‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 55 sur 154 · LIVRE NEUVIEME. ÏO · texte numérisé non relu

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foi. Ils avouent, ils déclarent que la décision qu'on leur demande , viole toutes les lois du christianisme ; et ils Hnisscnt par la souscrire, la honte elle dépit dans le cœur. Ils se montrent seulement dominés par l'insupportable inquiétude que ce déplorable secret ne soit connu des Catholiques. Le landgrave de Hesse voulut bien leur épargner ce dernier degré d'ignominie. Il fut fidèle au secret qu'on lui avoit demandé, tant qu'ils vécurent et lanf qu'il vécut lui-mcme.

Ce qui conlrihue le plus à répandre un intérêt continu sur V Histoire des variations y ce sont les portraits d'un grand nombre de personnages célèbres qui se montrent sur le théâtre de tant d'évé-

la nature, avec un éclaircissement des questions ngitées juS' c]u à présent , touchant Vadultère , la séparation , et particulièrement la polygamie. Dans la iv^ partie, chap. i«i', fautcui' ayant iiroposé Ja question : Si ilaus la nou\>ellf alliance il Y a eu des docteurs qui aient permis la polj garnie , après avoir feint de prendre la défense de Luther contre l'accusation du cardinal Bellarmin , il finit insensiblement par convenir quelle nV-loit que trop fondée; et il en donne luimême des preuves si convaincantes , qu'elles ne laissent aucuu doute au lecteur. Il conclut à la fin du chapitre , que Luther a effectivement enseigné la doctrine qu'on lui impose, et fait voir que c'est à tort qu'on veut l'excuser, en disant que ce n'a été que vers le commencement de sa réforme, comme s'il avoit cliangé desentimens dans ses derniers écrits. Enfin, il produisit en allemand et en latin \'a^'is doctrinal de Luther, Bucer et Mélanchton, et le contrat de mariage du landgrave. C'est ainsi que le pubUc eut connoissance pour la première fois de ces pièces si remarquables. L'électeur Charles-Louis fit remettre des exemplaires de cet ouvrage à la plupart des cours, à un grand nombre de savans, et à M. Obrecht luimême, dont nous empruntons ces détails. Mais il fit défendre en même-temps à M. Obrecht de dire que cct^it de lui qu'il tenoit cet ouvrage.

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nemens dont les suites ont laissé des traces si profondes. On sait combien Bossuet excelloit dans cette partie de l'histoire. Il ne peint jamais les hommes avec ses principes ou ses opinions j mais il les montre tels qu'ils se sont montre's eux-mêmes dans les actes publics de leur vie , ou \els qu'ils se sont laissé apercevoir dans l'épanchement de la confiance et de l'amitié. On peut surtout être curieux d'entendre Bossuet parler de Luther, de Calvin , de Mélanchton et de quelques hommes qui jouèrent un rôle dans les premiers temps de cette grande révolution. Ce qui frappe le plus dans la manière dont Bossuet les représente, c'est qu'il est impossible d'y observer la plus légère trace d'amertume ou de prévention.

YI. — Portrait de Luther,

« («) Les deux partis qui partagent la réforme, » ont également reconnu Luther pour leur auteur, » dit Bossuet. Ce n'a pas été seulement les Luthé- » riens, ses sectateurs, qui lui ont donné à Tcnvi » de grandes louanges; Calvin admire souvent ses" » vertus, sa magnanimité, sa constance, l'industrie » incomparable qu'il a fait paroître contre le Pape. » C'est la trompette, ou plutôt c'est le tonnerre; » c'est le foudre qui a tiré le monde de sa léthargie. » Ce n'étoit pas Luther , c'é toit Dieu qui foudroyoit y* par sa bouche.

» Il est vrai qu'il eut de la force dans le génie, » de la véhémence daiiS ses discours, une éloquence » vive et impétueuse qui entraînoit les peuples et » les ravissoit. Une hardiesse extraordinaire, quand

(«) Histoire des variations, liv. i^^j OEuvr. de Bossuet, lom.xix, p. S;!, 70, 71 , édit. de Ycrs. in-'i^.

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» il se vit soutenu et applaudi, avec un air d'auto- » rite qui faisoit trembler devant lui ses disciples; » de sorte qu'ils n'osoient le contredire ni dans les

» grandes choses, ni dans les petites Ce ne fut

y* p«s seulement le peuple qui regarda Luther » comme un prophète, les doctes du parti le don- » noient pour tel. jNIelanchton, qui se rangea sous » sa discipline des le commencement deses disputes, » se laissa d'abord tellement persuader qu'il y avoit » en cet homme quelque chose d'extraordinaire et » de prophétique, qu'il fut long- temps sans en » pouvoir revenir , maigre' tous les défauts qu'il » découvroit de jour en jour dans son maître; et il » écrivoit à Erasme, en parlant de Luther : f^ous » sai>€z quil faut éprouver, et non pas mépriser v les prophètes.

» Cependant ce nouveau prophète s'emportoit » à des excès inouis ; il outroit tout. Parce que les » prophètes, par l'ordre de Dieu , faisoient de ter- » ribles invectives, il devint le plus violent de tous » les hommes et le plus fécond en paroles oulra- » geuses. Luther parloit de lui-même d'une ma- » nière à faire rougir tous ses amis. Enflé de son » sav^oir, médiocre au fond, mais grand pour le » temps, et trop grand pour son salut et pour le » repos de l'Eglise , il se mettoit au-dessus de tous » les hommes, et non-seulement de ceux de son » siècle, mais encore des plus illustres des siècles », passés. »

YII. — De Zuingle.

«(«)Zuingle, pasteur de Zurich , avoit commencé )) à troubler l'Eglise à l'occasion des indulgences ^ » aussi bien que Luther, mais quelques années {f^) Histoire des variations . iiv. 115 ibid. p. 102 et suiv.

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v après. C'etoit un Iiomme hardi, et qui avoit plus )) de feu que de savoir. Il y avoit beaucoup de net- » te té dans son discours, et aucun des prétendus » réformateurs n'a expliqué ses pensées d'une ma- » nière plus précise, plus uniforme et plus suivie; » mais aussi aucun ne les a poussées plus loin, ni 7> avec plus de hardiesse, w

Tels furent les deux chefs qui, dès l'origine, partagèrent la réforme naissante en deux grandes tranches, « («) gens d'esprit à la vérité, et qui » n'étoient pas sans littérature; mais hardis témé- » raires dans leurs décisions, et enflés de leur vain ï) savoir; qui se plaisoient dans des opinions ex- » traordinaires et particulières, et par là croy oient 3) s'élever, non-seulement au-dessus des hommes » de leur siècle, mais encore au-dessus de l'anti- » quité la plus sainte. »

Luther défendoit la présence réelle dans l'Eucharistie; Zningle la poursuivoit : Luther s'emporta contre Zuingle avec la même violence que contre le Pape ; et il profitoit avec toute l'irapéluosité de son caractère de tous les avantages que lui donnoient dans cette controverse les expressions littérales de l'Ecriture et toute l'antiquité chrétienne.

« (^) Il faut avouer , ditBossuet , qu'il avoit beau- "» coup de force dans l'esprit. Rien ne lui manquoit 3) que la règle , qu'on ne peut jamais avoir que dans î) l'Eglise et sous le joug d'une autorité légitime. » Si Luther se fut tenu sous ce joug si nécessaire ^ à toute sorte d'esprit, et surtout aux esprits » bouillans et impétueux comme le sien; s'il eût

(«) Histoire des variations, liv. n 5 ibid. p. 1 1 1 . — {!') lUd,

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