CHAPITRE PREiVIIER
tie Biëflvis SDUir 1rs Romaiiui et sous ses premier»
e«»iiites.
La où l'autorUé des pluâ anekns histoneQ» me iwc» éclaicr point encore , il est absurde de vouloir fiier d'mie main sàre les origines. Si l'on peut s'aventurer jeisqu'à ua» certain point dans la voie des conjectures afin d'y rencontrer qudcpïes pifobabilités, tt est insensé d'ériger celles-ci en système arrêté pour essayer d'en, foire sortir des eonvictionsv Avouons d<Mie firanclàie'ment qu'on sait peu de chose sui' le Blésois avaaa* ^invasion ro^ maine. La seule donnée authentique remontant à ces temps re^ culés que Ton puisse adeacttire avec conêance , c'est que ce pays , couvert d'épaisses forêts duramt Tère celtique, appartenait à 1* vaste contrée sur laquelle s'étendaient tes peuples composant tei> confédératioû des Garnutes ( Ccsrnutes fœderatiy Lor^ue J«fe»- César conquit la GauJje , le territoire habité par ces peujples coi»^ prenahi l'Orléanais jusqu'à la Loive , le pays Charirain , une p»f^ tie de la Touraîne, le Maiiaeet l'Anjoui ;. k atteignait, à Foues^^ les confiai de l'Ârmorique'. Aleirs les terres (foe devait comprendre un jour le comté de Blois , étaient une portion bien peu
importante de celles des Carnutes , et formiaîent le littoral du pays Chartrain. Cette position , bordée de coteaux et fortement boisée, réunissait toutes les conditions convenables pour un poste militaire, puisque la Loire, dont le cours était beaucoup plus large qu'il ne Test aujourdTàui, réparait ici les possessions chartraines du pays des Biturigês{les Bérruyers). Aussi les Romains, moins jaloux , quoiqu'on ait dit César , de prévenir les guerres des peuplés entr'eux que de s'opposer à leur coalition, durent-ils s'empresser de construire une forteresse sur le territoire qui nous occupe : forteresse qu'ils nommèrent Castrum Blesense, Nous soupçonnons toutefois que cette dénomination pouvait être primitivement Ccistrum Belsense^ que Ton traduit logiquement par forteresse de la Beauce; tandis .que Blesense ne nous présente qu'une origine ingénieusement trouvée , mais douteuse , en la faisant venir des mots celtiques Bleiz, Blaiz , Blezian (pays à loups), n est assez peu probable , d'ailleurs , que les maîtres du monde , en construisant un fort destiné à défendre la Beauce , n'aient pas adopté un nom qui rappelât cette destination , plutôt qu'un mot gaulois, auquel ils ne pouvaient, eux, attacher aucune idée rationnelle; et l'on sait que les Romains raisonnaient tout ce qu'ils faisaient ou disaient.
Quoi qu'il en soit du véritable nom de ce castrum , il est vraisemblable qu'il fut construit sur le coteau que couvrent aujourd'hui les quartiers les plus élevés de la ville , non loin assurément do l'emplacement où l'on a bâti depuis le château , peut-être sur ce terrain même. En ceci encore , le raisonnement vient à l'appui des conjectures : selon les plus anciens monuments historiques, les premiers habitants de Blois occupaient une île de la Loire nommée par les Romains InsiUa Evenna : c'est le feubourg actuel de Vienne, réuni au littoral de la rive gauche du fleuve par la disparition de son bras méridional , dont nous reparlerons ailleurs. Sans doute , les Carnutes avaient fait d'/rwu/a Evenna une position retranchée , une sorte de refuge en cas d'invasion , comparable à l'île dite de la Cité à Paris. Or , les conquérants ,
Histoin d* Btoù. { ForteraiM romaine. )
