‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

lie Blé«oii9 mouM les eomtea de la niatooit de CfaâtUlon.

Hugues , premier comte de Blois de la maison de Châtillon , prit possession du comté en 1230. Ce seigneur fut hostile à la monarchie : on le comptait parmi les grands feudataires de la couronne qui, durant la minorité de Louis IX, se liguèrent contre ce monarque et contre sa mère Blanche de Castille. On sait que dès le commencement de cette conjuration , Thibault IV , comte de Champagne et roi de Navarre , vivement épris de la belle Gastillanne, abandonna ses alliés après être entré dans la conjuration, et se soumit humblement à toutes les exigences de la régente, a Ce pauvre prince , dit Mézerai , ren- » dit de rechef les armes à l'amour; et après un grand soupir, » madame , lui dit-il , mon oœur , mon corps et toutes mes for- » ces sont à votre commandement. » Thibault-le-Champenois se dépouilla en effet de ses comtés , sur Tinjonction de Blanche , afin de payer à Alix , reine de Chypre , sa cousine, une somme

de quarante mille livres et une pension de deux mille livres, en dédommagement du comté de Champagne , qui revenait à cette princesse. Car Alix devait le jour à Henri II , comte de Champagne et roi de Jérusalem ; tandis que Thibault IV était fils de Thibault II , frère puîné d'Henri. Mais c'est par erreur qu' Anquetil comprend le comté de Blois parmi les possessions que le comte-troubadour abandonna dans cette circonstance; ce comté, comme nous l'avons vu , était sorti de la maison de Champagne par le mariage de Marie d'Avesnes avec Hugues de Châtillon.

Quoique ce comte de Blois n'eût pas subi Tenchantement de l'Alcine castillanne , il fut un des premiers à faire sa paix avec elle , et se rendit môme caution pour Simon de Dammartin , comte de Ponthieu. Hugues de Châtillon , ainsi que d'autres seigneurs, s'obligea par serment, dans une assemblée tenue en la ville de Melun, à maintenir les ordonnances portées par Louis VIH, contre les Juifë; il assista aussi, en 1241 , au colloque de Saint- Denis^ dans lequel Louis IX prouva que, s'il avait des sentiments profondément religieux, sa politique savait néanmoins restreindre le clergé dans les limites de son ministère , et surtout maintenir les libertés de l'église gallicane.

Hugues de Châtillon ayant perdu, en 1241 , son épouse , qu'il chérissait , prit la croix quatre ans plus tard avec une nombreuse noblesse , en tète de laquelle on comptait les frères de Saint- Louis. Mais il ne partit point alors pour la Palestine; ce fut seulement en 1248, et lorsque le roi lui-même se croisa, que ce comte de Blois se disposa pour ce pieux voyage qu'il ne put entreprendre : il fut surpris par la mort au milieu de ses préparatifs. Hugues de ChâètUon fut enterré à l'abbaye de Pont , près de sa femme , qui lui avait donné six enfants , savoir : Jean de Châtillon , comte de Blois ; Gui de Châtillon , comte de Saint- Pol; Gaucher de Châtillon, comte de Châtillon; Hagues de Châtillon , qui n'eut en partage que trois mille livrées de terre ; Philippine de Châtillon , mariée à Othon , comte de Gueldres ;

ET DE SON TERRITOIRE. il

enfin ^ Elisabeth de Châtillon , qui épousa Gérard de Gand, surnommé le Diable.

Sous le règne d'Hugues de Châtillon (1240) , on bâtit dans la partie haute de la ville de Blois une chapelle consacrée à Saint- Martin. Jusqu'alors les fidèles de ce quartier devaient accompUr leurs devoirs religieux à l'abbaye de Bourg-Moyen , et les seuls chapelains de cette communauté allaient administrer les sacrements dans cette partie de la ville. Au mois de juillet 1240 , Mathieu , évéque de Chartres , confirma , par une lettre pastorale , celle de son prédécesseur Albéric , (l qui voulait que le » soin des âmes des simples clercs et de leurs domestiques étant » dans le haut du château , appartint au chapitre de Bourg- » Moyen , comme curé de Saint-Martin. » Toutefois , la chapelle dont nous avons parlé plus haut étant bâtie , un prêtre y célébrait quelques offices, sous prétexte qu'ils auraient interrompu les chanoines de Bourg-Moyen dans leur service. Telle fut l'origine de la paroisse de Saint- Martin. En 1258 , l'abbé de Marmoutier donna à Albéric , chapelain de Saint-Martin , du poil de la barbe de 'ce saint. Pour ne plus revenir à ce sujet, nous dirons qu'en 1 375, les chanoines établirent décidément un clergé dans cette église, qu'ils firent rebâtir. Cet édifice, démoli depuis la révolution , appartenait au xiv-* siècle , c'est-à-dire au style gothique de la seconde époque ; mais l'ordonnance en était peu remarquable et l'ornementation très simple. Pour témoignage de sa suzerainçté, l'abbaye de Bourg -Moyen conserva les fonts baptismaux et quelques droits honorifiques. Le curé de Saint- Martin avait le titre de prieur.

