‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 10 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I»e Bl^sois 80U8 les comtes de la ntaison d'Orlëan».

Sous les comtes de Blois des trois premières races , la vie politique des habitants du comté eut , comme partout, pour mobile exclusif, ce levier féodal qui soulevait et déplaçait les masses , au gré d'un arbitraire tout puissant.' La population serve , enchaînée aux destins d'une caste dont les droits s'étaient d'autant plus étendus qu'une monarchie débile leur opposait moins d'obstacles, ne pouvait avoir d'action qu'en suivant la carrière ouverte par les seigneurs. La bourgeoisie , même lorsque ces derniers l'avaient affranchie , se trouvait tellement garrottée encore par leurs privilèges et les redevances qui en découlaient , que tout mouvement, dans ce milieu rétréci de prérogatives et d'intérêts, expirait à la moindre tentative de l'individu et même de la commune. Celle-ci n'exerça une autorité appréciable qu'au jour où la monarchie eut besoin de son bras pour soumettre les grands: alors seulement naquit le tiers-état^ ce souverain des

temps modernes , ce réformateur terrible qui fit enfin table rase de toutes les yieilles institutions.

Toutefois , le grand essor de la puissance féodale , qui , depuis la fin du xi.« siècle surtout , avait mobilisé les peuples à la suite de leurs dominateurs , n'était pas resté stérile de résultats pour la société : si elle conquit peu de droits durant ces excursions aventureuses , l'observation et l'expérience fécondèrent les esprits où l'étude avait semé ses germes. Car , gardons-nous de l'oublier , les traces de la civilisation du vieux monde ne disparurent pas entièrement des Gaules après la chute de l'empire romarin ; les moines , ces homaies aux aiœurs trop peu sévères , . sans doute , mais aussi trop souvent calomniés par l'histoire , conservèrent les traditions lointaines et pâlies, mais encore pures , des lettres antiques. Grâce à ces reclus laborieux, il resta dans les cloîtres une lueur des connaissances humaines semblable à l'étincelle conservée sous la cendre d'un brasier éteint *. Si dorant ceswwsades ou HiHîppe-Auguste et Saint-Louis concentrèrent toute l'animation , toute la poésie de leur temps , cette lueur fut près d'expirer**, le feu sacré se ranima au retour. des guerriers qui revenaient «de l'Orient ^ l'imagination et le f^œur bouiUanlis des inspirations neuves qu^Ms y avaient puisées; et Bkûs eut sa part «les concpiètes du savoir , joint<»s aux trouées d une guerre moins utile que ^orievse.

Les ancieDS afuoaltstes dn BLéBoàs ottt fait remonter trop kin

* Sans parler des 'savaifts m peu apocryphes du sTède de Cbarlemagne , Gerlîert , pFicepteur chi wï Robert, et 4^i fut pape sous le nom de Sylvestre H , fit briUer au x.' aiècfe^ ft travers ie «oile àe barintrie qui coirrratt de ooufean FEvrope occidentale^ des connaissances profondes et variées. 11 inporta em finaoe les chiffres arabes ; on lui dut les premières notions de Talgèbre^ en un mot, il fit fidre un gpcxnd pas aux sdences de son temps.

♦♦ Alors et durant plusieurs siècles encore , on ne voyait se Uvrer â Télude q«e des hommes sortis de la classe plébéienne. Or, les écoles des monastères durent rester désertes lors(}cie les seigBewrsemmeBèiieiit en Terre-Sainte despopuladons entières

ET BS '9m T£R1l1T0Ilt&. 6S

l'éeole<le Vabbayede Saifit-L^umer : nous ne voyons cetle école fleurir "que vers ta fin du xf .' siéde. Daiîs !e stède suivant , elle devint féconde «n illustrations : de ses dasses sortirent sucoessîi^iene&t Hugues Farsit , maître de Féoole de Chartres- Lambert Licors , poète français ; Hulric , qui dirigea avec un» grafade supérÎOTÎtérécGle d'ouï! était sorti; Bernard de Blois, célèbre par son #M|iieoce; Ernaudde filois , qui se fit un nom dans les «eieoces ; Vital , auteur de fA%dularia , attribué è Plaute - Pierre de Blois , oet e^Cant du tauboiang de Vien»e , que Ton doit classer panm les Taaeilleurs écrivaiofs de son temps; ^nfin, Guîlfeunïe,' son frère , auteur de divers ouvrages dramatiques et d'ceuvres de théologie , ce q<ui ne paraissait pmM alors incompatible. Pierre de B4ois , d'abord précepteur de <3«illafume lï , roi de Sicile , dc- Ti«t ensuite son secrétaire. Â{^)dép!us tard en Ân^eterre par Henri II , il obtînt Tarcbadiaconé de Batti , puis cdtn de Londres. Ce BlésDÎs fut non-«eulemeiit un homme d'état distingué ; mais il s'iUustra par une dialectique savante et sévère , qui marqua peut-^re le premier pas de la critique aw moyen-âge *.

On ne doit pas toutefois attribuer aux religieux de Saint-Laumer seuls le caractère essentiellement artistique de leur église : en examinant les diverses parties de l'édifice , il est aisé de roamiia#tr6 Timportation sucoesave d«s progrès écloe et grandis MUS un autre ciel. Roma<no-byzantÂB dans sa partie lapins ancienne (le chœur) , il revêt les formes de Tére -ogivale primitive (ïiflt.» siède) dans le surplus de la cG®str»ct»on , ^ l'ori^ne orientale est ici de toute évidence. Meds illaut tenir compte aux BénédîctÎDS du soin qu'ils prirent d'acclimater l'art aux bords de k Loire , et des sacrifices qu'ils &rent pour doter la vBle de Blois d'un monument.

* La meilleure édition des œuvres de Pierre de Blois fut pubUée, en 1667,, par Pierre de Guassaloville. Elle se compose de lettres , de sermons et de iraltés di^ vers. M. Daplessis , membre de la société académique de Blois , a consigné dans l6s mémoires de cette société une notice sur Pierre de Blois et ses ouvr2m[esj no* tice que Ton consultera avec intérêt.

