O HISTOIRE DE BOSSUET
» leur pays. L'un et l'autre étoient d'une ve'lié- » mence extraordinaire; l'un et l'autre par leurs » talens se sont fait beaucoup de disciples et d'ad- » miraleurs; l'un et l'autre enflés de ces succès, » ont cru pouvoir s'^'lever au-dessus des Pères; » l'un et l'autre n'ont pu soufïrir qu'on les contre- » dît; et leur éloquence n'a été en rien plus fé- » conde qu'en injures.
» Ceux qui ont rougi des injures que l'arrogance » de Luther lui a fait écrire , ne seroient pas moins » étonnés des excès de Calvin. » La plume se refuse à transcrire celles dont il a souillé chaque page de ses écrits polémiques. <c Catholiques et Lu- » thériens,rien n'est épargné ; auprès de cette vio- » lence, Luther étoit la douceur même ; et s'il faut » faire la comparaison de ces deux hommes , il ny » a personne qui n'aimât mieux essuyer la colère » impétueuse et insolente de l'un, que la profonde » malignité et l'amertume de l'autre, qui se vante » d'être de sang-froid, quand il répand tant de » poison dans ses discours. » La mémoire de Calvin est restée chargée parmi ses disciples mêmes du reproche ineffaçable d'avoir préparé, conduit et déterminé le jugement terrible qui condamna Servet â mourir sur un bûcher.
Bossuet, en parlant de la mort de Calvin, fait une réflexion non moins accablante sur la triste célébrité qui est son partage par les sanglantes tragédies dont la France fut le théâtre pendant cinquante ans.
« («) Calvin, dit Bossuet, mourut au commen- » cernent des troubles. C'est une foiLlesse de vou- » loir trouver quelque chose d'extraordinaire dans
C") Ilisioire des variations j liv- x 5 ibid. p, 64.