EN M. CCC. L
On voyait encore dans l'église de la Guiche le tombeau de Marguerite, fille de Louis, duc d'Orléans^ et mère de François, duc de Bretagne.
Toutes ces sépultures, renfermant des dépouilles illustres, furent fouillées , en 4793, par une foule dévastatrice, persuadée que ces comtes de Blois , endormis éternellement sous le mar-
* Excursion archéologique dans le département de Loir-et-Clier (18^2). — Extrait du BuUetin monumental, tome XL— M. Emmanuel Paty , auteur de cette notice, est un de ces amants de la science archéologique qui« de nos jours et sous Vhabile direction de M. de Gaumont , ont tiré cette science des langes d'une enfance qui s'était perpétuée au milieu de toutes les merveilles de la civilisation. M. Paty , loin de ressembler à ces explorateurs avares , qui après avoir fait des découvertes , les enfouissent de nouveau dans le silence de leur cabinet, répand obligeamment les trésors de son savoir, et obtient dans la reconnaissance de ses concitoyens , le seul prix digne du savant qni veut devoir à ses travaux , non à l'intrigue ; les distinctions et les honneurs.
bre ou la pierre , étaient environnés de trésors inestimables. Peut-être ces nouveaux Vandales recueiUirentr-ils , parmi les ossements , quelques bagues , quelques colliers d'or , acquis en troublant , par une cupidité sacrilège , le repos sacré de la tombe ; en brisant à plaisir les œuvres de l'art , en pulvérisant les marbres sur lesquels le génie avait sculpté les traits des héros ; en déshéritant enfin l'histoire du témoignage de ces monuments. Un poignard du xiv.« siècle, trouvé dans le mausolée de Louis de Ghâtillon et jeté à l'écart par les dévastateurs , avait é^é recueilli par un vieillard, ancien fournisseur de l'abbaye ; M. Paty, rayant acquis, l'a déposé depuis au musée de Bourges, Peut^tre était-ce la dague avec laquelle le vaillant comte Louis avait envoyé chez les morts tant d'Anglais, avant d'y descendre lui-même du champ funeste de Grécy.
Telle était cette abbaye de la Guiche que fondèrent Jean de Ghâtillon et Alix de Bretagne ; le nombre des religieuses s'y éleva souvent, dit-on, à plusieurs centaines, et elle fut gouvernée successivement par un grand nombre d'abbesses appartenant aux plus nobles familles de France *.
Jean de Ghâtillon ne vit pas dans toute sa splendeur Tabbaye quïl avait fondée : il mourut à Ghambord en Î279^ après avoir
* M. Emmanuel Paty a été assez heareux pour recueillir les noms de toutesles nbbesses de la Guicbe j du xir.* siècle à la fin du dix-huitième. Ce furent : \iv.* siècle, Isabeau de Viry, Jehanne de Montlion, Jacques de Pons, Alice de Blancourt, Philippe la Prévôté, Philippe de Courteville, Marguerite de Tigny. — XV.* siècle, PbiUppe de Sainte-More, Jehanne MoIIine, Perrinede Laubespine. — XYi.* siècle, Jehanne Bretonne, Anne de Bailleul, Isabeau de Bacons, Marie de la Saussaye, Françoise Le Bouchier. — xvn.* siècle, Gabrielle de Beaugé , Fiorimonde de Pellocquin , Marie de Prunelay, Marie Chapelier, Elisabeth de la Bourdonnière. —xnii.* siècle , Hélène €ebret, Marie de Vemaison, Louise de Saujon , Louise de Lescour^ Jehanne de Caœpetde Soyon , Marie de Boismartin, Marie-Anne de Lyonne.
Les limites que nous devons nous imposer ne nous permettent pas d'aborder i*histoire particulière de l'abbaye de la Guiche, et nous nous en félicitons : là commeàLonchamp, comme à Montmartre, comme à Cbelles, nous trouverions
accordé en cette même année , aux habitants du pays situé entre le Gosson et le Beuvron , le droit de pâturage dans sa forêt de Boulogne : le dernier acte de ce comte fut donc un bienfait.
Alix de Bretagne n'avait donné qu'une fille à Jean de GhâtiUon ; cette fille , nommée Jeanne , épousa Pierre de France , troisième fils de Saint-Louis , et lui porta, en 1279 , le comté de Blois. Il n'en jouit pas long-temps , puisqu'il mourut sans postérité, en 4283.
