HISTOIRE GÉNÉRALE
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trigne k praiien teaps de Blois. — Époqoe Gaoloise. — Donioatioii tMUÛDe. — Eut do pays soas les deai premières rares.
L'oRiGUŒ de Blois , comhie celle de la fdupart des Tilles, échappe aux investigations , et se perd dans la nuit des temps ; mais, à défaut de l'bis^ toire, la topographie, autorité impérissable, permet de faire quelques conjectures plausibles sur Tancienneté de la fondation. La nature réunit en ce lieu plusieurs avantages qui durent y fixer de bonne heure une population quelconque. Le passage d*un grand fleuve , la proximité d'un autre cours d'eau
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parallèle à la Loire ' ^ l'exposition riante el salubre du rocher , Tabondance intarissable de ses sources et de ses infiltrations qui alimentent les nombreuses fontaines de notre cité, la fertilité du terrain supérieur » vaste plateau où commence la Beauce ^ Ventourage de trois forêts, toutes ces dispositions providentielles s'adaptent parfaitement aux besoins et aux jouissances de f homme : sans doute elles ne demeurèrent pas long^mps inaperçues ; le pays qui les possède dut être bientôt peuplé.
Aujourd'hui peufrètre les fondateurs d'une ville choisiraient pour Tasseoir quelque terrain moins inégal; les surfaces planes conviennent mieux aux habitudes, au luxe et à l'industrie de nos jours; mais les peuples primitifs préféraient les pentes ardues, les rochers escarpés^ dont les cavités leur servaient de demeures. Ces abris naturels durent être particulièrement recherchés dans un temps où Ton ignorsdtrart de bâtir; et l'on doit penser que les pays de rochers furent habités avant tous les autresw Blois, qui rentre dans cette catégorie, eut, sui»
* Le ruÎMeftu de HAcé, qui autrefois traversait le bourg Saint-Jean, la rue Foulerie, et se jetait dans la Loire , Tif-à-vis de l'Hdtcl-de- VlUe.
' De Caumont, Cpurs d^antiquités monumentales, 1. 1, p. 158, et t. m, p. 513.
vant toute probabilité, une population antérieure aux époques historiques.
Les Celtes, anciens possesseurs de notre sol, y trouvèrent les trois conditions que César signale comme les accessoires ordinaires des habitations gauloises , un coteau^ un fleuve , des bois'.
Malgré ses avantages tx)pographiques, Blois ne fut qu un lieu secondaire de la Gaule. Cette infériorité relative explique l'absence de renseignements sur sa population celtique. Les cités plus itiiportantesqui nous environnent furent moins oubliées : les Gaulob de Chartres, de Tours ^ d'Orléans ont obtenu quelques lignes de Tite-Live, de César et autres annalistes; mais nul n'a mentionné ceux de Blois. Ce lieu était-il donc inhabité, quand déjà florissaient plusieurs villes voisines? On doit interpréter autrement une omission regrettable. En effet la Gaule se composait de plusieurs états indépendants; Tune de ces petites souverainetés avait pour capitale Chartres, et pour territoire le pays qui avant l'érection del'évèché de Blois (1698) formait le diocèse de Chartres *. Les Blésois , l'une des tribus du peuple chartrain , peuvent bien revendiquer leur part des faits historiques qui con-
* Commentaires de César, livre 6.
* Les plus sa? ants géographes admettent la correspondance des diocèses anciens aux circonscriptions politiques des cités gauloises.
cernent les Camvtes. Peu importe qne César ou Ie$ autres historiens ne les aient pas spécialement désignés ; le nom générique de la nation comprend ses diverses peuplades.
Les druides de la Gaule entière se rassemblaient chaque année , en concile national , à l'extrémité du pays chartrain , in finibm Carnutumj dit César *. Un monument dont on ne saurait s'expliquer l'origine ou le but, si l'on ne rattache son existence à la célébration des fêtes druidiques, la Butte des Capucins de Blois, nous autoriserait peutêtre à penser que le passage de César désigne ce lieu même situé en effet sur les confins du territoire chartrain ; sa proximité des forêts où les Druides cueillaient le gui mystérieux et d'un fleuve consacré par leur religion'^ ajoute à la vraisemblance de cette hypothèse.
