LIVRE DIXIÈME
» au sens des poroles, ni aux senlimens qu'elles » expriment; car c*est précisément le danger, que, » pendant qu'on est enchanté par la douceur de la » mélodie, ou étourdi par le merveilleux du spec- » tacle, ces sentimens s'insinuent, sans qu'on y î) pense, et gagnent les cœurs sans être aperçus.
» Si vous dites que la seule représentation des » sentimens agréables dans les tragédies d'un Ra- » cine n'est pas pernicieuse à la pudeur, vous » déméritez ce dernier, qui a renoncé puhlicjue^ » ment aux tendresses de sa Berémce, que je » nomme j parce quelle me vient la première à » Vesprit, »
Bossuet traite les tragédies de Corneille avec la même sévérité que celles de Racine; et il en donne cette raison morale, confirmée par de nombreuses expériences :
« Si le but des théâtres n*est pas de flatter ces » passions , qu'on veut appeler délicates , m.ai3 » dont le fond est si grossier, d'où vient que l'âge » où elles sont les plus violentes, est aussi celui où » l'on est plus vivement touché de leur expression; » et que ce genre de plaisir perde la plus grande » partie de son attrait dans un âge plus avancé, » dans une vie plus sérieuse ?
» Si les peintures immodestes causent naturelle- » ment ce qu'elles expriment, combien sera-t-on î> encore plus touché des expressions du théâtre, » où tout paroît réel , où ce ne sont point des traits » morts, des couleurs sèches, qui agissent sur les yy sens, mais des personnages vivans, des yeux ar- » dens ou tendres, ou plongés dans la passion , où » des acteurs répandent de vraies larmes, qui font » couler celles des spectateurs. . .