Tandis que la basilique de Saint-Laumer s'élevait, deux hommes supérieurs sortaient des écoles de cette abbaye : Gauthier, abbé de Pontigny , puis évéque de Chartres , célèbre par son éloquence et sa vaste érudition ; et Robert de Blois , connu par des fabliaux qui lui acquirent une célébrité méritée.

Quant aux exploits en Palestine des guerriers du Blésois, vraiment ils ont été trop peu appréciés par les historiens mêmes de la localité. Les grandes renommées imposent des convictions : Le Tasse , dans son poème immortel, et peut-être uniquement afin de produire un effet de ce molle facetum imitatif , qui est l'essence de la poésie italienne, atteint lés croisés des bords de la Loire d'un renom de mollesse trop légèrement attaché à leur réputation. On a vu que plusieurs comtes de Blois combattirent dans la guerre sainte; que deux d'entre eux y perdirent glorieusement la vie; et Ton doit penser qu'ils furent environnés de braves chevaliers partis , sous leurs bannières , du pays qu'ils gouvernaient. Le silence de l'histoire voue quelquefois à l'obscurité des carrières non moins illustres que celles exaltées par les préventions favorables ou les panégyristes soudoyés : double attentat à la vérité qui abuse malheureusement les générations. Nous devons ajouter que Louis II de Ghâtillon , pour repousser du Blésois les Anglais et les grandes compagnies qui dévastaient ce pays dans la seconde moitié du wv.* siècle , ne manqua ni de bras ni de cœurs vaillants.

Sous les derniers comtes de la maison de Ghâtillon , le gouvernement et ladministration du pays étaient organisés ainsi : la première autorité , en l'absence du comte , était dévolue au vicomte ou lieutenant de ce prince, qui le représentait dans tomes les occasions ou la puissance de ce grand feudataire de-

• Au XIV. • siècle , les vicomtes ou lieutenants du comte furent les sires Jean de Villesavoir, Regnault de Barbançon, de Bicond, Hugues de Barbançon, Guillaume de Mesalent, Geoffroi de Saint-Bricon , Gilles de Cauroy, Alard de Donstienne et Alard de Barbançon.

vait prononcer. La justice était rendue par un bailli*, qui intervenait , sinon dans le gouvernement , du moins dans l'administration , que ce fonctionnaire dirigeait au nom du comte , à moins qu'il n'y eût afiFranchissement des villes , et , dans ce cas encore , le bailli dominait la communauté , surtout pour la conservation des redevances féodales. Il y avait en outre à Blois un receveur du comté **, et un châtelain auquel était confiée la garde du château. La ville , entièrement fortifiée à l'avènement de la maison de Châtillon , avait son commandant particulier , qui fut souvent le lieutenant du comte. La police était exercée par un prévôt ***, dont le pouvoir, quelquefois discrétionnaire , se faisait rudement sentir sur les classes plébéiennes ; mais qui , dans son action , se trouvait souvent entravé par les droits et prérogatives des abbayes de Saint-Laumer et de Bourg-Moyen ; quelquefois encore par les privilèges , de fondation ou concédés , dont jouissait la collégiale de Saint- Sauveur. Nous parlerons ailleurs de la chambre des comptes de Blois , dont l'existence remontait au gouvernement des comtes de

* Les baillis de Blois , au xiv.* siècle , dont les noms ont été conservés , sont : AudrydeCove, Regnault-Pivart, Nicolas Barreau, Gui de Koecke, Jean de Beausse et Regoault de Sens. Au xni.* et au xiv.* siècles, ces baillis sortaient généralement du corps des légistes , et quand les états-généraux éuient convoqués , ils renforçaient , s'ils étaient roturiers , l'ordre du tiers-état , dont les cahiers furent si souvent hostiles à la féodalité , et fortifièrent ainsi l'autorité royale.

♦♦ Les receveurs de Blois, au xiv.« siècle, furent Mellîen ou Merlin, Dargent, Jean Lemercier , Jean de La Fontaine , Robert de Gyen , Berthelot le Chandelier, Jean de Bussières, Giliet-Boyvin , Guillaume Marchand, Jean de Bonduis, Jean Largentier, Pierre d'Orléans, Pierre Vinet, Jean Deschamps, Girard- Villodon et Nicaise de Bonduis. — On a conservé les noms des châtelains Guillaume de Mosnes, Macé ou Thomas Petitpas, Gauteron-Leblanc , Louis de la Glisoelle ou de la Griselle , Jean Vigrent.

*** Les monuments historiques offrent les noms des prévôts de Blois désignés d-après : xiv.* siècle , Jean du Ruchet , Regnault-Pivart , Gauvain du Refuge , Jean Largentier « Jean Marchant , Jean de Frore et Jean de Bechebien.

Champagne,, et qui éiaÀi Vuùe des pIu&ai^cîeBne& du royaume.

Après Favèi^eBAefit de la maisoa d'Orléans aaeofioté diê Blois, il y eut un grainl-baUli ^dont l'autorité s'étendait à tout le duché, ei ayant la haute-main sur toutes les juridictions et îa9Stitutix>fi5 de la province ^ satilles eas ressortisfiaDl ao parlement deParisi.

An moment où. Louis d'Orlé*ns pf it possessioct du com4é , ce prince avait, comme nou» l'avons dit, épousé, depuis quelques années , Yakatine , fille de Galeas Yisconti , duc de Milan, princesse dont la pureté faisait tache danaune cour dis^ sdue. On l'en ékûg^ vers 43^9^; mais pour eouYrir son exil d'un prétexte spécievki. , l'impudique Isabelle , femme du tqà Charles YI , osa supposer des familiarités iUégrtimes entre œ monarque et la duehesse d'OrléanSw Un motif plus réel de l'élotgneHkent de YaLentine^ c'est qu'elle gjàoait le, duc dans ses scandaleuses galanteries avec la reine.

Yalentine était à Châteaur-Thierry, lorsqu'on 44*7 , elleapj^rit l'assasaLnat de soa mari *. Elle en avait eu trois fils : Charles d'Ofléana, qui fui. père d& Louis XII; Philippe, comté de Yertus, et Jean, comte d'Angouléme , aïeul de François I." Le premier soin de Yalentine fut de sauver ses enfants ; elle les envoya à Blois , ville munie d une bonne enceinte ; mais elle ne s'y retira point encore : la malheureuse princesse espérait obtenir justice de l'horrible attentat qm la reiklait veuve; ^e se rendît à Parfis.