Le tumulus blésois» les dolmens, les peulvans et les autres antiquités gauloises de nos contrées, sont plus anciens que la conquête; car les Romains,, jaloux d'éteindre la nationalité des vaincus ,. durent interdire des constructions qui eussent perpétué les croyances proscrites. Ces mêmes monuments prouvent que le pays fut habité avant Fépoque de la domination romaine ; nos ancêtres n'auraient pas
* Commentaires de César, Ht. 6, 13.
' Les eours d*eau étaient en grande ? énéralion cbez tes Gaulois^
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élevé des autels ou des tombeaux dans une solitude.
Nous invoquerons aussi le témoignage de la science étymologique. Les mots Bbis, Blésois^ paraissent dériver du gaulois Bleiz ou Blezian, qui signifie loup. Ce rapprochement explique pourquoi notre ville a toujours porté et porte encore un loup dans son blason ; il justifie également le vieux sobriquet donné à nos ancêtres , qu'on appelait les hups de Blois. Si telle est véritablement l'origine du mot Blois, la ville peut^cîter son nom seul comme preuve d'ancienneté immémoriale.
Les Chartrains (parmi lesquels on doit compter les Blésois) résistèrent vaillamment aux armées romaines ; enfin ils furent soumis par César \ Après la mort du conquérant, ils tentèrent de secouer le joug; mais Auguste les fit rentrer dans l'obéissance^.
Une tradition populaire ' , qui s'est conservée jusqu'à nos jours , attribue à César l'établissement d'un grenier d'abondance auprès de Blois, dans le village appelé pour ce motif Orchèse (traduction abrégée dehorreum Cœsaris). L'étymologie est au moins ingénieuse. Du reste , sans admettre la signification littérale d'fcorrewm, on peut supposer
* Commentaires de César, livres 7 et 8.
• Chevart, Histoire de Chartres, t. I, p. 196. ' Bemicr, Hi&toirc de Blois, p. 202.
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seulement que César, ou Fun de ses successeurs \ tira, soit d'Orchèse , soit des lieux environnants , du vin et autres denrées pour la nourriture des troupes, et que les Romsdns auront exprimé cette circonstance en termes figurés.
Le savant commentateur de notre Coutume, De*^ nis [Dupont^, prétend que Blois fut le siège d'une garnison romaine. En effet , les empereurs eurent toujours pour système de fortifier le bord des grands fleuves^. La position escarpée de Blois était des plus avantageuses ; W rocher peu accessible où s'è« lève notre château ofiOrait à la stratégie romaine toutes les conditions désirables de hauteur, d'isolé-^ ment et de force. Blois n a rien conservé des édifices militaires attribués aux maîtres du monde; mais, par compensation, la ville possède un monu^ ment précieux de leurs travaux hydrauliques ; l'a-» queduc, taillé dans le roc, ouvrage reconnu pour être romain , atteste que les conquérants apporté^ rent aux vaincus les arts de la paix, la science des constructions vraiment utiles. Les proportions du travail indiquent Texistence d'une population considérable^; les Romains, si réfléchis dans tous
* TouB lea empereurs ont porté le tilre de César.
* Pùntanui, in Consuet. Blés., lit. m, p. 129^
' Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, chap. 20. ^ On a calculé, d*après la profondeur du réservoir de notre aquc> duc, qu'il contenait ordinairement au moins 333,060 litres, quantité
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mr Btois. n
leurs desseins, n'auraient pas pris tant de peine^ pour donner de l'eau à un vills^e; l'œuvre fat sans doute en rapport avec le nombre des habitants.
Nos ancêtres ont traversé inaperçus la période de la domination romaine. L'agitation oontinudle des extrémités de la Gaule fut à. peine sentie dans ces contrées ; alors, eomme de nos jours, la position centrale du pays et le r^npart naturel de la Loire l'isolèrent du mouvement qui ébranlait les autres provinces. D'ailleurs il est probable que les Blésois subirent patiemment le joug de la conquête; leur nature débonnaire ne les portait pas à la révolte. Plus paisibles et plus soumis que leurs voisins , ils ont été par cela même moins semai^ qués; une population qui vit sans bruit, concentrée sur son territoire, offire peu d'intérêt historique; elle échappe même à l'attention des contemporains.
