CHAPITRE SIXIEME
avec laquelle M. le comte La£aurie de Montbadon , alors maire de Bordeaux , avait disposé les fêtes offertes par la ville , le nomma gouverneur de ce palais.
Un autre décret , rendu le lejidemain , porte :
4° L'hôtel occupé par la municipalité est concédé à la ville à titre gratuit; il lui est fait remise des loyers échus dudit hôtel , et dont le paiement serait arriéré ;
S* La portion du couvent des orphelines , occupée par ' les sœurs de la Charité^ leur est concédée à titre gratuit;
3® L'autre partie libre du même couvent est concédée au même titre à l'association des sœurs de Notre-Dame qui se livrent à l'éducation des filles indigentes ;
k^ L'établissement de la maison de la Miséricorde , fondé et dirigé par la demoiselle Lamouroux , dans l'ancien couvent de F Annonciade , est approuvé. Cette demoiselle est dispensée du paiement de la somme de vingt-deux mille cinq cents francs qui lui restait à acquitter du prix de l'adjudication des bâtiment^ de ce couvent ;
5® Il sera fondé une maison de mendicité (*) pour tout le département ;
6** Les maisons occupées par les curés de Saint-Louis et de Saint-Vincent de Paule, aux ci- devant couvents des Petits-Carmes desChartrons et des Chartreux , sont concédées à la ville et affectées au logement desdits curés ;
7® Le surplus des bâtiments de la Charh^etise , tombant en ruine, sera démoli , les matériaux vendus au profit du domaine , et le terrain affecté à l'agrandissement du jardin de botanique du département;
f ) Cet édifice est aGluellement occupé par Fécale secondaire ec~ clésiastique. Il est construit de telle maniépe qu'il convieudrait mieux pour le dép6t de mendicité.
iilO HISTOIRE DE BORDEAUX.
8® L'amphithéâtre de Saint-Cdme est concédé àlaTÎIle pour être affecté à des cours de chirurgie ;
9® Le manège est concédé à la ville , à la charge d'y faire donner gratuitement l'instruction à seize élèves du collège et à seize militaires qui seront désignés ;
40* La construction d'un pont devant Bordeaux est ordonnée. Le gouvernement donne à cet efïet quatre cent mille francs par an;
41^ Le Château-Trompette sera démoli; ses matériaux et terrains sont donnés à la ville.
Le même décret affecte le produit (*) des ventes de ce château :
1® A l'acquisition de l'hôtel Saîgc pour servir de préfecture ;
â* Aux grosses réparations de la cathédrale et aux logements de l'archevêque et du séminaire diocésain ;
3^ A la construction de la maison de mendicité.
Un décret du 26 du même mois porte création d'une commission qui prêtera aux propriétaires de vignobles du département , jusqu'à concurrence de la moitié de la valeur de leurs vins qu'ils donneront en nantissement, moyennant deux et demi pour cent pour l'intérêt annuel du prêt, et de deux pour cent pour droit de garde desdits vins*
Pour former les fonds de ces prêts , le gouvernement avança trois millions. Cette commission a été depuis supprimée.
L'exécution des travaux prescrits par les décrets pré*
f ) Le décret évalue ce produit à la somme de quatre millions huit . c^ mille francs. fXie devait être employée à certains travaux d'utilité publique 4 qui n*ont pas tous été entrepris. On n*a fait, dans le temps, que remploi des fonds qui est iqdiqué ci-desfius.
GEUPITRB SIXIEME. âii
cités procura à l'iiidastrie locale des moyens qui lui furent extrêmement profitables , dans un temps où la guerre maritime et continentale nuisait beaucoup au commerce de Bordeaux. Cette ville s'est depuis ressentie des avantages que lui ont procurés les établissements qui furent fondés alors. '
 diverses époques on avait proposé de construire unpont devant Bordeaux; mais aucun des projets n'avait paru praticable. La perfection que les arts ont obtenue depuis a permis enfin d'exécuter une entreprise aussi importante. Les travaux de ce pont commencèrent le 1^' octobre 1810 ; et le 7 décembre 1812 , le préfet fit solennellement l'inauguration de la culée bâtie devant Bordeaux , en y déposant des médailles et inscriptions qui constatent la date de rérection de ce nionument. Les étrangers paraissent surpris de ce qu'on n'a placé aucune de ces inscrip-* tiens à l'extérieur du pont.
Dans le projet originaire C) les arches du pont ne devaient pas être cintrées. Ses piles étaient destinées h sup-
f ) M. Didiet , alors ingénieur en chef des ponts et chaussées du département, commença et dirigea tous les travaux de ce pont juftqu*en ISll f que M.^ YauxYilliers succéda à cet ingénieur. L*un et Tautre furent secondés dans ces travaux par M. Tannai , ingénieur ordinaire à Bordeaux. Cest ce dernier qui fut chargé des opérations du sondage de la Garonne, qu'on pratiqua en trois endroits de la rivière devant cette viUe , afin de reconnaître le lieu le plus convenable pour asseoir les piles du pont soit à la passe où il 8*éléve actuellement, soit devant la place Royale , soit vis-à-vis la cale de la Manufacture.
9f2 HISTOIRE DE BORDEAUX.
porter le tablier qui reposerait sur des barres de fer disposées horizontalement , de façon quMl aboutit de plainpied aux deux rives d'abordage , sans qu'il devint nécessaire d'en exhausser le sol , comme il est actuellement. A l'époque de la restauration on avait fait la moitié des travaux sous-marins du pont ; ses deux culées , ainsi que dix de ses piles, étaient montées à fleur d'eau. Le 47 mars 1819 , l'administration des ponts et chaussées décida que la hauteur des piles serait diminuée, afin de les couronner par des arches cintrées en voûtes, et que ces voûtes seraient construites en pierres symétriquement entrelacées de briques, lesquelles se fabriqueraient av-ec la vase prise dans la Garonne.
Les travaux du pont se continuaient lentement , lorsqu'une loi du 10 avril 1818 en confia l'achèvement à une compagnie (*) d'actionnaires ^^ qui se chargea de faire terminer à ses frais cet édifice, au moyen de la concession qu'on lui a faite du péage à percevoir pendant quatrevingt-dix-neuf ans , à commencer du 1^ janvier 1892. Le produit de ce péage tiendra lieu à cette compaj^nie du remboursement du capital par elle fourni pour l'achèvement du pont , lequel restera en toute propriété à la ville dès l'année 1931.
La dernière pierre des arches fut posée par le préfet le 2S août 1821. Le 29 du mois suivant, le public commença à traverser la rivière sur le pont de service, qui s'élevait en bois à côté du pont en pierre , et qui avait été employé pour
(') Elle s^engagea à fournir deux millionB trois cent mille francs pour achever la construction du pont. Cette somme a été réalisée au moyen de deux mille trois cents actions de mille francs chacune, que la compagnie fut autorisée i émettre.