DU TOME DEUXIÈME
No I.
T)éf€nse de la Déclaration du clergé de France ^ touchant la puissance ecclésiastique y par Bossuet,
L'importance de cet ouvrage exige que nous donnions quelques éclaircissemens historiques et critiques d'autant plus nccessaires, qu'on a vovdu en contester Fautlienticité.
Bossuet auroit désiré, comme nous l'avons dit, que rassemblée de 1682, en proclamant les quatre articles , les eût accompagnés d'une sorte d'exposition justificative j qui eu auroit fait connoître le véritable esprit. Il sembloit prévoir que , malgré la modération qu'il avoit apportée dans la Déclaration des sentimens de FEglise gallicane , elle éprouveroît certainement des contradictions, et qu'on verroit un grand nombre d'écrivains essayer de la dénaturer par d'odieuses interprétations.
Nous avons rendu compte des motifs qui empêcbérent ftL de Harlay d'accueillir le projet de Bossuet; mais Bossuet avoit déjà fait ce travail, pour se rendre à lui-même le témoignage de l'attention extrême qu'il avoit apporté-e à ne rien exprimer dans les quatre articles qui ne fût conforme à la doctrine de la Faculté de théologie de Paris, et consacré par la tradition des maximes reçues en France depuis un temps immémorial. L'abbé Ledieunous apprend "} « que cet V écrit de Bossuet étoit court, niais précis et fort , et qu'il j> avoit pour titre : Propositiones Cleri Gallicani 19 niar- « tii 1682. »
Nous avons retrouvé cet écrit de Bossuet copié de la main de l'abbé Ledieuj il ojQfre en eflet la précision et l'énergie
^a) Mts. de Ledîeu,
Bossuet. h. i4
accoutumée de Bossuetj mais il est moins intéressant à connoître, depuis que Bossuet a donné bien plus de développement à ses preuves dans son grand ouvrage de la Défense de 1(1 Déclaration.
Ce que Bossuet avoit prévu arriva. On vit éclore dés i683 une foule d'écrivains, qui crurent s'illustrer, en se livrant aux plus violentes déclamations contre l'Eglise gallicane.
Ce fut l'Université de Louvain qui eut la première le triste honneur d'offrir à Bossuet des adversaires bien peu dignes de lui, et peu dignes d'une université aussi recommandable.
Le premier étoit un sieur Dubois, professeur d'Ecriture sainte dans la faculté de théologie , qui piJjlia une Dissertation ihéologique et juridique contre la Déclaration de 1682.
Un second ouvrage sortit de la même école sous le titre de Doctrine des docteurs et professeurs , tant anciens que modernes , de la Faculté de tliéologie de Louvain , sur Va primauté, i autorité et l'infaillibilité des papes. L'auteur garda Tanonyme.
Il ny eut pas jusqu'à un marquis Ceuoli de Çaretto , qui se crut en droit d'intervenir dans cette controverse. Il publia deux petits volumes m- 12 contre les évêques de France, auteurs ou approljateurs de la Déclaration de 1682; et il proposoit tout simplement de les brûler avec la Déclaration.
Ces excès de quelques hommes obscurs auroient peu mérité l'attention de Bossuet, mais il dut être un peu étonné, en voyant un archevêque de Gran ou Strigonie (."), primat du royaume de Hongrie , « qui , après avoir fait parade , dit i> Bossuet (0, d'un concile national, qu'il se promettoit de i) tenir en son temps afin sans doute de mettre au même ni~ >» l'eau l'autorité du clergé de France, se permettre, accom- >j pagné peut-être de cuiq ou sl\ évêques , de foudroyer les M décrets de tant de prélats français , ou plutôt de toute )) l'Eglise gallicatie , et condamner les quatre articles du » clergé, comwe offensant les oreilles chrétiennes, comm&
(a\ Georges Zelefichiini.
{\) Préface de Ilossiiet pour la Défense des /jiiatie articles, édition de ij3o. /'. Ap;jeiid. ad Dfens. Declar. Praef. t. xixiii , pag. 423, elc*
DU LIVKF. SIXIEME. 3l5
»j absurdes , toul-à-fait détestables , inu entes par les ministres M de satan, et distillant au travers d\ne ecorce de piété le » venin du schisme le plus (ijj'reux. »
Une pareille censure, qui ressembloit plutôt à une déclamation , n'avoit rien de bien alarmant.
Un prêtre français , nommé Charles, réfugié à Rome , pour avoir pris une part très-active aux troubles du diocèse de Pamiers au sujet de la Régale., comjMDsa un traité qu''il intitula .- De Libertatibus Ecclesiœ gallicanes ^ il y étaloit une aflectation d'érudition capable de laire impression sur les gens peu instruits, qui forment toujours le plus grand nombre.
Les écrits du même genre se multiplièrent tous les jours. Des censeurs plus imposans que ceux, que nous venons de nommer, le savant cardinal d'Aguirre, le cardinal Sfoudrate , Scheelestrate , connu par sa vaste érudition , le père Thjrsus Gonzalez, général des Jésuites, et plusieurs autres, pid>lièrent des ouvrages où ils censuroient avec une extrême rigueur la doctrine des cjuatre articles j et les honneurs éclatans dont Innocent XI crut devoir récompenser leur zèle, sembloient leur donner aux yeux de la multitude les apparences de la victoire et du triomphe. Bossuet pensa qu'il lui apj^rtenoit plus qu'à tout autre de défendre son propre ouvrage, en défendant la doctrine du corps dont il avoit été l'organe et Tinterprète.
« Il composa donc cet ouvrage immense, dit Fabbé Le- » dieu (^), où il épuise la matière et porte les preuves jusîj qu'à la démonstration; il y réfute particulièrement le » Tractatus de Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ v*j. Il finit 3; entièrement ce travail en Vannée i685. J'en ai, ajoute l'abbé ■» Ledieu, la préface et la conclusion avec tous les titres des » chapitres, pour conserver la mémoire et le dessein d'un si w grand ouvrage (0. »
Les circonstances ne permirent pas alors de le rendre public. Louis XIV désiroit de se rapprocher de la Cour de Rome 5 et il craignit de l'aigrir encore plus, en établissant de
(a^, Mts. de Ledieu. — (&) De Chai las,
(î) Nous avons en effet trouvé parmi nos papiers cette préface et ces tUres des chapitres j copiée de la main de l'abbé Ledieu,
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nou-velles discussions sur cette Déclaration , qui avoit si vivement irrité les ullramontains.
Cette négociation traîna en longueur plusieurs années, et il n'y eut de conciliation définitive qu'en lôgS. Ce n'étoit pas dans un pareil moment, qu'il convenoit d'offrir un nouveau prétexte de division^ et une considération si puissante ne permettoit pas à Bossuet de publier son ouvrage.
Mais en 1695, Thomas Roccaberti, ancien général des Dominicains, et devenu archevêque de Valence, en Espagne, publia trois volumes in-folio {') , où l'oubli de toutes les convenances, et l'exagération des opinions ultramontaines sembloient excéder les bornes que les partisans les plus outrés de la puissance des papes avoient encore respectées (*). Cet ouvrage avpit été imprimé en Espagne avec les approbations les plus emphatiques. Bossuet en cite quelques fragmens dans son Mémoire au Roi; et ils laissent une idée bien affligeante des préjugés qui dominoient encore en Espagne sur ces matières.
Bossuet auroit sans doute laissé dans l'oubli l'ouvrage et les approbateurs, si l'auteur n'y eut pas joint deux brefs d'Innocent XII, qui vanloit « la diligence, l'étude, Vajjec- 3) tion , le zèle , V érudition et l'esprit que Vauteur avoit em- V ployés à l'avantage de l'Eglise. »
Quoique ces expressions , comme l'observe Bossuet , ne fussent que des formules obligeantes , qui ont passé dans le style ordinaire des brefs, et n'énoncent aucune approbation de la doctrine et des maximes de l'auteur, on s'affligeoit de voir le nom d'un pape qui vivoit dans la meilleure intelligence avec la France, à la tête de cet amas d'invectives contre un grand Roi {^) : et on pouvoit craindre que l'auteur et les partisans de sa doctrine ne s'en prévalussent pour persuader au public qu'Innocent XII partageqit leurs sentimens et leurs opinions.
(a) Mémoire de Bossuet au Roi.
(i) Ces trois volumes parurent successivement en 1693, i6f)4 e* iGgS.
(2.) Pour en donner une id<'e , il suffira de dite que dans cet ouvrage, qui a pour lilre : De Pontifîcia Potestate , l'auteur condamnoit comme Aérétiques et comme schismalitjues tous ceux qui ne reconnoissoient pas aaus le Pape une puissance souveraine et absolue sur le temporel.
BU LIVRE SIXIEME. O l "J
Bossiict présenta à Louis XIV un Mémoire i^), dans lequel il repi csentoit que , raalf^Tc les enga^cint-us que le Roi avoit pris avec la Cour de Rome , et qui avoient été le sceau de la réconciliation des deux Cours, il éloit impossible de garder entièrement le silence sur un ouvrage publié par un archevêque d'Espagne, qui y exerçoit les emplois les pluij importans dans Tordre civil et ecclésiastique, et qui avoit osé sy permettre des expressions outrageantes pour l'honneur et la gloire du Roi et de la France.
Ce viénioire de Bossuet est plein de sagesse et de mode.ration; il n'a pour objet que de solliciter la réparation due au Roi, en écartant toutes les mesures qui aur oient pu altéier Tunion qui existoit alors entre Rome et la France.
Bossuet propose de faire rendre un arrêt du Parlement , pour défendre le délit de Vou^rage de Roccaberti dans le royaume; mais il recommande en même temps a qu'on évite, n dans V arrêt tous ces ternies injurieux de lacérer et de brûler i> par la main du bourreau » ; expressions qui, dans de pareilles matières, sont aussi peu convenables à la dignité du Parlement , qu'a la nature des ouvrages et à la qualité des personnes qu'on se propose de condamner.
Par la même raison , Bossuet aime à supposer « que )) MM. les gens du Roi, en disant ce qui sera essentiel à » l'affaire, sauront éviter par leur prudence les termes qui w pourroient causer de l'aigreur, w
Le Gouvernement et le Parlement adoptèrent entièrement Favis de Bossuet, et ce fut dans cet esprit que fut conçu Y arrêt du 20 décembre 1695 , qui défendoit le débit des livres de Roccaberti [.■■).
La seconde mesure proposée par Bossuet , étoit de requérir le Pape de « s'expliquer sur l intention de ses brefs , de i) peur qu'on n'en étendit les louanges jusqu'aux inwectii'cs
(l^ On le trouve imprimé à la fiu de la Défense de la Dér.laration; OEuvres de Bossuet , tom." xxxiii , pag. 66i, de l'ëd. de Vers. in-S".
{7.'\ M, de Lamoignon , avocat-çe'néral , ne crut pas s'écarter de cette mesure de modération, en disant dans son réquisitoire, « que les trois Ti volumes de Roccaberti sont si mal digérés, cjue les propositions qui y sor,t
>i avancées sans être proitt-ées , sont si absurdes par elles-mêmes , qu'ellss.
» ne méritent aucune réfutation. » Et il faut conrenir que le JDgement qu'en porte Bossuet, confiruiC entièreiaent celui de îl. de Lamoigaon>
3l8 PIÈCES JUSTIFICATIVES
7) irrespecLueiises >; répandues dans tout le corps de l'ourrao-c
de Farchevêque de Valence.
Mais comme il étoit facile île prévoir que la Cour de Rome feroit usage de ses lenteurs accoutumées , pour éluder la satisfaction que le Roi étoit en droit de prétendre, Bossue t propose un genre de réparation qui deviendroit encore plus honorable au Roi et à TEglise gallicane , et qu'il n'étoit pas au pouvoir de Rome d'enlever à la France.
« La France, dit Bossuet '* , est pleine de gens savans et j) de pkimes trés-éloquentcs , qui , sans déroger au\ droits et -» a l'autorité du saint Siège , pourront montrer à farchevêque V de V^alence et à ses semblables leur ignorance et leur em-
y> portement // n'est plus question tVinuectii^er contre la
» Déclaration du clergé de France , sur laquelle le Pape est » content, et le clergé ne dit mot. Mais sous prétexte de s'y » opposer, outrer la censure jusqu'à vouloir qu'on soit héjj rétique ou schismatique , pour ne pas suivre des sentimens jj qu'on agite depuis trois cents ans dans les écoles , sans que
» les papes les aient notés ou défendus, c'est un excès si
i> étrange, qu'on ne le peut dissimuler, n
Il est vraisemblable que la Cour de Rome se refusa , ainsi <{ue Bossuet l'avoit prévu, à donner une explication satbiaisante. Innocent XII se reprochoit sans doute l'empressement un peu indiscret qui l'avoit porté à permettre que son dignités. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que ce ne fût nom fût placé à la tête d'un ouvrage bien peu digne d'une décoration aussi honorable. Mais un désaveu formel est toujours difficile à obtenir des hommes constitués dans de grandes à cette occasion que Louis XIY autorisa Bossuet à prendre la défense de l'Eglise gallicane , en observant les égards et les ménagcmens que les circonstances politiques et les sentimens pcr.^onnels du Roi recommandoient envers le saint Siège.
C'est ce qu'on peut conjecturer de cet article des manuscrits de l'abbé Ledieu.
« Au commencement de Tannée 1696.(0, M. de Meaux re-
''a) Bleiaoire au Roi. OEuvr. de Bossuet ,toin. xxxiii , p 675. (1) Apparemmont quelques jours ou quelques semaines aj)rcs Varr^ du Parlement du 20 décembre iGcp, dout nous venou» de parler.
DU LIVRi: SIXIÈME. 3 If)
» prit cet ouvrage, et il en retoucha plusieurs traités, qu'il w abrégea et serra davantage. Je ii\ii pas su la raison de ce X' dessein^ mais M. de Rheims tloit de concert, et le Roi i> même apparemment,' car pour ce sujet on fournit à M, de V Meaux plusieurs volumes pris de la bibliothèque du Roi i) et de celle de M. de Rheims. L'affaire de M. de Cambrai w ( en 1697 ) , a fait surseoir 5 mais il faut que ce projet ne soit )) pas abandonné, puisqu'encore à présent, 17 novembre -') 1699, M. de Meaux garde les mêmes livres qui lui ont été )) prêtés, et refuse toujours de les rendre, quoique je lui en « aie souvent parlé, en étant sollicité par M. Clément, garde 3) de la bibliothèque du Roi , comme si notre auteur n'at- » tendoit qu'un temps de loisir pour reprendre ce travail. 5> Ce fut aloi's que Bossuet fit de grands changemens au premier travail qu'il avoit préparé en j684 et i685; et c'est de là que viennent les différences qu'on observe entre les copies originales de Touvrage de Bossuet, dont les unes n'offrent que sa composition de 1684 et i685, et les autres le dernier état où il l'a laissée , lorsqu'il commença à lui donner une nouvelle forme en 1696, et ensuite en 1700, 1701 et 1702.
Le changement des circonstances politiques détermina ces changemens. I^uis XIV étoit convenu avec Innocent XII de ne plus rappeler les (juatre articles-^ et Bossuet reçut probablement ordre de se conformer à cette disposition, sans abandonner toutefois la doctrine de ces articles.
