu durait depuis quelques instants, lorsqu'une certaine agitation se fit remarquer parmi les assiégeants , et Saint-Paul apprit bientôt, à son grand désespoir, que François I.«' venait d'être atteint à la tête et au menton par un tison enflammé. 11 fallul couper la chevelure royale pour panser Tune
des blessures , et le roi laissa pousser sa barbe pour cacher la cicatrice de l'autre. Peu de jours après , toutes les têtes masculines de la cour étaient tondues, et tous les courtisans étaient barbus.
On voit encore à Romorantin une construction aussi vaste que dépourvue de caractère artistique : elle appartient cependant à la brillante époque de la renaissance; car on lit sur une de ses faces le millésime de 1530 , avec cette inscription, dont le sens parait un peu forcé ici dans son application : Reddite quœ sunt Cœsaris Cœsari , et quœ sunt Dei Deo. L'édifice dont il s'agit est l'ancien grenier à sel , et la sentence évangélique signifie qu'il faut payer exactement l'énorme droit des gabelles , que Tibère même se serait bien gardé d'établir.
Le seul monument qui mérite quelque attention dans la ville de Romorantin, c'est le château, où l'on peut reconnaître encore quelques vestiges de splendeur architectonique , bien qu'on n'y trouve plus que des constructions sans accord de style , défigurées par des réparations de diverses époques et des percements de jours outrageants. On a resserré dans le château la sous-préfecture , le tribunal , la gendarmerie et la prison.
L'église paroissiale n'offre plus aucune partie de sa constru'' tion primitive; les traces de la reconstruction du xi.« siècl détruite par les Anglais , ont même disparu entièrement. Gei église est un édifice du xv.« siècle , avec des parties moins a ciennes. Pour favoriser le rétablissement de ce monument re gieux , le pape Eugène IV accorda de grandes indulgences d rant cent jours aux fidèles dont les aumônes aideraient le cler de Romorantin ; la piété répondit à cet appel. Au xvi.* siècl les calvinistes pillèrent la nouvelle église ; il fallut la répare et de là le désaccord que l'on remarque dans l'ensemble de 1' difiee. L'église de Romorantin était autrefois collégiale.
Un couvent d'Ursulines, supprimé au xvn.* siècle , existai Romorantin deiniis très long-temps ; nous ignorons les caus de sa suppression. En 1647, c'est-à-dire vers le temps où 1
UrsuIÎDes voyaient leur maison fermée , on établit dans la ville un couvent de Capucins; il exista jusqu'à la révolution. La fondation de FHôtel-Dieu de Romorantin remonte , dit-on , au XV.* siècle ; il fut enrichi en i 675 par M. de la Blandellière , ancien bailli de Mennetou, petite seigneurie des bords du Cher, que Texiguité de notre cadre ne nous a pas permis de mentionner. De nos jours cet hôpital a été tranféré dans un bâtiment neuf.
Romorantin possède depuis quelques années seulement une salle de spectacle; malheureusement c'est une acquisition bien imparfaite : non-seulement cette salle est distribuée et décorée avec peu de goût ; mais elle manque de solidité ; il a fallu Fétayer.
La ville renferme un collège communal , où Ton enseigne les langues anciennes , Thistoire , les langues vivantes , les mathématiques et les arts d^agrément. Une division de cette institution est consacrée à renseignement des connaissances spéciales nécessaires aux jeunes gens qui se destinent au commerce et à l'industrie.
L'ancien mur d'enceinte de Romorantin existe encore sur plusieurs points; sa construction devait remonter au-delà du xiv.« siècle; puisque la ville put se défendre en 4356 assez long* temps pour donner au roi Jean le temps de venir à son secours. Mais les parties subsistantes de cette muraille et une porte encore entière, conservée au nord-est de la ville , sont d'une construction postérieure , et laissent reconnaître Farchitecture militaire de la fin du xv." siècle. Selon quelques témoignages historiques , l'enceinte dont il subsiste des fragments fut commencée sous le règne de Charles VIII et finie aussi tard que celui de Charles IX. La promenade se développe le long de ces débris de fortification et non loin des bords du Morentin , ce vieux parrain de la ville.