F. Jahyer, éditeur.
afin de contenir cette peuplade , ne pouvaient mieux faire que de s'emparer des éminences qui dominaient Vile : cette occupation était inspirée par la plus simple notion stratégique. Néanmoins, ni sur les hauteurs de Blois, ni dans les quartiers bas, on n'a découvert la moindre trace de construction romaine, si ce n'est peutr-étre l'aqueduc taillé en plein roc pour amener l'eau dans la ville : ouvrage attribué , sans assez de preuves , aux Romains. On sait, du reste, que ces hommes prodigieux , maîtres de la civilisation comme de l'Univers, étaient étrangers aux connaissances hydrauliques , et se livraient à des travaux herculéens aux bords mêmes des rivières , dont ils ne savaient pas élever les eaux à quelques pieds au-dessus de leur niveau. Malgré l'absence des monuments proprement dits , on ne peut douter que les premiers dominateurs de la Gaule n'aient eu un établissement à Blois : des découvertes d'objets antiques ont été feites à diverses époques sur ce territoire. Nous devons citer particulièrement un tombeau contenant des figures sculptées , que Montfaucon , dans son Antiquité expliquée , attribue aux Gaulois , par une erreur commune aux antiquaires de son temps , mais qui révélaient évidemment le travail d'une nation inspirée de l'art grec.
D'autres objets appartenant à la période gallo-romaine ont été trouvés rue des Carmélites , à 1 5 pieds de profondeur : cette découverte consistait en une clef antique, que la Société académique de Blois a fait dessiner, et en fragments d'un vase de terre évidemment de fabrique romaine.
D'im autre côté , des parties encore appréciables d'une voie romaine ont été retrouvées dans le Blésois : elle établissait une importante communication entre Chavires (Antricum) , capitale des Camutes; et Bourges {Avaricum), capitale des Berruyers*,
* Ces deui Tilles eurent tour-à-tour Thonneur d*étre la métropole delà Gaule celtique : Bourges 4!abord, Chartres ensuite et jusqu'au Jour de l'invasiou romaine.
4f HISTOIRE d£ BL016
en passant par Cbàteaudun et Biois. Ou a découvari sur cette voie un assez graad nombre de médailles impériales. T4>ut récemment , M. de la Saussaye , membre de V Académie des inscriptions et bdles-4ettres, ayant &it pratiquer des fouilles Intelligentes dans la fbrét de Boulogne^ près Blois, y a recueilli plusieursobjets d'antiquité romaine dignes d'intérêt ; et tout porte à croire que le terrain fouillé était voisin de la route militaire de Cliartres à Bourges. En continuadit d'interroger cette terre jadis foulée par les légions romaines , peut^tre rencontrerait-on les débris d'une des stations appelées mansio^ que ces corps armés improvisaient dans leurs marches , et dont quinze ou vingt siècles n'ont pas anéanti partout les traces.
Nous devons dire à ce sujet qu'un de ces établissements , que nous croyons Tune des ruines romaines les mieux conservées qui existent en France, se dresse avec fierté sur la rive droite du Cher ^ au bourg de Tésée , le Tassiaca de la table de Peutinger. Ce monument qui, nous en convenons, ne prouve rien quant au séjour des Romains à Mois , peut au moins être étudié comme le type architectoniquede la Tuansio romaii^ , et , sons ce rapport, il appelle toute l'attention des archéologues éclairés de notre époque.
A moins d'un kilomètre du feubourg de Vienne et dans la direction que devait suivre la route antique de Chartres à Bourges, on voit une longue suite d'arches sous lesquelles croupissent, çà et là , quelcpies mares d'eau: c'est l'ancien Pont Char tram. Au XV.' siècle encore , le grand bras de la Loire baignait les piles de ce monument du x.' ou xl* siècle , attribué par erreur aux Romains, mais qui remplace assurément un pont qu'ils avaient construit sur la voie dite chartraine.
Nous croyons en avoir dit assez pour établir la certitude que les Romains eurent à Blois, sinon un grand établissement, du moins un de ces camps {castra stativa) assez importants pour devenir l'origine d'une ville. Mais à qudle époque précise les conquérants s'établirent-ils dans le Blésois? voilà le point qui
ET DE %m TERRITOtftE. 5
jusqu'à ce jour ncais semble peu éclwrci. Atwsiv^mettt sans dottte , a® a feit les iioimeure k Jules-César d'une grande partie des sptendides construcwons <îui , dnrant l'^époqtfô gallo-ro* fKsine^^îcmvrîreflBt tes Gawles : cette fygdve hércflfque ressort aYec tant d'édat ées annaks de l'antiquité, qu'on s'est piu à lui prêter toutes les ^xÂms^ tous les élans du génie. U >est cependant avéré que le rival de Pompée , souvent occupé de soumettre îes pe»^es jH>nquis , plus souvent obtigé de combattre ses ennemis du sénat , ne construisit sur le sol de ses conquêtes que pour les besoins ou la sûreté des légions qu'il oommandait : smïs ses mains «t ceHes de ses ^erriers , on ne vit guère «giter que le fer; ce àoLi à la voix dé ses suocessesirs , surtout à edle d'Auguste , que les cbaines de nos pi^^s furent dorées , et <iue les beaux-arts , enfants d' Athèo^ et de Rome , semèrent leurs lœrveilles sur ia terre gauloise.
