LIVRE HUITIEME
^eurs humaines des ombres de la mort , sans aucune préparation , sans aucune transition ,^ nous montre le lit de mort de Manc-Thérèse à côté de son lit nuptial.
« («) Fêtes sacrées, mariage fortuné, voile nup- » liai, bénédiction, sacrifice, puis -je mêler au- » jourd'hui vos cérémonies et vos pompes avec » ces pompes funèbres, et le comble des grandeurs » avec leurs ruines.
» Contraste où la vanité des choses hmaines, » tant de fois étalée dans la chaire chrétienne , )) ne se montre que trop d'elle-même, sans le » secours de ma voix , dans ce sceptre si tôt tom- » bé d'une si royale main , et dr-ns une si haute » majesté si promptement dissiptJe. »
Bossuet est toujours dans son centre, lorsqu'il montre la Providence en aclion. G'e:iL cette disposition habituelle, qui n'a jamais appartenu , qui ne pouvoit pas appartenir à la religion des anciens, et qu'aucun orateur moderne n'a portée aussi loin que Bossuet j c'est elle qui donne toujours à toutes ses pensées cette profondeur triste et religieuse qui laisse tant d'émotion dans l'ame.
Bossuet est auguste et imposant , lors même qu'il exhale le mépris. « C^) Que je méprise ces » philosophes , qui mesurant les conseils de Dieu » à leurs pensées , ne le font auteur que d'un cer- » tain ordre général , d'où le reste se développe » comme il peut I comme s'il avoit à notre ma- » nière des vues générales et confuses ^ et comme » si la souveraine intelligence pouvoit ne pas com-
C") Oraison funèbre de Marie-Thérèse 5 ibid. p. 387 , 388> — C^) Ibid. p. 382.
» prendre dans ses desseins les choses particulières, » qui subsistent ve'ritabiement. »
Yoilà la philosophie de la religion, et Bossuet y rattache tout de suite la philosophie de la politique. « («) IN'en doutons pas, Chrëtiensj Dieu 5> a pre'paré dans son conseil éternel les premières » familles , qui sont la source des nations ; et dans » toutes les nations, les qualités dominantes qui * doivent en faire la fortune. Il a aussi ordonné y> dans les nations des familles particulières, dont » elles sont composées , mais principalement celles 5) qui doivent gouverner ces nations , et en parli- » culier dans ces familles tous les hommes par i> lesquels elles doivent ou s'élever ou se soutenir, » ou s^abattre, »
Mais où Bossuet veut-il porter la pensée de ses auditeurs par ces réflexions générales? On va le voir.
« {^) C'est par la su'te de ces conseils, que Dieu 5) a fait naître les deux puissantes maisons dont » la E^eine devoit sortir, celle de France et celle 5) d'Autriclie , dont il se sert pour balancer les •ù choses humaines ; jusqu'à quel degré' ^ et jusqu'à 5) quel temps ? Il le sait, et nous l'ignorons. »
Lorsqu'on lit, quelques lignes plus bas : « Cette :» auguste maison d'Autriche où, durant l'espace t) de quatre cents ans, on ne trouve que des rois » et des empereurs^ et une si grande affluence de r> maisons royales, avec tant d'Etats et tant de w royaumes, qu'on a pre'vu , ilja long - temps , j) quelle en se?*oit surchargée ; » on s'arrête involontairement , le livre tombe des mains, et tous
(«) Oraison funèbre de MARiE-THtRÙSEj t^tJ. p. 382, 383. — '?) Ibul. p. 363.