‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 122 sur 154 · XI. — Fénélon se refuse d'approuver le livre de Bossuet · texte numérisé non relu

XI. — Fénélon se refuse d'approuver le livre de Bossuet

Fénélon , disoit-on , savoit que le cardinal de Noailles et l'évêque de Chartres dévoient donner leur approbation à cet ouvrage. 11 ne pouvoit certainement douter qu'un ouvrage qui avoit coûté dix-huit mois de travail à Bossuet, ne fût digne de ce grand homme , et ne dût mériter l'estime et l'adhésion de ses collègues dans l'épiscopat. Le parfait concert que son approbation auroii annoncé entre les quatre prélats qui étoient alors les plus remarqués dans l'Eglise de France, auroit mis le dernier sceau à l'heureux dénouement des conférences d'Issy.

Fénélon prétendoit justitier son refus sur ce qu'en parcourant rapidement le manuscrit de Bossuet; il avoit reconnu que plusieurs maximes de

q3o uistoire de b.ossuet,

M™^ Guyon dont les écrits se trouvolent cites à la marge, y étoient qualifiées avec une extrême rigueur, et que l'estime et l'amitié dont il taisoit profession pour elle , ne lui permettoient pas de souscrire lui-même à sa condamnation.

Mais un pareil motif paroissoit à Bossuet peu digne d'un évéque tel que Fénélon. Les considérations personnelles d'estime et d'amitié dévoient, selon lui, s'évanouir en présence des intérêts plus pressans de la religion. D'ailleurs Bossuet avoit eu la délicatesse et l'attention de ne pas nommer M™^ Guyon. Il s'étoit borné à citer les propositions extraites de ses écrits, et Fénélon convenoit luimême et déclara hautement dans la suite que plusieurs maximes de M""^ Guyon éioient censurahles. Il ne s'atlachoit qu'à excuser ses intentions , et rien dans l'ouvrage de Bossuet n'accusoit les intentions de M'"^ Guyon.

On ne peut se faire une idée de l'étonnement, et il faut le dire, de l'espèce d'irritation que ce refus causa à Bossuet , qu'en rapportant ses propres expressions : « Tout le monde va Do^c voir que » M. DE Cambrai est le protecteur de M^" Guyon. » Ce soupçon , QUI le deshonoroit dans le public , » VA donc devenir une certitude. Quel scandale!

» quelle FLETRISSURE I »

Il est donc à présumev que si Fénélon eût donné ce témoignage de déicrence à Bossuet, ce prélat en eut été aussi touché que flatté. M™^ de la Maisoijfort , amie de Fénélon, écrivoit à Fénélon luimême peu de temps après la mort de Bossuet : « M. de Meaux me paroissoit encore touché, Mon- » seigneur , de ce que vous lui aviez renvoyé son » livre des Etais d'oraison sans lui en dire voire

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