CHAPITRE DOUZIEME
mort de Montaigne , elle s'empressa de se rendre auprès de la veuve et de la fille de Taateur des Essais , pour leur oflrîr les consolations de l'amitié. Elle recueillit les additions que Montaigne avait écrites pour ce livre, sur un exemplaire de l'édition de 1S88, et en publia successivement deux éditions.
Montesquieu est né le 18 janvier 1689 à Labrède, commune située à deux myriamètres sud-ouest de Bordeaux. Les étrangers visitent avec respect le château qui Ta vu naître, et dans lequel il a composé ses immortels ouvrages. On y conserve encore , dans leur ancien état , tous les meubles de l'appartement qu'il occupait. Il serait bien de placer une édition de ses OEu^pres sur sa table à écrire , et au-dessus une page autographe de son écriture.
La mère de Montesquieu, dame très-pieuse , voulut qu'il fût tenu sur les fonts de baptême par un pauvre paysan de la commune , afin que cette circonstance lui rappelât que tous les hommes sont égaux devant Dieu. Il vécut jusqu'à Tàge de trois ans au moulin de Labrède sous la conduite de sa nourrice , pour y recevoir une nourriture simple et saine qui fortifiât sa santé. Ces deux particularités se rencontrent aussi dans l'enfance de Montaigne.
La physionomie de Montesquieu ressemblait beaucoup à celle que les marbres anciens donnent à Gicéron. Il était blond , de taille ordinaire , et d'une corpulence très-maigre quoique nerveuse. ïl est mort h Paris le 10 février 1755, rue Saint-Dominique , vis-à-vis l'hôtel Tournon , et a été inhumé à Saint-Sulpice , dans le caveau d'une chapelle dédiée à sainte Geneviève. '
Montesquieu se trouva un jour chez le président Barbot avec le prieur de l'abbaye du Carbon-Blanc , homme trèssuperficiel , mais beau parleur, qui ne craignit pas de
454 lIISTOmB BJB BORDEAUX.
lutter avec Fauteur de VEaprit déi Ui^, en sratenant des paradoxes avec une certaine chaleur. Montesquieu lui dit : (( Mon père , vous ressemblez trop aux héros de l'Ait rioste , qui combattaient pour des chimères avec des (( armes brillantes ». Ce bernardin n'en devint que plus animé dans la dispote , et la tourna du c6té de la théologie. Montesquieu piqué, et voyant qu'on cherchait à rendre suspectes ses croyances religieuse , parce qu'il rendait son advQfsaire ridkiulo , Ivà dit ; « Ne voudriez-vous c^ pas imiter votre saint patron » et précfeer contre moi une K croisade? filais personne à Qordoaux no prendra les arn mes pour vous »«
En 1765, l'académie^ éçs sciences de cette ville avait délibéré de placer dans le lieu de ses séances le buste de Montesquieu. Le maréchal de Beauveau, oommandant de Guienne » fit faire ce buste à Paris , par le célèbre Lemojrne, et l'offrit à l'académie. On )o voit au miliett de la bîbliothèqiiie publique de la ville , avee cetlte inâcription :
Carolo de Secondât de Montesquieu, academiœ soçio, Quod academia burdig. decreverat de suo posuit Car. Just. de Beauveau , princeps s, rom. imp., academiœ socius.
sr. Bcc. Lxvni.
Le roulier chargé de porter à Bordeaux la caisse qui oomenait ee buste , s'étant présenté à la douane pour acquitter les dfoils, avec la lettre de voiture étiquetée : Bmt4 d'un phUeaophef le préposé, après aveîT feuilleté ses instructions, dit au roulier : a Le tarif ne K parle pas de ce que paie un buste de philosophe; c'est « donc marchandise prohibée , et je déclare voire ballot K confisqué » . Pour obtenir main**levée de eette étrange €onfiscation|^ il fallut que Facadémie se pourvût auprès
CIIA^ITRS DOUZOtAW* 455
da directeur de la douane » qnl s'empressa de faire remettre le ballot réclamé , en excusant la^ bévue de ^on commis, et riant beaucoup- de l'aventure^.
H' XJUT» page 304*
Extrait du testament de Biaise de Gascq.
