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» M. de Cordemoi étoit fort malade, et qu'il y » avoit bien du péril en son mal. J'en suis dans la » })liis grande peine du inonde^ ayant pour lui » beaucoup d'estime et d'amitié'. J'écris à M. Bos- » suet (0 de m'en mander des nouvelles^ je ne » doute pas que vous n'en ayez une grande dou- » leur, sachant l'amitié que vous avez pour lui. » En vérité, vous êtes bien à plaindre, car vous >» venez de perdre M. l'abbé de Saint- Luc, et il » n'y a guère que vous avez perdu M. l'abbé de » Tiares. Personne au monde ne s'intéresse tant » que moi à votre déplaisir, d'autant plus que je' » connois mieux que personne le fond de votre ami- » tié, et que je connoissois le mérite de M. l'abbé » de Saint- Luc y et l'amitié et l'attachement qu'il » avoit pour vous. Je vous supplie de croire que » je sens très-vivement votre déplaisir et votre in- » quiétude sur le mal du pauvre M. Cordemoi. » Faites -moi la justice d'être bien persuadé que » rien ne peut m'étre plus sensible que toutes les » choses qui vous touchent, et que personne ne » vous honore tant que moi. »
Cette leltre paroît justifier le grand Conde du reproche qu'on lui avoit fait dans sa jeunesse, d'être peu susceptible d'attachement; elle fait connoître en même temps les rapports qu'il aimoit à entretenir dans sa retraite , et vers les derniers temps de sa vie, avec tous les hommes de mérite qu'il avoit admis dans sa société sous les auspices de Rossuet. Les années avoient amorti l'emportement et le feu de ses passions; les lumières de son esprit et sa confiance en Bossuet lui avoient appris a connoître et à aimer la religion ; et le caractère,
CO Frère aiué de févéque de Mcaux.
28G HISTOIRE DE BOSSUr.T ,
ainsi que les principes de Louis XIV donnoieiit alors à tous les esprits et à tous les sentimens une direction grave et religieuse.
Les liaisons d'estime et d'amitié que Bossuet avoit forme'es à Versailles, conservèrent toute leur force, lorsqu'il cessa d'y résider habituellement. Nous avons déjà nommé quelques-uns de ces hommes distingués : et on a pu observer, par la considéra» tion dont ils jouissoient, et par la réputation qu'ils ont laissée, que le mérite et la vertu avoient seuls présidé à cette association respectable^ dont Bossuet étoit le chef, le guide et l'oracle.
La reconnoissance se réunissoit à tous les sentimens d'estime et d'admiration que Bossuet commandoit naturellement à tous ceux qui l'approchoient. Un grand nombre d'entre eux avoient été redevables à ses témoignages et à son influeiice des places honorables qu'ils remplissoient à Paris ou à la Cour.
C'étoient l'abbé Fleiiry , dont nous avons déjà parlé , et dont le nom et la mémoire seront toujours en honneur :
M. de Malezieuy qui dès l'âge de vingt ans me^ rita d'être distingué de Bossuet, et qui dut au goût que lui inspirèrent sa conversation et son caractère, d'être d'abord attaché au comte de Vexin , et ensuite au duc du Maine. On sait le rôle qu'il joua à la Cour de ce prince , et l'influence qu'il y exerça toute sa vie.
Ce fut à la même époque, que Bossuet plaça
dans la maison du duc du Maine un homme d'un
mérite égal, et d'un caractère différent. C'étoit
M. de Court. Fontenelle rapporte {.") « qu'il se Irou-
(") EloQQ dç M. de 31alezicu.
LIVlîE SEPTIÈME. 287
» voit entre le caractère de ces deux hommes » toute la ressemblance, et de plus toute la diffe- » rence qui peuvent servir à former une grande » liaison; et il observe avec raison, qu'on se con- » vient aussi pour ne pas se ressembler. M. de » Malezitu vif et ardent , M. de Court plus tran- » quille et toujours e'gal , se rëunissoient dans le w même goût pour les sciences, et dans les mêmes )> principes d'honneur ; et leur amitié n'en faisoit » qu'un seul homme en qui tout se trouvoit dans » un juste degré'. »
Valincour^ à qui Bossuet a adressé le dernier ouvrage qu'il ait fait imprimer peu de jours avant sa mort, fut placé de sa main dans la maison du comte de Toulouse.
Bossuet avoit fait entrer dans la maison de M°*^ la Dauphi>e le géomètre Sauveur , après l'avoir détourné de l'étude et de la profession de la médecine , par la raison singulière « (i) qu^il raison- T> noit trop juste ^ et quil allait directement au hut^ » sans savoir employer cette espèce de grâce dans » rélocution, absolument nécessaire a un méde- » cin f qui doit encore plus souvent parler à lima^ » gination des malades , quà leurs maux réels. »
M. d^Orniesson d^Amboile , mort intendant de Lyon, magistrat d'un grand mérite, ami particulier de Bossuet , s'attachoit, pour ainsi dire, à ses pas et à sa société, pendant tous ses séjours à Versailles, et surtout à Fontainebleau.
L'abbé Renaudot alloit déposer aux pieds de Bossuet , comme Toracle de l'Eglise d'Occident , toutes les richesses qu'il avoit conquises sur les Eglises d'Orient.
i^:ÏQ\iXçviç\\Q. Eloge de Saweur.
288 EISTOIRE DE BOSSUET,
jyHerhelot et Galland, les premiers qui aient introduit en France le goiit des langues orientales, venoient souvent entretenir Bossuet de leurs études et de leurs découvertes , et recevoir de lui des traits de lumière, qui jetoient un nouveau jour sur les obscurités des sciences mêmes dont ils faisoient leur étude particulière.
On sait tous les rapports que Bossuet a eus avec Pélisson à l'e'poque de ses conférences surVEcHture sainte , et lorsque l'un et l'autre jetèrent les premiers fondemens d'un plan de réunion des Luthériens d'Allemagne avec l'Eglise romaine.
Tout le monde sait par cœur le bel éloge que la Bruyère a fait de Bossuet dans son discours de réception à l'Académie française le i5 juin 1693, en présence de tout ce que la France avoit de plus éclairé dans les plus beaux jours de sa gloire. Bossuet avoit su démêler de bonne heure le mérite naissant et presque obscur de la Bruyère. Il le montra à son siècle , comme l'un des hommes dont ©n parleroit le moins pendant sa vie, et dont on parleroit peut-être le plus après sa mort. En plaçant la Bruyère à l'hôtel de Co?idé , où il n'avoit qu'un titre sans fonctions, Bossuet le servoit selon son goût. 11 y trouva cette existence douce et indépendante qui lui permettoit de se livrer en liberté à l'observation des hommes , à l'élude des caractères , et au talent de les peindre avec une énergie pittoresque, dont il s'est réservé le secret. La Bruyère est le premier qui ait donné à Bossuet le titre de Père de l'Eglise, qui lui est resté. Il porta même sa reconnoissance et son admiration pour Bossuet, jusqu'à vouloir combattre sous ses drapeaux; et il écrivit ses Dialogues sur le Quic-