D'ailleurs, dans l'intervalle de i685 à 1695, les cardinaux d'Aguirre et Sfondrate , l'archevêque de Valence Roccaberti et le père Thyrsiis Gonzalez avoient publié des ouvrages importans contre les quatre articles^ et il étoit nécessaire de leur répondre, de les combattre et de les réfuter. Ainsi la première différence qui se fait remarquer, se trouve dans le titre même de Touvrage. Ce n'est plus la Défense de la Déclaration du clergé de France : Defensio Declarationis Cleri Gallicani ^ Bossuet substitua aux trois premiers livres de son premier travail une Dissertation préli- Ttilnaire, qu'il intitula : La France orthodoxe , ou apologie de Vécole de Paris et de tout le clergé de France : Gallia orthodoxa, seu vindiciœ scholœ Parisiensis , totiusque Cleri Oallicanc.
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C'est encore par respect pour les intentions el pour les ordres de Louis XIV, et dans la vue de prévenir tout nouveau sujet de division, que Bossuet affecta dans la DissertaîLon préliminaire (' ) de son second travail , de faire cette profession remarquable : « Que la Déclaration det^ienne ce qu'on :> voudra , ce n'est point elle que nous nous proposons de dé- » fendre , mais V ancienne doctrine des docteurs de Paris , i> qui demeure inébranlable et ne peut être frappée d'aucune :» censure ('). »
L'objet de cette nouvelle Dissertation préliminaire , l'un des morceaux les plus achevés sortis de la plume de Bossuet, est de prouver que la doctrine des quatre articles est orthodoxe, et que, ne différant en aucun point de celle qu'on connoît dans toute l'Eglise sous le nom de Sentiment de Vécole de Paris , elle ne peut être condamnée comme hérétique ou comme schismatique , dès que le sentiment de l'école de Paris n'a jamais été condamné comme tel.
Bossuet montre , dans cette Dissertation , que pendant plus de dix siècles, on n'avoit jamais entendu parler dans l'Eglise de ces prétentions de la puissance spirituelle sur la puissance temporelle j que Grégoire YII fut le premier pontife qui entreprit de déposer les empereurs et les roisj que cette prétention inouie jusqu'alors étonna l'univers j que l'Eglise ne consacra jamais de son autorité les entreprises de ce pçntife , ni de ceiux qui suivirent son funeste exemple j qu'au contraire , les meilleurs esprits et les écrivains les plus éclairés réclamèrent contre la nouveauté de ces étranges maximes. Bossuet prouve en même temps que les idtramontains qui ont voulu adoucir la dureté du sentiment de Grégoire VII , en se bornant à attribuer aux papes la puissance indirecte, ne font que changer les mots, en laissant subsister les mêmes inconvéniens et les mêmes excès.
Bossuet établit ensuite la supériorité du concile universel sur le Pape , par l'autorité inébranlable du concile de Constance , dont il affermit les fondemcns contre les attaques et les fausses suppositions de Scheelestrate.
(rt) Chap. X.
(«) « Abeat ergo declaratio quo lihuerit; non eiiùn eam tutandam stisci'- Yi pimiis j manet inconcufsa et censurai omnia expers prisca illa seiUentia )^ Pariiiensium. >>
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Il fait connoître que la doctrine de TinfaiUihilité du Pape n'a commencé qu à répoque du concile de Florence, à Toccasion des démêlés d'Eugène IV et du concile de Bàle; que dans ces commencemeus, on pallioiten différentes manières cette opinion , de peur que sa nouveauté ne révoltât tous les esprits, et qu'on ne trouve avant le pontificat de Léon X aucun auteur qui Tait soutenue dans toute l'étendue que les ultramontaius des derniers siècles ont prétendu lui donner.
Un motif qui força Bossuet à changer Tordre de cette partie de son premier travail, fut le grand nombre d'ouvrages qui avoient paru dans les pays étrangers dans l'intervalle de i685 à 1695. Parmi ces ouvrages, il en étoit plusieurs qui méritoient une discussion plus approfondie et dont les auteurs pouvoient donner une espèce de faveur à leurs opinions par la considération de leurs noms et de leurs dignités ').
La différence la plus remarquable qui se trouve entre le premier plan de Bossuet, et celui qu'il suivit dans la révision de son travail, c'est qu'il se déclare lui-même l'auteur de Touvrage dans la nouvelle forme qu'il lui a donnée 5 il y parle toujours en son nom , au lieu que dans son premier ouvrage, composé entre i683 et i685, il ne se présentoit que comme un des députés de l'assemblée de 1682, qui avoit assisté à ses séances , en avoit entendu toutes les discussions , et rendoit compte des raisons et des preuves qui avoient déterminé les décisions des prélats.
Deux motifs avoient probablement porté Bossuet en i685, à préférer cette forme. Le premier étoit de ne pas mettre de nouvelles entraves aux négociations que la Covu- de France continuoit à entretenir avec celle de Rome. Innocent XI , déjà si aigri contre la Déclaration de 1682, se seroit sans doute encore plus irrité , s'il eût vu celui cpii en étoit le principal auteiu' , s'en déclarer hautement le défenseur.
( I ) L'abbé Ledleu nons a consrrvc la lisle de ces écrivains, dont la Libliolhèqne du Roi et celle de larcbevèque de Rheims foumiient les ouvrages k Boisuet pour son travail; ou est eti'ravc de leur nombre j et en y ajoutant tous les ouvrages que Bossuet fut obligé de consulter et d'étudier , pour y puiser ses autoiités et ses raisonnemens , on pouriii «e foi mer une idi-e des rechercLes immenses qu'a dîi coûter à Bossuet la teUe Défense de la Déclaration du clergé de France.
Rien cependant n'étoit plus convenable ni plus juste. Le second motif de Bossuet étoit qu'en ne parlant que sous le nom d\m simple député, il pouvoit s'expliquer avec plus de liberté sur les prétentions de Rome , et observer moins de ménagemens dans un temps où Ton paroissoit craindre qu elle ne s'abandonnât à des mesures extrêmes.
C'est à ce changement de rôle et d'interlocuteur, que Ton doit attribuer les éloges que Bossuet donne à son Exposition de la doctrine catholique dans son premier travail , au lieu que dans le second il change de style. II ne dit plus C'* : Tout le royaume et même tout le monde chrétien connoit le livre de /"Exposition de M. Vëvêque de Meaux ^ mais en s'exprimant avec la modestie qui convient à celui qui parle de son propre ouvrage (^), il demande qu^il lui soit permis de se citer : a Ikfoi-méme , le dernier des e\>êques, y j^ai donné un petit ouvrage peu considérable en lui-même , 3) mais qui l'est devenu par Vapprobation qu'il a reçue des i) évéques et du Pape niême^^). n
C'est par un défaut suûisant d'attention à ces changemens, que des considérations politiques avoient apportés au premier travail de Bossuet, que quelques critiques, et entre autres l'auteur d'un ouvrage imprimé à Avignon en 1747^ sous le litre : « De suprema homani Pontijicis auctoritate » hodierna Ecclesiœ Galllcanœ doctrina, » ont prétendu attaquer l'authenticité de ja Défense de la Déclaration du clergé de France. Ils furent probablement induits en erreur piu- l'éJilion qui parut en 1730 à Luxembourg, et qui ne fut imprimée cpie sur une des copies du premier travail de Bossuet, entrepris et exécuté en i683 et en i685.
Mais cette opinion insoutenable ne peut plus compter aucun partisan ; et les preuves irrécusables que nous allons présenter de Taulhenticité du second travail de Bossuet, ne permettront plus de la reproduire.
Nous avons déjà vu par le témoignage de l'abbé Ledieu , que le 17 novembre 1699 , au moment même où toutes les opérations relatives à la condamnation du livre des Maxi-
(a) Edition de i -j'io. — [h') Edition de 1745-
(i) « Quidni encm liceat non nlhil quoqiie de me dicere : ego episcoporum « mininius , exi^mim sanc ac pei sese , magni tainen prelii , tpiscopali sci- H Ucet, ac posua apostoUedauctoTilalefultumemisiopusculum.»
•mes dés Saints venoient d'être terminées et consommées, Bossuet projettoit de reprendre ce grand travail. L'assembléa de 1700 vint encore suspendre rexécution de ce projet^ mais à peine fut-elle séparée , que 1 abbé Ledieu écrivoic sous la date du 8 septembre 1700 : « '-") En même temps 3) que M. de Meaux met la dernière main à son ouvrage de » la Politique, il met également la dernière main à son ou- V vrage de ecclesiastica Potestate, quil intitiUe à présent 3) G allia orthodoxa. »
Un an après , Tabbé Ledieu nous montre encore Bossuet occupé de ce grand travail.
« (.") M. de Meaux m'a demandé son traité de ecclesias- » tica Potestate , dont il a retenu seulement les premiers 'j> livres, de la dernière révision et correction, sons le titre » de Gallia orthodoxa contre Roccaberti , qui est la cony clusion de tout l'ouvrage. »
L'abbé Ledieu dit encore, u que chargé en 1702, par )> M. de Meaux , de faire la révision des papiers de son ca- » binet , il profita de 1 occasion pour examiner l'état de soa 3) ouvrage de ecclesiastica Potestate , depuis la révision qu'il •)i venoit d'en faire ; qu'il n'y trouva aucun changement dans ■» la forme , mais seulement des additions et des correc- 3) lions \ '^ »
Nous avons sous les yeux le manuscrit original de la Dissertation préliminaire [Dissertatio prœwia^j , entièrement de la main de Bossuet , à l'exception de 4 ou 5 pages , qui se retrouvent dans une copie qui peut passer pour originale , puisqu'elle porte des corrections et des additions de la main de Bossuet ^).
Nous avons remarqué dans ce manuscrit original que la Dissertatio prœvia , composée probablement en 1696, n'étoit
(a) Journal manusciit de l'abbé Ledieu. — (b) Ibid. sons la date du 32 septembre i ^o i .
(1) Je trouve e'galement dans les notes de l'abbé Ledieu , que Bossuet lui avait ditqiïil avoil rayé de son traité : de Ecclesiastica PoiestAte tout l'endroit qui regarde le pape Libère j coinme ne proiwajtt pas bien ce qu'il veut établir en ce lieu,
(et) 11 est heureux que ce manuscrit original ait pu se conserver dan# son intégrité et sans altération ; car il est entièremeat composé de petites feuilles volantes et détachées, mais (jiii sont toutes mirnérotéiS de la mail) 4« Bossuet.
pas d'abord divisée par chapitres. Mais en 1700, lorsque Bossuet revit pour la seconde fois ce second travail, il inscrivit de sa main les divisions par chapitres sur la copie originale, qui servit à cette révision. Cette division par chapitres , écrite de la main de Bossue t sur la copie originale, fut adoptée par l'abbé Ledieu, son secrétaire : et il inscrivit de sa main les mêmes divisions de chapitres , sur tes feuilles détachées qui forment le manuscrit original de la Dissertatio prœvia, entièrement écrite de la main de Bossuet.
En travaillant à la révision de son ouvrage , Bossuet fit à !a Dissertatio prœvia quelques additions plus ou moins importantes , et il y ajouta deux chapitres tout entiers, savoir, les chapitres Lxxxvni et lxxxix.
Ce fut à l'époque de cette révision, qu'il supprima les trois premiers livres de son premier travail, composé en i685 sous le titre de Défense des quatre articles , et qu'il se borna à en extraire les raisonnemens les plus décisifs, pour les faire entrer dans sa Dissertation préliminaire ( Dissertatio prcevia ).
On peut observer en général dans cette Dissertation l'attention délicate et recherchée que mit Bossuet à ne pas prononcer le nom des quatre articles, par respect pour les intentions de Louis XIV, et pour les eugagemeas qu'il avoit pris avec la Cour de Rome , sans cesser cependant d'exprimer la doctrine qui y étoit établie, et d'en appuyer la vérité sur les maximes et les preuves les plus incontestables.
Nous avons également sous les yeux la copie originale, sur laquelle Bossuet a fait de sa propre main des additions et des correclioîis importantes , lors-qu'il fit la dernière ré~ vision de son ouvrage en 1701 et 1702.
Les quatre premiers livres n'offrent aucune addition ni correction.
Le V* livre offre des additions et des corrections en plus de quarante endroits différent; quelques-unes même sont Irès-étcndues. Le chapitre xxxu* de ce v^ livre y est entièrement ajouté de sa main.
Le VI* présente des additions et des corrections en plus de \ingt-cinq endroits diffcrcusj mais elles ne sont oi aussi
étendues, ni aussi importantes que celles du v* livre. Le vil® livre offre des coi'/ections et des additions en assez grand nombre, mais assez indiilerentes. Il en est une cependant très-remarquable que Bossuet a faite de sa main au chap. xviii® de ce vii^ li^Te, où il rapporte ces paroles d'Innocent IV ; « Que les e'vêques étant inférieurs au pontiJ& i) romain leur chef, sont obligés de lui obéir ( si l'on excepte V pourtant certains cas que ce pape a soin de spécifier), d » moins, dit Innocent IV, que l'ordre ne renferme quelque i) hérésie, ou qu'on n'ait un juste motif de présumer que i> Vétat de V Eglise seroit troublé par V exécution de cet ordre ); injuste, ou qu'il pourroit occasionner d'autres maux sein^ » blables. M
On remarque peu d'additions et de corrections dans le lixTe yiif. Mais on y trouve au chapitre xv®, une addition importante écrite de la main de Bossuet, au sujet de l institution canonique des Evêques CO-
Le livre ix^ ne présente qu'un petit nombre de corrections et d'additions.
Le livre x* en ofifre encore moins. Cependant il en est une assez importante que nous devons rappeler- ici. Cest au sujet de saint Thomas , qui se montre souvent assez favorable à Tinfaillibilitc du saint Siège. Bossuet, après s'être eJŒbrcé de ramener ses expressions à un sens plus raisonnable , dit : « Ainsi je crois que pour peu qu'on examine la doctrine de » saint Thomas , elle ne paroîtra point différente au fond » de celle des autres docteurs de Paris. Si néaninoitis nos i> adversaires s'obstinent à lui attribuer cette pensée , qui ne » se trouvée exprimée nulle part dans ses oui^rages ^ que Vau- » torité du pontife romain est absolue en tout sens , et totale- M ment indépendante du consentement de V Eglise, qu'il nous i> soit permis ( et Pon ne peut nous en faire un crime ) , de 5> nous en tenir à la doctrifie des Pères plus anciens que saint )) Thomas j et aux âécisiojis faites depuis par le concile de » Constance, après que la question eut été agitée dans toute i) V Eglise, n
(i) Tout ce qui est souligné dans le paragrajîte ci-dessous a e'té ajout« et écrit dç la prof re juaiii dc Bossuet , dans la deriiière révision de s^a traraii.
