‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 76 sur 154 · LIVRE NEUVIEME. 1 ^S · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME. 1 ^S

Luther, Mélanchton et Bucer, qui autorisoient le landgrave de Hesse à garder deux, femmes à la fois comme épouses lëgilimes.

Jurieu n'avoit pas osé contester la vérité d*uit fait dont les preuves authentiques venoient d'être mises sous les yeux de toute l'Europe. Mais au lieu de garder un silence commandé par la prudence et la nécessité, ou, ce qui eût été plus honorable encore , au lieu de s'unir à Bossuet pour frapper d'une juste censure une si lâche prévarication, il eut la maladresse d'entreprendre l'apologie de Luther, en cherchant à obscurcir par des équivoques et des subtilités la question la plus simple et la plus claire.

Il osa dénaturer l'essence même du mariage, et le représenter comme une pure institution humaine, qui n'existe que par des lois positives.

a Les lois naturelles, disoit Jurieu , sont entière- » ment indispensables; mais quant aux lois posi- » tives, telles que sont celles du mariage, on peut » en être dispensé , non-seulement par le législa- » leur, mais encore par la souveraine nécessité, » Ainsi les enfans d'Adam et de Noé se marièrent » au premier degré de consanguinité , quoiqu'ils ï> n'en reçurent dispense ni du souverain législateur, » ni de ses ministres. La nécessité en dispensa. »

Bossuet fait d'abord remarquer la singulière mé=prise de Jurieu^ qui paroît supposer que les enfans de Noé se marièrent frères et sœurs comme ceux â'Adam, quoique l'Ecriture dise expressément, et répète cinq ou six fois que les trois enfans de Noé avoient leurs femmes dans l'arche, avant que le déluge eût réduit le genre humain à la seule famille de Noé.

Bossuet. nu n

l46 HISTOIRE DE BOSSUET,

« Mais cette erreur, dit Bossuet, n'est rien en » comparaison de celle où tombe Jurieu, lorsqu'il » prétend que le mariage entre frères et sœurs » n'est pas contre la loi naturelle, sous prétexte » qu'il s'en est fait de semblables dans l'origine des » choses; par où il montre qu'il ne sait pas même » qu'il y a un ordre entre les lois naturelles , les » moindres cédant aux plus grandes. Ainsi , lorsque î) les enfans d'Adam se marièrent ensemble, ce ne » fut pas une dispense de la loi naturelle qui défend » le mariage des frères et des sœurs ; mais l'effet de » la subordination de cette loi à une autre loi plus » essentielle , et, si on peut ainsi parler, plus fon- » damentale, qui étoit celle de continuer le genre » humain. »

Cette loi fondamentale avoit été déclarée à Adam et à Eve par le suprême législateur lui-même , par le créateur du genre humain , lorsqu'il leur avoit dit : Croissez et multipliez , et remplissez la terre.

La voix même de la nature, qui veut être multipliée et qui ne veut pas périr , parce que son auteur l'a faite pour durer , se faisoit entendre dans ce précepte divin.

C'est aussi par cette raison que Dieu a créé les deux sexes; ce qui fait que leur union est autant de droit naturel , que leur distinction. C'étoit donc en méconnoissant l'essence même du mariage, que Jurieu fondoit sur des lois positives ce qui est fondé sur la nature même. Les lois positives peuvent bien régler les conditions du mariage pour les eflets qu'il doit produire dans l'ordre de la société; mais la nature avoit fait les mariages avant l'existence d'aucunes lois positives.

«Au reste, comme dit Bossuet, lorsque s'éle-

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