Son affliction profonde , le spectacle du grand deuil dont elle était environnée et son entrée lugubre dans la capitale , produisirent une vive sensation parmi le peuple; mais,, ainsi que toutes. le&impressioDâ. de 1b foule parisienne , cette sensation, ait éphémère. Le roi , se trouvant dans une des hienTS de lucitfiié qui traversaient sa déplorable vie, accueillit sa belTe-sœur avec

• Pfashwnrs Mstorfcm «nt rapporté qwfr le duc d'Orléaiis ayairt un |©ur montré an dtic de BonrgxTgm le portrarft de sa femme parmi' eeux dfe ses maftirsses^, et prince, c r neff e me nt trfessé, résolut dès ce moment le meurtre de sm neven.

ET DK %m YEKBSrmKi^ 69

atlendrisfiement^ il M ptomit de faire htmae et proropte jmtice des assassins, dki feu diie; maits tâeiEtôt cedte promesse s-^é- Ydfiouk dans ks orageisses anemalÂes de sa ra^os. Ellie s'y repcoduisil l'année soivanéfe. La requête de Yaieiatine , que ébarks YI pril akjrs en coosidéKalioii ^ e «mcfaiaii à ce (jm le duc dé BûurgD^ûe defflandàfc pard#B à eHfe efeàB œ» enfents, en présenec dit Toitj des princes, des eoaseite et.dïiipeu^, la fête décourerte, sans ceintore , à geiwHix ; et cpie cette répsaradoiv, eommeneée au Louvre, fût répétée à l'hôtel Saint-Paul, et vieille rue duTempte*, où le crime a\Ealt été eoQiBâs. Latdttehesse demandait encore que Tamende koQoi?able da Bourguignons fûli répétée à s€m de trompe daas toat le royauiasœ;. ^e toutes ses maisons fussent rasées; qu'oa élevât à lear place des croioL chargées d?iDscn|^io@s âétrissaAtes; qa^ilhiTM enjoiiit de; fenKfeir deux: collégiales etdeta chapelles.^ l'une à. Jérusalem , l'autve à Rome,, et de payer une astende d'm million d'écuâh d'or ; &Êk&m que Jean-sans-Feuir fitt exiié outre-meiî pendant ^ingt atats ,.avec défense d'approcher êè cent lieues des «adroita e^ se tiendraieB^la reine et les princes delà maison d'Orléans*. »

Malgré les promesses du roi y rien de tout ce qui précède ne fut obtenu : le duc de Bourgogne , vainqueur des Liégeois , déclara qu'il allait se rendre à Paris à la tête d'une armée pour répondre auix griefe aUégués coaïtre lui. Dès-lors il n'y eut {dus de griefe r les tecremrs de lap cour paralysèrent sa jtBtice. Vale»tioe, désespérée^ rejoignit ses enfanta à BIchs.

BésHoiott» en peu dJe-mots lai vie de cette noble et belle priacesse y qui avait épuisé tocrt k fiel dont peut s'abreuver l'existtenee d'une douce et tendre créature , trompée* dai^ toutes ses affieetioBS. Elte- aval* vu le ptas volage des époux passer dans ks bras de cent femmes ^ ou: passbonées: , ou seo^ kment ambTtieœes d'oceaper, pendant quelqises jours, vn prince de la maison, royale. Presque en sa pirésence ^ la reine

* Mimire de Prrnice r P» Ançieta y amoés WSS,

Isabelle et la duchesse de Bourgogne s'étaient données , par une impudeur publiquement affichée , à ce fils de France , avec lequel le sexe dissolu de l'époque se faisait honneur de son déshonneur. Et la pauvre Valentine , compagne fidèle d'un souverain privé de sa raison ; attentive à en fixer les lueurs fugitives sur des objets qui pussent Famuser, passait près de lui ses tristes journées , sans pouvoir même se garantir d'une infâme calomnie , qui l'atteignit dans cette vie de souffrance et d'abnégation.

A la suite de tant de chagrins et de dégoûts , Valentine, qui eut fait l'ornement des cours les plus riches de beautés , trouvait pour unique refuge contre des inimitiés incessantes , les sombres murailles d'un château-fort, qu'elle se plut à rendre plus triste encore. Les chroniqueurs du temps nous montrent la noble veuve, enfermée sans cesse dans un appartement tendu d'une draperie noire, semée de larmes blanches. Elle avait pris pour emblème, disent-ils, un arrosoir entre deux S, initiales de soupir et de souci, avec cette lamentable devise :

Rien ne m'est plus , Plus ne m'est rien.

En voyant la pâle figure de Valentine glisser le long des lugubres tentures des chambres et des galeries , on eut pii la prendre pour un de ces hôtes du ciel parmi lesquels sa place était marquée. Chaque jour elle abrégeait de plus en plus son exil sur la terre , par les douleurs et les privations d'une vie dont elle ne voulait plus. Née pour se livrer aux chastes mais brûlantes émotions de l'amour , son cœur avait été brisé au contact d'un cœur que le vice seul trouvait sensible , et qui s'était fait d'acier pour elle. Privée à jamais de douces illusions , Valentine s'abreuva avec une triste volupté à la coupe du malheur ; elle accepta ses peines comme autant de félicités , et refusa cruellement à sa jeunesse les consolations qu'il faut chasser avec bien

de la persévérance pour qu'elles abandonnent cet âge qui en est avide.

La duchesse d'Orléans allait quelquefois passer une semaine au château des Montils; elle y fit même des augmentations assez importantes. Là , comme à Blois , cette princesse recevait les hommes de l'époque renommés pour la délicatesse de leur esprit. Jean de Meung, dit Clopinel , Fun des auteurs du trop fameux roman de la Rose, eut souvent part à ses bienfaits, parce qu'il lui avait dédié un de ses livres. La vanité, dans cette ame flétrie , conservait donc encore quelque empire.