Le silence de l'histoire et le caractère des habitants permettent de supposer que les réactions de la conquête troublèrent peu le pays; mais rasuite* vient une époque de calamités où cette hypothèse n'est plus admissible L'invasion des Barbares n'autorise que de sinistres conjectures. Les
«ufiisante pour alimenter pendant onze jours une population de 6|612: iodividus^àS litres par personne chaque jour. (Mémoires de la Sor dm de Blois, t. II , p. 14.)
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marches et contre-marches des Goths, Huns , Vandales, Suèves, Alains et autres peuplades à travers la Gaule, ont été minutieusement décrites. Si Blois ne figure pas sur leur désolant itinéraire, si ces hordes féroces n'envahirent point notre territoire, on voit du moins qu'elles le cernèrent de toutes parts. Le gontre-coup des chocs voisins fut sans doute aussi désastreux qu'une occupation directe. Les populations environnantes', violemment refoulées, durent se réfugier au centre; puis, à mesure que les Barbares se retiraient, elles à leur tour essayaient de regagner leurs foyers. Le mouvement se renouvela plusieurs fois ; car les hordes qui sillonnaient alors les provinces gauloises furent longtemps à se fixer; elles erraient à la manière des sauvages, et toujours leurs flux et reflux atteignirent nos contrées.
Cette crise offre un caractère monstrueux de désordre, d'instabilité, de dissolution. Que devient alors la population? Comment nos ancêtres échappent-ils au cataclysme du V siècle? Que font-ils, que peuvent-ils faire ainsi pressés de toutes parts? Nous l'ignorons, nous ne pouvons même nous figurer une position pareille ; mais ce fiit sans doute un terrible passage.
* L*0rléana*8, le Berry et la Touraine furent succefairement la proie de diverses peuplades.
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Dans le bouleversement général , Blois tomba au
pouvoir d'une troupe de Bretons qUi infestait les
bords de la Loire. Clovis les chassa , puis réunit la
ville et le pays à la monarchie ées Francs. Ce fait,
le plus anden de notre histoire, est consigné dans
un texte latin S dont voici la traduction :
Le grand et catholique roi Cloyis , la dixième année de son règne, instruit que les Bretons ravageaient les bords de la Loire, entre Orléans et Tours, et sa cachaient dans les bois pour tuer les passants , accourt avec une armée , met les Bretons en fuite, et détruit la forteresse de Blois {castrum Blesense) qui leur servait de retranchement. Quelque temps après , il en ût rebâtir une autre nûeux placée, et y mit bonne garnison.
Ainsi, en 491 (dixième année du règne de Clovis) les Francs s'établissent à Blois, et prennent pied dans le pays. La douceur du climat, la fertilité ' du sol, les divers avantages de la position, furent autant d'attraits pour ces barbares dont la première patrie ne pouvait guères soutenir le parallèle avec nos contrées.
Après avoir subjugué les habitants et conquis le sol, les Francs laissèrent subsister ou plutôt rétablirent les formes de ladministration gallo-romaine. €e réseau embrassait le pays chartrain, dépendance delà 4* Lyonnaise (ou Sénonaise), lune des dix- «ept provinces de la Gaule> dont le gouverneur rési-
' Chronique du château d'Aïuboise, écrite au Xi* siècle, spicilége ta. in-8% t. X, p. 526.
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dait au ehef-lieu Sens '. Dans les principales villes de la province, un^^mle représentait le gouvemeur. Le pouvoir du comte de Chartres s'étendait sur tout le territoire des anciens Chartrains, sur le pays blésois par conséquent. Le diocèse avait la même étendue, et Févèque de Chartres y exerçait, outre ses fonctions spirituelles, une autorité civile, rivale de celle du comte.
Si radministration locale éprouva peu de changements, il n'en fiit pas de même de la population. Le ehristiflinisme, qui vint alors remplacer le culte druidique des vieux Chartrains , opéra dans les mœurs une révolution complète. Cependant le peuple n'abjura pas aussitôt ses anciennes croyances, et long-temps après, de nos jours même, on trouve dans ses usages quelques restes des superstitions primitives.
Le mélange des trois races Gauloise, Romaine et Franque, conséquence de Tinvasion, altéra profondément les types nationaux de chacune d'elles. Il est r^rettable que Thistoire n'ait pas retracé les circonstances intimes de leur fusion. On aimerait à suivre les effets bizarres de la co-eûstence forcée d'éléments disparates , à voir comment
' Cette ville était en môme temps capitale de la province ecclésiastique ; aussi, Tévéché de Chartres releva-t-il de rarchevéché de Sens jusqu'en 1632, époque où il passa sous la nouveUe*métropole de Paris.
