‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 109 sur 154 · LIVRE DIXIÈME. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. 2o

tTne controverse d'une nature bien diffe'rente s'ouvrit entre Bossuet et un archevêque recommandable par sa piété , cher à l'Eglise par ses vertus et ses talens, à la France par la beauté de son génie et la candeur de sor» ame, déjà élevé au faîte des honneurs et des dignités, et supérieur encore à sa fortune et à sa réputation par la noblesse de son caractère : c'est FeneloNjIc disciple^ l'ami, l'admirateur de BossutT.

Mais ces titres chers et sacrés ne pouvoient balancer dans l'ame de Bossuet , le devoir qui lui étoit imposé de n'écouter que la religion et la vérité j et l'on ne peut nier qu'il n'eût le droit de penser et de dire, comme il l'a souvent répété dans le cours de cette controverse, que le rang et les vertus mêmes de l'archevêque de Cambrai comraandoient encore plus impérieusement de résister à des erreurs qui en empruntoient plus de charmes, et en avoient plus de danger.

Il est permis de prévoir que la curiosité de nos lecteurs se portera de préférence sur le récit nouveau que nous avons à présenter de la controverse du Quiétisme. On suppose Vliistorien de Bossuet embarrassé de se concilier avec lliistorlenàeYéné' Ion; et dans cette pensée, on éprouvera quelque impatience à connoître comment il aura pu éviter les contradictions j en échappant à tous les reproches.

Nous déclarons d'abord avec une grande sincérité, que nous n'avons point éprouvé cette sorte d'embarras. Nous n'en sommes pas moins touchés et reconnoissans d'une telle sollicitude.

Nous aimons à l'attribuer également et aux amis de Fénélon j et aux admirateurs de Bossuet. Les

206 HISTOIRE DE BOSSUÏT,

premiers craignent peut-être que nous ne soyons conduits en ce moment par l'ascendant du grand nom de Bossuet, à affoiblir l'intérêt si louchant attache' à la personne de l'archevêque de Cambrai et dont nous n'avons eu garde sans doute de chercher à nous défendre en écrivant sa vie.

Les seconds , dans la juste admiration que nous partageons avec eux pour le plus beau génie peutêtre qui ait éclairé les hommes, désirent au contraire que l'historien de Bossuet cherche à voiler, à désavouer même quelques imperfections échappées à la loiblesse humaine, qui ont pu paroître atténuer à quelques égards la gloire d'un si grand homme , sans cependant porter atteinte à la pureté de son triomphe.

Mais un historien peut -il ainsi transformer la vérité à son gré, et la dénaturer par déférence à des considérations même respectables ?

On ne peut raisonnablement demander à l^historien de Bossuet, que de rechercher avec une attention scrupuleuse tous les faits qui pourroient répandre un nouveau jour sur la nature d'une controverse qui a excité de si violens débats entre deux grands hommes.

On a également le droit d'attendre de lui une disposition sincère à rétracter les erreurs ou les méprises, dont il auroit pu involontairement se rendre coupable.

Nous pouvons protester avec vérité, que telle est la disposition que nous avons apportée en entrant dans le récit de cette époque de la vie de Bossuet.

Nous l'avouons ici avec franchise. Entraînés par notre tendre vénération pour l'un des plus beaux

Page 1