Le livre xi* et le corollaire n'offrent qu'un petit nombre iVaJditioiis et de corrections ,' mi .5 ces corrections et ces additions, tontes de la main de Bossuet, indiquent qu'il a ret^u son ouvrage dans sa totalité (')•
Cependant nous voyons par des notes manuscrites de Fabbé Lequeux (') , « qu'on ne peut guère douter nue le des- V sein de Bossuet n'eiit e'té de changer son ouvrage tout en- » tier, comme il auoit change les trois premiers lii'res dans sa « Dissertation préliminaire , et comme le nouveau titre de }) Gallia oRTffODOXA Semble l'indiquer. »
Les mêmes notes manuscrites ajoutent « qiCen rasseni- » hlant des brouillons écrits de la main de Bossuet, relatifs i) à ce travail, et qui e'toient confondus dans une multitude i) de papiers , on a trouvé l'ouvrage presqu* entier corrigé su i- » vant ce projet. »
Mais ces brouillons n'étant point venus jusqu'à nous , il nous est impossible de fixer notre opinion sur la nature et l'importance de ces corrections.
On peut demander actuellement comment il est arrivé qu'un ouvrage aussi important , auquel Bossuet est revenu avec une nouvelle ardeur à trois époques différentes, en 1684, en 1696 et en 1700, ouvrage qu'il n'avoit entrepris qu'avec la permission et même l'autorisation de Louis XIV, soit resté aussi Ion g7 temps inconnu au public.
On pourroit d'abord présumer que Louis XIV satisfait de la Cour de Bome, depuis l'accommodemeut qu'il avoit fait avec Innocent Xll , et voulant rester fidèle aiix engagemeus qu'il avoit pris avec ce pontife , craignit de paroitre y manquer , en laissant publier xm ouvrage qui devoit exciter la plus grande sensation par le nom de son auteur , et par le
(i) Dans la craiiite que les manuscrits et les coptes originales , qui portent l'emjirfinte de la main de Bossuet, ne viennent à être altères ou détruits pav le temps, j'ai cm devoir .ïOM/jjMer dans mon exemplaire latin et fruncuis de la Défense de la Déclaration , édition de i'-45 , toutes les additions et coirections que j'ai trouve'es écrites de la main dp Bossuet, pour con.«erver , autant qu'il est en moi , ces traces précieuses des maximes , des opinions , et , pour ainsi dire , de l'anic et du génie de ce grand liomme.
(7.) L'aLbé Lequeux avoit été' churgé de la dernière éditiou i/i-4' de Bossuet avant dom Défoiis,
poi^s imposant des auloritcs et des raisons qu'il y avoit réunies.
Mais nous verrons bientôt ce que fut ra])bé Bossuet luimême , et non pas Louis XIY, qui se refusa pendant trente ans à laisser publier l'ouvrage de son oncle.
D'ailleurs Louis XIV s'étoit bien engagé à ne plus exiger la stricte exécution de son eV/it du 23 mars 1682, mais non pas à interdire à s^s sujets la liberté d'enseigner et de professer la doctrine des quatre articles {}).
On voit même dans le supplément du Journal des Savans du dernier février 1708, le titre d'un traité de la Puissance ecclésiasticjue et temporelle , imprimé en 1707 avec privilège du Roi (').
« Ouvrage compose' en faveur des jeunes the'ologiens engaî) gés à soutenir les quatre propositions contenues dans la De'" 3) claration du clergé de France de Van 1682.
» Où les quatre propositions sont expliquées dans toute » leur étendue , avec les preuves particulières de chacune de » ces propositions , et l'exposé des principes et des maximes V fondamentales des libertés de VEglise gallicane. »
Puisque Louis XIY laissoit imprimer un ouvrage qui avoit pour objet direct l'enseignement public des quatre propositions, comment se seroit-il refusé à laisser paroître un ouvrage entrepris par ses orJres , qui n'avoit même plus pour objet la défense textuelle des quatre articles, qui se bornoit à en mettre la doctrine à Tabri de toute censure, et à montrer sa parfaite conformité avec les anciens sentimens de l'école de Paris.
Il nous reste à faire connoître comment l'ouvrage de Bossuet est enfin devenu public.
Bossuet avoit permis au cardinal de Noailles et à l'abbé Fleury, de prendre une copie de cet ouvrage, tel qu'il l'avoit 'd'abord composé entre i683 et i685. Airtsi il faut que ces copies aient été prises dans l'intervalle de i685à 1696, époque à laquelle Bossuet changea le titre de Touvrage , lui donna une nouvelle forme, et y fit toutes les additions et toutes les corrections dont noiis avons rendu compte.
(0 '^ojez sa lettre au cardinal de la Trcmoille , liv. VI ; p. 177. ('.) Ce Uaité étoit de l'atbt- Dupin.
A la mort de l'abbé Fleury (en 1723 ) , l'ancien évêqtie de Fréjus , alors précepteur du Roi, et depuis premier ministre sous le titre de cardinal de Fleury, se fit remettre , apparemment en vertu d'ordres supérieurs , la copie de l'ouvrage de Bossuet qui avoit appartenu à l'abbé Fleury. Il paroit qu'il le garda près d'un an , et qu'il le communiqua au cardinal de Rohan en 1724; l'ancien évéque de Fréjus fit déposer cette copie à la bibliothèque du Roi ; c'est ce qui est constaté par une note de l'abbé Targny, un des gardes de la bibliothèque du Roi. Cette note , jointe au manuscrit de l'ouvrage de Bossuet, et signée du docteur Targny, est ainsi conçue ;
« Monseigneur l'ancien évéque de Fréjus , précepteur du 3) Roi, et ministre d'Etat, m'a remis entre les mains à Veri) sailles, le 10 du mois de mars 1724, l'ouvrage latin ma- » nuscrit de feu Ms»' Jacques-Bénigne Bossuet, évéque de )> Meaux, consistant en deux volumes in-folio, et intitulé : » Defensio Declarationis Cleri Gallican i de ecclesiaslica )) potestate , 19 marlii aiin. 1682, pour être conservé dans M la bibliothèque du Roi, et pour être inséré aux registres « et catalogues de cette même bibhothèque, sous cette coni) dition, et avec ordre de ne laisser prendre aucune copie ); de cet ouvrage, et qu'on ne le communique à personne » pour le transcrire K^). »
V intitule de cette copie de l'ouvrage de Bossuet, indique qu'elle étoit antérieure à la révision qu'il en fit en 1696, à la nouvelle dénomination qu il lui donna sous le titre de
(i) Nous avons voulu connoître nous-mêmes à la LibliotLèque royale ce manuscrit; il est inscrit sous le n° 4'38.
Il est composé de deux volumes in-folio , petit format relié; le i" volume a 708 pages , et le 2^ 824 ; total i53s pages.
Le i*"" tome a pour titre : Defensio Declarationis Cleri Gallicani de ecclesiasticû potesiale. 19 mai tii 1682. Tomus primus conlinens octo primas
librus
Veiitatem lantum et paccm dili'^ite. ZAch.
Auctore Jacoho-Beni^no Bossuet, episcopo Meldensi, qui describendi copiant fecit Claudio Fleury, preshytcro Patisieiisi.
Ces deux dernières lignes sont e'crites de la main de l'abbé Fleury.
Vinlitulé du ■>." volume est le même que celui du premier, à l'exception que l'abbê Fleury s'est borné à écrire de sa maiu les mots suivaas : Auctore Jacobo-Benij^nQ Bossuet, epiicopo Meldemi.
Gallia orthodoxa , et aux additions et corrections qui fureui la suite de ces révisions successives.
D'ailleurs on n'y trouve ni la Dissertatio prœvia, ni la réfutation du cardinal d Aguirre, de Sfondrate , de Thyrsus Gonzalez, ni de plusieurs autres écrivains dont les ouvrage*» ne parurent que dans l'intervalle de i685 à 1696.
A la ^u'te de cette première note de Tabbé Targny, que nous venons de rapporter, ou en trouve une seconde de la même main, écrite quatre ans et demi après la première, et qui porte ce qui suit :
« Le mercredi i5 décembre 1728, j'allai rendre mes dew voii's, et présenter mes respects à M, le chancelier d'Ai> guesseau, en son hôtel de la place de Louis-le-Grand.
j> Après que je l'eus assuré de mon profond respect, je » lui dis que j'étois chargé de la part de M. le cardinal de « Fleury et de M. le cardinal de Rohan , de demander à sa w Grandeur la communication de la copie de l'ouvrage de « feu M. Bossuet , sur les quatre articles dressés en 1682 par y le clei'gé de France assemblé à Paris ^ que cétoit pour i> rectifier la copie manuscrite que nous avions de cette ); même dissertation latine à la bibliothèque , lacjuelle copie^, M quoique bien écrite , étoit très-fautive. Je lui es^pliquai en « même temps que M. le cardinal de Fleury m avoit mià « entre les mains cet exemplaire trouvé chez feu M. l'abbé w Fleury, confessem* du Roi.
» Sur cela , M. le chanceher d'Aguesseau me dit qu'il n'a- » voit point de copie de cet ouvrage^ que véritablement i"! » Favoit lu dans l'exemplaire de feu M. l'abbé Fleury, et i> que je trouverois de petits points qu'il avoit mis en certains V endroits dignes de remarque.
w II m'ajouta que cet exemplaire lui avoit été légu^ par M feu M. l'abbé Fleury en son testament 5 qu'étant à Fresnes » au temps de la mort de cet abbé, il n' avoit pas cru devoir jj réclamer ce legs.
)) Mais ce que m'apprit ensuite ce grand magistrat est M tout-a-fait digne d'attention j il me dit donc que l'ouvrage » en question avoit été ret^u par feu M. Bossuet; qu'il y i> avait f eût teaucoiip de changemens , qu'il y avoit mis une a fin par laquelle il adressoit cette dissertation au roi
33o riÈCKS JUSTIFICATIVES
j) Louis XI\, à qui il en avoit présenté un exemplaire ma- V nuscrit, en offrant de la publier, quand il le jugeroil à }) propos.
w M. Bossuet lut en même temps la fin de soc ouvrage , « c'est-à-dire, l'endroit où il l'adressoit au Roi, et il le lut » en français. M. d'Aguesseau dit que Sa Majesté en fut at-* « tendrie à ini point qu'elle en jeta des larmes.
)) L'exemplaire présenté au Roi, passa après sa mort entre y les mains de M. le duc d'Orléans , régent; et M. d'Agues- » seau croit qu'après la mort de M. le duc d'Orléans, M. Le yj Duc, premier ministre, se saisit de l'ouvrage.
» Leca'rdinal Dubois l'avoit eu aussi; mais ce magistrat » ne croit pas qu'il soit demeuré entre ses mains; ce qu'd » y a de certain , c'est que l'original de ce même ouvrage w corrigé subsiste manuscrit entre celles de M, Bossuet, ne- » veu du défunt et évêque de Troyes. C'est à cet exemplaire » changé, corrigé, et augmenté d'une fin et d'une espèce j> de dédicace au Roi, qu'il faut s'arrêter, le peu.de copies » qu'il y a de cet ouvrage avant les corrections étant imw parfaites.
w II faut communiquer tout ce détail à M. le cardinal Ae » Fleury, et même à M. le cardinal de Rohan. Par leur i> moyen, on pourra parvenir à la découverte de l'exem- 3) plaire présenté au roi Louis XIV ; car il est difîicile de se » promettre que M. l'évêque de Troyes veuille se laisser » persuader de communi(juer son original.
» Quoi qu'il en soit, il est à propos de savoir de M. le » cardinal de Bissy, qui a cité plus d'une fois l'ouvrage en )) question , de quel endroit il avoit eu l'exemplaire manus- » crit dont il s'est servi.
M II faut aussi voir M. LuUier , bibliothécaire de M. Le 3) Duc à riiôtel de Condé; peut-être aura-t-il quelque con- » noissance de cet ouvrage.
)> Il faut encore avoir recours à M. Tabbé Le Roy, qui 5) étoit très-attaché à feu M. l'abbé Fleury. On pourra tirer 3> de ces endroits des lumières pour la découverte de l'cxcmw plaire présenté au Roi, et qu'il seroit très-important de j) recouvrer.
M Je ne dois pas oublier que M. le chancelier me dit qu'il
DU LIVRE Slwkv.T.. 33 I
M craignoil que si T\I. Bossuet, évoque ck* Tioyes, avoil com- » muniqué cet ouvrage, il pourroit tout crim coup paroître V imprimé en Hollande, ce qui sercil fâcheux, j)
M. le chancelier d'Aguesseau avoit été mal intorrac sur quelques circonstances rapportées dans cette note de labbé Targny ; et on eut peu de temps après la véritable version de tous les faits relatifs à cet ouvrage de Bossuet.
L'abbé Bossuet, son neveu, alors évêque de Troyes, publia en 1729 une Instruction pastorale contre la légende de Grégoire ^ II, insérée depuis peu dans le Bréviaire romain; et il ht entrer dans cette Instruction pastorale un précis assez étendu de la première partie de Touvrage de son oncle , celle qui concerne Vitiàépendance de la puissance ternportlle ,■ il rapportoit en même temps tout ce qui s'étoit passé sous Louis XIV relativement à cet ouvrage.
Comme il a rapporté les mêmes faits dans une lettre qu'il écrivit peu de temps après au chancelier d'Aguesseau, et dont nous avons la minute originale sous les veux , nous croyons devoir transcrire cette lettre qui renferme quelques détails assez intéressans.
« ('') Monseigneur, je reçois la lettre que vous me faites » l'honneur de m'écrire du 2 de ce naois. J5 crois ne devoir j> pas différer d'un moment à vous instruire de quelques faits » importans, dont û me paroît nécessaire que vous n'igno- » riez pas la vérité.
)) // est certain que feu M. de Meaux n'a jamais re~ }) mis entre les mains du feu Roi Vouvrage en question, M quoiqu'il Veut compose' par ses ordres exprès , et toujours » dans le dessein de le rendre public ; à quoi cet évêque -» avoit employé plusieurs années d'un temps qui lui étoit si » précieux et à TEglise.
» Que ce n'a été qu'après sa mort que je crus faire plai- )i sir au Roi de le faire souvenir du travail immense que )) cet évêque avoit fait pour le service de l'Eglise et de i) l'Etat par ses ordres , et de lui offrir un exemplaire de. » cet ouvrage,
» Le Roi me dit plusieurs fois qu'il vouloit qu'il restât 3) tout entier, et toujours eu mes mains , comme un ouvrage
(«) Maouscrits,
î» qui devoit m'cLre plus cher et plus précieux qu'à tout
n autre, et que j'avois le plus d'intérêt de conserver.
i> Enfin , que ce ne fut qu''à mes pressantes instances et w très-humbles supplications que le Roi consentit, six ari' » nées après , à le recevoir en ses mains 5 qu'il me voulut » bien assurer qu'il le conserveroit précieusement , sans le » remettre en celles de qui que ce fût , jusqu'à ce qu'on le » rendit public, ce qui e'Loit, Jisoit-il, son dessein tôt ou ■» tard , et sur quoi il eut la bonté de m'ajoviter, comme je w crois avoir eu Ihonneur de vous le marquer, qu'on ne le M feroit pas paroi tre sans me consulter.