Denis DupofKt , célèbre jnrisooifôttlte blésdis , n'àésite pas à foire remonter jusqu'à César l'existence d'un camp romain à filois : Bkscts oei^itoi^em ^sub Cmsaris tempora ab ejus mUitibuis in ea loca missis conditam accejdmus *. Mais , si l'on doit accepter avec quelc[ue réserve l'witorité de «e grand légiste ^i matière d'histoire , il e^ faut pourtant pas la repousser sans examen. Nous le répétons , tout porte à croire , en e^et , que les Romains durent s'établir de bonne heure sur cette partie du pays Chartrain , appelée de leur temps Pagus Bksensis ou Belsmsis : la présence d'un fleuve dont ces conquérants savaient tirer un si boa parti; les commumcations sans doute déjà «xfetantes entre les Carnutes et les Rerruyers ; enfin , et comme nous l'avons d^à dit, la nécessité de prévenir leur alliance , trfïènsive aux vainqueurs , en plaçant sur la frontière respective des deux nations gauloises une force imposante ; tds sont les motifs qui semblent militer pour Topinion émise par Dupont. A ces considérations d'un ordre majeur, il faut ajouter que César lui-même **
* CûutmmeideBMs^ titre m,
*♦ Commentaires^ livres VU et VIII.
b HISTOIRE DE BLOIS
nous* apprend que les Garnutes , avant roccupation romaine , avaient un établissement (oppidum Camutum) au lieu que le général historien nomme Gennabumy et qui n'est autre qu'Orléans. Or , il parait naturel de penser qu'au moment où la révolte gauloise commençait précisément dans Gennabum^ un guerrier aussi expérimenté que César n'aura pas omis de faire garder le cours du fleuve, sur tous les points où les Garnutes pouvaient se joindre aux Berruyers pour répondre à l'appel de Vercingétorix.
Dans cette prudente combinaison de précautions^ la voie chartraine n'aura pas été oubliée : le pays de Ghartres était pour les Gaulois ce que la Mecque est pour les Mahométans : ils se rendaient de toutes les parties de leur vaste contrée , au lieu appelé la Garenne de Poisvilliers y où, selon l'historien Rouillard, se trouvait le principal collège des Druides , ces véritables souverains de la Gaule. On sait toutefois que Gésar ne put prévenir la redoutable influence du sacerdoce gaulois, et la révolte qui suivit de près l'invasion romaine fut surtout excitée par les Druides.
Après avoir admis, comme très probable, l'occupation du Blésois par l'armée romaine, dès les premiers temps de la conquête , il faut reconnaître que rien ne donne à penser qu'il y ail eu sur ce point un déploiement remarquable de la brillante civilisation antique : là nul vestige révélant l'existence des temples*, des cirques , des thermes , des palais dont on retrouve les ruines , plus ou moins importantes , partout où des cités gallo-romaines existèrent. Les Romains n'avaient évidemment à Blois qu'un poste militaire , mais d'une certaine force numérique , si l'on doit considérer comme ses annexes deux localités voisines, dont les noms latins , à moins que l'orthographe n'en ait été altérée par les chercheurs d'origines , rappellent des destinations
* C'est sans assez de preuves qu'on a rapporté qu'un temple de Mercure avait existé sur i*emplacement du couvent de Saint-Lazare , et un temple de Jupiter sur l'emplacement de l'église Sainte-Sauveur,
romalneâ. Selon les plus anciennes traditions , la désignation primitive du bourg d'HerbauU était Herbarium Cœsaris, parce que César réunissait sur ce territoire les foins nécessaires à la cavalerie cantonnée dans le pagm Blesensis. Un autre bourg situé près d'Herbault , et qu'on nomme maintenant Orchaise , était appelé jadis, toujours d'après les mêmes traditions , Horrea Cœsaris, grenier de César, parce que ce général y avait placé l'entrepôt des approvisionnements destinés aux cohortes stationnées dans le Blésois.