Au nom de Notre- Seigneur, etc
Moi Biaise de Gascq , fils de feu G. de Gascq , quand vivait écuyer, conseiller, et trésorier général du roi, et de Béatrlx Dupuy , Français de nation , né dans le diocèse de Bazas , novice dans le couvent de la cbartreuse de Saint-Etienne et de Saint-Bruno du Bois , dans la Galabre ultérieure , au royaume de Naples , sous le nom de dom Ambroise.... (*).
J'institue pour mon héritier universel , dans tous mes biens mobiliers et immobiliers, noms ^ actions et droits quelconques, le monastère de l'ordre de la chartreuse, que je veux bâtir et doter de mesdits biens dans la ville de Bordeaux^ ou dans un faubourg près ladite ville, sous l'invocation de saint Bruno, confesseur
Je veux que la somme de 1,200 pièces d'or que j'ai laissée en dépôt à Rome , entre les mains du R. P. dom Jean-Ange de Spéris, lors prieur de la chartreuse romaine, soit employée à acheter un fonds dans la ville ou le faubourg de Bordeaux, où le susdit monastère sera bâti. Mais si au moyen d'autres aumônes , il est donné un terrain pour y placer ledit monastère , je veux que ladite somme soit^employée aux frais de cette construction
(7 Nous omettons les dispositions de ce testament qui ne sont p« relatives. à la chartreuse de Bordeaux».
456 HISTOIRE DE BORMAUX.
Poui" faciliter l'exécution de mon présent teBlament , je joins Ci^aprës la note de ceux de mes principaux biens qui se présentent à ma mémoire , et qui sont :
La maison noble appelée La Bastide, ou autrement Blaignac, située dans la paroisse de Saint-Jean de Blaignac, diocèse de Bazas , avec ses appartenances et dépendances, granges, bois, jardins, vignes, prairies, et autres objets qui concernent ledit domaine ou en font partie , avec tous les ustensiles , vaisseaux vinaires , et mobilier en dépendant;
Plus les cens et rentes annuelles dont je- jouis dans les paroisses de Blaignac^ Loupîac, Puybarban, Fiodez , et autres du même diocèse ;
Plus six domaines ruraux avec leurs terres labourables, prairies , vignes , saussaies , bois , appartenances et dé* pendances: le premier de ces domaines s'appelle la Mousque, le deuxième laBarthe, le troisième Cohines, le quatrième Fiodez , le cinquième Tailleprin , tous dans les susdites paroisses, et le sixième est appelé à Janon , qui se divise en deux métairies, dans la paroisse de Saint- Martin , même diocèse de Bazas ;
Plus certaines propriétés éparses, séparées , et indépendantes des susdits domaines, principalement trois pièces de vignes dans Loupiac et Blaignac , deux prairies dans les paroisses de Mazerac et de Savignac , et une maison ou grange appelée Peluchet , bordant les vignes du président de Picbard;
Plus,' entre les biens légués audit monastère mon héritier , sonl compris d'abord la baronnîe et terre de Saint- Sulpice , audit diocèse de Bazas , consistant en trois mai" sons avec jardins, bois, terres labourables, prairies, vignes, saussaies i avec leurs appartenances et dépen-
GHiiPilXU IH)UZIÉBI£. 457
dances, droits et meubles t^nt réels que fictifs, avec juridictioB seigneariale, et ensuite un moulin et la moitié d'un autre , situés dans la même terre de Saint-Sulpice, autrement appelée Biméres*
Indépendamment des susdits biens et domaines ruraux dont j'ai souvenance , je donne et lègue audit monastère mon héritier tous mes divers autres biens , mobiliers « im* mobiliers , meubles » droits et actions sur mes débiteurs ; desquels biens et tous autres miens énumérés ou à énu* mérer à moi appartenant , j'institue pour mon héritier ledit monastère à bâtir.
Et pour que le présent testament soit ramené à exécution , je prie le R. P. général de Tordre de la chartreuse de vouloir bien se porter mon exécuteur testamentaire. S'il ne pouvait remplir ladite fonction , je laisse à sa prudence de choisir ceux qu'il jugera à propos de commettre pour le remplacer, voulant que ceux qu'il déléguera paur veiller à la recherche de mes biens et à la construction dudit monastère puissent prendre , sur les fruits et revenus de mon hérédité , ce qui sera convenable pour faire face soit aux dépenses nécessaires pour la conservation et remise des corps héréditaires, soit aux diverses charges de ma succession et aux frais quelconques qui surviendront
Nota. Le testament da père Àmbroise de Gascq a été retenu par Marc-Antoine Phieri , notaire de la terre d'Argusto , dans la Galabre ultérieure , le 5 décembre 1605 , et enregistré à Bordeaux le 4 septembre 1608, en vertu d'un arrêt du parlement rendu le même jour , conformément à la transaction faite entre les parties intéressées audit testament.
