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CHAPITRE SIXIEME

ne terminèrent leur entière évacuation de Bordeaux que le 23 juillet suivant. Le séjour qu'elles y firent apporta une grande amélioration dans le commerce des vins , qui était stagnant depuis plusieurs années. Les négociants anglais le ravivèrent en faisant des demandes considérables de cette denrée , sur le prix de laquelle elles opérèrent une hausse momentanée bien au-dessus du cours ancien. Il en fut de même par rapport à divers autres objets qu'ils achetèrent dans le pays. On peut dire que pendant le séjour des Anglais & Bordeaux , ils y furent considérés eomme autrefois ceux qui formaient la cour brillante que tint dans cette ville le fameux Edouard, prince de Galles, lorsqu'il gouvernait l'ancienne province de Guienne.

Avant de quitter Bordeaux , le duc d'Angouléme annonça à ceux qui avaient formé sa garde pendant son séjour dans cette ville , qu'ils étaient autorisés à joindre à la décoration du brassard qu'ils portaient , celle du lis , créée par le comte d'Artois , en faveur des personnes qui étaient venues au-devant de lui lors de son entrée en France. C'était une fleur de lis d'argent, surmontée d'une couronne , qu'on suspendait à la boutonnière de l'habit avec un ruban blanc. Le premier valet de chambre du roi délivrait l'autorisation de porter cette décoration. Elle n'eut cours en France que pendant un an. Celle du brassard se maintint un peu plus longtemps à Bordeaux. Elle consistait en un médaillon d'émail à rayons d'or, timbré d'une couronne , et ayant au centre le chiffre du roi. Ce médaillon était entouré d'une jarretière verte sur laquelle on lisait ces mots : Bordeaux, 12 mars ISiilt. Le brassard ne pouvait être porté qu'avec le costume militaire. Hors du service , cet ornement était remplacé par un ruban vert à liséré blanc , que le décoré mettait à la boutonnière lors*

qu'il était en habit bourgeois. Gomme le brassard a été inventé à Bordeaux , et qu'il y a fait époque, il a paru convenable de donner à ce sujet des éclaircissements qui se rattachent à l'histoire locale.

Lorsqu'à son arrivée dans cette ville, le duc d'Angouléme se rendit dans le sein du conseil municipal , et qu'il fut question de l'accompagner au palais dans lequel il allait faire sa demeure , le maire s'empressa de lui composer une garde d'honneur. Il la choisit parmi les personnes qui se trouvaient alors à l'Hôtel de Ville, et dont l'empressement avait été remarqué dans cette journée. Ces personnes s'organisèrent immédiatement sur un pied militaire; et comme elles n'avaient pas encore d'uniforme, elles convinrent de prendre pour signe de ralliement un mouchoir blaiic noué autour du bras gauche. Cette garde ayant ensuite été habillée en blanc , elle voulut conserver sa première marque de distinction ; et pour la rendre plus apparente sur l'habit , elle imagina de la porter de couleur verte. Ce nœud militaire fut appelé brassard^ ainsi que chaque homme qui le portait. On a cherché depuis à en faire une espèce d'ordre de chevalerie; car beaucoup de membres de cette association prenaient le titre de chevalier de l'ordre du brassard. Ils ont eu pendant un certain temps une- existence publique. On les invitait officiellement à assistof en corps aux fêtes qu'on célébrait à Bordeaux pour Tanniversaire du là mars. Cette cérémonie s'est maintenue plusieurs années, mais insensiblement l'institution du brassard bordelais est tom1)ée dans l'oublL Elle a eu le sort de l'ordre du Porc-Epic , inventé par Poncie de Charles VI. Cet ordre , après avoir été brigué par les grands seigneurs du temps , fut abandonné aux archers du guet 4le Paris, qui finirent par refuser d'en porter la décoration.

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