Romorantin n'a plus ce sombre aspect qai en rendait jadis le séjour disgracieux : des fortunes nouvelles, résultant del'in-
dustrie exercée sur une grande échelle , ont permis à plusieurs habitants , manufacturiers cm commerçants, de bâtir des maisons salubres, commodes et d^assez bon goût; en un mot, la ville s'est presque entièrement renouvelée à son avantage. Il y règne maintenant une certaine animation qui signale la prospérité relative des diverses classes : les plus élevées s'enrichissent parla spéculation; les dernières dans la hiérarchie sociale se soutiennent par le travail. Les relations commerciales étant devenues importantes à Romorantin , on y a établi une juridiction consulaire. Cette ville, chef-lieu de sous-préfecture, renferme une population de sept mille deux cents âmes. Elle communique , par de belles routes , avec Blois , Orléans, Vierzon et Tours.
Nous devons encore le répéter, la circonscriplîon de notre tâche lions interdit la mention d'une multitude de localités où Tintérôt historique se noie dans des détails trop exclusivement statistiques ; mais nous ne pouvons passer devant £a Ferté-Beauharnais sans saluer ce séjour d'une noble et grande illustration des temps modernes. Nous avons dit ailleurs que ce petit château fut le point de départ du voyage funèbre d'Alexandre de Beauharnais en 4793 ; et de là peut-être , vingt-un ans plus tard, le prince Eugène , fils de cette victime de la terreur , écrivit à l'empereur de Russie cette lettre empreinte de magnanimité : « Sire, j'ai reçu les propositions de votre majesté; elles m'ont » paru sans doute fort belles; mais elles ne changeront point » ma détermination. Il faut que j*aie joué de malheur lorsque » j'ai eu l'honneur de vous voir , puisque vous avez pu garder » de moi la pensée que je pourrais , pour un prix quelconque, » forfaire à l'honneur. Ni la perspective du duché de Gênes , ni » celle du royaume d'Italie ne me porteraient à la trahison : » l'exemple du roi de Naples ne peut me séduire ; j'aime mieux » redevenir soldat qu'être souverain avili. L'empereur, dites- »> vous , a eu des tors envers moi ; je les ai oubliés , pour ne me » souvenir que de ses bienfaits. Je lui dois tout, moa rang,
» mes titres , ma fortune , et ce que je préfère à tout , je lui dois » ce que votre indulgence \eut bien appeler ma gloire. Je le » servirai tant qu'il vivra; ma personne est à lui comme mon 9 cœur. Puisse mon épée se briser entre mes mains si elle était )) jamais infidèle à Tempereur et à la France. Je me flatte que » mon refus , apprécié , m'assurera l'estime de votre majesté. f> Signé ëogènb. x>
L'historien le plus minutieux des localités ne parlerait pas du bourg de Contres, même en se rappelant que des envoyés de l'archiduc Philippe d'Autriche vinrent trouver en ce lieu Louis XII, vers 4505, et que ce souverain y conclut avec eux un traité , le 25 octobre. Mais à Contres naquit, dans la seconde moitié du xvm.* siècle , un des hommes les plus savants de la France moderne,. M. Ëloi Johanneau, Tun des fondateurs de r Académie celtique, dont il fut secrétaire perpétuel, avant et après sa réorganisation sous le titre d'Académie des Antiquaires. M. Johanneau , dont ses collègues de la Société académique de Blois ne reconnaissent l'universelle érudition qu'avec d'assez amères restrictions, guida cependant bon nombre d'entre eux dans leurs études archéologiques et philologiques : l'esprit de rivalité devrait s'arrêter là où commencent les devoirs de la reconnaissance. Peut-être M. Johanneau se montre-t-il trop exclusif dans ses opinions scientifiques, et disposé trop rarement à reconnaître la sagacité des autres : ce serait alors le défaut de son caractère ; il n'est pas juste d'en faire un motif de dépréciation pour ses talents.
