‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 106 sur 154 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

de vouloir ajouter des inventions humaines aux définilious simples et précises dans lesquelles l'Eglise a voulu toujours se renfermer. Le cardinal Sfondrate , en voulant combattre un excès , tomba dans l'excès opposé. Le titre seul de son ouvrage: Nodiis Prœdestinationis dissolutus , déceloit une espèce de présomption qui devoit rendre suspectes ses opinions, et appeler une attention sévère et rigoureuse. Cet ouvrage ne vit point le jour tant que son auteur vécut ; et il ne parut imprimé que quelques années après sa mort , avec l'approbation d'un théologien du Pape , et sous les auspices, disoit-on, du cardinal Alhani , depuis Pape lui-même sous le nom de Clément XI.

Ce fut rarchevéque de Ptheims ( Charles-Maurice le Tellicr) qui en reçut en France le premier exemplaire; et il entreprit de le réfuter par une lettre imprimée au mois de janvier 1697. Mais Bossuet en ayant eu connoissance, se proposa un plan plus étendu, plus digne de l'importance de la matière, et plus convenable, en quelque sorte, à la dignité dont l'auteur avoit été revêtu. Ce fut de déférer au Pape lui-même l'ouvrage du cardinal Sfondrate , dans une lettre raisonnée , où un petit nombre d'évêques se borneroient à exprimer leurs sentimens et leur étonnement sur la doctrine du cardinal Sfondrate. Il voulut même éviter de donner à cette dénonciation un éclat qui auroit pu affliger ou blesser les amis que la mémoire du cardinal Sfondrate conservoit encore à Piome, ou plutôt, comme dit Bossuet dans sa lettre au Pape , pour ne paroiLre point agir avec plus de fo,ste que de modestie.

Bossuet se chargea de la rédaction de cette

lettre («) ; il la composa en peu de jours, et elle fut souscrite le 23 février 1697 P^^ l'archevêque de Rheims , rarchevêque de Paris ( IXoailles ) , Bossuet , Févêque d'Arras (0? et l'évéque d'Amiens (2).

Cette lettre paroissoit se borner à énoncer les propositions du livre qu'on av^oit jugé les plus répréhensible. Le respect que Bossuet vouloit observer pour le saint Siège , lui défendoit en quelque sorte de prévenir son examen et son jugement; mais il avoit eu soin de placer à la suite des propositions les raisons et les autorités qui dévoient en déterminer la condamnation; et il faut convenir que les idées du cardinaKS/b«<^^rrt^e étoient si extraordinaires, elles choquoicnt si directement les maximes consacrées dans l'Eglise par la tradition, qu'il étoit impossible de justifier ses opinions.

« Très-saint Père , disoil Bossuet au nom des cinq » évéques, c'est le devoir des évéques de décou- » vrir, sans aucune acception des personnes, les » erreurs qui naissent dans l'Eglise, qu'il convient » de frapper avec d'autant plus de force, qu'elles » parlent d'un lieu plus élevé

» Quoique favorablement prévenus pour la mé- » moire, le goût et l'élégance de cet illustre per-

(") Ployez les OEu^res de Bossuet, lom. xxxvnr, p. 3o et suiv. édit. de A ers. in-H°.

C^) Gui de Sèi^e de RochecJiouart , nommé àl'évêché d'Arras en 1670, se démit en 1 721 en laveur de son neyeu, après tinquante-un ans d^épiscopat.

(*} Henri de Fejdeau de Brou, nommé à révêché d'Amiens en 1687, mort le j4 juin 1706, âgé de cinquantetrois ans.

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