CHAPITRE DOUZIÈME
quinze éditions des Essais, dont cîn(} ( non comprise la traduction italienne de 1S90) parurent du vivant de l'auteur. Il donna la dernière en 1S88 , et ^augmenta d'un troirième livre.
Dans le etiapitre 3 de ces additions Montaigne nous apprend que son cabinet, qu'il appelle sa librairie, était placé dans une tour près U porte d'entrée de son château. K Chez moi, dit-il, je me destourne un peu plus « souvent à ma librairie , d'où tout d'une, main je comte mande mon mesnage. Je suis sur l'entrée , et vois soubs « moy mon jardin , ma basse-cour , ma cour , et dans la «. plus part des membres de ma maison. Là je feuillette à « ceste heure .un livret, à ceste heure un autre , sans or^ « dre et sans dessein, à pièces descoûsues. Tantost je resve, (( tantost j'enregistre et dicte en me promenant mes songes <i que voicy. Elle est au troisiesme estage d'une tour. Je a passe là et la plus part des jours de ma vie , et la plus « part des heures du jour. La figure en est ronde , et n'a « de plat que ce qu'il faut à ma table et à mon siège , et « vient m'offrant en se courbant d'une veuë , tous mes li- « vres rangez sur des pulpitres à cinq degrez tout à l'en* « viron. Cesl là mon siège. J'essaye de m'en rendre la do- « mination pure, et à soustraire ce seul coing à la corn-a munauté et conjugale, et filiale, et civile. Misérable à n mon gré , quy n'a chez soy où estre à soy , où se faire a particulièrement la cour, où se cacher ».
Lorsque nous visitâmes le château de Montaigne en 1783, toutes les solives de son cabinet et les planches qu'elles soutenaient , étaient couvertes d'inscriptions grecques et . latines qui rappellent le scepticisme dont ce philosophe fa(isait profession : ce sont des maximes tirées de différents auteurs tant sacrés que profanes , et particulièrement d®
VEcclésiaste. La plus remarquable de ces inscriptions est prise de Platon » et peut se traduire ainsi : « Quand je ne (c comprends pas, je m'arrête, j'examine )). Montaigne a résumé cette maxime dans la devise Que sçaù-^e? qu'il avait adoptée , et qui se trouve reproduite dans un fleuron gravé sur le frontispice de certaines éditions des Essais. Ce fleuron représente les armes de Montaigne , ayant pour support une balance dont les plateaux en équilibre sont liés par un ruban sur lequel on lit : Que sçais-f'e^
A la demande de son père , Montaigne publia en 1S69 la Théologie naturelle , ouvrage de morale qu'il traduisit en latin de Raymond de Sébonde , philosophe espagnol » qui vivait au quinzième siècle. On a imprimé pour la pre« mière fois en 1774^ le Journal du voyage de Montaigne en Italie. Ce fut pendant le séjour de ce philosophe à Rome qu'il fut honoré du titre de citoyen romain^ a qualité , ditce il, que j'ay reçeue avecques plaisir, d'autant que n'estant (c bourgeois d'aucune ville , je suis bien ayse de Testre de « la plus noble quy feut et sera oncques )).
Montaigne fut très>lié avec La Boêtie , savant conseiller au parlement de Bordeaux, et avec le célèbre Charron , chanoine de cette ville, auteur du Traité de la sagesse. Il fut l'éditeur des ouvrages posthumes du premier, qui lui avait légué sa bibliothèque. Le second ne pouvant lui laisser un témoignage personnel de son amitié , Montaigne l'ayant prédécédé, institua pour son héritier le beau-frère de l'auteur des Essais. L'amitié qui unissait ces trois philosophes honore chacun d'eux.
M^^® de Gournai , femme savante du seizième siècle , qui a publié entr'autres le Proumenoir de Montaigne; avait une admiration sans bornes pour ce philosophe , qui la nomma sa fille d'alliance , et la fit héritière de ses écrits. A la