‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 107 sur 120 · LIVRE SEPTIÈAIE · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈAIE

Les dernières edilions des ouvrages de Bossue t présenleiit une collcclion volumineuse de ses lettres ; et elles ne forment qu'une ircs-pelile partie £^e celles qu'il a écrites. Si l'on n'y trouve pas ces épanchemens de l'ame qui échappent involontairement à saint François de Sales et à Fénélon, et qui donnent à leurs pensées et à l'expression de leurs sentimens une onction si touchante, elles sont remarquables par le caractère profondément religieux dont elles sont empreintes. Elles montrent toujours Bossuet considérant les hommes comme des voyageurs sur la terre, marchant à travers le temps pour arriver à l'éternité, et ne voyant dans leurs rapports de société, que le grand but de leurs destinées, Eieu et la religion. Toutes les lettres de Bossuet concernent les travaux qui l'occupoient pour la défense de la religion , ou se rapportent à Taccomplissement des devoirs dans l'ordre de la condition où la Providence a placé îes personnes à qui il écrit.

On auroit tort de conclure de ces réflexions que Bossuet étoit étranger au sentiment de l'amitié. Il eut beaucoup d'amis, et ses amis étoient tous des hommes du plus grand mérite. Mais on voit que 1<3 lien qui les unissoit , étoit moins une affection du cœur, qu'un intérêt commun pour la gloire de la religion , et la noble ambition de réunir tous leurs talens et tous leurs efforts pour assurer son triomphe.

Bossuet eut le malheur de perdre des amis qui lui étoient bien chers à des titres si sacrés; et il donna des larmes sincères à leur mort. Mais on voit toujours la religion assise à ses côtés, prête à essuyer ses pleurs. Dans l'espace de quelques jours

seulement (en i(j84), trois de ces amis si distingues, dont les deux premiers lui dévoient leur existence et leurs places , M. de Cordemoi , l'historien , l'abbé de Vares^ garde de la bibliothèque du Roi, et l'abbé de Saint- Luc ^ aumônier du Roi, lui furent enlevés presque subitement. Ce fut aux prières de l'abbé de R.ancé que Bossuet eut recours , pour trouver des consolations à sa douleur.

« C«) Je recommande à vos prières, lui écrit Bos- 1) suet , trois de mes principaux amis, et qui m'é- » toient le plus étroitement unis depuis plusieurs » années, que Dieu m'a ôtésen quinze jours par » des accidens divers. Le plus surprenant est celui > qui a emporté l'abbé de Saint-Luc, qu'un che- » val a jeté par terre si rudement, qu'il en est » mort une heure après, à trente -quatre ans. Il » a pris d'abord sa résolution, et n'a songé qu'à » se confesser, et Dieu lui en a fait la grâce. Les » deux autres se sont vus mourir, et ont fini » comme de vrais Chrétiens. Ce coup est sensible, » et je perds un grand secours. Cela n'empêchera » pas que je ne continue ce que je vous ai dit (^), » priant Dieu que si c'est pour sa gloire , il me » soutienne lui seul, puisqu'il m'ôte tout le reste. » Vos prières. Tout à vous. »

On aiine à voir le grand CondÉ mêler ses larmes \ celles de Bossuet sur les pertes de l'amitié : dans une lettre écrite de sa main, et dont nous avons l'original sous les yeux , il dit à Bossuet :

« Je viens d'apprendre par M. Sauveur, que

(») Lettre à l'abbé de Rancé , 23 octobre i684; OEuvres de Bossuet, tom. xxvii, p. 293, édit. de Vers. in-8". — (^) La Défense Je la Déclaration du clergé.

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