LIVRE DIXIEME. 2o
» sônnage, cependant un langage si inoui nous a » frappés d'étonnement.... Rejetez donc, très-saint )) Père, loin de l'Eglise de Dieu, à laquelle vous » présidez avec autant de sagesse que de puissance, » rejetez ces sentiraens bas et énervés, qui détrui- » sent toute la force de la piété, en se couvrant » de ses apparences. Celui-là ne de'noue point les » nœuds ,mdi.\?) ne fait que les embarrasser davan- » tage, qui se conduit plutôt par des affections hu- » maines et de foibles raisonnemens, que par la M tradition de l'Eglise. »
Innocent XII répondit aux cinq évéques par un bref très-obligeant, en date du 6 mai 169-]. Il y anuonçoit qu'il avoit nommé une commission composée d'habiles théologiens pour examiner le livre du cardinal Sfondrale , et les observations des prélats, « afin que toutes les choses étant pesées mû« » rement, il put ensuite décider ce qui seroit juste, » sans autre considération que celle de remplir , » comme il convenoit , le ministère que Dieu lui » avoit confié. »
On dit même que dans le premier moment ce pontife déclara, avec autant de mesure que de dignité , « quil avoit fait fabbe Sfondrate cardinal » pour servir V Eglise, mais quil ne prétendoit » pas abandonner l'Eglise pour servir le cardinal » Sfondrate. »
L'examen des théologiens nommés par le Pape, n'eut aucun résultat. Le cardinal Gabrielli , qui avoit été approbateur de l'ouvrage du caidinal Sfondrate , dans le temps où il étoit encore simple théologien du Pape , écrivit même pour le défendre; Bossuet ne put donner aucune suite à cette affaire; il eut à la même époque à déployer toutes
ses forces et toutes les ressources de son génie dairs un combat bien plus animé j ce fut en effet alors que s'engagea sa controverse avec Fénélon ; et cette lutte trop célèbre, qui lui coûta trois années entières de soins, de travaux et d'activité, absorba toute son attention.
Mais après la conclusion de cette grande affaire, il provoqua la condamnation de V apologie de Sjondrate, qu on attribuoit généralement au cardinal Gabrielli, Il ne pouvoit guère se flatter d'obtenir à Home du pape Clément XI ^ ancien ami du cardinal Sfondrate j ce qu'il n'avoit pu obtenir d'iN- 3N0CENT XII, qui n'avoit été que son bienfaiteur ; il présenta donc à l'assemblée du clergé de France de 1700, quelques propositions extraites des ouvrages des deux cardinaux, et en demanda la censure. Mais sa demande fut écartée. L'assemblée crut plus respectueux pour le saint Siège de ne point prévenir le jugement du Pape, qui se trouvoit déjà saisi de cette affaire, jugement qui n'a jamais été prononcé.