LIVRE NEUVILME
» pu retrancher de ses discours ses emporlemens, » ses plaisanteries, ses arrogances brutales, se» •» excès, ou pour mieux dire, ses extravagances, » la force avec laquelle il manie la vérité , n'auroit » pas servi à la séduction. C'est pourquoi on le voit » encore invincible, quand il traite les dogmes an- » ciens qu'il avoit pris dans le sein de l'Eglise; » mais l'orgueil suivoit de près ses victoires. »
YIII. — De Calvin.
Bossuet paroîl douter que si Calvin fût venu avant Luther, il eût pu opérer la grande révolution qui ébranla l'Europe chrétienne au commencement du seizième siècle. « («) Je ne sais, dit-il, w si le génie de Calvin se seroit trouvé aussi pro- » pre à échauffer les esprits et à émouvoir les peu- » pleSj que le lut celui de Luther. Mais après les )) mouvemens excités, il s'éleva eu beaucoup de ;> pays, principalement en France, au-dessus de » Luther même; et se fit le chef d'un parti, qui )> ne cède guère à celui des Luthériens. Par son es- » prit pénétrant et par ses décisions hardies, il » raffina sur tous ceux qui avoient voulu en ce » siècle-là faire une Eglise nouvelle, et donna un » nouveau tour à la réforme prétendue, )>
Calvin s'étoit fait un grand nom par son livre de V Institution, qu'il publia pour la première fois en i53j, et qu'il dédia à François I.^*"; il en faisoit sans cesse de nouvelles éditions avec des additions considérables, ayant une peine extrême à se contenter , comme il le dit dans ses préfaces. Mais les yeux se tournèrent entièrement sur lui, quand on le vit, encore assez jeune, entreprendre en ij/ji^
("fy Histoire des variations j liv, ix j ibid. p. jCiG.
de condamner Jeb chefs des deux partis de la reforme, Lulher et Zuingle : et tout le monde fut attentif à ce qu'il apporteroit de nouveau.
Nous avons déjà dit que ce nouveau système de Calvin sur l'eucharistie, qui sembloit tenir le milieu entre la doctrine de Luther et celle de Zuingle, n'éloit au fond que la doctrine même de Zuingle, et que tout ce qu'il voulut bien accorder à l'humeur impérieuse de Luther, se bornoit à des mots dont le véritable sens étoil détourné de l'acception ordinaire.
« («) Mais il eut un point qui lui donna un grand » crédit parmi ceux qui se piquoient d'avoir de » l'esprit. C'est la hardiesse qu'il eut de rejeter » les cérémonies beaucoup plus que n'avoient fait V les Luthériens. Cal viu fut inexorable sur ce point j » il condamnoit Mélanchton, qui allachoit assez » d'indifférence à la question des cérémonies; et » si le culte que Calvin introduisit , parut irop nu » à quelques- uns , cela même fut un nouveau » charme pour les lîcaux esprits, qui crurent par » ce moyen s'élever au-dessus des sens, et se dis- » tinguer du vulgaire
» Par ce moyen , Calvin raffina au-dessus des » premiers auteurs de la nouvelle réforme. Le » parti qui porta son nom, fut exlraordinauement » haï par tous les autres Protestans, qui le regar- » dèrent comme le plus fier et te plus inquiet qui
T» eût t ncoie paru Calvin fit de grands progrès
y) en France j et ce grand royaume se vit à la veille » de périr par les entreprises de ses sectateurs , Si de soi te qu'il fut en France à peu j3rès ce que n Lulher fut en Allemagne. Genève, qu'il gou-
(") Histoire des variations , liv- ix j iàid. p. 602..