‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 9 sur 154 · LIVRE HUITIEME. ï · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME. ï

mal connoîtrc Bossuet , que de supposer qu'il a voulu leur laisser une importance qu'ils ne méiitoient pas. Cet liomme si profond dans l'histoire, savoit que les premiers mouvemens des révolutions les plus désastreuses n'ont pas toujours été aussi menaçans que ceux de la Fronde. Elles n'ont pas toujours été préparées et dirigées par des chefs, qui eussent en leur faveur d'aussi grands noms, et en leur pouvoir d'aussi grands moyens. La France fut alors préservée d'un bouleversement, parce que les chefs des factieux étoient tous de la première classe de la société, et qu'ils étoient sincèrement attachés à la conservation de la monarchie. L'esprit général de la nation étoit si opposé à tout changement de gouvernement , que les scènes atroces dont l'Angleterre donnoit alors le spectacle, n'excitèrent en France que le dégoût , le mépris et l'horreur.

Les mémoires publics, les correspondances secrètes, et les manifestes publiés par les différens partis se réunissent en un seul point. On y voit toujours la princesse Palatine se conduisant seule en homme de génie et en ministre habile , tandis que tous les autres acteurs de ces scènes turbulentes, princes, ministres, généraux, magistrats, femmes distinguées par le rang et l'esprit, ne parlent et n'agissent que comme des insensés ou des enfans, tantôt foibles ou furieux, et mêlant Aes intrigues puériles et frivoles à des attentats, qu'heureusement ils étoient plus prompts à imaginer, que disposés à exécuter.

C'est dans ces temps singuliers qu'on vit la princesse Palatine, fidèle à l'Etat et à Anne d'Autriche, maîtresse du secret de tous les partis, s'engager à tous les intérêts sans jamais en trahir

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aucun, leur dicter des lois sans jamais en recevoir, leur montrer avec une e'gale franchise le seul but où elle vouloit tendre, leur de'clarer jusqu'où elle consentoit à s'engager; et par une habileté' si rare et si simple, se concilier la confiance des ennemis les plus implacables , parce qu'on savoit qu'elle etoit incapable de tromper et d'être trompée (0- « («) Mais que lui servirent ses rares talens? que » lui servit d'avoir mérite la confiance intime de » la Cour , d'en soutenir le ministre deux fois éloi- » gne, contre sa mauvaise fortune, contre ses pro- » près frayeurs, contre la malignité de ses enne- » mis, et enfin contre ses amis, ou partagés, ou » irrésolus, ou infidèles. Que ne lui promit-on pas » dans ses besoins? i\Uis quel fruit lui en revint-il, » sinon de connoUre par expérience le foihle des » grands politiques ^ leurs volontés changeantes , » ou leurs paroles trompeuses , la diverse Jace des » temps , les amusemens des promesses , les illu- » sions des amitiés de la terre qui s'envolent avec » les années et les intérêts ^et la profonde obscurité » du cœur de l'homme ^ qui ne sait jamais ce quil » voudra^ qui souvent ne sait pas bien ce quil » veut ^ et qui n est pas moins caché ni moins trom- » peur à lui-même qu aux autres? O éternel roi » des siècles! qui possédez seul V immortalité ,

(") Oraison fnnèbre de la princesse Palatine ] OEuvr, de Jioss. lom. xvii, p. /J36, 4^7^ tidit. de Vers. m-8°.

(i) Le cardinal de Retz a dit de la princesse Palatine : « Je fie crois pas que la reine Elisabeth d'Angleterre ait eu i) plus de capacité' pour conduire un Etat. Je l'ai inie dans î) les factions , je Vai vue dans le cabinet, et je lui ai trout^e' 3> partout également de la sincérité. » Mémoires du cardinal Je Hetz.

LîVRE nUITlEME. îf)

» voilà ce quon vous prcjère ^ voilà ce qui éblouit w les aines (juon appelle grandes ! »

Dans ce tableau fidèle de toutes les Cours, des esprits et des passions qui les gouvernent, il est facile de démêler les traits qui conviennent au cardinal Mazarin en particulier. Bossuet le juge sans prévention , sans haine , sans amertume. Il parloit devant des hommes qui avoient été les amis ou les ennemis de ce ministre ; il parloit sous un roi qui avoit conservé du respect et de la reconnoissauce pour la mémoire d'un ministre à qui il croyoit devoir beaucoup , et qui en ejffet lui avoit rendu de grands services. Bossuet s'élève audessus de toutes ces considérations; il juge son siècle et ses contemporains avec la même impartialité et la même indépendance qu'il auroit jugé les hommes et les événemens placés dans un long éloignement; et jusque dans ses oraiso7is Jimèhres y Bossuet est l'interprète de la postérité.

La princesse Palatiive fit en effet l'expérience des volontés changeantes ^ des paroles trompeuses , des promesses illusoires d'un ministre qui ne vouloit être fidèle ni à la haine, ni à l'amitié. On lui avoit promis la place de surintendante de la maison delà jeune reine; mais le cardinal Mazarin, toujours tourmenté de la fureur insensée d'enrichir et d'élever une famille qu'il n'aimoit pas plus qu'il n'en étoit aimé, porta le Roi à demander à la princesse Palatine la démission d'une place dont elle avoit déjà le titre, pour la faire passer à la comtesse de Soissons, sa nièce.

Une injure aussi sensible fut le premier coup dont la Providence se servit pour avertir la princesse Palatine de tourner ses pensées vers des

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