‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 147 sur 154 · LIVRE DlXlLMt. Ut>I · texte numérisé non relu

LIVRE DlXlLMt. Ut>I

» niiation , la douceur du réquisiloire , qu'il disoit » elle un ouvrage digne du zèle d'un éveque et » d'un llie'ologien , plutôt que d'un magistrat, » parce que messieurs du parlement n'ont pas cou- » tume d'être si favorables à l'Eglise. Aussi atlri- » buoit-il le succès de cette pièce à la bonne edu- » cation de M. d'Aguesseau, à sa pieté, à son zè!e » pour l'Eglise. Une seule chose qu'il n'approuvoit » paSjétoitque l'auteur parlât comme de deux » puissances , en parlant de celle du Pape et de » celle des évéques qui ne sont qu'une seule et » même puissance, sans compter quelques affec- » tations dans le style qui ne méritent pas d'être » relevées.

» Quand , dans la suite , on a dit que Piome se » trouvoit choquée de ce réquisitoire ^ et qu'elle 5) pensoit à eu faire justice, // ne faut pas le crain- » dre , dit M. de Meaux , après la satisfaction que » Rome a marquée du procès ^verbal de Vassem- » hlée de Paris , puisque c'est la même doctrine y r> et c^est ce quon verra bien , quand on le lira fi avec attention. C'est la commune doctrine de « France y et les Romains savent bien quils ne » Jious la feront pas abandonner. »

Toutes les assemblées métropolitaines, en adhérant par voie de jugement et d'acceptation ^xxbref du pape Innocent Xll, étoient convenues que chaque éveque publieroit pour son diocèse un mandement particulier conforme aux décisions prises dans les assemblées. C'est ce qui fut exécuté dans toute la France aussitôt que la Déclaration du Pioi, pour autoriser la pubhcation du bref du l^ape, eut été enregiatiée au Parlement.

Le cardinal de Noailles donna le premier l'exemple ; et Bossuet , en une heure de temps , dit l'aLbé Ledieu , composa son mandement dans la niatine'e du 16 août (1699) : et il le publia dans le synode de son diocèse le 3 septembre suivant,

« («) de mandement ^ qui est très-court, explique » avec netlelé et précision deux points essentiels V de la puissance ecclésiastique, mais avec tant » de sagesse 7 que les Romains eux-mêmes en ont » fait l'éloge, sans que leurs oreilles délicates en » aient même été légèrement offensées. Ces deux » points sont la force invariable des jugemens ec- » clésiastiques dans l'union du corps de l'épisco- » pat avec le chef de l'Eglise qui prononce, et » cette même autorité regardée dans ses eltets » contre les erreurs et les hérétiques qu'elle pros- » crit également. »

Bossuet sut y amener l'éloge de Fénélon , en rappelant son édifiante soumission au jugement qui l'avoit condamné. Mais les expressions mêmes du mandement [p) nous feront encore mieux connoître l'exactitude des principes qu'il s'attachoit toujours à établir et à confirmer.

XXII. — Mandement de Bossuet pour l'acceptation du bref dlnnocent XII.

« Dans l'obligation où nous sommes, disoit Bos- » suet, de condamner les fausses doctrines, même » dans les livres où elles paroissent avec leurs plus » belles couleurs, quoique toujours sans l'autorité » de l'Ecriture et sans le témoignage de la tradi-

W Mts. de Ledieu, — ('') OEuy>res de Bossuet, tom. xxx, p. 4o3, édit. de Yers. m-8'*.

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» lion 5 nous parlerons avec d'autant plus de con- » fiante, que celte condumualion est pre'ccdée d'une » conslitulion apostolique^ oii. la foi de saint Pierre » et de ri:.glise romaine, m.cre et maîtresse des » Eglises, s'est expliquée

» Une censure si claire et si solennelle a eu tout » l'effet qu'on en pou voit espe'rer. Le même esprit » de la tradition , qui a fait parler le chef visible » de l'Eglise, lui a uni les membres. Toutes les » provinces eccle'siastiques de ce royaume ont reçu » et accepté la constitution avec le respect et la » soumission ordinaires; et nous avons eu la con- » solation, tant désirée et tant espérée, de voir » M. l'archevêque de Cambrai s'y soumettre le » premier simplement , absolument et sans aucune » restriction^ en ajoutant m.éme depuis, quelque » pensée qu'il ait pu avoir de son livre , quil /e- » noncoit à son Jugement pour se conjhrmer à ce*

» lui du souverain pontife Les ennemis de l'E-

» glise, si attentifs aux. divisions qui sembloient » s'y élever, peuvent voir par cet exemple, qu'elle » se glorifie en notre Seigneur du remède qu'il a » opposé aux dissentions, en donnant un chef aux y> évêques et à l'Eglise visible avec lequel tout le » ccrps garde l'unité. »

C'est dans ce mandement de Bossuet qu'il faut chercher le véritable jugement de ce grand homme sur la soumission de Fénélon; et on doit oublier que dans sa correspondance avec son neveu, il n'avoit pas d'abord rendu toute la justice qui étoit due à cet exemple éclatant et peut-être unique de docilité. Le mandement ^^l' lequel Fénélon adhéroit au jugement qui le condamnoit, avoit

*S^ HîSirOIRE DE B05SUET,

été en effet couvert des applaiidissemens de toute l'Europe, et offre encore aujourd'hui à la postérité un de ses plus beau>i titres de gloire. Le chancelier d'Aguesseau venoit d'en faire l'éloge le plus magnifique devant le premier tribunal du royaume, et le Pape lui-même, quoique contraint et gêné dans l'expression de ses senlimens par la crainte de déplaire à Louis XIV, s'exprime dans son bref à Fénélon, avec une sorte de bonheur, et presque avec reconnoissance sur un tel acte de docilité.

Bossuet fit a l'assemblée du clergé de i-joo le rapport de tout ce qui s'étoit passé dans l'affaire du Çui'étisme , et montra une modération qui acheva de rétablir le calme, que l'édifiante soumission de Fénéion avoit si heureusement préparé.

Tel fut le dernier acte de cette longue suite de scènes si vives et si animées, qui avoient. fait tant de bruit et d'éclat, et auxquelles succéda tout-àcoup un silence absolu , aussi remarquable que l'intérêt extraordinaire qu'on y avoit apporté.

XXill. — Démarches de Bossuet pour se rapprocher de Fénéion.

En finissant le récit de la controverse du Qiiiétisme dans V Histoire de Fénéion , nous avons exprimé tous nos regrets de n'avoir pas vu Bossuet et Fénéion revenir aux sentimens de confiance et d'amitié qui les avoient unis si long- temps. Nous nous étions saisis avec avidité de quelques lignes d'une lettre de M™® de la MaisonJ'ort à Fénéion , écrite peu de temps après la mort de Bossuet. Elle y parioit « d\ui voyage que l"* abbé de Saint-

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