‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 22 sur 120 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

1» propos la gloire et la reli^^ion , que le Roi, à qui » il ne faut que dire la vérité , se leva fort ëmu , et » dit à M. de Montausicr ^ en lui serrant la main : » Je ne la verrai plus. »

Louis XIV étoit profonde'ment religieux; et quand Bossuet lui de'clara que la morale de l'Evangile ne pouvoit admettre que des règles invariables; que les princes e'toient, comme les autres hommes, soumis à l'autorité de ses saintes maximes; que des ministres lâches ou corrompus cessoient d'être les véritables interprètes de sa doc« trine, quand, par foiblesse ou par complaisance, ils montroient une coupable indulgence pour de grands scandales; qu'enfin l'Eglise avoit toujours décidé dans des circonstances semblables , qu'une séparation entière et absolue étoit une disposition indispensable pour être admis à la participation des sacremens, Louis XIV fut frappé et touché du caractère de vertu et de vérité que Bossuet avoit imprimé à ses paroles; et il lui promit encore de renoncer à ses engagemens avec M™® de Montespan, Elle reçut en conséquence ordre de quitter la Cour, et fut envoyée à Paris.

Louis XIV fit plus encore, « («) il chargea Bos- » suet de disposer M"*^ de Montespan à consentir » à cet éloignement. Tous les soirs Bossuet partoit » de Versailles en poste , et se rendoit à Paris. » Et dans les longs entretiens qu'il avoit avec elle, il cherchoit à adoucir son dépit et son irritation.

Qu'on se représente une femme altière et impérieuse, accoutumée à voir depuis dix ans toute la Cour et Louis XIV lui-même à ses pieds; persuadée par la servitude générale , que des actes exté-

C'*'^ Mts. de Ledieu.

rieurs et des pratiques faciles dévoient sufilrc pour la dispenser des règles communes; et ou aura l'idée de tous les emportemens auxquels elle se livra d'abord envers Bossuet.

« («) Elle l'accabla de reproches; elle lui dit que » son orgueil l'avoit poussé à la faire chasser ; qu'il « vouloit seul se rendre maître de l'esprit du Roi » pour le tourner à son intérêt. » Et voyant que Bossuet n'opposoit que de la douceur et du calme à ses extravagantes déclamations, « ^^' elle chercha à » le gagnerpar des flatteries et des promesses; elle fit P briller à ses yeux l'éclat de la pourpre, et tout ce » que les premières dignités de l'Eglise et de l'Etat » pouvoient offrir de séduisant à l'ambilion (0- »

Il est difficile de comprendre que M""^ de Montespan, si distinguée elle-même par l'élévaiion de son caractère, ait pu croire un seul moment qu'un homme dont le caractère et les principes étoient aussi établis que ceux de Bossuet, fût accessible à un pareil genre de séduction.

Une lettre de Bossuet au maréchal de Belle- J'onds , eu date du ^20 juin 167.5 (2), laisse apercevoir combien il sentoit lui-même toutes les difficultés et tous les embarras de l'entreprise dans laquelle il se trouvoit engagé.

(«) Mts. de Lcdieu. — '^) Ibid.

(0 L'abbé Ledieu ajoute (f que M™* de Montespan axôxia » souvent depuis, que dans le temps où elleétoit le plus aigrie î) contre Bossuet, elle avoit fait faire une exacte reclierche 3) de sa vie, et quelle navoit rien trouvé à reprendre en » aucun état où il avoit été, et que la justice Tobligeoit à » lui rendre ce témoignage. »

**. La date de cette Ze«/e prouve encore que cet événement doit se rapporter à Tannée 1675, et non à 1676, comme le prétend fauteur des Eclaircisstmens.

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