M Le Moi me fit l'honneur de nie tenir deux heures près » de sa personne , ne pouvant se lasser de m' entendre par- » 1er, et de me parler lui-même de ce t^rand homme. Il voulut » même que je lui rapportasse une autre fois quelques en- « droits de cet ouvrage , que je lui avois indiqués, traduits » en i'rançais (ce que je fis cinq ou six jours après) entre w autres la fin, ou feu M. de Meaux ouvre si pathétiquement « et si paternellement son cœiu* sur la véritable grandeur de » l'Eglise romaine, et sur le préjudice que faisoient au chris- » tianisrae les prétentions chimériques des papes sur les ■» princes et sur l'Eglise universelle , et le tort irréparable » que ces opinions odieuses et outrées faisoient à la religion i) dans l'esprit des hérétiques et des Catholiques mêmes, et ;> combien il étoit nécessaire pour l'honneur de l'Eglise et y) du saint Siège, de faire éclater la vérité de l'ancienne >) doctrine de toute TEglise , obscurcie par les flatteurs de j> la Cour de Piome. Le Roi m\i fait l'honneur de m'en pari> 1er depuis, dans les mêmes termes et dans le même esprit.
i< Je mis donc les cinq ou six volumes de cet ouvrage dans » une cassette où je les avois apportés , qui ont été trouvés » dans le même état que je les avois donnés à la mort de ce 3) grand prince. Cet ouvrage a passé depuis dans les mains V de M. le Régent, de M. Le Duc, et est, je pense à présent, » dans la bibliothèque du Roi (0.
w Vous tirerez, Monseigneur, mieux que je ne pourrois
(i) Il se trompoit; il n'existoit à la bibliotlièque du Roi que la copie manuscrite du premier travail de Bossuet, qui avoit appartenu à l'atbé Fleury, comme uous l'avons dit,
« jamais faire, les conséquences naturelles de tout ce que j'ai i) i'iionneur de vous rapporter, comme étant la pure et sin- » cère vérité.
» Ainsi, je ne pourrois m'empêcher de regarder comme w un malheur, et comme une chose peu honorable à la méw moire de M. de Meaux , je pourrois ajouter à la France » même, que cet ouvrage devînt jamais public autrement il que revêtu du sceau de l'autorité royale : sans quoi nonî) seulement on doit craindre qu'il ne fut plein d'une infi- » nité de fautes, mais encore quil ne parût pas être véritaw blement l'ouvrage de cet illustre évêque; ce qui lui ôteroit M la grande autorité qu'il est si nécessaire qu'U ait pour être « vraiment utile à l'Eglise et à l'Etat. »
Un article du Journal de l'abbé Ledieu ^"■) , sous la date du 24 octobre 1708, confirme la plus grande partie des détails rapportés dans la lettre de Tévêque de Troyes au chancelier d'Aguesseau, et y ajoute quelques circonstances.
« Cette après -dinée, l'abbé Bossuet ayant corrigé son » épreuve de la Politique , en a pris occasion de me parler » des autres ouvrages de feu M. de Meaux, et en particulier » de celui sur la Puissance ecclésiastique. Il me dit qu'il y a » huit mois, c'étoit au mois de mars dernier ( 1708 ) , lorsqu'il it fit présent au Roi du discours italien prononcé et imprimé j» à Rome , il avoit parlé au Roi de cet ouvrage , à l'occasion » de celui de M. Dupin, publie' sous le même titre par ordre » de M. le chancelier (de Pontchartrain ) (*); qu'on avoit iJ parlé d'imprimer celui de feu M. de Meaux; que lui, abbé a Bossuet, avoit repre'senté au Roi qu'il n'étoit point à propos » de le faire en ce temps-ci^ qu'il yai'oitbien d'autres ouvrages n de feu M. de Meaux à imprimer^ quilles fallait donner » au public auparavant, afin qu'ils méritassent Vapprobation » de tout le monde, et de Rome même , au lieu qu'en com- #> mençant par un ouvrage odieux, on révolterait Rome et tous » ses partisans j et peut-être attireroit-on ses censures, quoique » injustes^ ce qui rendrait au moins les ouvrages de M. de
{a) Manuscrits.
(i) C'est celai qui avoit paru quelques mois auparavant en 1707, et èont le Supplément du Journal des Savons , du der&ier février '708, avoit donué k titre , ainsi que nyus l'avons dit.
334 PIECES JUSTIFICATIVF^ 5> 3Teaux suspects, et en ferait perdre le profit à l'Eglise a même j que le Roi auoit approuvé ses raisons , et en étoit <ie- » meure convaincu (^)
» J'ai (l'abbé Ledieu) appris d'ailleurs qu'à cette même 3> époque (au mois de mars 1708) M. de Pontchartrain, chan- » celier de France , avoit demandé à l'abbé Bossuet l'ouvrage M de feu M. de Meaux sur la Puissance ecclésiastique , et que » cet abbé avoit obtenu une audience du lloi à ce sujet , dans M laquelle il lui avoit fait entendre qu'il ne pouvoit point » abandonner un ouvrage de cette nature à la di;5crétion de » personne, n'étant point à propos pour les raisons qu'on a « vues, ni de l'imprimer, ni de le faire courir, et qu'il ofFroit 1) d'en aller faire la lecture lui-même à M. le chancelier, quand » il le souhaiteroitj ce que le Roi, dit-on, avoit approuvé.
3> (") Au mois de décembre 1709 , j'ai vu à Paris M. l'abbé 3) Bignon , qui m'a confirmé tout ce procédé de l'abbé Bos- )) suet, tant envers le Roi qu'envers M. le chancelier Pontj> chartrain, au sujet de l'ouvrage de feu M. de Meaux sur la i> Puissance ecclésiastique. »
L'abbé Bossuet, en présentant à Louis XIV un exemplaire de la Défense des quatre articles, ne lui remit point la Dis' sertation préliminaire [Dissertatio prœvia) , qui existe encore sous nos yeux, entièrement écrite de sa main , et qui forme ^ pour ainsi dire, le dernier état dans lequel Bossuet avoit voulu laisser ce grand ouvrage. Le manuscrit original de la Dissertatio prcevia, étoit certainement entre les mains de i'abbé Bossuet, comme pous l'apprend l'abbé Ledieu.
Quelques personnes ont pensé qu'un passage remarquable (\q cette Dissertation dans le chapitre lxxviii, sur l'obéissance due aux institutions dogmatiques du saint Siège, lors^ qu'elles ont été acceptées par toute F Eglise, pourroit servir à expliquer le silence de l'abbé Bossnet sur cette Dissertation.
Yoici les propres paroles de Bossuet , tirées de ce chapin tre j elles ont du blesser ceux qu'on appelle Ja«5em.sïe5,- elles surprendront peut-être ceux qui ne le sont pas :
{a\ Jonrual manuscrit à.e l'abbé Ledieu.
(i) C'est ce qui explique comment la Défense de la Déclaration dit clergé ne se trouve pas comprise au nombre des ouvrages posthumes de Bùssuet que l'abbé Bossuel l'ut autorise à fairç iminimer ffar privilégâ du S.ai du 24. mars j^oS.
DLLIVRE SIXItME. 535
<r Dans gucl paj s , ou dans quelle partie de Vunwers la y» bulle d' Innocent X. , et les autres constitutions des papes i> contre le jansénisme ont-elles été rerues awec plus de res" » pi et, ou exécutées avec plus de rigueur? Il est de notoriété n publique que les partisans soit secrets , soit déclarés de Jan- » sénius, n'ont pas la hardiesse de dire le moindre mot. En w ^'«m ils interjette roient cent appels au futur concile œcumé* n nique , on n'y auroit aucun égard , parce que la constitution. î> qui les condamne étant une fois publiée et accepte'e paj' toutes a les Eglises , est désormais un jugement irréfragable que la » souverain Pontife a droit d'exécuter avec une autorité sou~ i> veraine,ou par lui-même, ou par le ministère des évèques. »
L'abbé Bossuet, devenu évèque de Troyes, en insérant dans son Instruction pastorale de 1729, un fragment assez étendu de Fouvrage de son oncle sur la Puissance ecclésiastique , et en apprenant au public qu'il avoit ce précieux dépôt entre les mains, réveilla l'intérêt général, et excita le désir le plus vit' de jouir d'un travail si important par son objet et par le nom de son auteui'.
Mais se refusant toujours à laisser imprimer le manuscrit de son oncle sans qu'il fût revêtu du sceau de Tautorité royale , on eut recours à un exemplaire qui avoit appartenu au cardinal de Noailles, et qu'il tenoit probablement de la confiance de Bossuet. Il paroàt qu'on en avoit tiré précipitamment une copie sans sa participation^ qu'on avoit été obligé de se servir de plusieurs mains pour cette transcription , et qu'on ne s'étoit pas même donné le temps de collationner la copie avec l'exemplaire, dont on n" avoit pu disposer que pour quelques jours ^S").
Ce fut sur cette copie si inexacte et si imparfaite , qu'on se bâta de faire imprimer à Luxembourg en 1730, la première édition qui ait paru de la Défense de la Déclaration du clergé de France. Cette édition oôroit un grand nombre <îe fautes. D'ailleurs, l'exemplaire du cardinal de Noailles , ainsi que celui de l'abbé Fleury, n'étoit que le résultat du premier travail de Bossuet en 1684 et i685f il étoit par conséquent antérieur à la révision générale et aux additions et aux corrections que cet ouvrage avoit subies, ainsi qu'à la
(a) Notet manuscrites de l'abbé Ledieu.
nouvelle forme que Bossuet lui avoit dounée dans les dev= nier es années de sa vie. Ou n'y trouvoit point la Dissertation préliminaire.
Ce fut dans ces circonstances que l'évêque de Troyes crut devoir publier enfin l'ouvrage de son oncle, tel quil l'avoit laissé à sa mort , et tel que nous en ayons les manuscrits originaux sous les yeux.
Il crut même devoir en faire imprimer une traductioa française, et il en confia le soin à M. I^e Roi, ancien Oratorien, ecclésiastique instruit, et familiarisé avec ces matières difficiles et délicates. La version latine et la traduction française parurent en même temps sous la date de 1745, et sous la rubrique d'Amsterdam.
C'est dans cette éditian qu'on publia pour la première fois la Dissertation préliminaire.
L'éditeur eut en même temps la sage idée de joindre à cette édition , sous le titre ^Appendix, la préface et les trois premiers livres du premier travail de Bossuet en i685, et que l'auteur avoit ensuite refondus dans sa Dissertation préliminaire.
Malgré tous nos soins et toutes nos recherches, nous avions entièrement perdu l'espérance de recouvrer le manuscrit original de la Défense des quatre articles remis à Louis XIV par l'abbé Bossuet. Tout portoit à croire avec M. le chancelier d' Aguesseau , qu'après la mort de M. le Régent , ce manuscrit étoit passé entre les mains de M. LtE Duc : et ce n'étoit pas sans raison que ce magistrat avoit invité l'abbé Targny à diriger toutes ses recherches vers la bibliothèque de Condé. Mais soit que l'on eut négligé de suivre l'avis du chancelier d' Aguesseau , soit que les dépositaires des manuscrits de Condé eussent toujours évité d'en donner communication , on ignoroit absolument ce qu'il étoit devenu : et aucun bibliographe n'avoit pu nous éclairer sur le sort de ce manuscrit.
Mais nous venons tout-à-coup (en 1812) d'être instruits par M. l'abbé Hemey d'Auberive, qu'indépendamment du manuscrit de la défense des quatre articles qui avoit appartenu à l'abbé Fleury , il existoit actuellement à la bibliothè^ n[ue du Roi deux autres /nanuscrits du ruême ouvrage , pro-
venant du dépôt de lliutL-l de Coudé, et que la révolution avoit fait passer à la bibliothèque du Roi.
M. Delaporte duThcil, l'un des conservateurs des /«âf/zi^^crits , a bien voidu nous permettre d'en prendre connoissance. Ce n'est pas la seule occasion où nous avons éprouvé de la part de ce savant helléniste, aussi recommandable par ses \ ertus que par sa rare érudition , l'empressement le plus obligeant à faire jouir tous les amis des lettres des trésors dont le dépôt lui est confié.
De ces deux viaiiuscrits qui avoient appartenu à l'hôtel de Condé, l'un n'est que la copie de l'autre, et ne mérite pas en conséquence de nous occuper.
Mais quelle a été notre surprise et notre satisfaction de retrouver dans le manuscrit de la Défense des quatre articles ^ en SLX volumes m-4^, reliés aiis armes de la maison de Condé, ce même manuscrit que l'abbé Bossuet avoit remis à Louis XIV, qui avoit été l'objet de tant de recherches, et qui sembloit avoir échappé pour toujours à la curiosité de tous les bibliographes.
A la tète de ce manuscrit se trouve une note écrite de la main de l'abbé Bossuet lui-même, et qui précède un mémoire détaché qu'il présenta à Louis XIY , en lui remettant le manuscrit de son oncle.
Ce mémoire détaché n' est point de la main de l'abbé Bossuet; mais il est évidemment de lui, par son entière conformité avec tous les faits qu'il a exposés dans sa lettre au chancelier d'Aguesseau, dont nous avons la minute originale.
JYote de la main de V abbé Bossuet.
« Cet ouvrage en six volumes a été composé par feu j> M. Bossuet, évêque de Meaux, qui a ordonné en mourant a à l'abbé Bossuet, son neveu, de ne le remettre qu'entre » les mains sacrées du Roi , par Tordre de qui il avoit été i) composé.
» L'abbé Bossuet sera toujours prêt , quand Sa Majesté )> trouvera à propos de le rendre pidslic , à faire tout ce qui » pourra dépendre de lui, soit pour donner la preuve cer- )> taine que l'ouvrage est de feu son oncle, soit pour la cor-. V rectionetla révisiou du TZia/iM^crt'f, sur lequel ilpeut donner; Bossuet. ii. i5
» plusieurs instructions qui seront importantes à la perfec- }> tien de Touvrage. »
Copie du mémoire joint à la note précédenLe , que Vabhë Bossuet présenta à Louis XIV, en lui remeltanL une copie manuscrite de la Défense des quatre articles du clergé de France, en 1^08.
u La bonté que le Roi a de Touloir bien recevoir comme 3) en dépôt en ses augustes mains, Touvrage que feu j) M. l'évéque de Meaux a composé par son ordre pour la 3) Défense de la Déclaration du clergé de France de 1682, 3) est la plus grande marque d'honneur que Sa Majesté 3) puisse donner à la mémoire de cet évêque, et la plus grande 3) grâce qu'elle puisse accorder à Tabbé Bossuet, son ne- 3) veu , qui n auroit jamais osé Tespérer , ni peut-être la de- 3) mander.
)> Par cette sage précaution , Sa Majeslïé prévient tous les 3) inconvéniens qui pourroient se trouver à en user d'une 3) autre manière 5 et celte précaution est d'autant plus juste, 3) qu'elle se trouve la plus conforme à l'esprit et aux inten- 3) tions de cet évêque.
» Sa Majesté permettra à l'abbé Bossuet de lui rapporter 3) fidèlement les dernières volontés de feu son oncle sur a cet article , comme étant celui à qui seul elles furent 3; confiées.