468 HiarOIBR M MmflUfJX.
Extrait étunè ordonnance du général âe$ ehurîrênx^ qniae^ corde à là famille de Gascq le droit de sépulture dans Téqlise de la chartreuse de Bordeaux.
Frère Léon , prieur de la grande cbaTtreuse , el ministre général de tout Tordre des cbartreux , an vénérable père ejd J.-C» dom François de Laroche , prieur de la chartreuse de Bordeaux , salut.
Ayant égard aux témoignages éclatants de piété du vénérable père- dpm Ambroise de Gascq, jadis profës de notre ordre • dans la chartreuse de Saint-Etienne et de Saint-Bruno, et premier fondateur de la chartreuse de Bordeaux ^ ainsi qu'à tout ce qu'a mérité de Tordre le R. P. M« Arnaud de Gascq , abbé de Saint-Ferme , frère du prénommé , nous^ voulons et ordonnons» en vertu de nos pouvoirs, qu'une plaque de marbre soit apposée an fond du chœur de l'église de ladite chartreuse de Bordeaux , sur laquelle plaque la fondation de cette chartreuse » par ledit vénérable père dom Ambroise de Gascq , premier fondateur d'icelle , soit mentionnée, ainsi que la donation du château et domaine de Louviers , faite- à la même chartreuse par mondit sieur abbé A. de Gascq ; et qu'en Outre les armoiries de la très-noble maison de Gascq soient placées tant au fond de ladite église qu'à l'entrée des salles dudit monastère, qui a été construit des biens dudit fondateur.
Nous voulons et ordonnons au surplus qu'une semblable plaque de marbre soit apposée au-dessus de la porte d'entrée de la cellule que mondit sieur abbé a fait bâtir à ses frais dans le grand cloître n sur laquelle plaque sera mentionnée la donation susdite, due à la piété de mondit sieur et révérend père abbé.... Comme aussi
qae noble homme Biaise de Ga9cq« baron de Ppvtets , çoiv seiller au parlement, etc., petit-fils d'un frère du susdit , jouisse du droit de sépulture dans la nef de ladite église ,
tant lui que ses enfants et descendantis
Donné à Ta Chartreuse , sous nos seing et sceau , le 48 juin 4648.
(Signé) F. Léon , prieur de la c1iartreuse.—¥. Jean Chai*- VET, secrétaire du R. P. général et du chapitre général.
Nota. — Une copie en forme des aetes ei-dessos , écrite en ktin , est dans les minutes de M* GAsquet, aotafre à Bordeaux*
Obserçatiom sur les deux actes précédents*
Ce que nous disons sur le véritable fondateur de la Chartreuse contredisant et renversant une opinion déjà accréditée sur ce fait, nous avons cru devoir ajouter quelques nouvelles réflexions à celles que nous avons déjà émises à cerajet* Darnal, qui croyait avec le peuple de Bordeaux , que le cardinal de Seurdis avait fait construire de ses propres deniers la chartreuse de cette ville « accueillit la tradition populaire dans sa Continuation de la Chronique. Tillet , mieux renseigné , fit disparaître cette erreur , en éditant l'ouvrage où elle était consignée, et y énonça en termes formels que Biaise de Gascq avait fondé la chartreuse bordelaise. Cette assertion du dernier chroniqueur de Bordeaux, et Finscription qui fut placée dans l'église des chartreux , en vertu de l'autorisation du général de l'ordre , prouveraient seules que la fondation de ce monastère n'était pas l'œuvre du cardinal de Sourdis, quand même l'acte qui constate cette fondation ne serait pas produit. Cependant le nom du modeste frère
460 lUSTOIRfi DB BORDEAUX.
a été jusqu'à présent éclipsé par celui du prélat qui ne fut que l'exécuteur testamentaire des généreuses dispositions du premier : Sic vos non vohis. L'erreur à ce sujet s*est propagée jusques dans ces derniers temps ; elle est actuellement démontrée par les titres que nous avons découverts, et qui sont d'une vérification assez facile pour qu'on ne puisse pas suspecter leur exactitude.