LIVRE ClNQUlÈ-'IE
« Priez Dieu pour moi, je vous en conjure, et v> priez-le qu'il jue délivre du plus grand poids » dont un homme puisse être charge', et qu'il lasse V mourir tout riionime en moi , pour n'agir que » par lui seul. Dieu merci, je n'ai pas encore songé » durant tout le cours de cette afl'aire, que je fusse w au monde. Mais ce i/est pas tout, il faudroit être » comme un saint Ambroise, un vrai homme de » Dieu, un homme de l'autre vie, où tout parlât, » dont tous les mots fussent des oracles du Saint- » Esprit, dont toute la conduite fut céleste. Dieu » choisit ce qui n'est pas, pour détruire ce qui est, w II faut donc n'être pas, c'est-à-dire, n'être rien » du tout à ses yeux, vide de soi-même et pleiu » de Dieu. »
Cependant Louis XIV étoit sincèrement disposé à remplir les engagemens qu'il avoit pris avec Bossuet. Il se plaisoit même à les renouveler ea public ; et tout le monde sait la réponse fine et mesurée que lui fit Bourdaloue , lorsque le Roi, lui adressant la parole, dit : <,(. Mon père ^ vous devez » être bien content de moi , jM""^ de Montespan. » est a Clagny. Oui, Sire, répondit Bourdaloue; » mais Dieu seroit plus satisfait, si Clagny étoit h » soixante-dix lieues de J^ersailles, »
Louis XIV paroissoit si ferrûe et si décidé , que les directeurs de sa conscience crurent pouvoir lui permettre d'approcher des sacremens aux fêtes de Toque ; et il partit pour l'armée sans avoir vu MJ^^ de Montespan , sans même lui avoir écrit.
Pendant l'absence du Pv.oi , Bossuet continua à voir yJ/"'^ de Montespan ; et tel fut l'heureux effet de sa patience et de sa modération, que ses em-
portemens cédèrent à rimpres&ioûforteetpuissante Bossuet. n. 3
5o HISTOIRE DE BOSSUET,
qu'il sut donner à ses paroles et aux instructions mele'es de douceur et de fermeté qu'il ramenoit dans tous ses entretiens. Elle paroissoit même l'e'couter avec plaisir , et répondre à sou intérêt paternel par ses sentimens et par des actes de bienfaisance , qui au monis tournoient au profit du mallieur et de l'indigence.
Ce fut pendant que le Roi étoit à l'armée , que Bossuet , autorisé et même invité par Louis XIV , lui écrivit plusieurs lettres dignes d'un Père des premiers siècles de l'Eglise (0.