» Cet évêque sentant approcher la fin de sa vie, remit 3) lui-même l'original de cet ouvrage entre les mains de son 3) neveu, lui ordonnant expressément de le bien conser^'er , et 3) de ne le remettre jamais entre les mains de personne qu'en 3j celles propres de Sa Majesté, quand elle le troui^eroit à 3> propos , ou que par des raisons d'JEtat, elle fût résolue à le 3) rendre public,- ce que le Roi n'ayant pas voulu permettre 3) jusqu'au moment qu'il parloit, pour des raisons très-im~ 3) portantes par rapport à la situation des affaires , et pour )) ne pas re\^eiller des querelles comme éteintes ai^ec la Cour 3) de RoTue, Une doutoit pas que les mêmes raisons, subsisi) tant toujours dans toute leur force , ?ie fissent avec justice }) persister Sa 3Iajesté dans les mentes résolutions.
}) L'abbé Bossuet se sent obligé de dire ici que ce sage éyé-
DU Livr.r: sixième. 33g
» que, louché uniquement de la gloire du Pioi et du bien de M l'Etat, et de la crainte de voir altérer la paix des Eglises, » répéta alors plusieurs fois qu'il ne devait y (wtnr qu'une M utilité' évidente , en un mot, quune nécessité absolue qut }) dût obliger Sa Majesté à consentir qu'on jniblidt un ou- » vrage de cette nature.
i> Il ordonna même à son neveu, q^iand Toccasion sVn i) présenteroit , de supplier encore Sa Majesté très-hunihle- « ment de 7'ouloir bien joindre à toutes les considérations » importantes qui pourroient la détourner de rendre pullic 5j cet ouvrage , celle de ménager , autant qu'il se pourrait , le fi peu de réputation qu'il s'étoit acquis par ses travaux , qui w pouvaient dans la suite rendre sa mémoire en quelque façon 5) précieuse à l'Eglise. Car encore, ajoutoit-il, que dans cet ^> ouvrage il soutint la banne cause ^ qu'il Veut composé sous i> les yeux de Dieu, prêt à en aller rendre compte à son souve- » rain tribunal, et que dans le fond il fût écrit avec tout le i) ménagement , toute la modération possible, et avec tout le n respect imaginable pour le saint Siège , et pour la personne i) des papes en particulier , il y avait lieu de craindre que la 3) Cour de Rome n' accablât ce livre de toutes sortes d'ana- )> thèmes^ que Rome aurait bientôt oublié tous ses services » passés, et tous les travaux qu'il avait entrepris peiidant sa i> vie pour le bien de l'Eglise et le soutien de la i^éritéj que » sa mémoire ne manquerait pas d'être attaquée et flétrie , )> autant qu'elle le pourrait être du côté de Rome ,■ r/iais que 51 sur cela il fallait, conVmiioïl-il , s'abandonner entièrement j> à la Providence et à la volonté du Roi , dont la pénétration 3> égalait la sagesse et la piété , et qui , par la supériorité de 3j son génie et par son expérience consommée dans l'art de 3) régner, saurait bien choisir les temps les plus convenables i) aux intérêts de l'Eglise et de son Etat , et modérer, quand w il faudrait, le zèle quelquefois trop ardent de ses ministres.
)> C'a été surtout par ces considérations qui ont déjà été w représentées à Sa Majesté, et approuvées par elle, qu'après >j la mort de M, de Meaux , elle donna ordre à M. le cliau- :>■> celier de laisser cet ouvrage entre les mains de l'abbé Bosy> suet, pour le garder soigneusement ^ et le présenter toutes » les lois que Sa Majesté le lui ordouneroit.
)) Il a exécuté pouctueUement, comme il le devoit, la vo-
V lonté de Sa Majesté j il a tenu ce livre enfermé dans une w cassette , ayant cependant pris toutes les siiretés possibles , w afin qu'il fût remis, en cas de mort, entre les mains de Sa » Majesté par son frère, qui en étoit averti.
» Il n'avoit donc garde de consentir au premier ordre que •» M. le chancelier lui lit donner par M, Tabbé Bignon, de 3) joindre dans un privilège qui alloit être publié , le titre de •> cet ouvra;;e aux autres ouvrages de cet évéque, qu'on va » imprimer les uns après les autres, parce que ç'auroit été, >) en annonçant cet ouvrage à toute la terre, aller formelle- )) ment contre les intentions connues de Sa Majesté, et » anéantir, pour ainsi dire, ses ordres précis; et les sages i) précautions qu'elle avoit prises sur cela , pour en empêcher )) la publication.
M C'a été encore par les mêmes motifs que l'abbé Bossuet 5) n'a pas cru devoir céder aux instances très-pressantes et
V réitérées qu'il lui a faites à lui-même depuis quelque temps, 3> de remettre cet ouvrage entre ses mains, sans jamais lui
V avoir parlé de le remettre entre les mains de Sa Mai) jesté , qui étoit tout ce que l'abbé Bossuet souhaitoit }> le plus.
» M. le chancelier a été très-long-temps sans vouloir 5> parler de cette affaire à Sa Majesté, espérant venir à » bout de l'abbé Bossuet par le refus qu'il lui fit en même j) temps de lui rendre le privilège des autres ouvrages de î) son oncle, jusqu'à ce que cet ouvrage eût été remis entre )} ses mains, quoique le privilège fût expédié depuis long- )) temps.
w Mais l'abbé Bossuet se sentoit d'autant plus obligé de 3j persister dans son juste refus, qu'il n'y avoit pas lieu de » douter, et que M. le chancelier lui faisoit assez entendre j) qu'il ne demandoit cet ouvrage que dans le dessein de le y remettre e^ d'autres mains que les siennes ; ce qui parois- 3j soit sujet à de trop grands inconvéniens , et trop opposé 3j aux dernières volontés de M. de Meaux et aux vues de Sa « Majesté , pour y pouvoir consentir.
» Et c'est enfin ce qui l'a déterminé , après avoir tenté i) toutes sortes de moyens auprès de M. le chancelier^
» et après avoir vu ses plus justes remontrances inutiles, de « l'assurer que le dépôt que son oncle lui avoit confié , ne » sortiroit jamais de ses mains que pour le remettre entre les M mains sûres et sacrées de Sa Majesté, ou suivant ses or- >> dresj et qu'il seroit même obligé de porter ses justes M plaintes devant elle, du refus qu'on continuoit à lui » faire de lui rendre le privilège des autres ouvrages de y cet évèque, qui étoit scellé, il y avoit plus de deux mois , i) et qui avoit été tiré par surprise d'entre ses mains.
» Sa Majesté enfin, instruite de tout, a fait donner ses )> ordres pleins de sagesse et de bonté à Tabbé Eossuet, qui » se fait un honneur et une joie de les exécuter.
w II n"a donc plus à présent que de très-humbles et trés- » respectueuses actions de grâces à rendre à Sa Majesté, de )) l'extrême bonté avec laquelle elle veut bien entrer dans » tout ce qui est capaJ)le de ménager la réputation d'un évt- « que , qui peut être de quelque autorité dans l'Eglise contre w les hérétiques qu'il a combattus ^ aussi bien que de Thouy neur qu'elle fait à sa mémoire de juger Touvrage qu il a i> entrepris par ses ordres, assez important à 1 Eglise et à y l'Etat pour vouloir bien le recevoir en dépôt dans ses V royales mains.
y Uabbé Bossuet croit encore qu'il est du devoir d"un su-
)) jet aussi attaché que lui à la personne sacrée de Sa Ma-
>; jesté, et la doctrine de l'Eglise de France, d oôVir à Sa
y Majesté, quand elle jugera à propos de rendre ce livre
y public, tout ce qui peut jamais dépendre de lui et de son
y ministère, soit pour la correction et révision de l'ouvrage
y de son oncle, soit pour l'éclaircissement des difficultés
y qui peuvent se rencontrer dans un travail d'une si vaste
y étendue, et qui demande une recherche aussi exacte de
y toute l'antiquité ecclésiastique. Car, outre que l'abbé
y Bossuet a fait une étude particuUère de cet ouvrage du
y vivant de son oncle et après sa mort, c'est qu'il l'a con-
y suite lui-même plusieurs fois sur les difiicultcs qui peu-
'> vent s'y rencontrer; qu'il a tous les livres sur lesquels
y M. de Meaux a travaillé, et toutes les citations marquées
y aussi bien que plusieurs excellens mémoires et remarques
» qui seront d'une grande utilité pour la perfection de l'ou-
' i *- PIECES JUSTIFICATIVLS
» vra^e. Ainsi, quoiqu'on puisse très-aisémeut trouver bien » àes personnes pliis savantes et plus éclairées que lui, il » croit n'èlre pas trop liardi de faire remarquer qu il est » peut-être mieux au t'ait de ce livre que beaucoup d'au- >i très, par les raisons ci-dessus expliquées, et par l'intérêt » qu il prendia toujours plus que personne à Touvrage de » son oncle; il ose au moins assurer à Sa Majesté qu'on » n'en trouvera pas de plus affectionné cpie lui à la doc- » trine de l'Eglise de France, ni qui ait le cœur plus fran- » çais.
i> Il prend même la liberté de représenter à Sa Majesté M sur ce sujet, que Touvrage de Toncle n'étant plus entre }> les mains du neveu, et feu M. Tévêque de Meaux ayant }> jugé à propos de cacher son nom dans tout le cours do » l'ouvrage, il semble comme nécessaire pour l'autoriser, » que tout ce qu'on voudra mettre sous son nom paroisse a sorti des ma'ns du neveu, comme avoué par lui, et donné » au public par le même qui aura eu soin de publier tous '» les autres ouvrages de cet auteur; c'est ce que Tabbé Bos- M suet sera toujours prêt de faire toutes les fois que Sa Ma- » jesté témoignera le souhaiter.
» Par ce dé\ouement absolu à la volonté du Roi, fpioi 5) qu'il puisse arriver de cet ouvrage , il aura la consolation » d'avoir rempli le devoir' de sujet fidèle, et entièrement » dévoué, comme il fait sa gloire de l'être à l'Etat et à son » Rci, pour qui il donneroit avec joie sa propre vie. »
La pièce suivante est la traduction de l'espèce de péroraison par laquelle Bossuet termine sa Défense Jes quatre articles. L'abbé Bossuet fit cette traduction pour Louis XH , et la joignit au mémoire que nous venons de transcrire.
« Après avoir mis fin à mon entreprise, il ne me reste ;) plus qu'à dire un mot de moi-même.
» Je commence donc par déclarer, et je prends Dieu à » témoin , que personne tians le fond de son cœur ne res- » pectc plus que moi l'autorité et lu majesté du saint Siège, » et des souverains pontifes : et je suis assm'é que ceux qui n examineront cet ouvrage sans prévention, me feront la » justice d'en être persuadés. Eu effet, je n'ai d'autre desj; stii que de rendre au saint Siège avec un esprit d'équité
M et (le paix, toute rautorité qui lui appartient de droit, M cjue Tantiquité a unanimement reconnue, et qui ne lui » peut être contestée. ToXe en même temps aux ennemis M de TEglise les vains et faux prétextes dont ils se servent » pour rendre cette même autorité odieuse à tous les Chréi) tiens.
» Je propose à tous les Catholiques ce qu'il y a de plus » certain . de plus vrai , de plus conlorme à toute raison , )> afin quils s'arrêtent dans un juste milieu, et qu'ils ne se » montrent point trop outrés de part et d'autre. Je mets à M couvert les théoloijiens , et surtout les évèques de France , » qu'on tâche de rendre suspects du reproche injuste qu'on. » leur fait de vouloir diminuer l'autorité du saint Siège ; et » je démontre, au contraire, par les autorités et les exem- >j pies les plus authentiques de l'antiquité ecclésiastique, que » ces évèques mettent tout en sûreté par leur doctrine. » J'avertis avec respect, et j'exhorte en même temjis TE^liso w de Rome à suivre l'exemple de Pierre marchant sur les >i eaux avec confiance, quoiqu'avec tremblement. Je cache » mon nom qui ne rendroit pas ma cause meilleure , non par « honte ni par crainte (Dieu le sait), prêt à le déclarer » toutes les fois que j'aurai lieu d'espérer un examen légi- )j time et canonique: mais ayant heu de craindre qu'on » n'agisse en cette occasion par un esprit de prévention et » de haine, je me dérobe pour ainsi dire, à la fureur de mes ■') adversaiies , de peur que les traits dont ils s'efforcent de » me percer ne retombent sur eux-mêmes. Enfin, quoi qu'il w arrive, je porte sans crainte et avec confiance cette cause » devant le tribunal de Jésus-Chrisi ; que si le saint Siège , n comme ju^e équitable et non partial, en attendant la dé- » cision de TEglise, impose silence aux deux partis, je pro- » mets d'obéir avec joie.
w Enfin je déclare à toute la terre que je veux vivre et » mourir dans le sein de l'Eglise cathohque , soumis à l'au- » torité de l'Eglise romaine . du saint Siège, et de notre » saint père le pape Innocent XI , à présent régnant. Que. M Dieu nous reçoive dans cette foij que Pierre, qu'Inno- » cent XI reconnoisse en moi la plus humble de ses brebis, )) soupirant pour la paix de l'Eglise, poussant sans cesse jus-
y> qu'au ciel les vœux les plus ardens, afin qu'il daigne ahais- .; ser à ses pieds la hauteur et la folle vanilé du siècle, aussi :>) bien que la puissance barbare et redoutable des Turcs , et y) tout Forgueil de Thérésie et du scliisrae , en quelque lien :.) qu il se puisse cacher. Je linis eu coujuiant ce grand pape, :» de ne pas souffrir que sous son pontificat TEglise romaine -'j rejette des sentimens aussi orthodoxes que ceux que je 5) viens de proposer j et je le dis hardiment, des sentimens V aussi modérés et aussi pacifiques. »
Ce manuscrit de la Défense des quatre articles est recommandable non -seulement parce qu'il a appartenu à Louis XIV, et qu'on le croyoit entièrement perdu ^ mais entore parce qu'il porte en plusieurs endroils des corrections de la main de Bossuet , qui montrent l'attention et rintérêt qu'il mettoit à la révision de ce grand ouvrage.
Mais ce qui rend cet exemplaire encore plus précieux, c'e>t quà la lin de la Table des chapitres, on trouve ce fragment entièrement écrit de la main de Bossuet :
« Anno 1G95, pridie Pascliatis.
» CiiTH Jicec scripta sunt, nondu7fi ad lyianus auctoris vc- 5) nerant ultunum opus Schelestrati de Concilii Constan- 3j tiensis decrctis , nec opus religiosissimi l'iri d'^guirra, :» nujic eminentissimi Cardinalis. Speramiis tamen futurum, » ut qui hœc legerit ampliorem responsionem ad supra dicta j} non desideret, ciini reclusi sint veritatis fontes , unde fa- 5) cilè omnia objecta sol^antur. Cœterîwi , si Deus vitœ spart lia indulserit , plané ejficiemus ut nihil ad Concilioruni 3^ Sedisque apostolicœ auctoritatem constabiliendam require- 3J tur. Quce omnia pacifico animo conscripta conjidimus, ?> Deo teste et arbitra. »
Nous ne cherchons point à nous dissimuler qu'on aura peut-être le droit de nous reprocher d'être entres dans des détails aussi étendus ; mais cet ouvrage de Bossuet est si important dans l'ordre de la religion et de hi poliliquej il nous a paru si nécessaire d'en constater l'authenticité, que nous avons cru devoir nous élever au-dessus de toute autre cousidéralion.