Pour réduire l'importance du Blois antique à sa juste valeur , disons qu'il se forma , à une époque peu déterminée , auprès de la forteresse , un bourg que l'on croit avoir été dans la suite le faubourg du Foiœ, *. De là sans doute la distinction établie entre le fort et les habitations groupées sous ses murs : le premier conserva le nom de Castellum {cartel, puis chasteldîa moyenâge) ; tandis que la réunion de demeures que protégeait cette forteresse reçut la désignation de Castrum,
Que dire des habitants de ce bourg et du pagus Blesensis en général, étudiés durant la période gallo-romaine, si ce n'est qu'ils adoptèrent , beaucoup plus qu'ils ne les subirent , les moeurs romaines : ces Gaulois , dont Tempereur Julien nous a peint les inclinations inconstantes et légères , se lassèrent promp- , tement d'agiter le joug que Rome avait attaché à leur front ; bientôt ils s'enivrèrent du parfum des fleurs dont elle l'avait recouvert , et se laissèrent éblouir par l'or qui l'embellissait. Au sein de cet entraînement , les Carnutes des bords de la Loire , ces ancêtres des hommes que Le Tasse accuse d'une mollesse qoasi-sybaritique , ne durent pas être les derniers à laisser conquérir leur naturel et leurs goûts par l'influence d'une civilisation voluptueuse , par les caressantes illusions d'une théogonie aussi douce que le druidisme était austère et souvent cruel. Tant que
* Burgus de fisco^ oa du fisc. Nous dirons plus tard d'où vient cette désignation.
8 HISTOIftE DE BL016
ce sacerdoce législai/eor put , cUi lond des Ibréis , domhier )es consciences , il perpétua contre Rooie usàe sorie de guerre sainte, plutôt qu'une délense obstinée de rindépendance gauloise. Celte résistance cessa quand les Gaulois oonnureat le pi^amane , ce flatteur complaisant de toutes les passions. Les lances romaines se lussent peut-^tre émoussées sur T^ide sacrée de k Gaule ; les séductions l'écai^tèrent.
A part la conquête des penchants gaukns, qui -suivit de près l'invasion de la patrie, peu d'événements ont percé le voile épais dont s'environneriûstoire duBlésois, âousla<femio«ilton romaine. Dans un pays couvert de forêts , qu'interrompaient à peine la forteresse et le bourg construit sous sa protection , les indignes ne purent , dans les premiers temps , avoir qu'une enstenœ politique fort obscure. La vie romaine était trop raffinée ^ trop empreinte de splendeurs , même au mOieu des expéditions guerrières, pour sympathiser intimement avec cette populatiosn chasseresse ou pêcheuse. L'absenoe de tout édifice antique dans l'ancien comté de Blois prouve, ce nous semble, que, sous d'autres rapports que l'occupation mâlitaire , œ petgus fixiai peu l'attention des Romains : il ost évident qu'ite n'y placèrent point de hauts magistrats, et que la dîgnké sénatoriale m fot donnée à aucun de ses habitants.
Selon les plus anciennes notions historiqnes qu'on ait recueillies, les insulaires de Vienne (Jnsula Evenna) s'occupaient exclusivement de pêche et de navigation; peutnêtre n'est-oe pas sans vraisemblance que l'on croit remarquer encore aujourd'hui y chez leurs descendants , des moeurs se rapportant à ces professions. Quant aux habitants du bourg , ils devaient vivre dans une teile dépendance de la garnison du fort, qu'ib ne pouvaient tenir que d'elle quelques éléments de prospérité. H est à présumer que des ohantiers furent établis à BÎois pour la construction des galères que les légions romaines entretenaient sur les fleuves , et qui servaient au transport des approvisionnements ou des troupes, et que les habitants contribuèrent à ces travaux.
£T DE SON TERaiT<Ufi£. 9
Le chnstianisme pénétra assez tard dans le ptys chartraÎB e( s'y établit lentement : ce ne fat ^uère qu'au mUiea àsa t.* siècle , que la vraie religion prit quelque empire chez les Oamotes des bords de la Loire. Solamnis (saint Sol^iae*), qui vivait vers 490^ passe généralement pour avoir consolidé ia foi ehrétienne dans cette contrée. Le paganisme y résista phis longtemps^ peut-^tre, que n'avait résisté le druidisme, au centre même de 3a puissance. Rien ne prouve mieux l'ascendant que la splendeur des rites peut exercer sur les âmes ; et l'exemple des païens^ en ceci comme en tant de choses , ne fut pas perdu pour les fondateurs des églises grecque et catholique romaine.
