‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 99 sur 154 · LIVRE DIXIÈME. IQS · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. IQS

telle qu'elle parut en fiançais, n'e'toit point réellement du père Calfaro. Il est vrai seulement qu'où y a voit inséré plusieurs fragniens d'un écrit latin que ce religieux avoit composé quelques années auparavant sur la matière de la comédie; il ne l'avoit même jamais destiné à voir le jour. Absolument étranger par sa profession à la connoissance des spectacles , peu familiarisé avec la lecture des auteurs dramatiques, il s'étoit fait, comme il le déclara lui-même (0, une idée métaphysique d'une bonne comédie ; et n'envisageant la question que sous ce point de vue général , il s'étoit porté trop facilement à justifier les spectacles contre les censures dont un grand nombre des Pères de l'Eglise les ont frappés. Il avoit même cherche' a appuyer une opinion qui lui paroissoit innocente, de quelques raisonnemens théologiques et de l'autorité de plusieurs Pères de l'Eglise et entr'autres de celle de saint Thomas.

Mais avant que ces détails fussent généralement connus , la dissertation , telle que Boursault l'avoit fait paroître en l'attribuant au père Caffaro , avoit causé un grand scandale; et Bossuet se crut obligé le premier de prendre toutes les mesures nécessaires pour eu solliciter la réparation. IN'ayant aucune juridiction sur un religieux étranger à son. diocèse, il suivit la voie que l'Evangile sembloit lui avoir tracée; celle d'une monition fraternelle, qui devoit concilier le maintien delà morale chrétienne avec les sentimens de la véritable charité; et ce fut au père Cajfaro lui-même, qu'il prit le parti de s'adresser directement. 11 lui écrivit dans le secret

CO Voyez la lettre du père Cajfaro à Bossuet, OEuvrei de Bossuet, tom. xxxyn , pag. 029, édit. de Vers. m-8". Bossuet. m, 9

de la confiance une longue lettre en date du g mai i6g4 i^)' Il Tinvitoit à de'savouer publiquement l'écrit qu'on lui attribuoit, s'il n'e'toit pas re'ellement son ouvrage; ou à effacer par une rétractation authentique l'éclat du scandale qu'il avoit excité.

« C'est à vous-même, lui écrivit Bossuet , que )) je me plains de vous-même, comme un Chrétien » à un Chre'den, et comme un frère à un frère, » Mais en même temps il ne lui dissimuloit pas, que s'il n'obtenoit pas la satisfaction qu'il désiroit et qu'il espéroit , il se verroit forcé de suivre le précepte de l'Evangile, « en avertissant ses supé- » rieurs j et même après avoir épuisé toutes les » voies de la charité, de le dénoncer à l'Eglise, » et de parler en évêque contre une si perverse » doctrine. »

Cette lettre de Bossuet au père Cajfaro expose tous les principes les plus généralement admis sur la question des spectacles.

L'auteur de la dissertation avoit établi « que » la comédie , telle quelle est aujourd'hui , n avoit » rien de contraire aux bonnes mœurs , et quelle » est même si épurée sur le théâtre français , quil » ny a rien que V oreille la plus chaste ne puisse » entendre. »

« Mais comment, lui écrit Bossuet, pourriez- » vous trouver honnêtes toutes les fausses ten- )) dresses, toutes les maximes d'amour qui reten- » tissent partout dans les opéra de Quinault, à qui » j'ai vu cent fois déplorer ses égaremens ?

w II ne sert de rien de répondre qu'on n'est oc- »> cupé que du chant et du spectacle, sans songer W Lettre clxxxi j ibtd. tom. xxxvii, i>. 5o8.

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