DU i.iVKL Sli.lEME. O4 >
T.e carJéOal Orsi, qui a entrepiLs de le rôfuler, 11c peut
sVmpèclicr lui-raêrae iVeu convenir; et cet aveu involontaire
semble lui ccliapper dans la préface de son traité de liii"
failiih'dité du Pape.
(( J'ai entendu, dit le cardinal Orsi, non-seulement à 3} Rome, mais encore en beaucoup d'autres lieux, un grand » nombre de personnages aussi distingués par leurs vertus w que par leur science et leurs lumières, prétendre, après )> avoir lu cet ouvrage de Bossuet avec toute 1 attention dont » ils ëtoient capables , que les théologiens romains dévoient )j absolument renoncer à soutenir une cause désespérée ; 3) qu'd étoit plus généreux à eux de le déclarer franchement, » d'autant plus qu'ils n'apercevoient rien qu'on pût oppo- » ser, avec quelque apparence de succès, à l'évidence des i) raisons de Bossuet \'^). »
En s' exprimant ainsi, le cardinal Orsi se rappeloit probablement ce qai s'étoit passé à Rome du temps du pape devient XII, au sujet de l'ouvrage de Bossuet. C'est un fait assez remarquable dont le pape Benoit Xlf^noxxs a transmis la connoissance dans une de ses lettres à l'archevêque de Compostelle. Ce savant pape lui écrivoit le 3i juillet 1748 : i'. J^ous dei'ez savoir que depuis peu d'années on a publié w et imprimé un ouvrage , dont le hut ett de soutenir les » propositions établies pa^ le clergé de France dans l assem- ->' blée de 1682. Quoique le nom de l'auteur ne s'y trouve w pas, tout le monde sait bien qu^il a été composé par ^os- ■n SUET, évtque de JMeaux. On examina sérieusement dans v le temps de Cléme>"T XII , notre prédécesseur immédiat , » si on proscriroit cet ouvrage j et il fut coticlu qu'on s'aB- M stiendroit de toute proscription , tant à cause de la mé- » moire de l'auteur, qui avoit si bien mérité de la religion , .) par tant d'autres chefs , que par la juste crainte de faire » naître de nouvelles disputes l^J. w
{{) V. Ipse Romœ et alibi plurss audivi nec malos j nec indoctos , aut « iniperitos , qui Bossuetinno opère pervoluto ^ nec indili§enter , ut eis vi- « debatur, expeiio causant hanc non ultra a Romanis iheologis sastinen- » dam , sed veluti conclamatam et deplorandain dimiitendam esse cett- ), seront, nihil esse quod perspicace verilati obj'îci possit. «
(7.) « ^otunt tibi absijue dubio erit opus . non mnltis abiiinc auras edlr. tt.m . tvpistfue imprçsiuin j cjuod itsi mmitis duci^ri: cr.rcat , omr.es
546 PiÈctS JUSTIFICATIVES DU LIVRE SIXIEME.
On doit remarquer que du temps du pape Clément Xlî , on ne connoissoit encore Touvrage de Bossuet que par l'édition de lySo, imprimée à Luxembourg, édition dans laquelle ne se trouvoit point la Dissertation préliminaire ( Dissertatio prœvia ) , qui explique l'esprit dans lequel Bossuet a conçu son ouvrage , et lixe d'une manière si précise et si satisfaisante l'objet qu'il s'est proposé en le composant. On ne peut qu'applaudir aux sentimens estimables qui arrêtèrent les censeurs de Rome 5 mais il est permis de croire que s'ils furent reténus par les justes égards dus à la mémoire de Bossuet, peut-être aussi se sentirent-ils arrêtés par les autorités si imposantes qu'il avoit appelées à la défense des maximes de l'Eglise gallicane.
j) tnmen probe sciant esse Bossueti , episcopi Meldensîs Totum opus
» versatur in asserendis propositionibus a Clero Gallicano Jirmatis in » conventu anni 1682. Tempore Clementis XII, nostii immediali pr^ • » deccssciis j seiià actum est de opère proscrihendo , et tandem concluj) sum fuit j lit a proscriptione alsiineretur , nedurn ob memoriant aucto- » ris j ex tôt aliis capitibus de religione bene meriiij sed ob jusltiik /}) novorum dissidiorum timorem »
(WTt/t'VW<wwywv%
Proiestans convertis par Bossiiet,
E^TRE les ministres et les Protestans distingués qui eurent recours aux lumières ou aux secours de Bossuet, nous nous bornerons à citer les plus connus et les plus recommandables.
Isaac Papin, né à Blois, étoit passé en Angleterre à l'époque de la révocation de Tédit de Nantes , avoit embrassé la religion anglicane, et y avoit reçu le titre de ministre. Il s'étoit fait un nom dans son parti par ses connoissances , et des en nemis par ses maximes de tolérance. Revenu encore à la religion prétendue réformée, il se trouvoit pourvu de la chaiie des églises françaises à Dantzick. Le fanatisme de Jurieu , adversaire emporté de tous les hommes sages et modérés, l'y poursuivit encore. Le ministre Papin, fatigué de se voir l'objet des persécutions d\xn homme et d'un parti qui se plaignoit d'être opprimé , et qui donnoit l'exemple de l'oppressïon, se trouva naturellement disjjosé à se désabuser dt: toutes ces magnifiques idées de réforme et de morale évangélique que Calvin avoit proclamées avec tant d'ostentatiou et consacrées avec tant de \-iolence.
Lorsque Papin forma le dessein de revenir en France et de se réunir à l'Eglise romaine, il eut recours à Bossuet. Bossuet lui en procura les moyens et reçut son abjuration et celle de sa femme dans Téglise des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré , le 1 5 janvier 1690. Les ouvrages qu'il a publiés, prouvent la sincérité de son retour, et plusieurs de ses lettres, écrites après la mort de Bossuet, attestent sa
reconnoissance pour celui à qui il dut la tranquillité de sa vie après tant d'agitations , et le calme d'une conscience qui avoit flotté d'erreurs en erreurs, pour se reposer enfin dans Je sein de la vérité j Isaac Ptipin mourut le 19 juin 1709, à rage de cinquante-deux ans.
Joseph Saur in , né à Courtaison dans la principauté d'Orange, ministre, fort jeune encore, à Eure en Daupliiné, avoit été obligé de se retirer à Genève. On le nomma pasteur de Berclier , bailliage dYverdun, canton de Berne, où il se maria j il y essuya des persécutions, parce qu'il se refusoit à adopter les dures et décourageantes idées de Calvin sur la prédestination. Il lit un voyage en Hollande \ et ce fut de là qu'il écrivit poxu' la première fois à Bossue t, et lui exprima le désir et le besoin cpi'il avoit de conférer avec lui. Bossuet lui procura la liberté de revenir en France, et les moyens de faire le voyage. Il se chargea de l'instruire lui-même à Germigny. Il voulut d'abord montrer à Bossuet qu'il étoit une conquête digne de lui, en faisant usage de toutes les ressoui'ces que la subtilité de son esprit, son caractère vif et confiant, et des connoissances réelles lui pcrmettoient d'employer. Mais il céda bientut à l'ascendant accoutumé de Bossuet, qui reçut son abjuration le 2 1 septembre 3690. Saurin avoit laissé sa femme en Suisse, pour cacher le véritable motif de son voyage en Hollande. Il eut encore besoin du secours de Bossuet pour aller la chercher. L'éclat de sa conversion lui fit trouver des obstacles. A son retour, il fut arrêté avec sa femme sur la frontière , et ne dut sa liberté qu'au crédit et à la protection de Bossuet, qui fit intervenir l'autorité de Louis XIV, à qui ce prélat voulut le présenter lui-même. Lorsqu'il eut enfin échappé à tant de contradictions , Bossuet garda chez lui Saurin et sa femme, jusqu'à ce qu'il eût obtenu du gouvernement les pensions nécessaires à leur subsi.stance. Les bienfaits de Louis XI'V, et l'intérêt connu de Bossuet lui procurèrent en France une existence honorable et avautageuise 5 et son mérite personnel lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences. Ses démêlés avec J. B. Rousseau l'exposèrent à un ^iolent orage. Mais •YHUt cette époque , il ayoit ambiliomué la gloire d'clre k
DU LIVF.E SEPTILME, 3^9
premier à rendre un hommage public à la mémoire de Bos- &uet5 et dès le 8 septembre j 7^^ , cinq mois seulement après la mort de ce grand homme , Saurin consigna dans le JoW' liai des Savans un éloge funèbre de Bossuet, qui a mérité long-temps d'être placé à la tête t' 's ouvrages de ce prélat. Il mourut à Paris le 29 décembre 1737 , âgé de soixante-dixhuit ans.
On peut placer au nombre des conversions célèbres de Bossuet, celle de Ulric Obrecht. Il étoit né à Strasbourg , le 23 juillet 1646. Outre la langue allemande, qui étoit sa langue maternelle, il possédoit l hébreu, le grec, le latin, le français , l'espagnol et l'italien, il dirigea principalement ses études sur la jiuisprudence et sur Thistoire. Les nombreu.K Ouvrages qu'il a laissés, et dont les Mémoires de Trévoux donnent le catalogue ('), témoignent Tétendue de ses connoissances et de son érudition. Ohrecht étoit né et avoit été élevé dans la religion protestante. Son excellent esprit lui fit bientôt reconnoître que le principe fondamental de cette religion, qui abandonne l'Ecriture sainte à Tinterprétation arbitraire des particidiers , ne serv'oit qu'à multiplier les sectes, ou à conduire à l'indilTérence de toutes les religions. Il trouva dans ses vastes connoissances de l'antiquité, la preuve de tous les dogmes que la religion romaine professe, et que l'Eglise protestante rejette. Il y découvrit également des traces de la plupart des cérémonies, qu'on lui avoit jusqu'alors représentées comme des actes de superstition et d'idolâtrie. Cette antiquité de la doctrine et des usages, réunie à la succession légitime des pasteurs depuis es temps apostobques, détermina sa conviction, avant même qu'il déclarât sa conversion.
Il étoit dans ces dispositions, lorsque Bossuet passa à Strasbourg en 1680, pour se rendre au-devant de M^ie la Dauphine , en quaHté de son premier aumônier. Les entretiens d Obrecht avec ce prélat achevèrent de le fixer.
L'année suivante, 1681 , Louis XH vint à Strasbourg prendre possession de cette superbe acquisition , que le marquis de Louvois venoit récemment de donner à la
(1) lilémeira de Trîvoux , uovem' te et décembre 1701.
35o PIÈCES JUSTIFICATIVES
France par une négociation habilement conduite, et qu il
avoit su appuyer de beaucoup de promesses et d'un peu de
crainte.
Pélisson , qui accompagnoit Louis XIV, et qui désiroit, sur la réputation diOhrechl, de le connoître personnellement, le vit souvent pendant le séjour du Roi à Strasbourg. Il l'entretint sur les controverses de religion. L'exemple même de Pélisson, autrefois zélé protestant, devenu ensuite zélé catholique, étoit propre à faire impression. Cependant Obrecht flottoit encore incertain, indécis, et arrêté par cette sorte de pudeur naturelle qui fait craindre à un homme honnête de paroître changer de religion par légèreté ou par intérêt. Louis XIV avoit laissé des Jésuites à Strasbourg , en quittant cette ville, et ils achevèrent de décider Obrecht à déclarer solennellement la profession des vérités qui avoient déjà obtenu l'assentiment de son esprit. Il vint à Paris en 1684, passa quelque temps à Germigny auprès de Bossuet, et lit son abjuration entre ses mains.
En i685, Louis XIV nomma Obrecht préteur royal à Strasbourg. Il s'étoit introduit dans Téglise protestante d'Alsace un abus cpii avoit les plus graves incon\^niens pour le repos et l'honneur des familles, et qui étoit devenu le principe des débats les plus scandaleux. Les juges étoient en possession de dissoudre les mariages pour cause d'adultère, et de laisser à la partie lésée le droit de passer à de secondes noces. Obrecht essaya d'abord de réprimer cet abus par la voie de l'instruction. Il traduisit en allemand le livre de saint Augustin, des Mariasses adultères, et convainquit de faux les ministres qui autorisoient un sentiment si pernicieux. Enfin , il obtint du Roi une loi qui portoit défense , sous les peines les plus graves , de tolérer à l'avenir , ou de célébrer de pareils mariages.
Lorsque le père Dèz, Jésuite, eut publié son livre de la Héunion des Protestons de Strasbourg à l£glise catlioUque , Obrecht le traduisit en allemand, et cette traduction eut des résultats très-avantageux à la religion.
Les fonctions importantes dont Obrecht étoit chargé en qualité de préteur royal, ne rempêclièrent pas de se livrer à son goût pour l'étude, et de pubUer plusieurs ouvrages
qui exigeoient autant de recherches qu'ils supposoient dVru* dilion. Il sut concilier ces estimables travaux avec des négociations aussi dilliciles que délicates, dont Louis XIY le chargea en différentes circonstances.
Il revenoit de Francfort, où il avoit été envoyé par ce prince, lorsqu'il fut atteint d'une fièvre lente, sous laquelle il succomba le 6 août 1701, après avoir demandé et reçu tous les sacremens de TEgliscIl n'étoit âgé que de cinquantecinq ans ; et lorsqu'on considère le nombre et la nature de ses ouvrages , et la variété des fonctions de tous les genres qui remplirent sa vie , on a peine à concevoir comment il a pu suHire à tant de travaux. Mais la nature Tavoit doué d'une mémoire prodigieuse, et Bossuet le nommoit avec raison epitome omnium scientiarum. Aussi, lorsque ce prélat conçut ie projet d'écrire Yllcstoire des Variations , il eut recours à Obrecht pour se procurer des éclaircissemens exacts sur les faits , les circonstances et les personnages cpii figurèrent à la première époque du luthéranisme, et concoururent à la con^ fession d'Ausbourg. Nos manuscrits nous présentent beaucoup de mémoires fournis par Obrecht à Eossuet,et V Histoire des Variations offre la preuve de Fusage que Bossuet en a fait, et de la confiance qu'il accordoit aux témoignages et aux sentimens di Obrecht. Le bonheur cju'il eut de rendre Bossuet le ministre, le garant et le témoin de son retour à l'Eglise, justifie Fétendue de cette note, et Fhommage que nous avons cru devoir rendre à sa mémoire. Il laissa un fils que Louis XIV nomma son successeur dans la charge de préteur royal de Strasbourg.