Il faut se défier de tout ce que les chroniqueurs et surtout tes légendaires ont écrit sur le Blésois et se rapportant aux temps antérieurs à la fin du yi.* siècle , puisqu'ils ont signalé des événements majeurs passés sous silence par Gr^oire de Tours , qui renoua les premiers fils de notre histoire , rompus après Jules- César. Or, la première mention que le prélat historien fesse de Bk)is (In glorià œnfessorum) se rapporte à une diapelle dédiée à saint Pierre , et qui , dès l'année 450, existait au pied du coteau sur lequel fut construite depuis l'église dont saint Solenne était jadis le patron. Ajoutons qu'à l'époque où Gi^étgoire écrivait^ ilfaUait que cette ville eût acquis déjà une certaine étendue, puisque, dans la mention dont il s'agit, il la qualifie de capitale, n ne faudrait pourtant pas outrer la signification de ce mot : cette capitale ne pouvait être que celle du pagùs Bksensis ^ ou , si l'on veut, du comté de Blois.
Un point historique bien constaté selon Valois , c'est que les Romains, harcelés vers l'an 438 par les Angevins et les Bretons, 2|çelèrent à leur aide les Bourguignons et les Aiains*. Ainsi secouru , le patrice Aétius parvint à vaincre les révoltés réonis sons le n<Mii de Ligue armorique , et r^lanta ses aigles sur les
* Fttfre fn wrâ Bornants anxîlîo Burgundîanes ^ Alani cum Sangîbano, reçe m$,{^BÊiil}kd^cm^D€ffestUBman., k XV. )
bords de la Loire , que les légions romaines avaient dû abandonner. Mais ce n'était pas avec désintéressement que les auxiliaires des Romains avaient combattu dans leurs rangs : se prévalant de cette assistance , ils en exigèrent la (récompense ; Aétius répondit généreusement à cette exigence en abandonnant à ses alliés un vaste territoire sur les bords du fleuve. On ne sait pas précisément où commençait cette concession territoriale du côté de l'Orléanais ; mais il parait hors de doute que le Blésois en faisait partie , et nous pensons , avec plusieurs antiquaires , que la pile de Cinq-Mars , ce monument antique que tant de savants vont étudier au-dessous de Tours , pourrait bien être l'ancienne limite des terres cédées par Aétius aux Alalns et aux Bourguignons.
On voit que si les Romains furent dessaisis du Blésois , ce ne fut que vers 438. Jusqu'alors ils n'avaient pas été sans doute paisibles possesseurs des rives de la Loire , où les Wisigoths et les Francs s'étaient souvent présentés en aventuriers ; mais on doit regarder comme extrêmement apocryphe ce passage du Spectateur ou Socrate moderne , mentionnant un édit de Pharamond rendu dans la ville de Blois , contre les duels , avec ce préambule en style du xviii.» siècle. « Pharamond, roi des Gau- » les, à tous ses bons et fidèles sujets, salut... ; et se terminant » par cette formule : Donné en notre cour de Blois , le 8 fé- » vrier 420 , de notre règne la seconde année. » Quand Pharamond serait un personnage incontestablement historique , ce qui n'est nullement prouvé, il ne tombe pas sous le sens que ce prince , à une époque où les Romains avaient encore perdu peu de leur puissance dans les Gaules, ait pu dater ses édits d'une cour de Blois que , dans sa carrière nomade , il ne dut pas même songer à établir.
Sous les rois Mérovingiens , et lorsque les enfants de Clovis se furent partagé ses vastes états , le Blésois fît partie du royaume d'Orléans. Nous pensons qu'il continua alors d'être gouverné par un de ces comtes {Prœsides) dont l'établissement remontait
ao règne de l'empereur Alexandre Sévère. Copistes respectueux des institutions romaines ^ les rois francs de la première race n'accordèrent pas à ces dignitaires plus de pouvoir qu'ils n'en avaient eu précédemment : ils n'étaient que les représentants du souverain.