Jean , fils aîné d'Uugues , lui succéda dans toutes les terres venant de sa mère , en vertu d'un testament du comte défunt : cet héritage se composait du comté de Blois ^ avec les seigneuries d'Avesnes , de Guise , de Condé , de Landrecies , etc.

Ce comte de Blois jouit d'une haute considération à la cour de France. Philippe-le-Hardi étant près de Saint-Louis, son père , en Palestine , établit Jean de Châtillon , gouverneur de ses en-

fants; il le fit lieutenant-général du royaume, lorsque la couronne , tombée du front de son père sur le sable brûlant de l'Afrique, fut ramassée par lui. Le comte Jean siégeait dans le conseil-d'état présidé parle roi, lorsqu'on 1276, ce monarque eut à juger le différend agité entre les trente-neuf de Gand , et Marguerite , comtesse de Flandre.

Le comté de Blois dut à Jean de Ghâtillon quelques fondations impot'tantes. En 1250 , il fit venir à Blois un certain nombre de Gordeliers, ordre fondé quarante ans plus tôt, par Saint-François-d' Assise. 11 leur abandonna d'abord pour se loger deux tourelles entourées de fossés, et leur donna la permission d'appuyer sur les murs de la ville leur église , bâtie à ses frais. Enfin , pour agrandir cette communauté , ce prince acheta du chapitre de Bourg-Moyen un terrain situé rue Levasseleur. Pierre de France , troisième fils de Saint-Louis , fut inhumé dans l'église des Gordeliers de Blois; mais son cœur fut donné aux Jacobins de la même ville , dont nous allons parler.

Jean de Ghâtillon attira à Blois ces frères prêcheurs, en Tannée 4273. Il leur abandonna d'abord l'église paroissiale de Saint- Gervais et ses dépendances, pour établir leur couvent; mais ces Pères lui ayant représenté qu'ils étaient logés trop étroitement , il acheta , du nommé Renaud Turpin, divers héritages , qui furent joints aux terrains cédés à la nouvelle communauté. Plus tard, Jeanne de Ghâtillon fit, à son tour, quelques libéralités aux Jacobins. En i 588 , durant ces états de Blois où le dernier Valois qui ait régné laissa tomber la couronne de France dans le sang des Guise ^ le clergé choisit le réfectoire des Jacobins pour ses assemblées particulières. L'église de ce monastère reçut en 1656 les entrailles de Marie-Anne d'Orléans.

La plus importante fondation qui ait été faite dans le comté de Blois par Jean de Ghâtillon et Alix de Bretagne , son épouse, c'est l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Garde , dite delà Guiche, dont on voit les ruines à un myriamètre environ de Blois , au fond d'une riante vallée qu'arrose la petite rivière de la Gisse. En 1 268,

le comte faillit succomber dans une grande maladie , durant laquelle lui et la comtesse Alix firent vœu de fonder une abbaye ; mais en 4277, ce vœu, ainsi que tant d'autres formés sous l'impression d'un grand danger , était oublié, peut-être , lorsqu'un de ces événements merveilleux fréquents au moyen-âge , mais dont le nôtre est privé , rappela au comte et à la comtesse l'engagement pris par eux avec le ciel.

Des bergers gardaient leurs troupeaux dans un champ appelé la Gmche, appartenant à Geoffroy de Ghantelou. Soudain parut une flamme sur un amas de pierres recouvert d'épines. Ayant échappé d'abord à l'attention des bergers , la lumière se reproduisit plus vive le lendemain et les jours suivants. Ces v illageois l'aperçurent alors et s'approchèrent de la flamme pour s'y chauffer; mais elle disparut aussitôt. Le comte et la comtesse de Blois , informés de ce prodige par ceux qui en avaient été témoins, jugèrent, dans leur sagesse, que le lieu où il s'était manifesté devait être celui marqué par la volonté divine pour la construction de l'abbaye projelée. En conséquence , les travaux furent commencés immédiatement , en présence du comte et d'Alix , son épouse , accompagnés de tout le clergé de Blois. Sous le tas de pierres qu'indiquèrent les bergers, on découvrit, dans un petit caveau , une statue en bois représentant la Mère du Sauveur. Jean 1." fit conserver précieusement la figure si miraculeusement révélée , et qui ne pouvait manquer de promettre à la ifuture abbaye de glorieuses destinées.

Les travaux de construction, commencés vers 1272, ne furent terminés qu'en 1277; Tarchevéque de Tours et l'évêque d'Orléans firent en cette même année la consécration de l'église , en présence d'une noblesse nombreuse et de tout le clergé de la province. L'effigie de la Vierge fut placée sur le maîtreautel, cobstruit à l'endroit même où cette figure avait été trouvée.

