LIVRE NEUVIEME
essentiels, sans qu'on ait jamais pu savoir, sans qu'on sache encore quelle est celle qui fut véritablement présentée à Charles-Quint.
Tandis que Luther et Mêlant hton présentoient une profession de foi à la diète d'Ausbourg , Zuingle en adressoit une autre à la mén e diète, où il établissoit une doctrine absolument opposée à celle des Luthériens : et Bucer de son côté en présentoit une troisième au nom de la ville de Strasbourg, et des trois autres villes d'Allemagne, qui ne s'accordoit ni avec la doctrine de Luther, ni avec celle de Zuingle.
On conçoit facilement qu'indépendamment de toute autre considération , tant de contradictions entre des hommes qui établissoient en principe que l'Ecriture sainte suffisoit seule pour régler la foi commune , dévoient peu disposer Charles-Quint à favoriser un parti dont les chefs u'entendoient pas plus ce qu'ils dévoient croire , et ce qu'oa devoit croire , qu'ils ne s'entendoient entre eux.
La confession cV Aiishourg s'accordoit en plusieurs points avec la doctrine de l'Eglise romaine; et Mélanchton , qui l'avoit rédigée, toujours fidèle â son caractère de modération , sembîoit s'être attaché à employer des expressions assez ménagées pour laisser entrevoir la possibilité d'une réunion à l'Eglise romaine. Il avoue lui-même dans ses lettres confidentielles « qiiil en auroil fait encore » davantage ^ si ses coînpagnons le lui eussent )> permis» Mais , ajoute-t-il , ils ne se mettent en » peine de rien. » Il lui avoit même fallu beaucoup d'art et de patience, pour amener Luther à un langage aussi modéré.
Les inlcutions eatimabies <ie Mélanchton se ma-
Si lîîSîôinE DE BÔSSX'Et,
infestent d'une manière encore plus gensiLle dans V Apologie de la confession cVAiisboiirg , qu'il publia peu de temps après la se'paration de la diète. Il semble n'y attribuer à l'Eglise romaine une doctrine ridicule et extravagante, que pour en obtenir un désaveu d'autant plus facile k lui accorder, qu'il n'en avoit pas même besoin , et qu'il est peu vraisemblable qu'un homme aussi instruit et d'autant d'esprit que Mélanchton , ne connût pas les véritables sentimens de l'Eglise romaine sur les étranges opinions qu'il se plaisoit à lui attribuer dans cette Apologie.
Mais le doux et timide Mélancliton passa toute sa vie à gémir sous la tyrannie de Luther , et ne put jamais voir ces jours de paix et de concorde qu'il invoquoit dans toute la sincérité de son cœur.
La division qui avoit éclaté à la diète d'Ausbourg entre** les disciples de Luther et ceux de Zuingle , alarma le subtil Bucer. Il voulut former im seul corps de ces deux grands partis si irrités l'un contre l'autre^ car Luther ne cessoit de prodiguer les injures et les anatbêmes à tous ceux qui ne pensoicnt pas comme lui*
Bucer, toujours habile en équivoques, ne dé* sespéra pas de tromper Luther et Zuingle par une profession de foi si adroitement conçue, que les deux partis croiroient y voir ce qni n'y étoit pas ; et il faut convenir qu'il fut assez adroit pour endormir un moment la méfiance de Luther ; c'est ce qui produisit l'accord de Witlemberg, en i53G.
Mais le triomphe de Bucer ne fut pas de longue durée, ii finit par mécontenter les deux partis.
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et il ne lui resla de tant de ne'gocialions frauduleuses que la réputation de ne pouvoir inspirer aucune confiance à ses amis mêmes. « («) Lors- » que Calvin , ami de Bucer, et en quelque sorte j> son disciple , vouloit exprimer une obscurittS » blâmable dans une profession de foi, il disoit j> qu'/7 ny ai oit rien de si embarrassé , de si ob- » scur, de si ambigu , de si tortueux dans Bucer » même.
» Au reste, ajoute Bossuet, ces arlificieuses }) ambiguite's étoient tellement l'esprit de la nou- » velle re'forme, que Mélanchton même ^ c'est-h' » dire ^ le plus sincère de tqiis les hommes par » son naturel ^ et celui qui avoit le plus condamné » les e'quivoques dans les matières de foi, s'y laissa » entraîner contre son inclination. A Te'poque oà M l'on tint la première assemble'e de Pialisbonne , » pour concilier la religion catholique avec la 5) protestante , Mélanchton et Bucer ( c'est Cal- » vin lui - même , ami intime de Mélanchton et » de Bucer, qui Ta écrit), composoient sur la î> Iranssubstantialion des formules de foi équivo- » ques et trompeuses, pour voir s'ils pourroient » contenter leurs adversaires en ne leur donnant » rien. »
Tant de professions de foi ne suffisoient pas. Un an seulement après Taccord de Wittemberg , en 1537, Luther rédigea à Smalcalde de nouveaux articles, où il s'exprimoit plus fortement que jamais en faveur de la présence réelle contre la doctrine de Zuingle. Mais dans ces articles, destinés à être présentés au concile de Trente , ii
(") Histoire des variations, liv- IV5 ibid. tom. six ^
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commençoit par déclarer que le Pape étoit le vrai Antéchrist. On sent qu'un pareil début dans une négociation n'annonçoit pas des disposi lions bien conciliantes.
Quelque doux et quelque timide que fut Mélanchton, il eut le bon goût d'être blessé d'une pareille inconvenance; et il eut en cette occasion la force et le bon sens de résister à Luther. Il signa tous les articles de Smalcalde , à l'exception de celui du Papej il y mit une modification qui portoit impliciiement la reconnoissance de la sU" périon'té du Pape de droit divin.
En i55i Charles-Quint, victorieux en Allemagne, voulut que les Prolesiaus comparussent au concile de Trente, et y présentassent leurs piofessions de foi. Maurice, nouvel électeur de Saxe, assembla les principaux docteurs luthériens à Leipsickj et ce fut là que Mélanchlon, rédigea une nouvelle confession de foi ^ qui est restée connue sous le titre de Confession saxonique. 11 commence par y déclarer qu'elle n'est qu'une répétition de la confession d^Ausbourg , et cette répétition de la confession d'Aushourg en est une véritable abjuration. Luther n'existoit plus,Mélancliton n'étoit plus intimidé par son arrogance et son despotisme, il penchoit depuis quelques années pour la doctrine de Zuingle , sur le sacrement de l'Eucharistie j et au lieu des expressions nettes, courtes et précises dont le même Mélanchton s'étoit servi dans la Confession d^ Ausbourg ^ pour le dogme de la présence réelle , il enveloppa ce dogme dans un long discours de quatre ou cinq pages, dont il est impossible de conclure sa véritable opinion. Dans cette même Confession saxonique ^ Me-