Enfin, après une année de regrets, dont la duchesse semblait caresser les empreintes cuisantes , elle vit approcher la mort avec de mélancoliques sourires : saluant , si nous pouvons nous exprimer ainsi , chacun des paroxismes du mal qui minait sa débile constitution. Mais , à travers la suave agonie de Valentine , nn reflet du naturel italien se produisit : à cette heure suprême sa voix s'anima ; son regard angélique étincela comme l'éclair en se portant sur ses enfants , et elle leur fit jurer de ne goûter ni plaisirs ni repos qu'ils n'eussent vengé le meurtre commis sur leur père. Valentine ne chérissait pas moins Dunois, fils que le feu duc avait eu d'une de ses maîtresses , que les princes delà tige légitime d'Orléans. «Celui-ci, disaitr^lle quel- » quefois , m'a été emblé (volé) , et nul des miens n'est si bien » taillé à venger la mort de son père. » « Le quatrième jour de » décembre , dit Juvenal des Ursins, mourut^ de courroux et de » deuil, la duchesse d'Orléans. C'était grande pitié d'ouyr, » avant sa mort, ses regrets et complaintes ; et piteusement refi grettait ses enfants et un bastard nommé Jehan. »

Valentine fut inhumée près de son époux , au couvent des Gélestins , à Paris ; mais le cœur de cette princesse fut donné aux Cordeliers de Blois.

Après la mort de la duchesse , Charles d'Orléans, héritier du duché de ce nom et du comté de Blois, se vit contraint, malgré les exhortations vengeresses de sa mère , d'accéder à un accom-

72 rasTdmB bb i&eift

BftodeBQe&t avec leâiae>deBow*g9gB«vLe9>Bégjieialions^ea«»âKicées à Tours , se terminèrent à Chartres , en \ 409 , de la m*- BJère saivante. Charks VI , jeuissant aler» (fuse lueur déraison, la reine IsaJdeUe ^ les prineesh el une cour nosabrease se taroavèrent dans^ k caUiédirak , rà Lon avait dressé un trène ma^ifirqjue, sur lequel s'assili^ eomme un pâle fisditôme, rialarfeuAé HHïJiaffque. Les jeunes- prii;àce& de la maisâo d'Orléans, dani ll»iBii>la attitude annosiçait des accuséa pUxtôt que des accufialeurs ^ assistaient à cette assemblée ,. couverts, de deuil; tandis que le duc de Bourgogne, déjiàt eertaiit d'être absousb, a%ctaii UAe contenance hautaine , qui ne se démentit» même pas dans Facte insignifiant de contrition (|u^il avait aceerdé^ naa paa à l'autorité sauvepaine , mais aus soUiettatieii&de Charles VI , itrère du prince assassiné.

Lorsque chacun eut pris> place, l'avocat du BcHurguignon. se prit à réeiter cette formule conv^iue : a Sire ,, il a été raf^rté » à monseigneur de Bouirgogne , qjue vous étiez indigné sur kû » pour le faiib qu'il a commis et £ait eemmettre en la perseckne » de monseigneur k due d'Orléans ^ votre frèr€,^ f&ur le bien > de fpatre royaume et de votre persorme , cemme il est prêt de » vous le dire et faire vérifiableiiient aavoiir quaad il vous plaiEs; » et pourtant vous prie tant et si humhtement eomme il peut , » qu'il vous plaise ôter votre ire et indignation de votre » ceeur et le tie»ir en bonne grâce. » Le due shoota de sa bouehe ee peu de mots : « Sire,, de ce que je vous prie; s^ p4B& il s'ékNgiKi fièrement. Alors , le dite de Herry ,. le Dau|>hin ^ les rois de Navarre et de Sicile se prosternèrent au pied du trèoe et dirent d'un accent forme et plein: a Qu'il vous p4aise,Sre,, dépasser » la vequètede votre cousin le duc deBourgc^pe. »Le roi, s'étant levé^et découvert , prononça cette courte réponse,, airticulée d'une voix à peine intelligible : « Beau cousin,, nous vous aecerdons » votre requête et vous parclonnooSlout. . . » Clémeikeesacrilége , dont k malheureux prince, malgré son insamté- ments^, oo«k pffenatt toute la honte, mais que lui imposait la nécessité.

ET D£ &IMN IBRRITOUËC. 7 S

L'aT0€â4i, reprcBâni ensuite la parole, dit en &'adres8ani am fils de Louis d'Orléans : « Messeigneiu^, iroict le duc de Bour- 9 gogne qui vou& |^te qu'il vom plaise ôter de vos ccMrrs j si I vous le& avez encore , haine et vengeance centre kii , pour le 9 fok qui fut perpétréen la personneée monseigneur d^OrléaaDA, » votre père^ et que dorénavant voitô serez, bons amia ensem- » ble. » £t le duc ineulpé ajouta , mais d'un aecen4 de menace platée que de prière : a De ce qu£ je vous prie. »

Que pouvait feire le duc d'Orléans , sans expérienee ,. flans alliés, sans troupes , au miépris de L'autorité royale? Le pauvre prince comprit qu'il fallait céder ; mais ses sanglots et ceux de ses frères aeeueiltirent d'abord cette fatale nécessité. Puis d'une vdx^ étouffée , Cbarles d'Orléans répéta lentement ces pardks (jpi'on lui dictait : a Sire , puisqu'il vous plaît eomniaiMler , nous » kii ae€ordon& sa requête et lui pardonnons touAe la maWeil- » lanee (^'avions contre lui ; car en rien ne voulons désobéûr à » chose qui soit à votre plaisir. » Les deux parties firent ensiûte serment sur le nûssei ^ e& les lettres d'aboiitioik lurent esLpédiées le n^m/e jour.

