‹ Histoire de BordeauxChapitre 68 sur 143 · CHAPITRE âIXtEJME · texte numérisé non relu

CHAPITRE âIXtEJME

compagnies qui avaient évacué Bordeaux la veille de l'entrée des Anglais dans cette ville. Les deux partis en vinrent aux mains dans la commune d'Etauliers , le 3 avril ; l'affaire fut chaude , et les Anglais y furent fort maltraités. Bien supérieurs en force aux troupes françaises , ils parvinrent à rester mai très du champ de bataille, et réussirent à couper les détachements français cantonnés en ce lieu. Dés lors les militaires isolés, dont se composaient ces détachements, se dispersèrent, le général Lhuilier qui les commandait ayant jugé prudent de battre en retraite. Le sénateur Cornudet , qui s'était réfugié dans ce camp de réserve à sa sortie de Bordeaux , mit en même temps fin à sa mission dans la onzième division.

Dans ces excursions militaires , les Anglais avaient un double but auquel ils parvinrent. D'abord il leur importait de dissoudre les petits corps armés , qui, sous le nom de partisans de la (fronde , étaient disséminés dans TEntre-deux-Mers et dans le Fronsadais, et qui pouvaient se réunir pour les inquiéter. Ensuite il était urgent de faciliter les approvisionnements de Bordeaux , où les comestibles devenaient tous les jours plus rares. Non-seulement il n'en arrivait plus de la partie du département qui était située sur la rive droite de la Garonne ; mais encore les départements voisins de celui de la Gironde , et qui y versaient leurs denrées, n'osaient y rien importer, ne sachant pas si le commerce y était libre et sûr. Il reprit bientôt son cours par iuite des diverses excursions des Anglais.

Lors de son arrivée à Bordeaux , le duc d'Augouléme avait annoncé que le roi était dans l'intention d'abolir les droits vexatoires qui pesaient sur la France. On présuma dans cette ville que le prince avait compris parmi les droits dont il promettait l'abolition , l'impôt sur les vins ,

d'autant plus que le 24 mars il avait ordonné qu'ils ne seraient plus passibles que de la seule portion du droit octroyé à la ville sur cette denrée, défendant au fisc d'exiger ce qu'il avait prélevé jusqu'alors pour la part du gouvernement. Cette réduction , qui diminuait de moitié le total de cet impôt, ne satisfit pas les habitants. Pour annoncer hautement qu'ils entendaient qu'il fût tout antrenient modifié , ils se portèrent en foule à l'hôtel de la direction des droits réunis , le 5 mai suivant , s'emparèrent de tous les registres et papiers de cette administration , et les firent brûler sur la place publique. Cette incinération ne profita qu'aux seuls contribuables qui se trouvaient débiteurs de la direction par comptes courants, soit pour vente journalière de vins et de liqueurs, soit en raison de leur entrepôt. Cependant l'impôt subsista , et il a été jdans tous les temps le sujet des réclamations des habitants du département de la Gironde , où les boissons spiritueuses forment un objet capital de production et de commerce.

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