La domination des premiers gouverneurs francs du comté de Blois est obscure : Grégoire de Tours rapporte cependant que les peuples du Blésois et de l'Orléanais, réunis, combattaient en 584 contre ceux du Dunois et de quelques autres divisions du pays Chartrain , et que cette guerre civile fut terminée par l'intervention des comtes (intercedentibus comitibmj. Quels furent ces délégués de la couronne dans le Blésois , jusqu'à la fin du vni.* siècle? on l'a toujours ignoré. Guillaume*, premier comte de Blois dont l'histoire ait consigné le nom , était contemporain de Louisle-Débonnaire ; il devait le jour à Théodebert , aïeul de Hugues- Capet. 11 combattit auprès du débile successeur de Charlemagne , dans la guerre qu'il fît à ses fils. Le comte Guillaume contribua à soumettre ces princes rebelles , lorsque Louis « leur alla couper » le chemin auprès de Blois , dans l'endroit où la Cisse se joint à » la Loire, lequel porte le nom de Chouzy**. »
Après cette victoire , l'empereur eut avec Lothaire , qu'il venait de vaincre, une entrevue à Blois, sans doute dans la forteresse construite par les Romains***. Mais Guillaume ne fut pas témoin de cette conférence : il avait péri en combattant sous les bannières impériales. Son fils Eudes **** lui succéda en 834.
* Wilhem\ signifiant , dans les idiomes germaniquçs , prolecteur du repof. ( Origines de Blois, — Notice de M. de la Saussaye. )
♦* DupleiXy tome I , page 433.
*♦♦ L'historien anonyme de Louis-le-Débonnairc est le premier écrivain qui ait mentionné le nom de la ville de Blois : castrum Blesense ; celui du pays : pagus Blesensis , avait été cité , dès l'an 800 , dans une charte de Charlemagne.
**** Ou Ode, signifiant riche ou heureux, selon Tauteur de la Notice mentionnée dans ta note précédente.
12 ftlSTOlRE DE n.01S
Le règne cte comte Eudes fut rempli âe vîcrssitu^es r les Nornauds assaièlnreut deux J6i& (en 854 et 857) la ^fUe de Mois. Lora de la preBidère im^asion , fll? brôîèrent cette malheareuse eitéy construis entifèvemen* en bois', selon Fusage du Cenaps; les habitants, fugitifs, durent se retirer dans fes forêts. Mais le dkèteaui résiste awr barbares : leur fareur se brisa contre eet owia^ d'une puissaiïce qu'ils ne possédaient point r le génie. Smb le «omte Eudtes, ITiéréd^ité des gouvememcnnts n était pas encore un droi* légal, mais un fait toléré avec toutes ses o)B6éq«tenees. Ainsi ce prince n'ayawC pas eu d'en- ^nt^ y, le eoimté passa e» 865 à son neveu , Robert dit le Fort , fifis de Robert^ comte de Tours, et lui-même comte de Tours , de Par» et dfoe de France^. Ce priwee illustre, qui fat le bouclier ée 1» monaockiie ,. héritage que le destin réservait k ses descendarnt^ , eut trop de combats à soutenir , trop de terres à défendre côfflâre les redoutables aventuriers du Nord , pour aTpir pu s'oc=cuper duîeomté dte'Kbis particulièrement. Sa présence dans cette partie de ses vastes domaines est cependant constatée par une charte donziéeaii château de Rlois en 865. Deux ans plus tard , Robert-le-Fort , trop confent dans une victoire qu'il venait de remporter en Anjou sur tes Normands^ tombait mortellement frappé diun/ trait lancé par l'étroite fenêtre d'une église , où .îe vainqueur tenait ses ennemis resserrés.
