CHAPITRE SIXIÈME
adresse au premier consul Bonaparte , pour Tinviter à se déclarer chef héréditaire de l'état. Trois députés furent chargés d'aller présente^ cette adresse au gouvernement, dont les affidés secrets avaient reçu ordre de suggérer l'idée. On l'accueillit également dans les autres départe*ments , où les administrateurs firent parler leurs administrés , sans les avoir consultés.
L'énigme de ce vœu simultané fut publiquement expliquée au tribunat où il fut proposé que le titre d'empereur héréditaire de la république fût déféré à Bonaparte. Le 18 mai de la même année , le sénat , prenant en considération les vœux librement émis par les départemenjts, vint saluer le premier consul en qualité d'empereur des Français , et lui apporter un sénatus-consulte qui organisait le nouvel empire.
C'est à l'histoire générale qu'il appartient de développer les circonstances qui amenèrent ce grand événement. Un annaliste particulier doit se borner à indiquer la part qu'y a prise le pays pour lequel il écrit. Cette part fut un peu tardive par rapport à Bordeaux. En effet , soit que l'évQil donné à cette ville ne lui ait pas été communiqué assez à temps , soit que ses magistrats eussent apporté trop de lenteur dans leurs délibérations , ou soit enfin que des circonstances imprévues obligeassent le gouvernement à devancer l'époque qu'il avait fixée pour manifester ses déterminations, la députation de Bordeaux n'arriva à Paris que le jour où l'on y proclamait l'avènement de l'empereur. Elle s'empressa de substituer aux souhaits qu'elle était chargée de faire entendre pour hâter cet avènement, des félicitations sur l'accomplissement qui s'en effectuait. Napoléon dut trouver la première démarche des Bordelais bien tardive , ou la seconde singulièrement précoce.
!Mé HISTOIRE DE BORDEAUX.
L'empereur Napoléon fit son entrée dans cette ville le 4 avril 1808, allant à Bayonne. Il se rendait à une entrevue que lui avait demandée la famille royale d'Espagne.L'histoire a dit ce qui en résulta. Nous dirons seulement que, par suite de cette entrevue, les infants Ferdinand et Carlos passèrent à Bordeaux le 11 mai suivant; le roi don Carlos et sa femme le 15, et Tinfante d'Espagne, depuis reine ()*Etrurie, le 22 du même mois, et qu'après une station de trois jours dans cette ville , ces princes et ces princesses furent conduits dans le lieu de leur séquestration {*).
âbn séjour fut marqué par des fêtes publiques dans lesquelles la ville montra beaucoup d'enthousiasme et de lûagfuficence. L'impératrice Joséphine accompagnait son époui dans ce voyage. Au retour de Leurs Majestés à Bordeaux , le 31 juillet suivant , de nouvelles fêtes les accueillirent. L'empereur ayant reconnu par lui-même les besoins qu'éprouvait cette ville, lui donna des marques de l'intérêt qu'il lui portait en décrétant la formation de plusieurs établissements* dont elle manquait, et des améliorations pour ceux qui subsistaient déjà dans ses murs. Nous nous bornerons à indiquer la partie des actes de la munificence impériale qui reçut son exécution dans le temps.
Par un décret du 24 avril 4808, l'ancien pjilaîs archiépiscopal , qui était alors l'hôtel de la préfecture , fut érigé
en palais impérial. L'empereur, satisfait de la manière
(') Il y eut pendant le court séjour du roi d'Espagne à Bordeauir wu eomplot formé par ses partisans pour le rendre à la liberté. La Yif ilanrc de la police locale en fit manquer l'exéculion.