‹ Histoire de BordeauxChapitre 128 sur 143 · CHAPITRE DOUZIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. U

Lorsque rassemblée des notables de Bordeaux se fprma à l'Hôtel de Ville pour prendre la mesure urgente de $alut public , dont l'arrêté qu'on vient de lire fut le résultat, elle nomma par acclamation M. RouUet pour son président. Elle crut devoir donner cette marque de Ut confiance de la cité à l'homme de cœur et de conscience qui venait de s'y faire remarquer par un grapd acte de dévouement auiL principes constitutionnels dont les habitante avaient concouru à assurer le triomphe. Nous cUsûn^ à la page 3S3 , que M. RouUet avait manifesté l'intention 9a il était de ne pas accorder son suffrage , dans le collège électoral dont il était membre, aux personnes qu'on proposait pour la députatîon à la chambre , dans une liste , dite des candidats du gouvernement , sur laquelle était porté le nom de M. Duhamel , maire de Bordeaux. Ce magistrat, informé de la détermination de M. RouUet , le destitua de son emploi d'avocat de la ville. Celui-ci , sentant qu'il se devait à lui-même de faire connaître à ses concitoyens les motifs de sa destitution , publia la lettre qui énonçait ces motife. Il accompagna cette lettre de la réponse ferme et mesurée qu'il y avait faite. Plusieurs^ journaux des départements ayant parlé de ces pièces » l'histoire locale doit les conserver dans leur entier. Les voici :

Lettre de M. le maire à llf. RouUet

Bordeaux, le 27 juin 1830.

MOKSISUR ,

J'ai l'honneur de vous prévenir que vous avez cessé d'être avocat de la ville de Bordeaux , et que , par arrêté de ce jour, j'ai nommé M» deChancel pour voiis rem« placer.

Ce parti que j'aurais peut-être dû p^en^re depuis longtemps m^a été commandé par l'opposition hostile et permanente dans laquelle vous vous êtes volontairement placé envers le gouvernement du roi , et qui s'est plus ouvertement manifestée encore p^r votre conduire électorale.

Je regrette d'être forcé à prendre une mesure que vous avez trop sciemment provoquée pour qu'elle, ait lieu de vous surprendre » et je vous prie d'agréer l'assurance de ma parfaite considération.

Le vicomte Duhâmbl, maire de Bordeaux.

Réponse de M. RouUet à la lettre de M, le maire.

Bordeaux, le 27 juin i830.

Monsieur ,

Votre lettre de ce joar^ que je viens de recevoir, m'annonce que vous avez pris un arrêté qui somme M. de Chancel avocat de la ville. La clientèle dé la ville , quelque honorable qu'elle soit, est tout à fait libre de la part de l'administration « ainsi que de la pavl^le l'avocat. En votre qualité de maire , vous avez usé de vos droits en choisissant un autre défenseur « de même que j'ai usé des miens , loi^que j'ai refusé de défendre des actes ^ni ne me paraissaient pas légitimes. Sous ce rapport , je n'aurais rien à vous dire. Mais vous avez cru nécessaire d'ajourter à votre détermination des motife que je ne dois pas laisser sans réponse*

Votre lettre contient le passage suivant : a Ce parti , que (( j'aurais peut-être dû prendre depuis longtemps , m'a (( été' commandé par l'opposition bostila et petnianente

CtaAPITM; DOUZIÈME. '^9

« dans laquelle vous vous êles volontatrement placé en- « vers le gouvernement du roi , et qui s'est plus ouverte-. « ment manifestée encore par votre conduite électorale ». Ainsi, Monsieur, c'est ma conduite politique et mon vote électoral qui ont déterminé le parti que voua avez pris et que vous auriez dû prendre depuis longtemps. Av résultat, c'est pour avoir voté suivant ma conscience , et pour avoir été fidèle à mes principes, que vous jugez à propos de choisir pour la ville un autre avocat, j'éprouve un véritable regret à vous le dire , mais je tiens à honneur le moUf qui vous a déterminé; et Je me croirais indigne de la profession à laquelle j'ai consacré mon existence, si j'avais pu fléchir sous unepweille Bonndéraiion.

J'ai soixante ans passés. J'ai traversé la révolution, dégagé d'ambiUon, pur et sans tache , et non pas sans péril. Aux jours de la restauration je suis resté suj^t fidèle , je pourrais dire courageux et sincère ami de la liberté ; et avec de pareils seatimenis, je n'ai pas été, je n'ai pu être hostile »a gouvernement du roi. Des hommes avec lesquels je parcoorm longtemps la même carrière ont été successivement élevés à de hautes fonctions et à de grands honneurs. Si, ctorne citoyen libre, j'aî parfois discuté ou désapprouvé leurs actes politiques, je n'ai jamais cédé à l'impulaion des passions qui se sont agitéeâ tfuioui- d'eux; j'ai conservé l'amitié de quelques-uns , et j'ai l'intime convictiott de n'avoir jaMais donné fr aucun le prétexte de me refuser son estime. Mais- qoelqae déférence que doivent m'inspirer les affections d'une ancienne confraternité dans aucune circonstance je ne lui ai fait le sacrifice dé mes principes. Je suis resté libre de toute espèce d'influence.

Ma coBdaite éteeto«ale a été conforme à celle de toute

45P HU|TOViE m ^ORQÏÀUX.

ma vie ; elle a été franclie , indépendaate et dé$iqitére$9ée. Je n'accorde à perjsoune le droit d'iofluenceir mon vote , et moins à voos , Monsieur , . qu*à tout autre , puis<|a'à la précédente élection je vous ai refusé mon ^ffrage > et que dès lors vous êtes un mauvais juge de ma conduite. Un vote électoral est une affaire de conscience. J'ai voté en honnête homme dans l'intérêt du roi et de mon pays; j'en prends à témoin celui qui a bien voulu me dou^r d'une raison saine et d'un cœur droit pour diriger mes actions. C'est dans ces sentiments , Monsieur le maire 9 que j'ai l'honneur de vous présenter mes respectueuses salutations.

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