Le seul acte de ce règne de quatre ans qui soit digne d'être cité , est une transaction datée de 4280 , entre Pierre de France et les chanoines de Bourg-Moyen, par laquelle il rachète d'eux le droit perçu sur les poids et mesures , moyennant la cession des métairies de Saint-Cyr-du-Gault et de Lassai. Ce droit, à titre d'engagement, fut cédé dans la suite à la maison de Saumery , l'une des plus importantes du Blé^ois *. Le bâtiment où les habitants devaient faire vérifier les poids et mesures a donné son nom à la rue dite du Poids-le^Rai,
A la mort de son mari , Jeanne de Châtillon resta seule com-
de temps à autres des règles peu respectées et des réformes 1 aborieusemeit obtenues.
* La maison de Jehanne de Saumery, qui habite encore le département de Loir-et-Cher , est originaire du pays de Soûle ^ et son principal manoir était à Mauléon. Elle tenait le premier rang en Navarre dès le x.* siècle.
Appelé en France par ses oncles, MenauU de Lakarra, aumônier du roi, et Bernard de Butbie, grand aumônier de France, Ârnault de Jchanne s'établit dans le Blésois en 1570, et devint seigneur marquis de Saumery , après ta mort de Menauit de Lakarra , propriétaire de cette terre. Depuis son établissement en France, la famille de Saumery a constanmient occupé la charge de capitaine et gouverneur du château royal de Cbambord jusqu'en 1785. Elle a fourni des conseillers d'état, des gouverneurs et grands baillis de Blois, un lieutenant-général commandant pour le roi aux gouvernements de l'Orléanais, du Blésois , du Dunois et du Vendômois ; des gouverneurs de places fortes , des ambassadeurs et mini»- U^ plénipotentiaires, un grand nombre d'olOciers-généraux ; des capitaines de vaisseaux; une multitude de chevaliers de l'ordre royal de Saint-Louis, et un évéque. Un membre de cette famille fut sous-gouverneur du roi Louis XV.
tesse de Blois , et vécut , dit Duchêne , historien de sa maison , en une sainte et perpétuelle viduité.
La veuve de Pierre de France n'ayant point d'héritiers directs, laissa , en 1291 , le comté de Blois à Hugues de Châtillon^ son cousin-germain , qui abandonna à ses co-héritiers d'autres terres considérables. Gecomte^ par diverses donations et immunités, acquit, dans le Blésois, la réputation d'un prince bienfaisant. Ainsi , la Maison-Dieu des Montils obtint de lui le droit d'usage dans la forêt de Russy, et par un testament quil fit en1299, plusieurs dons étaient assurés aux couvents et aux pauvres de Blois. Hugues H s'inscrivit au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye de la Guiche, en accordant à cette communauté vingt livres tournois de rente perpétuelle , à prendre sur ses revenus de Blois.
Le règne de ce comte nous fournit un témoignage de la singularité de certaines redevances que , sous le régime féodal , les populations acquittaient à leurs seigneurs. Ghaque fois que le comte couchait en son palais de Blois, on devait lui servir vingt pains, une demi-jalée de vin, six pièces de chandelles, et autant de foin et d'avoine qu'il en fallait pour deux chevaux. Hugues H , honteux sans doute d'une telle aumône faite à l'opulence féodale par la pauvreté plébéienne, la supprima en 1296.
La redevance que nous venons de signaler prouve, au surplus, que les comtes de Blois , jusqu'à' ceux de la maison d'Orléans, faisaient rarement leur séjour habituel dans la principale ville du comté; beaucoup d'entre eux n'y firent même que de rares et courtes apparitions. Engagés dans les guerres, ou grands officiers de la couronne, ces princes vécurent à peu près constamment loin des bords de la Loire. L'on doit ajouter que quelquesuns , ayant possédé des domaines plus importants que le comté de Blois, y résidaient de préférence, lorsqu'ils n'étaient pas à la cour des rois de France , ou ne guerroyaient pas dans leur propre cause ou dans celle du souverain.