Après cette déplor^k eondusion , le duc Charles et ses frères vmrent de nouveau s'enfermer au cbâteau de Bkûs, leur résidence ordinaire. Us j vivaient £ort retirés et toujiours en défiaoee j liorsqu'un événement inattendu mit fin à leur pénibk loagamnaité , et parut offirir au jeune prince l'occasion d kver Tofense ^te ^ sa fao^le. Isabelle die France, sa fenmae^ moorat vers la fin de 44ôd ,, au moment même où les énormités politiques de Jeanr-san&4'eiv exaspéraient contre lui presque iaote la noblesse de France. Une puissante ootlition se formait: on comptait parmi ses chefs les ducs de Berry el de Bourbon, les coBàtes d'Alençon, d'Armagnac et de dermonl;. mats les coniiirés comprenaient iptïi fallait à la conjuration une ame et un but : l'une et l'autre se trouvèrent dans la vengeance de la maison d'Orléans. Bernard Yll , comte d'Armagnac , était un seigneur puisaaBit dans le midi de lia France; on k savait do«é

d'une audace qu'il puisait dans la prétention de descendre du roi Clovis; enfin ^ ce grand feudataire parut aux conjurés digne d'être le chef du parti qui se formait contre Jean-sans-Peur ; et pour justifier autant que possible le pouvoir qu'on lui donnait , il fut convenu que Bonne , sa fille , épouserait le duc d'Orléans , veuf depuis environ un an. En effet, le mariage fut célébré au château de Mehun , en Berry. Ainsi commença cette terrible guerre entre les Armagnacs ou les Orléanistes, et les Bourguignons, qui, durant cinq ans (de 1410 à 1415), inonda la France du sang de ses enfants , et la couvrit des brandons de l'incendie.

Ainsi Charles d'Orléans eut à la main les armes qui pouvaient sinon accomplir, du moins exercer cette vengeance dont Valentine de Milan avait emporté l'espoir dans la tombe. Blois devint le centre de la faction dite des Armagnacs, et Tune des places importantes du parti. Le commandement en fut confié au capitaine Archambault de Villars, ayant sous ses ordres une forte garnison , composée d'hommes d'armes, d'archers et de canonniers. Car alors , sans nul doute , les remparts de la ville et du château étaient armés de canons *. Toute la famille d'Orléans habitait le château de Blois durant les funestes discordes civiles dont nous avons signalé l'origine ; mais le comte Charles se tenait habituellement sur le point où la lutte était le plus vivement engagée. Cependant , de loin comme de près , ce prince demandait souvent aux habitants du comté , particulièrement aux classes marchandes, des prêts d'argent pour subvenir aux frais de la guerre. Les bourgeois de la ville devaient en outre garder leurs portes , et payer cinquante livres par année au capitaine que le comte leur avait envoyé.

Grâce à la situation imposante des forteresses du Blésois , la guerre ne sévit pas alors rigoureusement aux bords de la Loire

* Dans les premiers temps de rartillerie , les canons se composaient de barres de fer, réunies par des cercles du même métal; ils lançaient des boulets de pierre»

moyenne. Nous n'avons pas besoin de rappeler, à ce sujet, qu'au XV.' siècle tout château était une forteresse ; mais indépendamment des moyens de défense que chaque seigneur, petit ou grand , s'était ménagés , le comté était gardé vers ses limites par des forts où le comte entretenait des troupes : tels queChaumont à l'ouest , les Montils au sud, Montfrault-Chambord à l'est, et peut-être Bury vers le nord.

La désastreuse journée d'Azincourt, où Charles, duc d'Orléans, fut fait prisonnier, avec son frère ,1e comte d'Angoulôme, mit fin du moins aux massacres dont la cause de ce prince avait été le prétexte. Nous ne suivrons point en Angleterre l'illustre captif : disons seulement que , durant sa prison , qui fut d'un quart de siècle, se développa son goût pour la poésie. On a de lui des compositions que les poètes du xyi.' siècle n'ont pas toujours égalées, malgré les efforts laborieux de leur musepédantesque. Les vers de ce prince-troubadour se distinguent surtout par leur suavité pleine de charme et de sentiment; quelquefois il en émane une douce philosophie , une longanimité mélancolique où l'ame du poète semble s'endormir avec volupté*.

Nous devons ajouter que si le comte Charles faisait des vers mieux qu'aucun trouvère de son temps , il devait les plus vives de ses inspirations à ce sexe loin duquel l'imagination élégiaque reste froide. Charles , doué des avantagesdu corps comme de ceux de l'esprit, était parvenu facilement à s'entourer d'une cour d'aimables anglaises, aux beaux yeux desquelles s'allumait le feu de son génie, et qui lui faisaient trop oublier cette Bonne d'Armagnac, que la politique avait introduite dans sa couche.

Tandis que le duc Charles sentait moins le poids de ses chaînes en les couvrant de fleurs , le comte de Vertus , son frère , habitait le château de Blois , d'où il administrait sagement les

* Les poésies de Charles d'Orléans furent imprimées pour la première fois en 1803 ; une nouvelle édition plus complète vient d'être publiée par un employé de la bibliothèque royale.

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biefis éb la famiâe , et faisait parvenir, csliaque année , ea Angleterpe^ les revenus des deux frères captife. Mais ce sage admioiistratear étant mwri en <! 420 , ia gestion dn ûef d'Oiiéans te remise à Jean de Danois. Ce seigneur, dontia mourante Valeniine avait deviné les faaistes qualités, joua, comme on le sait , «n grand râle dans les guerres du règne de Clèarifis VU, et forma avec Lahire et Xaintrailles , le trio de preux che<valiefs e^ protégea , amis qui protégea trop peu constamment^ i'kénUqpid bergère de I>omr^7.

Avant d'aborder la scène qui se passa dans la Tîiie de Koîs , au début du drame merveilleux aocompLi par rinterventk)» de Jeanne d'Arc , imkis devons mentionner anoeonstructioii appartenant au gouvemenent de Ghaiies d'Orléans. La justice av^it toujours été rendtie à Blois dans les salles de Tabbaye de Bourg- Ifoyen; mais une transactiion condae vers i 4â9 , entre le dacei les danoines , fît rentrer ceux-ci en possession de ieurs saUees ^ et ils cédèrent, pour la construction du pabis^ un terrain «a pied de la tour de l'élise, L'acfte c(»isacrant oette transaction était daté de Windsor. L'édifice s'éleva lentcioent sans doute, car la dernière main n'y is^ mise que sous le règne d'Henri III. C'est là que siégaient le baiiiia^, ie présidia!^, l'élection, la mai>bdse des eaiox et forêts, et la eour des comptes ^.

