LIVRE NEUVIEME. 1 W
» ce tempsse3 agitations furent immenses. AcluK^ue » moment on lui voyoit souliaiter la mort. Ses » larmes ne tarirent point durant trente ans, et )) l^Elbe, disoit-il lui-même, avec tous ses flots ^ ne » lui aurait pu fournir assez d^eau pour pleurer les » rnallieurs de la reforme divisée.
» («) Ce que Mélaucliton avoit le plus espe'ré » dans la reforme de Luther, c'éloit la liberté chré- » tienne, et l'aftVanchissement de tout joug hu- » main y mais il se trouva bien de'çu dans ses espé— •» rances; il a vu près de cinquante ans l'Eglise » luthérienne , toujours sous la tyrannie ou dans la » confusion. Elle porta long-temps la peine d'avoir » méprisé l'autorité légitime. Il n'y eut jamais de » maître plus rigoureux que Luther, ni de tyrannie » plus insupportable que celle qu'il exerçoit dans » les matières de doctrine. Son arrogance étoit si » connue, qu'elle faisoit dire quil y avoit deux M Papes ; l'un celui de Rome , et Vautre Luther, et » ce dernier le plus dur. »
Calvin, le sombre Calvin « osoit à peine pousser » un gémissement libre )> dans ses lettres, et c'est à Mélanchton lui-même qu'il l'écrit.
Mélauchton étoit la victime la plus malheureuse de la tyrannie de Luther, parce qu'il étoit le plus doux de tous les hommes. Il rapporte que Luther s'emporta si violemment centre lui, qu'il conçut la pensée de se retirer éternellement de sa présence^ et c'étoit chez les Turcs qu'il se proposoit d'aller chercher la liberté.
L'espérance de la réforme des abus avoit contribué à séduire Mélanchton, dont les mœurs pures et honnêtes attestoient la candeur et la bonne foi.
t") Histoire des variations , iiv. Y 3 ibid. p. 2^4-
Tl4 HISTOIRE Dt BOSSUET,
Il fallut encore renoncer à cet espoir; et il e'crit lui-même que la discipline étoit entièrement ruinée dans les Eglises luihe'riennes , et quony doutoit des plus grandes choses.
C'est ce qui auroit fait vivement désirer à Mélancliton qu'on en fût revenu à reconnoître l'autorité du Pape et la liiérarchie de l'ordre sacré. Ce fut long-temps le vœu de son cœur, et il l'a déposé dans un grand nombre de ses lettres avec des expressions bien remarquables : « H faut à l'Eglise » des conducteiœs pour maintenir f ordre, pour » ai'oir Vœil sur ceux qui sont appelés au ministère » ecclésiastique , et sur la doctrine des prêtres, et ft pour exercer les jugemens* ecclésiastiques , en » sorte que s^il ri y avoit point de tels évéques , il en
« FAUDROIT FAIRE. La MONARCHIE DU PaPE SCrvirOlt
» aussi beaucoup a conserver entre plusieurs na- » lions le consentement dans la doctrine. Ainsi on i) s' accorderoit facilement sur la supériorité' dl » Pape , si on étoit df accord sur tout le reste ; et les >> rois pourroient eux-mêmes facilement modérer ■» les entreprises des Papes sur le temporel de leurs » royaumes. »
Malgré la supériorité de son esprit, Mélancliton payoit le tribut aux préjugés de son siècle : et il partageoit la crédulité de ses contemporains les plus éclairés, par la confiance superstitieuse qu'il accordoit aux présages de l'astrologie. Mais il portoit jusque dans celte ilkision l'impression d'une ame sensible et vertueuse. Car il paroît que Mélancliton réunissoit aux dons de la plus brillante imagination les affections les plus douces et les plus touchantes de la nature. Ce sont toujours les malheurs de la religion , ou des objets non moins