X. — Imprudences de M"ie Guyon
Ce fut précisément dans ces circonstances , que ]VInie Guyon , qui avoit déjà contribué à répandre de l'amertume sur l'existence jusqu'alors si douce et si heureuse de Fénélon , acheva, par son indiscrétion , de l'entraîner avec elle dans un abîme de malheurs.
A peine cette femme inconsidérée fut-elle sortie du couvent de Meaux, qu'au lieu de se retirer à la campagne, comme elle en avoit pris l'engagement avec Bossuet, elle vint se cacher mystérieusement dans un faubourg de Paris, et affecta de répandre des copies du certificat de Bossuet, comme la preuve la moins équivoque de la pureté de sa doctrine et de sa conduite.
Un certificat suppose à la vérité le droit d'en faire usage. Ainsi M"^^ Guyon jDouvoit se parer de ce témoignage honorable , pour repousser les accusations personnelles qu'on auroit portées contre elle. Mais le certificat de Bossuet se bornoit à excuser ses intentions, et coiifirmoit les censures qu'il
(0 Henri de la Mothe-Houdancour ^ d'abord évêque de Rodez, et ensuite archevêque d'Ausch en 1662 , grand auinôjùer de la rçine Aanc d'Autriche , mourut eu i68 j.
228 ni s TOI EE DE BOSSUET,
avoit déjà portées contre ses écrits. Présenter un pareil acte comme un témoignage de l'approbation que Bossuet accordoit à sa doctrine , c'étoit l'obliger à s'en déclarer encore plus hautement Tadversaire.
Bossuet fut vivement affecté de cette espèce de duplicité d'une femme qui se donnoit pour Tapôtre et le modèle de la simplicité chrétienne, et qui se disoit résignée à toutes les humiliations et à toutes les injustices des hommes.
Telle est la véritable époque où Bossuet, qui lui avoit montré jusqu'alors les plus grands égards, en considération des amis respectables qu'elle avoit su 5e faire à la Cour, se déclara ouvertement contre elle.
M™«Guyon échappa long-temps aux recherches qu'on faisoit de sa personne ; elle fut enfin arrêtée vers la fin de décembre 1695. L'approbation éclatante que Bossuet donna à cet acte d'autorité, permet de croire qu'il l'avoit lui-même provoqué (•)• Ce coup fut le plus sensible de tous pour Fénélon , qui avoit la plus haute opinion de la vertu et de la piété de M*"^ Guyon, et acheva de rompre les liens qui l'unissoienl encore à Bossuet.
Mais ce qui établit entr'eux cette opposition Constante dont les suites furent si déplorables, fut la résolution annoncée par Fénélon de refuser son approbation à l'ouvrage de Bossuet sui' les Etats d'oraison.
Nous avons rapporté dans V Histoire de Fénélon le mémoire qu'il présenta à M^^ de Maintenon pour justifier son refus. Ce mémoire^ qu'il avoit
(i Voyez la lettre de M^^e de Maiatenon au Gaidinal de Koailles.
L'IVRE DIXIEME. 22f)
soumis à l'examen et à l'approbation Ju cardinal de Noailles , de l'e'vcque de Chartres , de M. Tronson , des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, offroit en eflct des conside'rations si plausibles que M^ï^ de Maintenon parut elle-même persuadée que Fe'nclon pouvoit se dispenser de donner son approbation au livre de Bossuet. On peut croire que si cette approbation étoit de convenance, elle ij'e'toit pas d'une ne'cessite' absolue. On verra bientôt le cardinal de Noailles lui-même proposer à Bossuet de renoncer à publier son livre des Etats d'oraison.
Cependant un grand nombre de personnes blâmèrent le refus de Fénélon , et les suites malheureuses qui en re'sultèrent, peuvent faire regretter qu'il n'ait pas montré en cette occasion un peu plu5 de condescendance.