LordPerth, de la maison de Drumond, grand chancelier d'Ecosse, se convertit dès la première année du règne de Jacques II. Son exemple eut la plus heureuse influence sur sa femme et sur toute sa famille, qui se convertirent également. Toutes ses lettres nous apprennent que ce furent \ts ouvrages de Bossuet qui préparèrent son retour à 1 Eglise romaine, et surtout le livre de Y Exposition de la doctrine catholique. Il entretint une correspondance suivie avec Bossuet, depuis 1680 jusqu'en 168S C^^ Sa reconnoissance pour
(1) Vojez tom. xxxvii «t isx.-¥in des QEuv. de Bca. éd. de Vers, in-i°.
ce grand évéque étoit si vive, qu'il lui écrivolt : « Je vous » déclare sincèrement que si j'étois maître de moi, .et que si « la place à laquelle la divine Providence nVa attaché, ne i> m'engageoit pas à une résidence nécessaire, facheterois 3) avec joie trois heures de conversation avec vous, en allant w nu-pieds jusqu'à Meaux, et demandant mon pain durant w tout le chemin (2$ juillet 1686). »
Dans une autre de ses lettres, en date du 12 novembre i685, il disoit à Bossuet : «Tous êtes comme un autre saint îj Paul, dont les travaux ne se bornent pas à une seule na- » tion ou à une seule province. Vos ouvrages parlent préw seulement en la plupart des langues de l'Europe, et vos w prosélytes pul^licntvos triomphes en des langues que vous » n'entendez pas. »
A la révolution de 1688, le prince d'Orange, devenu roi d'Angleterre, fit arrêter le chancelier Perth, et il fut enfermé dans les prisons d'Edimloourg. Rien ne put ébranler la foi ni la constance de ce généreux prosélyte. Du fond de sa prison, il écrivoit à Bossuet des lettres qui annonçoient sa pieuse résignation, et l'attente prochaine du martyre auquel il se croyoit destiné, et qu'il sembloit appeler par ses vœux passionnés.
Mais le prince d'Orange étoit parfaitement indifférent sur toutes les controverses religieuses. La politique seule pouvoit lui commander vin crime nécessaire à son ambition, et la vie et la mort du chancelier Perth lui étoient également inutiles. Il lui rendit même la lLl3erté, et lui permit de sortir d'Angleterre.
Ce fut au moment où il avoit été arrêté que la populace pilla sa maison, ses meubles, ses papiers, et brûla sur la place du marché d'Edimbourg, un crucifix, le portrait du roi Jacques II, et celui de Bossuet. C'est ce qu'il écrivit luimême à Bossuet, qui lui répondit: « Plût à Dieu qu'au lieu V de mon portrait j'eusse pu être en personne auprès de )) vous, pour vous encourager dans vos souffrances, pour )) prendre part à la gloire de votre confession, et après avoir 5j prêché à vos compatriotes la vérité de la foi, la confirw mer avec vous, si Dieu m'en jvigeoil digne, par tout moû i) sang (j4 mars 1689). »
DU LIVTE SEPTIEME. 353
En quittant l'Angleterre, le chancelier Perth vint en France. De là il passa à Rome, cVoù il lut rappelé par le roi Jacques II, pour être gouverneur du prince son fils. Ce fut pendant le séjour du chancelier Perth à Rome, que Bossuet crut devoir le prémunir contre Timpression quil pouvoit y recevoir du spectacle des intrigues et des passions, dont nulle Cour ne peut être entièrement exempte. C'est parce que les ennemis de l'Eglise romaine ne manquent jamais de faire servir ces sortes d'abus de texte à leurs cleinelles déclamations, que Bossuet écrivoit au chancelier Perth : « J'ai reçu votre lettre de Rome ; vous êtes dans une » Cour où il y a beaucoup de rehgion dans quelques-ims, » et beaucoup de politique, cp\i pourra vous étonner, dans » les autres. Au milieu des pensées humaines, Fceuvre de )) Dieu s'accomplit, et la foi romaine, révérée dans tous les » siècles, subsiste (9 octobre i6y5). »
Bossuet avoit fait paroitre son Histoire des Variations au moment où la révolution d^4ngletcrre ( 1688) éclata. Cet ouvrage où Bossuet peint avec tant de vérité, et un intérêt si attachant , toutes les variations de l'Eglise anglicane , depuis le règne d'Henri YIII. avoit achevé d'affermir le chancelier Perth dans les principes qui avoient déterminé sa conversion. Lorsqu'il fut établi en France, il entretint les liaisons les plus suivies avec Bossuet, qu'il consultoit habituellement , et qu'il regardoit comme l'interprète le plus fidèle des oracles de l'Eglise. Cette correspondance intime dura jusqu'à la mort de Bossuet en i'-o4. Le chancelier Perth mourut en 17 16.
Jacques-Bénigne W^inslon , si célèbre par ses connoissances anatomiques. 11 étoitné en Danemarck, et il vint à Paris pour se perfectionner dans les sciences. La lecture du livre de \ Exposition et de X Histoire des Variations commença à l'ébranler dans sa croyance^ il se proposoit cependant de retourner dans sa patrie, lorsqu'il témoigna à l'imprimeur Desprez, qui lui avoit prêté ces deux ouvrages, le désir qu'il auroit de conférer avec Bossuet.
Dtsprez lui donna une lettre pour un chanoine de Meaiux de sa connoissance , qui le conduisit à Germigny, oùBossuel
raccueiilit avec la bonté la plus touoîuinte. Dans nn pelit nombre de conférences, il éclaircit tous ses cloutes. Obligé de se rendre à Fontainebleau , Bossuet chargea Fabbé do Saint-André, depuis grand-vicaire etoflicial de Meaux, d'achever l'instruction de Winslou. Au retour de Fontainebleau, il reçut son abjuration, le 8 octobre 1699. Dans cette cérémonie i^:, Bossuet lui adressa vm discours qui fit verser des larmes a tous ceiuK qui l'entendirent. Quelques jours après, il confessa lui-même le nouveau converti, et le dimanche suivant il lui donna la confirmation et la communion. Bossuet suspendit trois fois les différentes parties de cette cérémonie, pour adresser au nouveau prosélyte une exhortation sur la nature des engagemens qu'il contractoit, et des sentimens quU devoit professer 5 1° en le confirmant; 2" au commencement de la messe; 3*^ en lui donnant la communion.
Bossuet, en donnant la confirmation à Winslou, ajouta le nom de Bénigne à celui de Jacques qu'il portoit, et écrivit sur la première feuille d'un exemplaiie de son Catéchisme , qu'il lui donna: « M. Winslou, ayant déjà le nom de Jaci) c/ues, qui est un des miens, je lui ai donné, en le conw firmant, celui de Bénigne, que je porte aussi, et je lui ai » donné ce témoignage ce 11 octobre 1699.
» ly/g^e' Jacques-Bénigne, évéque de Meaux. »
Winslou a écrit lui-même a quà fépoque des conférences i> qu'il eut avec Bossuet, et qui précédèrent son abjuration, y> il se sentit fortement porté à lui faire très-humblement une )) demande, et de le prier d'y répondre comme devant le » tribunal de Jésus-Chrisl; c'étoit, s'il croyait lui-incine Var- » ticle du purgatoire aussi indubitablement qu^l le proui^oil i) incontestablement. Dans ce moment, écrit Winslou, je fus M extrêmement surpris de voir couler les larmes des yeux de )> ce vénérable évèque , qui me répondit avec l'accent le plus » touchant: S'il ni'étoit permis de me faire percer le cœur, }) et de verser mon sa/tg devant vous , pour vous montrer mon i> entière croyance sur cet article , je serois tout prêt. »
C'est au même Winslou que Bossuet dit un jour, en lui montrant un ancien exemplaire du concile de Trente, après
^a) BIls. de Ledicu.
DU LIVRE SEPTIEMl!. 3 >J
VEuangile, c'est mon Lvre favori. (Lettres manuscrites de "Winslou à rabbéPérau, docteur de Sorbonne. )
Nous aurous occasiou de parler encore de A\ inslou , el de la vénération religieuse qu il conserva pour Bossuet jusqu'à la fin de sa longue carrière. Il mourut en 1760 , âgé de c[uatrevingt-onze ans, en laissant /a réputation d'un des plus honnêtes hommes^ et d'un des plus habiles anatoniistes de la J'y an ce.
On lit dans le Journal manuscrit de l'abbé Ledieu, sous la date du 26 avril i^oS : « Ces trois jours, mardi, mercredi )i et jeudi, M. de MeatLx a eu des conférences chez lui avec » milord Lovât, gentilhomme écossais protestant, sur la re- /> ligion ; et le samedi matin 28 , il lui a écrit une grande lettre » sur ce sujet, hii envoyant son Catéchisme et ses Prières )> ecclésiastiques, cjue ce gentilhomme lui avoit demandés pour «apprendre la hturgie, le culte et les fêtes deTEglise. C est » M. le nonce ordinaire qui les lui a envoyés, accompagnés » de son auditeur. Ce gentilhomme est très-bien disposé. Il 3> doit retourner en Angleterre et en Ecosse, avant de se » réunir à TEglise. ■»
C'est le même lord Lovât, qui depuis (en 1747) porta sa tête siu- l'échafaud, à Tàge de quatre-vingts ans. C'est lui qui tut le premier moteur du mouvement qui éclata en Ecosse en 1745 ^t 1746, pour reporter la maison de Stuart sur le trône de la Grande-Bretagne. Dés 1740 ^Oïà Lovât avoit préparé le plan de cette entreprise audacieuse. Les principaux mécontens ^.'étoient rassemblés chez lui, et il avoit tout combiné pour soulever les nombreuses tribus d'Ecosse. Instruit de cette disposition inespérée, le prince Edouard, fils du prétendant Jacques III, ne craignit pas de se confier, presque seid, à sa vttleur, pour conquérir trois royaumes. Tout le monde sait les succès presque fabuleux qui marquèrent ses premiers pas par autant de victoires, et qui le conduisirent presqu'aux portes de Londres. Mais tout le monde sait aussi comment il fut écrasé pour toujoiurs à Culloden (^} , qu'on peut appeler le tombeau des derniers Stuarts. Lord Lovât fut enveloppé dans la proscription qui coûta la vie à tant
{a) Le z- avril \~!\G.
d'illustres victimes. Il fut le dernier défenseur de cette race de rois qui avoient oflfert au monde tant d'épouvantables catastrophes, et qu'un ascendant plus puissant que tous les efforts des hommes, a vouée aux malheurs jusque dans ses derniers rejetons. En montant à Péchafaud, lord Lovât prononça avec l'accent d'une ame dontles années n'avoientpoint affaibli les profondes émotions, ce beau vers d'Horace :
Dulce et décorum est pro patria morU
L'histoire rapporte qu'un jeune enthousiaste de la maison des Stuarts demanda à mourir à la place de ce généreux vieillard i}).
On peut ajouter aux conversions remarquables opérées })ar le ministère de Bossuet, celle d'un jeûne Tartare, que l'on disoit fils du roi de la grande Tartarie.
L'histoire des aventures de ce jeune inconnu offre des circonstances si extraordinaires , qu'elles pourroient paroître romanesqvies , si le témoij^nage et l'autorité de Bossuet ne laissoient pas le lecteur dans une sorte d'hésitation entre le doute et une confiance entière.
(i) 11 peut être permis da placer ici comme un fait assex curieux, le récit qu'a laisse un e'cri-vain de nos jours , de l'impression extraordiuaiie que fit sur lui la lecture des deux célèbres ouvrages de Bossuet : de V^xposition et de l'Histoire des variations. Cet écrivain n'est pas suspect; c'est Gibbon; et quoiqu'il n'ait pas persévéré dans les icntiniens qu'il avoit puiséi dans les écrits de Bossuet, son témoignage n'eu est jii moins singulier, ni moius remarquable. Voici comment il s'exprime dans ses mémoires.
«Les traductions angTaise§ de deux fameux ouvrages de Bossuet, » évêque de Meaux, Y Exposition de la doctiine catholiijue , et VHis- » toire des variations des Protestons , achevèrent ma conversion. Certes,
» je fus renversé par un noble adversaire Je ne saurois hésiter à dé-
» clarei que Bossuet est en elfel le grand maître de l'artillerie controver- )) sisîe. Daus l'Exposition ^ apologie tpécieuse , l'orateur, avec uu arl « consommé, prend le ton de la candeur et de la simplicité. Daus y) l'Histoire des variations j attaque aussi vigoureuse que bien dirigée, » il développe avec le plus heureux mélange de raisonnement et de » narration, les faulcs , les écarts, les incertitudes, et les contradic- )i tions de nos premiers réformateurs , dont les variations , comme il le y, soutient adroitement, portent le caractère de l'erreur, pendant que » l'nnité non interrompue de l'Eglise catholique est U- signe et le té' n moin de l'infaillible vérité. Je lus, j'approuvai, je crus. »
Ce fut vers 1692, que cet étranger se présenta chez Bossuet, sous les auspices d'un missionnaire ou Bénédictin anglais. L'abbé de Court, qui vivoit habituellement chez Bossuet , et qui étoit instruit des mœurs , des itsages et des affaires dePOrient, parut satisfait du récit qu il lui fit de ses voyages. Il racontoit que la crainte d'une irruption avoit engagé sa famille à l'éloigner de son pays, sous la conduite d'un gouverneur, qui embrassa le christianisme à Ispahan, où l'élève et l'instituteur reçurent le baptême.
Bossiiet et l'abbé de Court ne lui trouvèrent qu'une connoissance très-superficielle de la religion^ et le prélat, touché de l'excellent esprit et des qualités qu'il paroissoit annoncer, le recueillit dans sa maison ; il se vit récompensé de ses soins par l'ardeur avec laquelle il chercha à se pénétrer des maximes du christianisme ^ il appeloit toujours Bossuet son père, et il passa ainsi plusieurs années aixprés de lui. On ne lui donnoit encore d'autre nom que celui de chevalier tartare.
Ce jeune homme répondit à l'affection paternelle de Bossuet par sa conduite et ses progrès. Il entendoit un peu le latin; et cette connoissance , aidée de la pénétration naturelle de son esprit , lui facilita l'intelligence du nouveau Testament. Il prit surtout du goût pour les prophéties de Vancien et du nouveau Testament.
Lorsque Bossuet le jugea suffisamment instruit et persuadé , il l'admit à la participation des sacremens. Il le plaça ensuite dans le séminaire des Missions étrangères; on lui fit apprendre les mathémathiques , pour lesquelles il montra une singulière aptitude. Quatre années , pendant lesquelles Bossuet continuoit à le surveiller, s'écoulèrent dans ces diffèrens exercices.
C'est dans ime lettre de Bossuet '.^) lui-même au comte de Pontchartrain , secrétaire d'Etat, que nous puisons ces détails. Il ajoute : « Nous ne savions que juger de sa qualité. Il avoit » un air noble, simple, et sans aucune affectation. Il ressen- )> toit un homme de grande naissance. Au milieu de sa mo- )) destie, qui n' avoit rien que de naturel , il sorloit des traits » de grandeur; il parloit des pierreries avec lesquelles sa
(a') Da6 juin 170$ , OEiivres de Bossuet , tom, xxxri'.i , p. Sîj , édit, de Vers. «5-8".
v>jb PIECES JUSTIFICATIVES
jj mère Tavoit fait sortir de son pays , et on en avoit vu » quelque reste. Il soupiroit profondément comme un homme j> qui déploroit, sans dire mot, Tétat d'où il étoit déchu. i> Tous les gens d'esprit étoient ravis de l'entendre. »
Bossuet réclama pour ce jeune homme les bontés du duc du Maine, et M. de Malezieu lui fit accorder nne pension par ce prince. M. Le Pelletier, qui avoit succédé à Colherl, se montra également généreux envers lui, et il auroitpu jouir d'une condition douce et paisible en France. Mais ses vœux et ses regrets tournoient toutes ses pensées vers la Tartarie. Dans le dessein d'y retourner, il partit pour Tltalie, et se rendit à Rome, dans Fespérance d'y trouver plus de facilités pour l'exécution de son projet. L'abbé Bossuet, qui étoit alors à Rome, lui donna tous les secours qui dépendoient de lui, et chercha même à le détourner de son dessein, par la crainte des dangers qui^ourroient menacer sa vie, et l'exposer peutvlve à la tentation de renoncer au chinstianisme pour sauver ses jours. Il se rendit à ces représentations, et passa près de trois ans à Rome avec l'abbé Bossuet, qui le fitconuoître dans les principales maisons de Rome, et l'introduisit chez la princesse des Ursins.