Hugues n de Ghâtillon avait épousé Béatrix de Flandre , dont
il eut deux enfants : Gui de Châtillon , q ui^lui succéda en i 307 ^ ' au comté de Blois, etTean de Châtillon. Le premier de ces seigneurs, trop jeune au jour de son avènement pour gouverner le Blésois , fut placé sous la tutelle de sa mère , puis sous celle de Gui, comte deSaint-Pol,son oncle. Vers 1310, le jeune comte Gui épousa Marguerite de Valois , et ce fut sans doute à cette occasion que le roi Philippe-le-Bel lui conféra Tordre de chevalerie. Nous avons dit ailleurs que le droit régalien de battre monnaie était exercé par les comtes de Blois depuis l'époque carlovingienne : MM. Cartier et de la Saussaye , dans leur savante Reviœ numismatique, ont rapporté plus d'un fait confirmatif de cet exercice. On fabriquait la monnaie à Blois, dans un hôtel duquel dépendait la maison dite de la Tour d'argent, située près de la Poissonnerie , et celle à lamnielle est adossée la fontaine de ce marché. En i 309 , Gui de Cnatil ïon , t uteur du copa te , donna 1 . à bail la fabrication des monnaies du comté par des lettres dont voici la teneur : a Nous Gui de Châtillon , comte de Saint-Pol et » boutillier de France^ faisons savoir à tous, que nous avons » baillé à Nicolas Brancheseche notre monnoye de Bloys à faire » et à ouvrer par tout le Blésoys là où il lui plaira ; et lui promet- » tons à bailler et délivrer les maisons et le lieu où Pierre le » Flamand ouvroit, et autres maisons, s'il en avoit mestier. Et » doit faire notre monnoye au poys accoutumé , c'est à scavoir y> le denier à trois deniers et maailles de loy argent de roy , et » de diz et sept sous six deniers de poys au marc le roy. C'est » à scavoir ij maailles pour j denier. Et doit faire moitié deniers » et moitié maailles : c'est à scavoir , cent livres de deniers et » deux cents livres de maailles. Et doit son terme durer de la j» mi-aoust prochaine à venir jusqu'à la septembresche en jan, » Et lui promettons que nous ne ferons point faire de monnoye » en la comté et domaine de Bloys , ni par nous ni par autre , » son terme durant. Et lui promettons lui faire avoir les ouvriers » et monnoyers qui sont de notre domaine, pour venir ouvrer » en notre monnoye de Blésoys. En témoin des choses dessus
» dites , nous avons mis notre propre scel à ces présentes let- » très, qui furent faites l'an de grâce mil trois cent et neuf, le » dimanche devant la Notre-Dame , mi-aoust. »
Il est probable qu'à sa majorité Gui renouvela plus d'une fois le bail passé par son oncle pour la fabrication des monnaies blésoises , qui s'effectuait eQcore au nom du comte en 4319. Mais plus d'une fois aussi , Loui^e-Hutin et Philippfe-le-Long avaient chicané le comte de Blois sur le titre et le poids des pièces émises dans son comté. Enfin , en 1 320 , le roi retira à ce grand feudataire le droit de monnayage ; mais une indemnité lui fut accordée pour dédommagement de ce retrait.
En \ 329 , le parlement condamna le comte Gui à payer moitié des dettes que le comte son père et la comtesse sa mère laissaient au jour de leur décès. Ce fût donc assez peu volontiers que ce prince, lésé dans ses intérêts par la justice du roi Philippe de Valois, son beau-frère, s'arma pour lui, vers 4336, dans la guerre qu'il eut à soutenir contre Edouard III, roi d'Angleterre. En 4340 , Gui I.*' aida encore ce souverain à faire lever le siège de Tournai.
Le comté de Blois dut à Gui de Châtillon un bienfait d'autant plus précieux qu'il y avait plus de honte attachée à la servitude qu'il abolit : depuis un temps immémorial , les meuniers des moulins de Souvigny , des Croteaux et d'Huisseau étaient obligés d'exécuter les criminels. Sans doute cette horrible obligation leur avait été infligée par suite de quelque grave méchef , dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les annales blésoises. Le comte Gui , par des lettres données en 4 335 et relatées dans le Gartulaire de Bourg-Moyen , exempta les meuniers d'une si déplorable corvée *. Assez d'autres obligations dégradantes restè-
* Il y avait à Blois un exécuteur des hautes œuvres en 1345 ; car nous trouvoDS dans un compte des dépenses faites en cette année par Regnault Pivart, prévôt de Blois, le passage suivant: «Baillé au bourreau de Blois pour li faire pendre un » homme et pour le vin dou marché quand il fut retenu , v sols, m
rent attachées à la condition des hommes et femmes corvéables de corps à la merci des seigneurs.