* H se conposaK it*Mi lieutenant^gteéral ^ (fun^ittcfiait farticiAer 4A^l«t ciiminel, et 4e sept •ooosei^ierA. L'inOitutiMi 4e8 |N>ésidiaux ifaii £aUe far le tM Henri II. Nous verrons comment, en 1771, le p résidial<de Blois ûil suppcijiié.

** n n*«st pas sans ûiCérét de rapporter iciiet nvmsdes priBciprax olioieiB -âe cette grande juridiction^ depuis la fin du xiv.* siàde. Les preaiiers préekhents furent : Jean le Flamand. — xv.* siècle , Jean David , Guillaume Consineau , Jean Day , Jean LefuseHer , Jean Leprétre , Pierre de Refuge , Raoul de Refuge , Denis LemeitileE. — xri.* Jlède^ Baôid Hurault, Jean Bretan , ObRide Brelen , fean^ Thiers, Antoine Deloynes, Florimond Robertet, Jean Morin, Pierre Sarred , Jean Sarred , Merle de Vie , Armand de Jouanne. — xvii.« siècle , François de Jouanne , Jacques Bbrtln, Pierre Tlavd , f ean de la Samsaye , Jean-François de ta 6aussaye. — vfiu.* ^ède^ T«ueg«i Cmefj^ DesMyers-Oélorme , Aidfien dlhnal, N , Saint-Michel.

ET BE %m ^fiRKIVOf Rfi, 77

La situalîofi'aîi ffiésds élait devenue très critique daos l'hiver 4e 44f8: les A»gfeîs, «naîtres depuis l'année précédente du Maine , dw 'Percbe et d'une partie de la Beauœ , assiégeaieuit Orléans et oernaîent la vîlie de fil<ws, où. s'étaient «nfemiés, arec ijiic3qu«s troupes , les sires de La Tx^ur et de Lafeyette (*). Cbarles Tll^ retiré à €kinGFn , ^ laissait entever^ pmviBce par pravraee j. ce bea^ royaume de France qu'il eo* , en ce moment , peut-être , donné tout entier pour un soupir amoureux d'Agnès Sorel. Enfin, les fis tonAjaient oSkiîllés de la couronne de Sàintlotris , lorsque Jeanne d'Arc parut. T^ous ne dirons point quelles forent les épreuves que ^t «ubir à cette vierge inspirée une défiance excusaMe , sans doute , en présence d^un si étrange coacours*; inais nous serons d'accord avec tous les historiens censés , em ^wjuantau ridicule le choix des garanties que la cour rechercha dans cette circonstance.

Blois, place jusqu'alors vierge (^429), était le rendeif-vo«s des plus Taillants chevaliers du temps ; 3 ^a^ssawt de secourir la principale cité du domaine de Chartes dX)rléans , toujours prisoniner des Anglais ; le point de réunion le pkrs natisirel était Bne autre vîlle de «on fief. Le patriotisme trorp iong-^temps assoupi d'une ncMesse brave mais insoucieuse , semblait -enfin se

Proctareurs généraux , 1399. — Jean Martin. — xv.* âtcle , Mathurln Gaillard , Bernard VUlot, OiiHaume Lebomrclier , OuHlaurae Blondel, 3«an Servie. — m.* siècle, ^xviHasme Poisson , Sean^fAigiBer , Ëietacsbe Neveu. — x?ii.*9iècie , iiOHis CoiHtfii^ laoqaet Ooirân , Blicliel fiandrï , iact^es Baudd. — xvtti.' slôcte, Joseph Baudri, Louis-Adrien JVfahi, Etienne liaAgeard« "Gentien Rangeard».

Asocais généraux^ créés en;i500.— xvi.« siècle, Gallerand-Guillard, JeanSéneschal, lacques FieuA, Séliasften Gamier , Jean d'Agéier , Jean Gade , Vatentin Bdol, — n^* siècle, faoques d'Avaynes, Tlicwias Letfitrt , Jiâien Scovoust, Simon iisraiix , Claiide Petk;, Lauis Huart^ Louis Aondin, Roté 'de Jltoiray^ Nicolas JEUûssoiL — xvui.«siède, Nicolas Buisson £ls, J.-BuLechevalier, Jean Mahi, J.-B.-N. Mahi fils.

Chetaliers d'honneur^ créés en 1720. — André-François Labbé , Louis-Denis de Cramaux , Jeaii-7éndme fortin de Mafltot , Ëinmanuel Devigreux.

• Le sire de Lafayette , iselon Anquetn, s'enferma à Orléans avant farrivée ie la Pucelie à Blois.

ranimer. Une foule de guerriers s'agitait dans les rues étroites et montueuses de la capitale du Blésois; partout étincelaient les armes; partout la voie publique était diaprée du costume blasonnédes écuyers, des pages, desvarlets; partout, enfin, on voyait, provoquant la grossière galanterie des hommes de guerre, d^nnombrables ribaudes, accourues à cette réunion de passions fortes, qu'il devait être facile d'égarer. Le duc d'Alençon, le maréchal de Boussac, l'amiral deCulant, le sire de Gaucourt, Xaintrailles, Lahire, et cent autres capitaines attendaient la Pucelle, avec des dispositions hostiles chez ceux-ci, moqueuses chez ceux-là, portées à l'insoumission chez presque tous. Car cette noblesse, si fière de ses titres, si humiliée d'avoir à reconnaître, dans une simple bergère, un chef de guerre du premier rang, jurait avec toutes les invocations énergiques usitées alors, de ne point obéir à Charles VU, qui venait d'investir Jeanne d'Arc d'une si haute dignité.

Renaud de Chartres, archevêque de Reims , se trouvait aussi à Blois; et un grand nombre de moines, réfugiés dans cette ville, mêlaient les couleurs variées de leur bure à l'acier étincelant des paladins, et au costume magnifique des seigneurs et des dames.

