‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 63 sur 154 · LIVRE TiElîVlKME · texte numérisé non relu

LIVRE TiElîVlKME

cliers à sa tendresse paternelle qui s'offrent à sa pensée.

« («) Il ne cesse de s'entretenir avec ses amis des » prodiges qui airivoieut et des menaces du ciel » irrité : a Rome ^ le débordement du Tibre et l'en- •njantement d'une mule , dont le petit avoii un pied » de grue ^ lui paroissoit le signe d'un changement » dans l'univers; et il se confirme de plus en plus » dans cette persuasion par la naissance d^un veau » à deux télés dans le territoire d'Aushourg, C'est. » ce qu'il écrit très-sérieusement à Luther, en lui » donnant avis que ce jour-là on présenteroit la » conJessioJi d'Ausboui^g à l'Empereur. \oilà de » quoi se repaissoient dans une action si célèbre » les auteurs de celte confession et les chefs de la fi réforme. Tout est plein de songes et de visions » dans les lettres de Mélanchton, et on croit lire » Tite-Live, lorsqu'on voit tous Je? prodiges qu'il » y raconte. Quoi plus? ô foiblesse extrême d'uu '> esprit d'ailleurs admirable, et hors de ses pré- » ventions, si pénétrant! les menaces des astro- )) logues lui font peur. On le voit sans cesse effrayé » parles tristes conjonctions des astres. Un horrible » aspect de Mars le fait trembler pour sa fille, » dont lui-même il avoit fait Tlioroscope. Il n'est » pas moins ejfrayé de la flamme horrible d'une » comète extrêmement septentrionale. Durant les » conférences , qu'on faisoit à Ausbourg sur la re- » ligion, il se console de ce qu'on va si lentement, » parce que les astrologues prédisent que les as- » très seront plus propices aux disputes ecclésias- » tiques vers l'automne. Il s'étonne , né sur les co- » teaux approchans du Rhin, qu'on lui ait prédit

W Histoire des variations ^ \\y. Y\ ibid. p. 3i6.

1 l6 HISTOIRE DE BOSSUET ,

» U7i naufrage sur la mer Baltique ; et appelé en » Angleterre et en Danrmarck,il se donne bien » de garde de naviguer sur cette mer. »

Mais celte foiblesse d'imagination n'auroit pas alte're' essentiellement le calme de la vie de Me'^ lanchton , si des causes plus actives et plus re'elles n'eussent pas tristement influé sur la destinée d'un homme qui étoit digne de trouver dans les charmes de l'esprit le plus cultivé et dans les vertueuses affections d'une ame aimante et sensible, toute la mesure de bonheur que la condition humaine peut comporter.

Personne n'étoit plus digne que Mélanchton d'honorer l'Eglise catholique par ses talens et son caractère. Il aimoit la religion et la vertu; il cherchoit sincèrement la vérité; mais en la cherchant toute sa vie, il ne fit que flotter d^opinion en opinion; et il ne put jamais jouir de ce repos de l'esprit qu'il n'auroit pu trouver que dans la soumission à une autorité capable de fixer son imagination inquiète et mobile. L'homme qui méritoit le plus l'affection et le bonheur, vécut et mourut le plus malheureux de tous les hommes. Ce fut dans le parti même dont il avoit fait la gloire et l'ornement qu'il trouva ses plus implacables ennemis. Il désiroit la mort, et il la reçut comme un bienfait du ciel; mais il n'eut pas même la consolation de déposer ses dernières pensées et ses derniers soupirs dans le sein de l'amitié. Il n'existoit plus lorsque le plus constant et le plus illustre de ses amis, le docte Camérarius (0 , accourant au bruit de son danger,

(ï) Le même Joachira Camérarius a écrit une vie de Mélanchton, qui fait aimer eL chérir les qualités et les vertus morales de cet homme estimable. Camériu:ius n'a pas osé rappoi-

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