Gui avait eu de Marguerite de Valois , qui le précéda au tombeau, trois enfants : Louis de Châtillon, comte de Blois; Charles de Ghâtillon , dit de Blois , devenu si célèbre par la guerre qu'il soutint contre la maison de Montfort ; enfin , Marie de Ghâtillon, mariée à Raoul, duc de Lorraine. Gui 1.*' mourut en 4342, et fiit inhumé comme ses prédécesseurs à l'abbaye de la Guiche.
Louis, premier du nom, succéda à son père, avec les titres de comte de Mois , Dunois , Soissons ; etc. A son avènement au comté , ce prince en ayant fait hommage au roi PhiMppe de Valois , son oncle , parut^ un instant à Blois ; puis il courut au secours de son frère Charles, engagé déjà dans cette longue lutte qui devait lui coûter la vie. On doit penser qu'à cette époque le trésor du comte Louis se trouvait dans une situation peu prospère; car la comtesse Jeanne de l^inaut^^^emme, dut emprunter à Jean de Chambord , boi^PHI^re la ville de Blois , une somme équivalant à cent quatre-vingt-dix francs de notre monnaie , pour être envoyée au comte , en Bretagne *.
Au rapport de Bernier, les habitants déçois, affligés du rapide passage de Louis L*' dans leur ville , craignirent que ce comte ne leur enlevât leur droit de franchise,* que ses prédécesseurs avaient toujours confirmé lors de leur joyeuse entrée. Sans doute l'historien Mésois entend parier ici de l'affranchissement du bourg de Foix, acheté des moines de Saint- Laumier ; car nous ne voyons pas qu'aucun autre acte ait affranchi le siurplus de la ville. Bernier lui-même dit ailleurs , qu'avant Louis !.•', les habitants de Blois étaient serfs, et qu'à leur mort les comtes s'emparaient de l'héritage qu'ils laissaient. Louis, toujours selon Bernier , supprima ce privilège draconnien, et le remj^ca par qn droit dit de faitage, prélevé sur chaque mai-
* Le château de Blois , par M. de la Saussaye , d'après une charte du xxv."^ siècle , provenant des archives de feu le baroa de Joursanvault. ,
Oi HISTOIRE DE BLOIS
son , et dont furent exemptées les dépendances des abbayes de Saint-Laumer et de Bourg-Moyen. Il est probable , cependant ^ que la charte qui consacrait cette disposition laissait subsister la servitude de corps; puisque le comte Louis L", par des lettres particulières, affranchit Pierre Druion et Doam , sa femme , à condition que s'ils avaient des enfants , il en resterait un à Fabbaye de Bourg-Moyen. La féodalité étendait sur les biens et les personnes des rets aux mailles si multipliées , qu'il était difficile d'édiapper à toutes.
Louis de Châtillon , après avoir combattu sans succès , mais non sans gloire, pour Charles, duc de Bretagne, son frère, dont il ne connut pas les plus tristes destinées, se trouva près du roi, son suzerain, à la funeste journée de Créci. Il fut compté parmi les nombreux chevaliers qui avaient versé tout leur sang pour sauver les bannières de France de Topprobre d'un échec; s'il ne put , en tombant sur le champ de bataille , racheter cette terrible suite de la plus maladroite combinaison stratégique , il conquit au moins en mourant une belle page dans l'histoire. « Le comte de Blois , neveu du roi de France , et le duc de Lor- » raine, dit Froissard, avec leurs gens et leurs bannières , se » combattirent moult fort; mais ils furent enclos d'une route V d' Anglois et Gallois et furent occis , combien qu'ils y firent » moult prouesses. » Ce témoignage du chroniqueur n'est pas suspect : on sait qu'il aimait les Anglais plus que ses compatriotes.
Jeanne de Hainaut resta donc veuve en 1346 , avec trois enfants : Louis de Châtillon, deuxième du nom, comte de Blois; Jean de Châtillon , aussi deuxième du nom , et qui fut comte de Blois après son aîné; et Gui de Châtillon , d'abord comte de Soissons , puis comte de Blois. Louis II étant en bas-âge à la mort de son père , la comtesse eut la tutelle des domaines du jeune comte : tutelle qui fut sans doute exercée par Guillaume de Flandre , comte de Namur , son second mari. A la mort de cette princesse, arrivée en 1350 , la gestion des possessions de Louis II
fut disputée à Jean de Haînaut , oncle maternel du jeune comte, par Charles , duc de Bretagne , son oncle paternel. Un arrêt du parlement , rendu en 1 351 et confirmé par le roi Jean , maintint Jean de Hainaut en jouissance delà tutelle. Infortuné duc de Bretagne , qui aspirait encore à des embarras , au milieu de tous ceux attachés à sa position! Lambition ne calcule jamais ses ressources , et *ses convoitises admetttent rarement les conseils de la prudence.