Ce fut vers la fin d'avril que la Pucelle fit son entrée à Blois, accompagnée du maréchal de Retz , du sire Ambroise de Lor et d'un cortège nombreux de chevaliers. La beauté, tout à la fois mâle et candide de ses traits , l'aisance presque inimaginable avec laquelle elle maniait son destrier, la suavité de son accent, enfin cet ensemble de séductions qui lui avait conquis la cour de Chinon, changèrent subitement en respect, en admiration , les préventions de la plupart des chefs qui s'étaient promis d'accueillir avec mépris cette gouge de bas lieu , comme plusieurs l'appelaient. Les prêtres, qui doutaient en général que Jeanne tint sa mission de Dieu, prirent confiance en elle lorsqu'ils l'entendirent parler , et finirent par convenir que le diable ne pouvant conclure un pacte avec une vierge, celle-ci devait être divinement inspirée.

Toutefois, il faut le dire, il se trouva parmi les guerriers réunis à Blois quelques seigneurs assez sceptiques pour douter même de cette vie immaculée, qui devait être, pour les armes de Charles VII, un gage assuré de victoire : Lahire était du nombre des incrédules,' et ce chevalier, beaucoup moins policé que vaillant, jugea Jeanne encline au péché, jusqu'à lui faire et lui renouveler souvent des propositions déshonnétes , auxquelles Dimois , dans la suite, dut mettre un terme par des injonctions d'abord amicales, puis menaçantes*. Cependant les chefe rassemblés à Blois se montrèrent généralement si soumis aux ordres de la Pucelle, qu'ils se décidèrent, quoique à regret, à renvoyer les femmes perdues qui les avaient suivis, et contre lesquelles l'héroïne s'était élevée avec autant de persévérance que de chaleur **.

Jeanne, quand elle n'était point armée en guerre, portait une kuque *** de velours rouge , brodée d'or et d'argent; elle était coiffée d'une toque noire tailladée et sur laquelle ondulait un panache blanc. Lorsqu'elle avait revêtu ses armes , elle conservait quelquefois sa huque par-dessus, et le casque des guerriers du temps remplaçait sa toque. Ce costume, éclatant par la nuance de [l'étoffe et par les riches broderies qui le relevaient encore , ajoutait au respect qu'inspirait la figure noble et belle de Jeanne. On doit être peu surpris, du reste, qu'à cette époque où la distinction i*ésidait essentiellement dans l'éclat, ces dehors brillants obtinssent des hommages respectueux, lorsque, parvenus peutêtre à Tapogée de la civilisation, nous considérons toujours, et considérons quelquefois exclusivement, ces superficies aux reflets scintillants.

La Pucelle , durant son séjour à Blois , logea au château , selon

* Histoire des ducs de Bourgogne ,,pdLr M. de Barante , année 1&29. *♦ La Loire historique, tome HI , pages 370 et 371. *** Espèce de tunique qui dépassait un peu le genou.

80 VIStOlUB DE BLOIS

te téoKHgnage de Bemier; mais , ni cet hisIc^rieD , nr aucun des écrivains qai ont traité ce sujet, n'indiquent la partie de Tédifice qu'elle habita. Toufe porte à croire que ce tarent les constructions dont on ne voit plus que la base noircie, formant les fondations de la âalle dite des Ëtats , au nord du cbâteau; ces constructions remontant au-ddà du %vf.* siècle. Quoi qu'il eu soit , ce fut dans Téglise collégiale de Saint-Saùveur que Jeanne fit l>énir, par Tarobevéque de Reims, la bannière qu'elle avait saisie d'une biain ierme , lorsque^ dans une de ses extases^ sainte Catherine et sainte Marguerite lui avaient dit : Prends cet étmdard rfa peer le roi du del *. Dans la même église , la Piicelle se ^t revêtir de ses armes ^ après les avoir fait^alement bénir par le prélatj

Tandis que les troupes à la tète desquelles Jeanne devait se porter au secours d'Orléans, se réunissaient à Blois, elle envoya au duo de Bedfort un héraut chargé de cette lettre si comiue que l'histoire générale a consignée, et qu'dle avait datée de la grtmde smuiim (la semaine sainte).

Gfaaqtse jour la pieuse vierge suivait, en grande dévotion , les processions conduites par le frère Paesquerel, son auménier , et auxquelles assistaient les guerriers^ le der^ et la population presque entière. Les seign^irs les plus déterminéœent rtôoncb, ^t{»rès avoir renvoyé , conune nous Tavons dit précédemment, lee fiUette$ qu'ils appelaient leurs amours de guerre , se eoiifes- ^eat et commutaient souvent. En mn mot, cette nobt^se, nagu^e dissolue ^ livrée à toœ les désordres , était revenue à ces croyances religieuses qui devaient bientôt , en siiarmoniant avec l'exaltation de Jeanne, opérer des prodiges <p)e cette jeune fille n'eut pui accomplir sans le secours des bonnes épées de ses compagnons d'armes.

* chroniques de Nicolas GiUes ; Chronique de la Puceite» édition de Godefroi; Histoire des ducs de Bourgogne, par M. de Barante ; Èistoire des Français, par ])(I. de Sismondf.

t. Jauyer, eaueur.

Histoire de Btois. jeanoe d'Arc dmis l'église de Saint-Sauveur, à BloU.)

ET BE SON TERRirOlRE, 81

Jeanne sortit de Blois le ^ a-vril i 429, por !a porte dite depuis à! Angleterre y et qui eut été notmnée plus exat^emefit porte de la Piwelle. Frère Pasquerel^ portant la tonoière bénie à Saint- Sauveur , ouvrait ia marche, environaaé d'un clergé nombreux, chantant le Veni Creator. Venait ensuite Pèérotoe , armée tout en Wanc* et montée sur un coursier noir. Près de la Pucelle marchait son frère ** , aussi annié en blanc , son écu^'er , le sire d'Adon, les hérauts Gayenne et Ambleville^ plusieurs pages et cinq lances fournies*^. Le détachement que Jeanne menait au secours d'Orléans ne s'élevait pas à phxs de six mille hommes. U se dirigea vers la ville assiégée par la itve gauche de la Loire^ qu'on lui ât prendre en ta irompaait****^ afin d'éviter la rencontre

* Cet armement ne peut s'«ntendre que «de rëdat é'jnnes bien polies et dont les reflets étaient blancs. Il n'est pas probable que Jeanne se pr^trât à faire la guerre avec un costume d'étoffe blanche. On voit son armure au musée de l'artillerie, à Paris; l'on peut remarquer que l'acier dont elle est faite a été admirablement poli , et «pie frappé 4es rayons du soIeH , il devait jeter des reflets blancs.

