XIII. — Du 2»^ Avertisseiîient aux Protestans
Il arrivoit quelquefois à Jiirieu ce qui arrive presque toujours à ceux qui e'crivent beaucoup, surtout dans le genre polémique. Occupes à se défendre ou à attaquer, ils ne sont frappés que du daeger de succomber à robjectiou du moment; et ils oublient les faits et les principes qu'ils ont avoués ou établis dans leurs écrits antérieurs. Bossuet avoit fait observer dans une addition au livre XIV de V Histoire des variations , que Jurieu convenoit lui-même que les premiers réformateurs, tels que Luther et jMélanchton , avoient établi comme fondement de toute leur doctrine ces étonlîaus axiomes ; if-Que Dieujait les hommes damnait blés nécessairement par sa volonté; en sorte qu'il » semble prendre plaisir au supplice des malheuy reux, et est plus digne de haine que d'amour, » Que l'adultère de David et la trahison de Ju- » das ne sont pas moins V œuvre de Dieu, que » la conversion de saint Paul, » C'étoit véritablement faire Dieu auteur du péché, comme le disoit Bossuet.
Jurieu se récria avec chaleur contre l'inculpation de Bossuet , et déclara quil nétoii j-amais convenu u que Luther et Mélanchlon eussent pro- » fessé une telle doctrine. » Il s'abandonna même 'k un, tel eicès d'emporlement^ qu'il osa traduii-e
I 35 lIISTOIilE DE B0S5UÊT ,
Bossuet « au iiibunal de Dieu comme un insigna » calomniateur. »
Il avoit entièrement oublié, que lui-même il avoit consigné cet aveu dans les mêmes termes, dans un écrit adressé quelques années auparavant au ministre luthérien Scultet.
Jurieu avoit eu alors la fantaisie de proposer un traité de paix et une tolérance mutuelle entre les Luthériens et les Calvinistes. Les Luthériens y résistoient fortement à cause de la dureté de la doctrine de Calvin. Jurieu ne désavouoit pas que Calvin n'eût professé des principes insoutenables ; mais il prétendoit que ses disciples y avoient renoncé depuis cent ans. D'ailleurs, ajoutoit-il, la doctrine de Luther et de Mélanchton n'étoit pas moins injurieuse à la sainteté et à la jnstice de Dieu* et il citoit à ce sujet les paroles de Luther et de Mélanchton, telles que Bossuet vient de les rapporter; et Bossuet n'avoit fait que rappeler à Jurieu ce qu'il avoit déclaré lui-même dans un écrit public imprimé et signé de lui. Jurieu ne répondit rien , parce qu'il n'y avoit rien à répondre.
Mais on trouve dans le second Avertissement aux Protestans («) une objection de Jurieu assez spécieuse pour faire impression sur les personnes peu familiarisées avec ces matières , et qui parut à Bossuet mériter une attention particulière. C'est ici qu'il faut admirer la profonde sagesse et la scrupuleuse exactitude de Bossuet dans les questions les plus difficiles et les plus délicates de la^ ihéologie.
On sait que l'Eglise a abandonné k la liberté des
{") OEuyres de Bo§suct, tom. xxi, j). gâ etsuiv- ilM.