Louis de Châtillon , devenu majeur , partagea avec ses frères les héritages qui leur étaient échus. En 1361 , ce comte de Blois envoya à Londres , Gui , son plus jeune ft-ère , comme otage du roi Jeaai , revenu en France pour réunir sa rançon. Dans cette circonstance , Alard de Donstienne , gouverneur de Blois , fournit une somme de quatre cents livres. Vers ce même temps , Louis II dut s'armer contre certains aventuriers qui parcouraient le Blésois en pillards , après s'être emparés de plusieurs forteresses du pays. Le gouvernement de ce prince, contemporain des désastres accumulés sur le royaume depuis le funeste résultat de la bataille de Poitiers , fut traversé par toutes les calamités que la France eut alors à subir. Cependant le château de Blois , maintenu en bon état de défense , ne tomba ni au pouvoir des Anglais, ni aux mains de ces bandes auxiliaires qui, amies ou ennemies , étaient le fléau des provinces qu'elles occupaient.
Mais si le comte habitait ce château , quel dut être sa douleur en voyant, du haut de ses tours inexpugnables, un cercle d incendies borner sa vue à l'horizon , et quelquefois ses vassaux tomber égorgés au pied même de ses remparts. M. de la Sanssaye, d'après les archives du baron de Joursanvault*, rapporte
* M. le baron de Joursanvault, mort au commencement de ce siècle, était un amateur passionné des monuments historiques; il a\ait réuni une collection importante de cliarles du moyen-âge , tant des souverains , que des grands feudataires de la couronne. Dans la vente qui suivit son décès, cette collection fut acquise par le libraire Techner , qui , ayant fait répartir les chartes par provinces , les vendit séparément aux autorités départementales , et Ût en cela une
qu'à cette époque , Pierre de Fontaine , Fun des meilleurs oflSciers du comte , commandait Tartillerie du fort. Mais soit qu'elle se composât dès-lors de canons , soit qu'on ne disposât encore que de ces instruments de jet qu'on nommait engins *, et»jqui fonctionnaient sans l'usage de la poudre , on était bien inhabile à frapper l'ennemi au loin ; Tartillerie du château ne dut guère inquiéter les bandes anglaises ou autres à quelques centaines de toises du château.
Toutefois , les efforts de Louis II ne furent pas impuissants : il parvint à chasser les Anglais du Blésois : il ne leur resta bientôt plus rien dans ce comté des conquêtes du Prince Noir.
Nous avons vu que le chapitre de Saint-Sauveur de Blois fut fondé, en l'an iOOO , par une réunion de prêtres qui instituèrent vingt-huit prébendes dans cette collégiale. Thibault V, par la plus singulière générosité , se démit, en faveur des chanoines de Saint-Sauveur, de tous ses droits pendant les trois jours qui suivent l'Ascension. Louis II voulut se refuser à cette étrange concession , dont les bénéficiaires avaient peut-être abusé plus d'une fois ; ces prébendiers soutinrent ce qu'ils appelaient leur droit ; l'affaire fut portée au parlement , qui , par arrêt de 1362, maintint la disposition de Thibault V.
Sur la paroisse de Saint-Honoré , et au lieu où se trouve la fontaine dite de Saint-Jacques , dans la ville de Blois, il existait autrefois un hôpital du même nom. U avait été fondé , en 4366, par le comte Louis II et quelques particuliers , pour le soulagement des pèlerins voyageurs. Cet établissement, qui eut le titre
bonne spéculation. M. le maire de Blois s'étant rendu acquéreur du lot concernant Tancien comté de Blois , ces archives ont été et seront encore consultées avec fruit par les historiens de la localité.