♦♦Jeanne avait deux frères, qui reçurent Tun et Tautre l'ordre de chevalerie , en récompense d'une conduite vaillante.

♦♦♦ La lance fournie se composait d'un homme dTarmes , ordln^ement mri>le, de trois archers , d'un coutelier et d'un pa^^ ou écuyer. Le coutelier^ ainsi appelé parce qu'il portait au côté une sorte de oouteau, conduisait le cheval de bagages de l'homme d'armes, et marchait ordinairement à pied. Le rôle des archers , dans le combat, étidt d'escarmoucher sur les flancs ou en arrière des gens d'armes de leur compagnie. Lorsque ceux^ avaient chargé et rompu ialigne ennemie, les archers se portaient en avant et entouraient à plusieurs un gendarme du parti cou. traire , l'emmenaient prisonnier ou le tuaient à coups de hache.

♦♦♦♦ Cette supercherie , employée avec Jeanne d'Arc , révèle un (ait important , auquel les historiens ne se sont pas assez arrêtés : il prouve que l'expérience de certains chefs rectifiait ce que les inspirations de la Pucelle pouvaient hasarder ; et roa a vraiment besoin d^admettre cette considération pour accepter la probabilité de ce q«e fit , dans le domaine de la guerre, une jeune fille des champs. Nous savons que celte opinion soulèvera des contradictions plus amères que logiques; mais la raison a ses droits, et la mission de Jeanne est encore assez sublime, avec le secours des hommes de guerre expérimentés , puisque, avant elle, ils n'avaient fait rien de décisif contre l'ennemi.

de plusieurs corps anglais qui occupaient la rive droite. Cependant on eut tort de changer la direction des troupes, s'il faut admettre , avec Fauteur de V Histoire des ducs de Bcyrgogne. ce récit de la première entrevue de Jeanne avec le comte de Dunois , qui vint la recevoir au-delà de la porte de Bourgogne , à Orléans.

Jeanne , Rapporte cet écrivain , reconnut le grand bâtard , quoiqu'elle ne l'eût jamais vu ; et se portant à sa rencontre avec toute la prestesse d'un habile écuyer , elle lui dit : « C'est vous qui avez ordonné que nous vinssions par la Sologne , non par la Beauce. — C'était lavis des plus sages capitaines, répondit le comte. — Le conseil de Messire (de Dieu) est meilleur que le vôtre : nous n'eussions rencontré qu'un faible détachement , que nous aurions pris avec le convoi qu'il escortait. Vous avez cru me décevoir et vous vous êtes déçu vous-même. Sachez donc, gentil comte, que je vous amène le meilleur secours que jamais capitaine ait reçu : le secours du roi des cieux; lequel, à la requête de Charlemagne et de Saint-Loufs, a eu pitié d'Orléans , et n'a pas voulu que les ennemis eussent à la fois le corps du duc et sa ville. »

Ici l'épisode si merveilleux et si poétique du concours de Jeanne d'Arc nous échappe ; forcé de rentrer dans nos limites , nous y retrouvons des faits moins éclatants , mais dignes d'intérêt. Les victoires de la Pucelle et des braves que son exemple avait électrisés , eurent bientôt délivré le Blésois du voisinage des Anglais ; leurs étendards s'éloignèrent : des plus hautes tours du château on cessa de les apercevoir ondulant dans les campagnes.

Cependant Charles d'Orléans , du sein de sa captivité , veillait, autant qu'il le pouvait, à la sûreté de son duché. Archambault de Villars qui , depuis l'année i 410 ou environ, commandait le château et la ville de Blois , était devenu trop vieux , en 1 431 , pour conserver la vigueur nécessaire dans ce commandement. Le duc le confia à son frère naturel , le comte de Dunois. Hais la présence de ce guerrier illustre était trop néces-

saire à la tête des armées royales pour qu'il pût s'occuper directement du gouvernement d'une place ; il remit celui de Blois au capitaine James Dutillay. Cet officier augmenta encore les moyens de défense de la ville et du château ; il fut secondé en cela par messire Hue de Saint-Mars , gouverneur du comté.

S'il est un côté heureux de cette légèreté d'origine gauloise reprochée au caractère français^ c'est que chez nous les haines s'éteignent presque aussi vite qu'elles naissent ; on voit rarement vieillir dans nos familles ces inimitiés à la Montagu et à la Capulet, dont les annales de l'Espagne et de l'Italie sont remplies. En i 438 , il y eut un commencement de réconciliation entre les maisons de Bourgogne et d "Orléans, en même temps qu'un rapprochement fut ménagé entre la première et Charles VU. Dans cette année , fut convenu , au château de Blois , le mariage de Charles , surnommé depuis le Téméraire , et de Catherine de France , fille du roi. Ce monarque lui-même conclut cette union , négociée , de la part du Bourguignon , par le comte de Crévecœur.

Une année à peine s'était écoulée depuis ce mariage , lorsque le château de Blois fut le lieu d'une conclusion d'un genre bien différent. Là s'organisa , sous les auspices du Dauphin , depuis Louis XI, la révolte ouverte des grands feudataires de la couronne , qui reçut le nom de Praguerie *. Cette levée de boucliers féodaux , dont le résultat fut humiliant pour ceux qui l'avaient organisée, avait réuni à Blois le duc de Bourbon, le sire de Chabannes , le bâtard de Bourbon et le comte de Dunois luimême , agissant tant en son nom qu'en celui du duc d'Orléans , qui , captif de son corps , ne laissait pas d'être vivement préoccupé des prérogatives de son rang. La Praguerie était surtout

*0n sait que Jean Huss, recteur de Tuniversité de Prague, ayant embrassé avec ardeur la doctrine de Wiclet , c'est-à-dire le théisme pur , excita divers soulèvements dans la capitale de la Bohême ; et de là le nom de Praguerie^ devenu la désignation générique de toute révolte contre une autorité dominatrice de l*ordre politique ou religieux.

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