Nous devons au château de Chevemy , situé sur le canton de Contres , ce salut de l'admiration que nous avons donné à La Ferté-Beauharnais. Là naquit, en 4528, d'une famille déjà illustrée par plusieurs de ses membres , Philippe Hurault de Cheverny, qui fut chancelier de France sous Henri III et Henri IV. Cet homme d'état , au milieu d'une époque agitée par toutes les ]>assions mauvaises , sut éviter , à force de vertu et de talent , les écueils dont sa carrière était remplie. Retiré des affaires, il
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\int mourir au château de Cheverny , comme un vieux lièvre en son gite^ a-t-il dit lui-même dans des Mémoires remplis d'intérêt qu'il a laissés. Les destinées glorieuses de la maison de Cheverny ne se sont point démenties chez les descendants du chancelier, et de nos jours encore, M. le marquis de Vibraye, ma-^ réchal-de-camp , et Tun des grands officiers de la maison du roi Charles X, a laissé dans le Blésois des souvenirs honorables. M. le marquis de Vibraye, fils du précédent, et propriétaire actuel du château de Cheverny , y a fait des embellissements qui ont rendu à cet édifice de la première moitié du xvii/ siècle , toute la majesté dont il était primitivement empreint. M. de Vibraye forme, dit-on, dans son château , diverses collections d'objets antiques et d'objets appartenant au moyen-âge. On se plait à espérer qu'une partie de ces collections , dignes sans doute d'un homme instruit et de goût, seront un jour offertes à la ville de Blois pour son Musée, dont plusieurs hommages de ce genre pourront hâter la formation.
Nous avojis dit du château et du bourg des Hontils tout ce qu'on en peut dire. Il n*y a plus là qu'une localité rurale, des ruines imposantes et des souvenirs qui sont lettres closes pour une partie de la population.
Madon, qui fut au moyen-âge une maison royale et dans les temps modernes la maison de plaisance des évéques de Blois , a eu ses fastes, que nous avons rapportées ailleurs. Mais nous devons dire quelques mots du château de Beauregard , situé sur la commune de Collettes. Cette habitation seigneuriale, que Ronsard a célébrée dans ses vers , est construite dans le goût de la renaissance , et peut être citée parmi les monuments de cette époque. Beauregard appartenait, sous Henri II, au sieur Du Thiers, seigneur de Menars et secrétaire d'état. MM. Ardier père et fils possédèrent ensuite cette terre , qui passa postérieurement dans la maison de Gaucourt, illustre au moyen-âge, surtout par le sire de Gaucourt , qui commandait dans Orléans quand Jeanne-d'Arc y arriva. De nos jours, M. le général Pré-
val, ofiBcier distingué, homme d'état habile, a possédé la terre de Beauregard , où il avait établi une sucrerie. Ce domaine est passé dans les mains d'un nouveau propriétaire qui en a pris le nom.
Nous pensons que Jean Du Thiers fit construire le château que nous voyons aujourd'hui ; mais le possesseur actuel a fait exécuter des restaurations qui ont singulièrement embelli cet édifice. La chapelle a été restaurée avec une entente parfaite de Tart, ainsi qu'une galerie dans la décoration de laquelle on remarque les portraits de plusieurs rois de France et de quelques personnages célèbres sous leurs règnes.
En général ,1a commune de Collettes est habitée par des notabilités dont les noms ont retenti dans les fastes modernes : telle est la famille Berthier et M. le vice-amiral Duperré. Citer ce nom honorable, c'est clore dignement la tâche historique que nous avions entreprise, et de laquelle nous sortirons par un appendice rapide sur la situation actuelle du Blésois.