Rafa(ert,.qiu&ks chroniqueurs ont surnommé le second Machabée ,. avait eu d'Adélaïde deux fils, Eudes et Robert; mais ils étaient l'un et l'autre trop jeunes pour être mis en possession immédiate de l'héritage de leur père : le roi Charles-le-Chauve en confia la tutelle à Hugues^dit VAbbé, fils né d^un premier mariage de la veuve de Robert-le-Fort. Eudes et Robert 11 , trop jeunes en 867 pour gouverner des provinces ^ avaient acquis, vers 887, ime haute céputatioa militaire , surtout en d^endani Paris coiU»e les Normands; Les^ comté» dont le fîteaftié de Ro^ bert-le-Eort fut investi à cette époque , ne suffirenir plus- pour satisfaire son ambition : se prévalant de la reconnaissance des
hftbiliBÉs. du dadié de France , dont il ayatl été fak tîtulaïre GomBiâ son père , Ëudes> s»t afcquérir un tel ascenttent sor 1» Qobte$se.^qafil se fit élire roi des Francs, au préjiîdiee d^harle»lô-Sîmple y son pupille ; laissa»! tous ses gouvernements, ou plutôt toutes ses possessiows, à soa frère Robert. Ce prmce gouverna donc tmaâà la fois FAbjou, la Touraine-, le Mésois et rOrléanais. G«j ôii* scMas lui que fe d^nité de vicomte prit naissance, au moins, svr h» borcfe de îa Loire. Nous devons faire remarquer ici une cirscmelanee qui deviendra démonstrative sous les princes de la maison de Champagne, c'est que le Blésois fut considéré fWHT ses comtes" , toujours possesseurs d'autres terres ^ comme le peinl le plus important de leur dominaition. Le vicomte gouverna sonven* te Touraine , par exemple , et y rendait la justice, même en présence du titulaire, tandis que' celui-ci sïgBaitplus^ ordinairement ses actes concernant le comté deBiois.
Gependa»! le rot Eudes ^ après avoir partagé , peu volontiers, le Foyauimede France avec Gharîes-le-Simple , lui laissa à sa mort la moiaapcliie entière. Mais Robert, comte de Blois > ne perdait pas de vue cette moitié d'empire que son frère avait possédée; il voulait aussi placer sur son front , souvent couronné de lauriers , le diadème des rois. Son ambition fut mieux servie qu'il ne l'espérait : la noblesse , humiliée des concessions faites à Rollon , duc de Normandie , par Gharles-le-Simple ; méconteiite de son ministre Haganou/exprima bautemeût ses griefsaa Ghampde-Mai, réuni à Soissons. Le monarque parvint à calmer cet orage; mais il se renouvela bientôt, et Robert profita des nouveaux troubles pour se faire déclarer roi.... 11 fut sacré à Reims en 922.
Cependant Charles , qui avait trouvé quelques alliés en Aquitaine , marcha contre son rival à la tête d'une armée imposante ; il le rencontra près de Soissons. Robert périt dans la mêlée ; mais Hugues , surnommé le Grand ,. et fils du souverain qui venait de tomber sur le champ de bataille , acheva de battre les troupes de Charles , qui fuit avec leurs débris.
n ne tiijt qu'à Hugues de saisir la couronne ; mais soit scru-
pule , soit indifférence^ il la laissa à la disposition d'Emma , sa sœur, qui avait épousé Raoul , duc de Bourgogne. Ce prince régna*; mais son beau-frère fut plus souverain cpie lui. Le petitfils de Robert-le-Fort, duc de France, comte d'Orléans, d'Anjou, de Tours et de Blois, se démit, vers 924, du dernier de ces comtés en faveur de Thibault ** dit le Tricheur ou le Vieux , son cousin, et fils de Thibault, comte de Tours, et de Richilde, fille de Robert-le-Fort. A cette époque , le Tricheur était déjà comte de Chartres, de Beauvais , de Meaux et de Provins. Enfin, en 944 , Hugues investit son parent du comté de Tours.
Thibault , habile appréciateur de la faiblesse d'une monarchie fictive , dont le pouvoir réel était dans les mains de son cousin, fit ce que les comtes ses prédécesseurs n'avaient pas osé faire jusqu'alors : déposant avec audace le caractère de délégué de la couronne , il prit, dans ses actes, le titre de Souverain héréditaire de tous ses comtés, et , le premier, établit dans le Blésois cette puissance féodale qui fut sanctionnée |sous HuguesCapet. Bientôt il mit le comble à son usurpation , en déclarant la guerre au roi Louis-d'Outre-Mer, qui avait voulu secouer un moment le joug de Hugues-le-Grand.
* On sait qu'à sa mort Hugucs-le-Grand rendit la couronne à Louis IV , dit d'Outre-Mer , fils de Cliarles-le-Siniple.
** Theode-barldy hardi entre le peuple : origine germaine.