* Ou lit dans l'ouvrage intitulé : De l'Origine de ta milice et des armes , par Claude Fauchet : « Tous les instruments de jet s'appelaient autrefois engins ou » artillerie , parce qu'il fallait avoir du génie [ingcnium) et de t*art pour faire •* et composer ces ouvrages subtils. »
de chapitre, était desservi par huit chanoines. Le prieur de Saint- Honoré était chanoine de Saint-Jacques. La place nommée PuiUdit-Quartier, et qui tient ce nom d'un puits qu'on voyait jadis au milieu , servait de cimetière à l'hôpital Saint-Jacques. Nous aurons occasion de reparler de ce chapitre.
Le comte Louis II mourut en 1 372 , sans postérité et même sans avoir été marié. Jean, deuxième du nom , son frère puîné, lui succéda. Ce prince , lorsque cet héritage lui échut , était occupé à se saisir du duché de Gueldres , que lui avait apporté en mariage Marguerite , fille de Renaud I.*' , duc de Gueldres et de Malines. D'un autre côté , Jean II avait hérité de son oncle maternel Jean de Hainaut , de domaines considérables en Flandre ^ en Hollande ; le comté de Blois lui sembla apparemment d'une faible importance ; aussi n'y parut-il que rarement. Peut-être , en se montrant moins indifiFérent à l'égard de ce comté , se futil dispensé de guerroyer sept années durant pour cette province de Gueldres qu'il se vit , en définitive , obligé d'abandonner à Guillaume de Juliers , après sept années d'hostilités malheureuses.
Jean II se trouvait en 1377 à la cour de Charles V, lorsque ce monarque reçut l'empereur Charles IV et son fils Venceslas, roi des Romains. Le comte de Blois fut témoin des honneurs rendus au palais de Saint-Pol, à ces princes étrangers. Mais par des motifis qui ne nous sont pas connus, il refusa, en 4380, d'assister au sacre du roi Charles VI. Peut-être, ainsi que plusieurs seigneurs, celui-ci sut-il mauvais gré au jeune monarque du règlement somptuaire qu'il rendit vers le début de son règne, et qui imposait des limites à la vie fastueuse des grands. Entre autres dispositions, ce règlement défendait de servir sur sa table jrfus de deux plats avec le potage : Nemo audeat, ait Me rex, dareprœter duo fecuîa cum potagio. Il est rare que les nouveaux règnes ne soient pas marqués par des actes d une grande sagesse; mais ordinairement, dans la cour même du souverain dont ces mesures signalent la haute moralité, on s'afi^ranchit
bientôt des entraves données aux passions contemporaines. Tandis que Charles VI recommandait par des édits la tempérance et la rectitude des mœurs , les courtisans et lés dames qui l'entouraient s'abandonnaient aux plus scandaleux dérèglements. La reine même , cette Isabeau de Bavière que l'histoire a justement flétrie, donna plus tard l'exemple d'une galanterie sans frein , a vaut, même que la lune de miel eût cessé de luire sur son hymen. Les chroniqueurs du temps ont rapporté les saturnales qui se passèrent à l'abbaye de Saint-Denis durant les fêtes du mariage de Charles VI , sans expliquer pourquoi cette solennité nuptiale achevait de s'accomplir au sein d'une retraite consacrée au célibat.
Jean II parut rarement à Blois^ et Ton trouve dans ce comté peu de traces de son gouvernement. On voit cependant qu'en l'année 1 375 , il autorisa les chanoines de Bourg-Moyen à s'emparer tout-à-fait du service divin dans l'église de Saint-Martindes-Choux , et leur permit d'agrandir cette église , qui jusqu'alors n'avait été qu'une simple chapelle. Le fait suivant , digne d'être cité , se rapporte au temps où Jean II fut titulaire du comté deBlois. En 1381 , Jean de Bourbon, comte do la Marche, partant pour quelque expédition guerrière, remit aux chanoines de Saint-Sauveur, son trésor, consistant en douze mille florins, dont ces religieux lui donnèrent une reconnaissance , que l'on trouva depuis, acquittée, dans les archives du chapitre. On sait qu'à la fin du xvii.* siècle, M. de La Châtre, ayant fait pareil dépôt dans une communauté du Paris, ne fut pas aussi heureux que le comte de la Marche au xiv.' siècle.
