LIVRE HUITIÈME
les premières paroles qui échappèrent à Lonis XIV, au moment où on vint lui annoncer qu'elle n'ëtoit plus. C'ctoit l'histoiie entière de sa viej c'étoit le tableau simple et fidèle de son ame et de son caractère, c'étoit la plus belle oraison funèbre qui put honorer sa mémoire.
Louis XIV jugea que l'honneur de parler dans une occasion aussi solennelle ne ponvoit appartenir qu'à Bossuet ; et Bossuet sut encore se faire entendre avec intérêt dans le simple récit de ces vertus douces et paisibles , qu'on aime à retrouver dans un sexe dont la modestie et la bonté forment le plus touchant caractère, et dans un rang où elles peuvent exercer une heureuse influence pour l'exemple des mœurs et la consola* tiou du malheur.
I, — Oraison funèbre de Marie-Thérèse dWutriche.
Un pareil sujet ne demandoit pas, il défendoft même ces mouvemens sublimes et passionnés qui avoient ému tous les cœurs au récit des épouvantables catastrophes de lu reine d'Angleterre, et de la mort déplorable de la princesse sa fille. Bossuet n'avoit à parler a («) que d'une princesse )) environnée de vertus dès son enfance, ornée de » plus de belles qualités qu'elle n'atteudoit de cou- » ronnes, humble non-seulement parmi toutes les » grandeurs, mais encore parmi les vertus j qui » fut sans reproche devant Dieu et devant les » hommes, que la médisance elle-même avoit res- » pectée depuis son enfance jusqu'à sa mort; dont » la réputation si pure étoit un parfum précieux
(") Oraison funèbre de Marie-ThérÈse; OEuwr. de Boa. .tom. xvn, p. 379 et suiv- édition de Versailles, in-S'>,
» qui rëjouissoit le ciel et la terre...; dont IV- » datante blancheur ëtoit le symbole de l'inno- » cence et de la candeur de son orne....; et dont » la seule précaution contre les attaques de la mort » fut l'innocence de sa vie. »
Bossuet observe lui-même « («) qu'une situation » aussi tranquille donne un sujet moins vif aux 3) discours. »
Mais bientôt il fait succéder à la peinture de cette vie simple , innocente et pure le beau spectacle des confe'rences qui précédèrent le traité des Pyrénées, et placèrent Marie-Tui-rÈse sur le trône de France. C'est là qu'on voit en deux coups de pinceau le génie politique de deux ministres du caractère le plus opposé.
« (^) Ile pacifique , où se doivent terminer les » différends de deux grands empires, à qui lu sers » de limites ; île éternellement mémorable par les V conférences de deux grands ministres, où l'on » vit développer toutes les adresses et tous les » secrets d'une politique si différente , où l'on se » doJîTîoit du poids par sa lenteur^ et Vautre pr^ - » noit V ascendant par sa pénétration ; auguste jour- » née, où deux fières nations, long -temps enne- » mies et alors réconciliées par Marie -Thérèse, » s'avancent sur leurs confins, leurs rois à leur » tcte, non plus pour se combattre, mais pour » s'embrasser j où ces deux rois furent l'un à î) l'autre, et à tout l'univers, un si grand spec- » tacle »
Et tout -à -coup Bossuet, toujours porté par l'habitude de ses méditations à environner les splen-
(«) Oraison funèbre de Marie-ThérÈse ; ibid. p. 387. — {,^) Ibid. p. 386,3«7.