LIVRE HUITIEME. l
point défendu par cette ciaiule salutaire qui laisse l'espoir du retour à la vertu. « ["] Elle avoil lotîtes )) les qualile's que le monde admire, et qui font » qu'une ame séduite s'admire elle-même : iné- » branlable dans ses amilie's , incapaljlc de man- » quer aux devoirs humains, elle avoil toutes les » vertus dont Venfer est rempli. » Son e'tat paroissoit d'autant plus désespe're', que ses réflexions sur la religion l'avoient conduite à l'incrédulité la plus entière et la plus absolue.
C'est ici qu'on voit cette belle peinture de la Cour, qu'on a toujours si justement admirée. Ce tableau est l'ouvrage d'un homme qui l'avoit longtemps habitée, qui s'y étoit toujours montré supérieur à la foiblesse, à la crainte et à l'espérance; qui Ta observée en sage, et qui l'a jugée eu philosophe chrétien.
« (^) La Cour, dit Bossuet, veut toujours unir » les plaisirs avec les affaires; par un mélange » étonnant, il n'y a rien de plus sérieux, ni en- » semble de plus enjoué. Ej^foncez , vous trouve- » rez partout des intérêts cachés, des jalousies dé- » licates qui causent une extrême sensibilité, et » dans une ardente ambition, des soins et un sé- » rieux aussi triste qu'il est vain. Tout est couvert » d'un air gai, et vous diriez qu'on n'y songe » qu'aux amusemens et aux distractions. »
C'est à la suite de ce tableau, que Bossuet place le récit des troubles de la JFronde.
ft (c) Que vois-je durant ce temps? quel trouble? » quel affreux spectacle se présente ici à mes yeux? » la monarchie ébranlée jusqu'aux fondemens, la
(0 Oraison funèbre de la princesse Palatine, ibid. p. 437- — \^) Ibid. p. 434 et suÏY. — C"^) Ibid. p. 435 et suiv.
ï6 HISTOIRE DE BOSSUET,
)) guerre civile, la guerre étrangère, le feu au de- » dans et au dehors , les remèdes de tous côte's plus )> dangereux que les maux , les princes arrêtés » avec grand péril, et délivrés avec un péril encore » plus grand. Ce prince («), qu'on regardoit comme î) le héros de son siècle , rendu inutile à sa patrie » dont il avoit été le soutien , et ensuite , je ne sais w comment, contre sa propre inclination, armé » contre elle^ un ministre persécuté et devenu né- » cessaire, non-seulement par l'importance de ses y> services , mais encore par ses malheurs , où l'au- » torité souveraine étoit engagée. Que dirai-je ? » E toit-ce là de ces tempêtes par où le ciel a besoin » de se décharger quelquefois j et le calme proyi fond de nos jours devoit-il être précédé par de » tels orages ? ou bien étoient-ce les derniers efforts » d\ine liberté remuante qui alloit céder la place •o h V autorité légitime ? ou bien étoit-ce comme un » tra'^ail de la France , prête à enfonter le règne » miraculeux de Louis ? Non , non , s'écrie tout-à- » coup Bossuet j c^est Dieu qui vouloit montrer T> quil donne la mort et quil ressuscite , qu^il y> plonge jusqu aux enfors et qu^il en retire , qu^il » secoue la terre et qu^il la brise , et quil guérit » en un moment toutes ses blessures. » C'est ainsi » qu'on voit toujours le témoin et l'interprète de H » Providence, au moment même où l'on ne croyoit » voir que le peintre et le philosophe, le poète et » l'historien. »
Au reste, si les troubles de la Fronde n'ont pas reçu de l'histoire cette teinte sombre et cette expression tragique qu'elle donne aux grandes révolutions , il ne faut pas s'y tromper ) ce seroil bien
(") Le grand Coudé,