Jean II de Châtillon mourut en 1381 , dans son château de Schanhove , et fut inhumé à Valenciennes , dans l'église des Gordeliers, auprès de Jean de Hainaut, son aïeul. Marguerite de Gueldres, son épouse, ne lui avait point donné d'enfants; le comté de Blois échut à Gui II de Châtillon , troisième fils de Louis II , et frère du dernier comte. Celui-ci avait eu deux fils naturels d'Isabeau de Zunperg : Jean, bâtard de Blois, seigneur
de Trélan en Hainaut^ et Gui, bâtard de Blois, seigneur de Thol en Zélande. Mais le régime féodal , si fécond en actes arbitraires , n'admettait pourtant qu'avec difficulté les dispositions contraires à l'hérédité en ligne légitime. Les fils dlsabeau de Zunperg n'élevèrent aucune prétention à la succession de leur père. Gui II de Châtillon , homme d'état d'une certaine capacité , se trouvait à Bruges occupé à traiter de la paix avec des ambassadeurs du roi d'Angleterre , lorsqu'il succéda aux comtés de Blois et de Dunois. Mais étant l'aîné de sa maison , il prit le nom de Châtillon , apanage principal attaché à la primogénitùre mâle dans cette famille.
En i 382 , Gui assista à l'hommage rendu par Jean de Montfort, duc de Bretagne , à Charles VI : hommage fallacieux , contre lecpiel ce prince avait protesté d'avance par un acte secret conclu avec l'Angleterre , et contenant la promesse de ne jamais prendre les armes pour le roi de France contre la Grande-Bretagne. Cette soumission trompeuse du Breton ne devait pas être la dernière dont une arrière-pensée altérât la sincérité.
Dans la même année (1 382) , Gui II se distingua dans la guerre que Charles VI eut avec les Flamands révoltés ; il empêcha que le Hainaut ne fût ravagé; mais sans révoquer en doute le dévouement de ce comte à ce souverain , on peut soupçonner que le concours de ses armes ne fut pas précisément désintéressé. Gui II redescendit l'année suivante dans la lice , quoique sa santé fût très altérée : cette fois il aida Charles VI à combattre les Anglais et les Gandois. Une noblesse assez nombreuse du Blésois l'accompagna dans cette expédition : on comptait au premier rang les sires de Montigny , Guillaume de Saint-Martin et Valeran de Donstienne , capitaine de Romorantin.
Rentré au château de Blois, le comte y résida jusqu'en 1385; à cette époque, il se rendit auprès de Marie de Bretagne , duchesse d'Anjou, qui venait de perdre son époux, Louis de France, duc d'Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile, mort misérablement en s'efiTorçant d'occuper ce dernier royaume , dans
lequel il ne put même conquérir une tombe. Le comte de Blois passa près d'une année avec sa cousine, ce qui satisfit peu la comtesse Marie de Namur. Peut-être s'effaroucha-t-elle d'une consolation si prolongée, à mie époque où la constance matrimoniale n'était pas une vertu bicQ commune chea les grands. Quoi qu'il en soit, Gui II étant de retour à Blois, donna aux dames de la Guiche des lettres d'amortissement pour les biens qu'elles tenaient de sa cousine Isabeau d'Avaugour.
En 1388, mais en l'absence du comte Gui, eut lieu à Blois une entrevue de Jean , duc de Bretagne , avec les ducs de Bourgogne et de Berry, en vue d'une réconciliation entre ce prince et le Toi son suzerain. Le comte de Blois, peu empressé d'assister à des conférences dont il suspectait de part et d'autre la sincérité s'était retiré à Châteauregnault, laissant à la comtesse le soin'de recevoir ses hôtes iUustres. Froissard , le célèbre chroniqueur, et l'un des chapelains de Gui U , rapporte que les deux altesses royales, accompagnées du comte de Nevers, descendirent au château en grant arroy ; quant à Montfort , plus prudent qu'ami des splendeurs, il prit gîte obscurément dans la cour extérieure du palais , chez un chanoine de Saint-Sauveur. Cependant le duc , dans le cours des conférences , se laissa si bien circonvenir , qu'après cinq ou six jours de festins et de ré- jouissances étourdissantes , il suivit les deux princes à Pans, et rendit hommage à Charles VI , avec quelques réserves toutefois, et en soumettant sa cause au parlement.
En 4390 , Gui II , ayant appris que le roi se disposait à faire un voyage en Gueldres, lui envoya une garde d'honneur de deux cents lances , gens d'élite du comté de Blois , parmi lesquels on distinguait les sires de Vienne, GuiUaume de Saint-Martin, GuiUaume de Chaumont et de Montigny : tous gentilshommes bouillants de valeur et toujours empressés de protester , par anticipation , contre la renommée de mollesse dont Le Tasse devait flétrir plus tard les guerriers des rives de la Loire.