Les lettres de fondation de cette communauté ne parurent qu'après la mort de Jean I." ; elles étaient datées de l'an 1282. Nous croyons devoir les rapporter textuellement. « Gie iElis ,

» comtesse de Blois , fait assavoir à tous ceux qui ces présentes » verront , que j'ay , pour l'amour de mon cher fils Pierre , fils » du roi de France , comte d' Alençon et de Blois , et ma chère » fille Jehanne , comtesse de ces mêmes lieux , et pour le bien » de Tabbaye que mon cher seigneur Jehan de Châtillon , comte ^) jadis de Blois, et que nous avons fondée en Blésois, au lieu qui )) est appelé la Guiche : voil et autroî que gie et avec ensemble » aigens la garde et la seigneurie des biens et des personnes » qui seront en ladite abbaye , et que nous y mettons dames de » commun assentement , tant comme je vivrai tant seulement , » et n'aura nulles dames mises et reçues de par nous s'eUes ne » sont gentilles femmes (femmes nobles) , nées des terres du » domaine ou des fiefs au-devant del monseigneur le comte , » se ce n*est de notre commun assentement ; en tesmoin de la- » quelle chose je ay donné as devant dis mon fils et ma fille , » ces présentes lettres scellées de mon sceau. Ce fût donné le » dimanche emprès la Saint-Pierre , entrant en aolt, et en Tan D de Notre-Seigneur 42î82. »

En vertu d'une bulle fulminée en 4285, par le pape Martin IV, l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Garde , dite de la Guiche , relevait directement du Saint-Siège, auquel les religieuses payaient annuellement une redevance d'une once (for. Quant à l'évéque de Chartres , privé de ses droits épiscopaux sur cette communauté , il recevait en dédommagement une rente de dix livres. Il serait diflBcile d'énumérer toutes les donations qui furent faites dans la suite des siècles , à l'abbaye de la Guiche ; nous signalerons seulement ici ses principaux bienfaiteurs , c'est-àdire les seigneurs qui l'enrichirent jusqu'à la fin do xiv.* siècle. Ce furent Pierre de France et Jeanne de Châtillon, son épouse^ 4279; Hugues de Châtillon II, 4297; Gui de Châtillon, 1342; Charles de Blois, due d'Orléans , 4351 ; enfin, Louis d'Orléans, frère de Charles VI, 4398.

Lorsqu'on arrive à une petite distance du bourg de Coulanges , la vue se porte tout d'abord vers un massif de bâtiments ,

ressortant sur des touffes d'arbres dont la vive nuance contraste avec le ton blanchâtre de ces constructions. Une chapelle moderne s'élève au milieu des restes de Tancien couvent; elle est bâtie , dit-on , sur remplacement jadis occupé par le chœur de Téglise abbatiale. Quelques arcades ogivales reposant sur des colonnettes carrées , et , dans l'intérieur d'un bâtiment en partie détruit , une vaste salle voûtée avec un double rang dg^ colonnes , voilà ce qui subsiste de Tabbaye de la Guiche.

11 serait téméraire de hasarder une description archéologique de l'église , d'après les notions peu intelligentes laissées par les anciens historiens duBlésois; on peut reconnaître seulement que cet édifice, démoli durant la révolution, était assez vaste; et Ton doit penser qu'il avait été construit avec toute la splendeur admise par l'architecture gothiqucr du xiu.* siècle , plus jalouse de la majesté des lignes, qu'ambitieuse des détails d'ornementation. Il est probable toutefois que les deux siècles suivants prodiguèrent, au moins dans l'intérieur de cette église, toutes les somptuosités de ciseau qui caractérisèrent l'art gothique à ces époques : c'est, du reste, ce qu'attestaient plusieurs des tombeaux des seigneurs de la maison de Blois-Châtillon , dont l'abbaye de la Guiche fut la sépulture.

Nous empruntons les détails suivants à une brochure publiée récemment par M. Emmanuel Paty , inspecteur des monuments historicpies de Seine-et-Marne.

» L'é^Use de la Guiche était surtout remarquable , dit-il , par le grand nombre de mausolées et de pierres tombales qu'elle renfermait. Deux ont été conservées dans la petite chapelle dont nous avons parlé : les monuments de Louis et de Gui de Châtilion. La plupart de ces tombeaux étaient surmontés de statues en demi-relief, selon l'usage du iiii.* siècle.

» Devant le maître-autel , se distinguait , entre tous les autres, le magnifique mausolée de marbre noir doré du comte Jean de Châtilion, fondateur de l'abbaye. Aux deux côtés,

étaient représentés les douze Apôtres, en relief; au pied, saint François et sainte Claire , et à la tête , un chevalier armé , dans l'attitude de la prière. Autour du tombeau sur lequel était couché le comte Jean , les pieds appuyés sur un lion , on lisait cette inscription :

cuBSNT (comte) de bloys, SIRE d'àyesne;

QUI fonda et ESDIFIA ET DONNA CETTE PRÉSENTE ABBATIE.

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