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tous ces individus, Celtes^ Romains, Barbares, si différents de mœurs, de costumes^ de langage, pu-* rent s'aggréger et devenir une oommunauté d'habitants. Mais les chroniqueurs, prodigues de détails oiseux, ont négligé ce côté le plus saillant de l'épo-* que; ils se bornent à raconter des batailles ou des intrigues de cour, et sacrifient aux incidents secondaires le fait majeur de la transformation sodale. Leurs récits décousus prouvent seulement la bar-bariea£Dreuse des populations dans les premiers siècles de la monarchie française ; telle est par exemple rimpression pénible que laissent ces deux anecdotes locales de Grégoire de Tours ',
EU^éiulflB, ministre disgraflië, fuyant la colère de Contran, roi <}'Orléans *, se retira dans la basilique de SaintrMartin de Tours. Contran ût fermer les portes, et pour s*assttrer du coupable le fit garder jour et nuit par des gens d*Orléans et de JNotff (BUsengetj qui s'acquittaient tour à tour de cet office. Au bout de quinze Jours, oes gens partirent pour retourner chez eux ; ils emmenaient des bestiaux qu'ils avaient yolés dans les étables de Saint-Martin ; en route, une dispute s'éleva au sujet de ce butin entre les Orléanais et les Blésois ; les plus acharnés de part et d'autre se percèrent à coups de lance. Sur toute la route ces brigands commirent de grands ravages et pillèrent tout ce qui leur tomba sous la main.
' Hiêtoria franc. ^ lib. 7.
* Lors de cette aTenture, Bloia faisait partie da royaume d'Orléans, possédé par Gontran (réuni à la monarchie en 593). Les habitants lui devaient le senrice militaire : voil& pourquoi des Blésois allèrent k Tours garder le ministre de ce prince.
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Le second fait n est pas moins caractéristique:
Les Orléanais et les Blésois se coalisent contre les Dunois, tombent sur eux à Timproviste, en massacrent un grand nomlire, brûlent leurs maisons et leurs récoltes, emportent leurs oneubles et leurs bestiaux. Mais les Dunois, aidés par les habitants d'autres cantons du pays chartrain, ne tardent pas à prendre leur revanche. Ils entrent à main armée sur les territoires d'Orléans ctt de Blois, ravagent les campagnes, pillent et incendient les maisons. Heureusement les comtes de Chartres et d'Orléans se portèrent jnédiateurs pour arrêter ces désordres.
Ces collisions 1)ruta1es donnent une bien triste idée de l'état du pays sous l'empire de pareilles mœurs. Quelles pouvaient être l'agriculture et l'industrie dans un temps où les populations préféraient aux habitudes sédentaires les aventures d'une vie toujours armée^ où le hasard et la force remplaçaient tes garanties de l'ordre social ?
Une nouvelle invasion de barbares n'était pas faite pour rendre à nos ancêtres le calme et la sécurité. Parties des côtes de l'Océan, les barques normandes remontent la Loire, apportant le carnage «t l'incendie. En 854 les pirates du Nord brûlèrent Blois avec les villages et monastères voisins j usqu'au €her ^ Tant qu'ils n'eurent point d'établissement fixe, les farouches Danois continuèrent de piller et d'incendier. Ce système de destruction affligea nos
> Annales de saint Berlin. Historiens de France, t. Vil, p. 170.
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contrées pendant plus d'un siècle. L'auteur du roman de Rou ' qui dépeint avec june naïveté énergique les dévastations et les cruautés commises entre la Loire et la Sâne, n'oublie pas le pays blésois. Les Normands, dit maître Wacce :
Li plain païz* yastèrent de Bleis trez k*aSainliz7,
Li homes ont occiz eli aveirs * raviz
Ni remaint bore * à fraindre ' ki tant fust bien garniz
Se il ne fust bien cloz de murs de paliz ^
Des homes veissiez merveillos tueiz,
N'en ont nulle pitié plus ke de leu berbiz,
Tuent joenes et viez, tuent grands et petiz ;
Veuves font li moilliers •, orfeling font li filz,
E porgieteru » li'dames yoste *® lor mariz ;
Icele honte sofre nul franc hom a enviz *».
La gent de cest païz est mult decunfortée ;