‹ Histoire de BloisChapitre 1 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

L'ouvrage que nous publions aujourd'hui, d'après les travaux de M. Bergevin père, augmenlés de nouvelles recherdies, se divise en Irois parties. La première, consacrée à Thistoire générale de Blois, depuis les temps les plus reculés jusqu'à no» jours, retrace les phases politiques, économiques et religieuses de la ville; les événements mémorables qui s'y sont passés; les opinions, les mœurs et les usages de nos pères; les prix des denrées et la fixation des salaires à diverses époques.

Laissant à nos successeurs la mission de juger les faits con« temporains, nous nous bornerons, dans un but d'utilité, à les sauver de l'oubli qui les menace si on ne s*empresse de les consigner. Notre intention^ en les racontant, n'a jamais été de soulevcà" une polémique quelconque ; nous avons voulu seule* ment conserver des souvenirs instructifs. Ceux-mêmes qui ont vu s'accomplir les événements modernes aimeront à se les rappeler, à retrouver des dates, des circonstances, peut-être déjà effacées de leur mémoire.

La seconde partie^ intitulée Description historique, fait con-^ naître l'origine, les changements, les destinations successives des monuments et des édifices publics les plus remarquables, les projets même qui, sans avoir reçu d'exécution, ont eu néanmoins un certain retentissement, et qui méritaient d'être mentionnés dans ce livre.

Enfin la partie staUstique, objet du second volume, comprend une série de chapitres spéciaux, d'abord sur la population, l'agriculture et l'industrie; puis sur les différentes institutions du pays, telles que la féodalité, les administrations civiles, militaires, religieuses et judiciaires, les élections de députés aux assemblées législatives, les établissements monastiques, charitables et d'instruction publique. A côté des faits et des explications, chaque chapitre présente une nomenclature abrégée des personnes qui depuis trois siècles ont exercé à Blois les principales fonctions publiques et les industries les

plus considérables ; ces indications ne peuvent que flatter leurs descendants. La biographie des hommes célèbres nés dans la viUe, et la généalogie succincte des plus anciennes familles termineront ce recueil de tous les souvenirs qui honorent le pa>^

L'utilité de pareilles recherches est incontestable ; car il s'agit d*obje(s qui, subsistant encore sous de nouvelles formes, continuent d'exciter journellement nos plus vives sollicitudes. Si ces détails^ parfois minutieux, saisissent moins l'imagination que les scènes souvent romanesques de Thistoire générale, ils offrent un rapport bien plus direct avec les mœurs, les idées, les besoins de la population. L'immense majorité des habitants est presque toujours demeurée en dehors des événements extraordinaires dont Blois fut momentanément le théâtre à des époques anciennes; ce serait une erreur de les considérer comme la partie essentielle de notre histoire locale, et de leur attribuer une importance exclusive. A bien prendre, les intrigues de cour, les afiaîres d'état, les catastrophes dramatiques qui ont le plus illustré notre ville, intéressaient peu ses paisibles citoyens ; et même on ne voit pas qu'ils s'en soient beaucoup émus : au contraire, les questions administratives et économiques préoccupèrent de tout temps et préoccupent encore les diverses classes de la société. Les comtes souverains, les Valois, les Guise, et autres puissances qui jettent sur le nom do Blois une si éclatante auréole, ne firent que passer : de toutes ces grandes apparitions historiques, il n'est resté au pays que de pompeux et stériles souvenirs ; mais les institutions, mais les travaux de nos pères ont laissé parmi noas des traces profondes^ et nous ont légué des enseignements précieux ; les recodUir est à la fois un devoir filial et une étude pleine d'in-lérôt.

Des documents inédits éclairciront les points douteux et ré^ vêleront des faits ignorés : nous n'avons pas craint de trop

multiplier, ces témoignages certains <fai établissent EoUdemegài la conôance du lecteur. Telle était Teicdlente méthode des anciens historiographes; c'est ainsi que les laborieux Béné^ dictins composèrent les savantes histoires de Bretagne, de Bourgogne, de Languedoc, etc. , ouvrages enrichis de chroniques, de chartes et d'actes authentiques. Ces écrivains, plus désireux d'instruire leurs lecteurs que d'étaler un vain luxe de style, transcriyaient modestement les résultats de leurs recherches, sans y mêler aucun aUiage littéraire. Toutes les fois que cette abnégation a été praticable, nous l'avons imitée ; car les textes, reproductions fidèles du passé, conservent un cachet d'exactitude et d'actualité qui se rencontre rarement sous la plume flexible de l'historien. Nos documents seront insérés dans le corps môme du livre : cette intercalation nous dispensera de les analyser par avance, double emploi auquel sont obligés les auteurs qui rejettent à la fin leurs pièces justificatives. L'histoire, ainsi entremêlée de récits et de textes, -offrira plus de variété ; les événements, racontés en langage de l'époque , n'auront rien perdu de leur couleur primitive ; nous respecterons même le plus souvent l'ancienne orthographe, qui semble reproduire la physionomie de chaque siècle. Les pièaes transcrites, ou seulement citées, proviennent des archives de la préfecture et de la ville ; nous avons abondamment puisé à ces sources locales, dont l'exploration était depuis longtemps désirée. La bibliothèque de Blols nous a été aussi d'un grand secours; les habitués de ce précieux établissement aimeront à reconnaître plusieurs de ses richesses dans le choix de nos autorités.

Le moment est opportun, pressant même, pour cette publication . Un plus long retard la rendrait impossible ; car les difficultés d'un pareil travail augmentent à mesure qu'on s'éloigne des événements. Déjà le passé ne jette plus parmi nous que des lueurs mourantes ; nos idées, nos préoccupations et le

eours liés années affaiblissent sans cesse les traditions locales et les sonvenifs de la patrie. Jamais d'ailleurs il ne fut plus à propos d'enregistrer les faits même contemporains : la ^éné-^ ration actuelle, déTorée d'activité et d'impatience, oublie avec une désolante promptitude, et l'homme peut dire aujourd'hui plus qu'à toute autre époque :

« Le moment où je parle est déjà loin de moi ! »

Restituer le passé, conserver le présent, tel est le double but que nous nous sommes proposé en nous livrant à des travaux longs et difficiles. Cette œuvre, s'il ne lui est pas donné de fixer l'attention du monde savant, peut du moins espérer le favorable accueil que les conceptions utiles et désintéressées obtinrent toujours dans un pays éclairé : le suffrage de nos concitoyens serait assurément notre plus flatteuse récom*pense.

le n'aurais point eu la pensée d'entreprendre cotte publication, si je n'eusse compté sur le concours dévoué de M. A. Dupré : aux documents nombreux et variés que mon père et moi avions depuis longues années rassemblés pour servir à l'histoire de ce pays, il en a, par ses actives et intelligentes recherches, ajouté beaucoup d'autres d'un incontestable intérêt, et c'est à lui qu'est

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due la rédaction définitive de la plus grande partie de l'ouvrage. C'est un hommage que je devais à la vérité, et que Je suis heureux de rendre au zèle de mon jeune collaborateur.

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