Vers la fin de Tannée 1699, plusieurs archevêques et évêques de 1 Orient , que le jubilé de Tannée séculaire avoit attirés à Rome, reconnurent ce jeune homme pour le fils aîné du roi de la grande Tartarie; ils se ressouvinrent de l'avoir vu se montrer souvent à la Cour d Ispahan, avec une grande magnificence , après la cérémonie de son baptême, et ils reconnurent sa personne; ils lui donnèrent le nom de prince des Kdùnaquites.
Le cardinal Cibo , protecteur à Rome des Eglises de l'Orient, fit rédiger des déclarations authentiques de cette rcconnoissance. On en envoya des copies en forme à Bossuet, et ce fut sur la foi de ces actes qu'il demanda et obtint de Louis XIV un passe-port, où Ton donnoit au jeune Tartare le titre de fils du roi de la grande Tartarie. Le marquis de Torcy, ministre des affaires étrangères, joignit à ce }>asseport les recommandations les plus pressantes; la princesse des Ursins les appuya de tout son crédit , et le duc du Maine lui avança une année de sa pension.
DU LIVRE SZPTIEIÎE. O )C)
Nous trouvons dans les manuscrits de l'ahhé Lcdicu , la
relation d'une cérémonie singulière qui précéda le départ
de ce jeune Tartare j nous copierons le texte même de
son récit :
« Ce samedi 13 février 1701, M. de Meaux a été dès le ); matin à rarchevèché, et il a entendu la messe de M. le u cardinal de ÎSoailles dans l'église de ISotre-Dame, à la i) chapelle de la Vierge, dans laquelle il a présenté à ce » cardinal le prince Aniaba, qui a reçu de son éminence 3> le cordon blanc de Tordre de Yctoile, sous la protection » de la sainte Vierge, qivil a prise pour sa patrone , ainsi 3; que la nouvelle chevalerie dont il est l'instituteur , et qu'il i) va porter dans ses Etats avec la religion catholique. Il y i) a déjà douze ans qu'il est en France ; il y a reçu le hapw téme (0 des mains de M. l'évèque de Meaux, lui et son 5> cousin, qui s'en est retourné dans son pays depuis quatre i) ans. Celui - ci a ser\"i dans les troupes , et aujourd hui il jj est rappelé dans ses Etats, dont on lui oflPre la couronne » depuis la mort de son père. Le Roi lui donne un vaisseau « avec des troupes et des missionnaires Jacobins. Avant son 3) départ, il s'est voué solennellement à la sainte Vierge. Il a >j fait faire im grand tableau pour en conserver la mémoire w où il est représenté recevant les marques de son ordre 3) des mains de la Vierge , qui paroît avec son fils descendant 3) du ciel. Le Roi est derrière ce prince, et M. de Meaux 3) dans un coin , pour souvenir du baptême qu il a donné à 3> ce prince. Le tableau est actuellement exposé à Notre- 3; Dame de Paris. La raarc£ue de son ordre est une étoile i> attachée à un ruban blanc. Toute cette histoire est expliquée 3) au long, en caractères d'or, dans un autre tableau au bas 3J du grand , où ce prince se qualifie Louis j4niaha , roi 3) d'Abyssinie, à la côte d'Or en Afrique, qui fait partie de >3 la Guinée ('}. w
(1) L'abbé Ledieu veut dire apparemment les sacremens de Confirmation et d'Eucharistie. On vient de voir par le témoignage de 13ossuet Iai-mêiii€ , que le jeune Tartare avoit reçu le baptême à Ispahan.
l2)'On ne sait comment concilier cette dernière partie du récit de I ubbé Ledieu, qui fait ce jeune prince roi d'Abyssinie, en Afrique, avec les paroles expresses de Bossnet, qui le suppose £iis du roi de 1^ grande Tartari» , et qui lui fait recevoir le baptême à Ispaban.
Il paroît par la suite de la lettre de Bossuet au comte de Pontchartrain, que le succès ne répondit ni aux espérances du jeune Tartare, ni aux vœux de ses généreux protecteurs. Cependant il écrivit pendant le cours de son voyage quelques lettres à Bossuet, les unes de Vienne , les autres d'Ispahan, où il étoit parvenu. Mais il se bornoit à lui parler de ses sentimcns religieux, et du zèle dont il étoit animé pour faire triompher le christianisme dans ses Etats, s'il étoit jamais assez heureux pour remonter sur le trône de ses pères.
Mais en 1703, Bossuet reçut tout- à -coup une lettre datée de Livourne; il lui apprenoit son retour en Europe, et lui faisoit le récit de ses malheurs, jJossuet, en rendant compte à M. de Pontchartrain de tous ces détails, invitoit ce ministre à supplier le Roi d'accorder ses secours et ses bontés à ce jeune infortuné, que des tentatives si inutiles et si malheureuses privoieut de toute espérance de rentrer dans sa patrie.
On voit dans le Journal de l'abbé Ledieu, sous la date du 22 novembre 1706, près de trois ans après la mort de Bossuet, que ce jeune Tartare étoit encore à Paris, logé chez la marquise de Boufflers, où il vivoit de sa pension du Roi et de quelques secours de l'abbé Bossuet.
Mais au mois de juillet 1708, il partit tout- à -coup de Paris pour se rendre en Espagne. Il y obtint par le crédit de la princesse des Ursins et du cardinal Porto-Carrero une pension de Phihppe V, et vme compagnie de cavalerie, avec laquelle il fut s'enfermer à Ceuta, déjà menacé d'un siège par les Maures du royaume de Maroc 5 mais il se brouilla avec le gouverneur de la place , retourna à Madrid au mois de juin 1710, d'où il écrivit au comte de Pontchartrain et à l'abbé Bossuet , que son intention étoit de retourner en Asie, avec la ferme disposition de vivre et de mourir dans la foi catholique.
Nos recherches ne nous ont procuré aucunes nouvelles
lumières sur la suite de la vie de ce singuHer personnage ,
dont il est assez difficile de savoir s'il étoit ce qu'il se disoit
être, ou un simple aventurier.
On a de la peine à concilier tous les détails que nous Y€-
DU HVRE SEPTIEME. 3G I
nons d'exposer, avec la relation t|ue ron trouve dans l'His^ totre générale des voyages, toni. ii, édition m- 12 , pages 3o3 a 253. Cette relation nous représente avec assez de vraisemblance cet Aniaba comme un aventurier, qui n'avoit aucun rapport avec la Tarlarie , ni avec le prince de la Tartarie,etcjuin"etoii qu" un simple esclave de Tun des principaux personnages de la petite Cour du petit roi dUssiTH, sur la Côte d'Or, en Afrique. Il avoit été mené en France par un capitaine marchand, qui se proposoit d'en faiie son valet. Mais il lui fut enlevé par quekpies personnes qui trouvèrent de l'avantage à le faire passer pour un prince. 11 consentit aisément à se chaige , "un rôle dont il devoit tirer du profit et de Ihonneur. Il fut assez bien élevé; et ce fut alors qu'on le présenta à Bossuet , qui ne crut pas devoir se méfier des témoignages qu'on lui rendoit de ce jeune homme. Il se confirma encore plus dans cette disposition , lorsque Tabbé Bossuet, son neveu, lui manda de Rome quil avoit été reconnu par des missionnaires qui prétendoient lavoir vu à Ispahan : ce qui n étoit pas, et ce qui ne pouvoit pas être.
Mais lorsqu'on fut informé que le jeune Aniaba étoit né sur la Côte d'Or, en Afrique , Louis XIV, qui désiroit y former un établissement, le fit embarquer au mois d'avril 1701» sur un bâtiment commandé par le chevalier Danion , qui aborda sur la Côte d'Or, au royaume à'issim, le iS mai 1701» il y débarqua le jeune Aniaba. Il paroît que ce jeune homme s'y conduisit fort mal sovis tous les rapports , et qu'il renonça même à la religion chrétienne. Le capitaine Daman l'abandonna en 1702 à sa mauvaise destinée : apparamment-^/ii'aia s'eanuya de son sort, et regretta l'existence qu'il avoit en France , puisque la lettre de Bossuet nous apprend qu'il étoit revenu à Livourne en 1703. Ce qu'il y a de plus étonnant c'est qu'il ait pu encore y trouyer des dupes et des protecteurs.
Bossuet. ii. 16
No 2.
Sur V autlienticité des Elévations sur les Mystères, et des Méditations sur l'Evangile.
Le génie Je Bossuet est tellement empreint dans ces deux omvrages \ l'élévation des pensées et le caractère du style annoncent si clairement que lui seul poxivoit en être Tauleur , qu'on ne peut assez s'étonner qu on ait osé hasarder quelque doute sivr leur authenticité. On ne peut que déplorer Fesprit de parti, quel qu'il soit , lorsqu'il conduit à de pareilles méprises , ou à des suppositions contraires à la bonne foi.
L'éyéque de Troyes , neveu de Bossuet, lit imprimer pour la première fois les Elwaùons sur les M y stère s en. 1727, et les Méditations sur l'Evangile en 17S1, en vertu du privilège qu'il avoit obtenu dés 1708, où ces deux ouvrages étoient textuellement énoncés. Le public accueillit ces fruits du génie de Bossuet avec la juste admiration qu'il a toujours accordée à tout ce qui vient de ce grand homme. Ce he fut pas sans une extrême surprise que l'on vit tout-à-coup paroître dans le Journal de Trdi'oux, du mois de juin 1731, une lettre réelle ou supposée d'un personnage obscur qui signoit Michel Fichant , prêtre du diocèse de Quimper. L'objet de cette lettre étoit de démontrer que les £lci^ations sur les Mystères ne pouvoient être de Bossuet, parce que « cet ouvrage , disoit l'auteur de la lettre , contredit les savans » écrits que cet illustre prélat a lui-même publiés contre » les Calvinistes , et lui attribue des erreurs qu'il a comj) battues. »
Les journalistes de Trévoux eurent la singulière maladresse de partager les doutes et l'opinion si peu réfléchie de l'écrivain, ils prétendirent même les appuyer de leur autorité et de leurs raisonnemcns. Il semble qu'ils auroient dû naturellement commencer par s'assurer de rauthenticitc des manuscrits originaux 5 ce qui n'eût exigé de leur part ni beaucoup de peines, ni beaucoup de recherches. L'évêque de Troyes , trèis-opposé de tous les temps srnx journalistes
DU LIVRL SIPTILME. 363
êe Tr^uoux , fut ravi travoir une occasion si favorable dhiimilier une société qu'il n'aimoit pas plus qu'il n en étoit aimé^ il ttoit en droit de réclamer une juste réparation, puisqu'on n'avoit pas craint de le traduire au tribuntil du public comme un faussaire et un imposteur. Il présenta au Parlement de Paris, le 24 mars 1733, une requête tendant « à ce qu'il lui fut permis de déposer au greft'e de la Coiu* » le manuscrit original des Elévations , entiércmenl écrit » de la main de feu M. Bossuet; de faire assigner ISIichel w Fichant, le provincial des Jésuites et les supérieurs des w trois maisons de Paris, pour voir dire que lexeraplaire w imprimé du livre àes Elévations seroit collationné en leur » présence, ou eux dûment appelés, et en présence d'un M des substituts du procureur-général, par tel de messieurs « qu'il plairoit à la Cour de commettre , avec le manuscrit » original, tant dans les endroits cités dans la lettre du M sieur Fichant , que dans la réponse des auteurs du jour- » nal.
D II concluoit sa requête par demander que le sieur Fiî) chant et lesdits iintpurc jnm-mii'ctoo coT-riif-nt tenus de M donner uuacte, par lequel ils déclareroient que témérairew ment et calomnieusement ils avoient avancé que l'ouvrage » des Elévations n'étoit point de feu M. Bossue t, ou que du » moins il avoit été éiltéré et interpolé. »
Le Parlement , sur les conclusions du procm-eur-général , rendit un arrêt qui permettoit à l'évêque de Troyes de déposer le manuscrit au greflFe , et de faire assigner ceux qu'il avoit dénommés dans sa requête.
En conséquence, le manuscrit original des Elévations fut déposé au greffe , et collationné avec Timprimé par M. l'abbé Pucelle et M. Tuffier , conseillers commis à cet effet, qui signèrent le manuscrit aiLX endroits où se trouvoient les propositions attaquées, pour en attester la conformité avec l'imprimé.
Le sieur Fichant et les joiu-nalistes , convaincus trop tard de leur imprudence et de leur indiscrétion , présentèrent le 5 septembre 1^33 une requête au Parlement , par laquelle ils demandèrent « qu'il plut à la Cour de leur donner i> acte de ce qu'ils couTenoient et reconuoissoiçnt que l'im-
364 PIÈCES JUSTIFICATIVES DU LIVRE SEPTIEME, » primé du livre des Elévations étoit conforme en tout son w entier au manuscrit, et que le manuscrit étoit entièrement 5) écrit de la main du feu sieur Bossuet, m reitérant toutes les protestations de désaveu de leurs lettres. Sur quoi intervint le ^ septembre suivant, arrêt qui leur donne acte de toutes ces déclarations, et permet à l'évêque de Troyes de j faire imprimer l'arrêt.
Les manuscrits originaux des Méditations sur VEvangile et des Elévations sur les Mystères ont été dans la suite déposés à la bibliothèque du Roi.
Si le manuscrit original des Elévations sur les Mystères n eût pas suffi pour démontrer l'authenticité , l'évêque de Troyes auroit pu faire observer que presque immédiatement après la mort de son oncle, la communication de cet ouvraqe lui avoit été demandée par M"'^ de Maintenon elle-même , pour l'instruction et l'édification de Ms^ le duc de Bourgogne, Ce qui indique assez que dés-lors on n'ignoroit pas que cet ouvrage existoit , et que Bossuet en étoit l'autour. Voioi oo <^*x\^ jo i,iov»-v-o clane le journal manuscrit de l'abbé Ledieu, sous la date du 24 février ino6 : u M. l'abbé » Bossuet m'écrit qu'il ne peut pas m' envoyer les Eleva- ») lions sur les mystères, parce que il/'"*» de Maintenon 3) les lui a fait demander pour Ms^ le duc de Bourgogne , 5> qui les lit actuellement, et qui les doit bientôt rendre. *