Gui II avait eu un fils unique , marié à Marie de Berry; mais
ce prince étant mort sans enfants , la maison de GhâiiUon se trouva sans héritiers directs. Alors le comte voulant jom'r, avec magnificence , ou tout au moins avec tranquillité , du reste de sa carrière , songea à vendre une partie de ses domaines pour éteindre les dettes que l'avaient forcé de contracter les guerres auxquelles il avait pris part. A cette époque précisément, Louis d'Orléans, frère du roi, pensait à employer la riche dot que ve- .. c/iySli nait de lui apporter Valontine de Wlm . cette princesse si belle, Vol* v^" si vertueuse , et pourtant si délaissée déjà par son volage époux. Des propositions furent faites au comte Gui par le sire de Coucy^ que Froissard appelle le grand contracteur , dans son récit toujours pittoresque, toujours animé; et les comtés de Blois et de Dunois furent acquis au duc Louis d'Orléans, moyennant la somme de deux cent mille écus d'or, équivalant à deux millions quatre cent mille francs de notre monnaie. Gui II se réserva la jouissance de ces comtés sa vie durante, et assigna sur leurs revenus une pension de six raille écus pour la veuve de son fils.
Le dernier grand feudataire de la maison de Ghâtillon , devenu ainsi usufruitier de ses comtés de Blois et de Dunois, en jouit jusqu'en l'année 1397, époque à laquelle il mourut , et fut inhumé à Valenciennes , dans l'église des Gordeliers y ainsi que son frère et leur aïeul. La comtesse Marie , jeune encore , épousa, en i 406 , un simple chevalier du duc d'Orléans, nommé Glignet . de Brabant, qui fut amiral de France.
Par l'acquisition mentioneée plus haut, Louis d'Orléans devint le chef de la quatrième race des comtes de Blois , que ne liait aux trois précédentes aucun lien de parenté, et de laquelle sortit l'un des rois qui gouvernèrent la France , sinon avec le plos de sagesse , du moins avec le plus de bonté. Le frère de Charles VI ne se piquait guère des vertus qu'on devait estimer dans son petit-fils: prince léger, dilapidateur , dissolu, il donnait à la cour l'exemple de tous les scandales , et ne possédait des anciens chevaliers , auxquels il croyait ressembler, qu'une
bravoure incontestable , qu'il n'eut pas le mérite de rendre utile. Le nouveau feudataire , enlacé par les séductions de la capitale , occupé d'épuiser , au profit de ses plaisirs , le trésor de l'état, dont malheureusement il avait la clé , ne daigna pas prendre, en personne , possession des domaines acquis du comte Gui ; ce fut un gentilhomme attaché à son service qui vint arborer à Blois les bannières de la maison d'Orléans , couleur de fin azur avec semé de fleurs-de-lis d'or. Il est consigné dans une charte du temps , que trente-deux écussons aux armes du duc , peints sur bougran , furent commandés à un peintre blésois nommé Jehan Bersejan , pour les villes et châteaux du comté.
La noblesse du Blésois s'empressa de rendre hommage au royal possesseur du comté. Dans un* de ses rêves chevaleresques, Louis d'Orléans avait créé l'ordre du Porc-épic , avec cette devise : Cominùs et eminùs *. Toute la gentilhommerie blésoise aspira à faire partie du nouvel ordre, et le prince se montra peu avare d'admissions. . Bientôt on vit le poro-épic sculpté au-dessus de la porte des nouveaux chevaliers; et la ville elle-même l'admit dans ses armes.
La maison de Châtillon qui , durant près de deux siècles , avait gouverné le Blésois, quelquefois avec sagesse, souvent avec bonté , fut promptement effacée de la mémoire des habitants du comté. Eblouis par l'éclat de Técusson royal , ils avaient vu sans regrets s'abaisser les panonceaux , moins brillants , des derniers comtes.... Toujours et partout les rayons d'un soleil nouveau enivrent les hommes , avant qu'ils puissent juger si sa chaleur sera bienfaisante.
* L*habit des chevaliers consistait en un manteau d*hermine, sur lequel était attachée une chaîne d'or , au bout de laquelle pendait un porc-épic sur lequel était gravée la devise.