LIVRE NErVIEMi:. l
précédés^ la chaîne de la tradition n'ctoit jannais interrompue sur un seul point. La parole de Dieu, consignée dans l'Ecriture , ëtoit la loi suprême de toutes les décisions, mais pour en fixer l'interprétation et prévenir toute variation, on ne trouvoit point de plus sûre interprétation que celle qui avoit toujours été publique et solennelle dans l'Eglise; ainsi on faisoit gloire à Chalcédoine d'entendre l'Ecriture sainte comme on avoit fait à Ephèse, et à Ephèse comme on avoit fait à Coti" stantinople et à Nicée.
« Il est vrai , observe Bossuet, qu'on ne définit » expressément à Nicée, que ce qui avoit été ré- » voqué en doute, qui étoit la divinité du fils de » Dieu. Car l'Eglise, toujours ferme dans la foi, ne » se presse pas dans ses décisions ; et sans vouloir » émouvoir de nouvelles difficultés, elle ne les ré- » sout par des décrets exprès, qu'à mesure qu'on » élève les difficultés w.
On estimoit autant les derniers conciles que les premiers, parce qu'ils suivoient toujours les mêmes vestiges. C'étoit dans cet esprit que le concile de Chalcédoine disoit aux Eutychiens : « Pous recla- » niez les anciens conciles j le concile de Chalcéî) doine doit vous suffire, puisque par la vertu du » Saint-Esprit y tous les conciles orthodoxes j sont » renfermés. »
Si l'on demande à quoi servent donc les nouvelles décisions des conciles, puisqu'ils ne font que déclarer ce qui étoit et ce qu'on pensoit avant eux ? Bossuet répond avec saint Vincent de Lérins : « Que les conciles, par leurs décisions, » donnent par écrit à la postérité ce que les any> ciens avoient cru par la seule tradition^ qu'ila
l34 lIlsrOiRE DE DaSSUET,
» expriment en peu de mots le principe et Ié? » substance de la foi • que pour en faciliter l'in- )) iclligence , ils expriment par quelque terme » nouveau, mais précis, la doctrine qui u'avoit V jamais été nouvelle : Dicimt novè j non diciint n noK^a. »
Bossuet observée avec raison, que lorsqu'on parle des saints Pères qui forment la tradition : « on » entend leur consentement et leur unanimité'. Si » quelques - uns d^eux ont eu quelque chose de » particulier dans leurs seniiniens , ou dans leur^ » expressions , tout cela s'est évanoui, et na pas y> fait t ge dans t Eglise, Ce n'èioit pas là ce quih » y av oient appris , ni ce quils avoient tiré de la » racine. »
Jurieu avoit produit dans ses lettres pastorales , comme un témoignage des variations de Tancienue Eglise, la doctrine sur la grâce, qu'il prétendoit n'avoir été bien connue et bien expliquée que depuis saint Augustin. Mais c'étoit précisément sur cet article que saint Augustin , qu'il appeloit à son appui, lui répondoit : « Que la foi chrétienne 5> et l^ Eglise catholique nont jamais varié. Lors- » que Pelage et Célestius parurent ^ leurs profanes » nouveautés , dit saint Augustin^ firent horreur )! par toute la terre a toutes les oreilles chrétiennes » en Orient^ comme en Occident. « A peine purentils séduite cinq ou six évoques^ qui furent bientôt chassés de leurs sièges par l'unanime consentement de tous leurs collègues, et avec l'applaudissement de tous les peuples et de toute l'Eglise catholique.
Après avoir repoussé les accusations téméraires de Jurieu contre l'invaiiabilité de la doctrine des
Livnr NEUVIEME. i35
premiers siècles de l'Eglise, Bossuet fait voir que le système de Jiirieu tend à livrer le christianisme tout entier à l'invasion des Sociniens ; et telle eit. la force des raisonnemens de Bossuet, qu'il finit par en arracher l'aveu à Jurieu lui-même.